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tre, que l’art est devenu, devient et restera éternellement démocratique.
Cette digression est bien longue, n'est-ce pas? Je vous l’aurais épargnée assurément, si Courbet était une individualité isolée, pratiquant son métier pour son propre compte, et n'ayant à répondre devant le public que des tableaux qu’il signe. Mais, qu'il le veuille ou non, Courbet est un mandataire ; il représente ceux qui viennent après lui et à qui son exemple a ouvert la voie. Le combat qui se livre autour de sa personne intéresse toute la génération en marche. Si Courbet est vaincu, la révolution est dévoyée, le naturalisme ajourné, et la société présente, comme ses deux ainées, la société de Eouis- Philippe et la société de la restauration, reste sans expression en peinture. Si Courbet l'emporte, la révolution triomphe, la peinture redevient un organe social, un miroir permanent, où l’humanité pourra contempler son image à chaque instant de la durée ; et toute cette nuée de mystiques, de sentimentalistes, de cathédralistes, de : fantaisistes, rentrera dans le néant, avec ce qui nous restait encore sur la peau de Grecs,de Romains et d’Etrusques. Nos adversaires le sentent bien, et c’est pourquoi les lames sont si bondissantes et si irritées à l’entour de cet écueil, qui veut bien se laisser assaillir, mais qui refuse de se laisser enlever.
C'est donc le cerveau libre, dégagé de préjugés, que vous aborderez le Mendiant faisant l’aumône. Il faut laisser de côté les souvenirs et renvoyer à la vieille cri-; tique les vieilles formules. Si vous gardez l’œil romantique, vous trouverez la couleur grise; si vous gardez l'œil classique, vous trouverez le dessin tourmenté. Il faut oublier ces conventions d’école, se faire œil neuf et esprit neuf, comme parfois on dit qu'on fait peau neuve ; puis se placer devant le tableau, le regarder, s’y habituer, y revenir et y revenir encore, n'ayant jamais en tête qu’un terme de comparaison, la nature, la vérité.
L'idée est touchante autant qu'originale. Du fond d’une grande route déserte et nue, que borde çà et là quelque
————— ———- es = ren + mama, - —