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TASSE

signifie donc rien : quelques coups de brosse suffiront, une fois que le peintre aura vérifié mon observation, pour remettre toute chose en place.

Et les marines de M. Boudin : la Jetée du Havre, le Départ pour le pardon, vous trouverez peut-être qu’elles ne sont pas assez faites, quele dessin en est un peu lâché? Oui, si vous mettez le nez dessus pour les voir; non, si vous regardez du point d'optique. Comme elles sont fines et justes de ton; comme tous ces petits personnages vivent et s’agitent dans l'air ambiant! Ce sont des effets comme vous en voyez constamment sur nos côtes normandes. Rien n’est plus vivement senti, ni rendu d’une façon plus pittoresque ; et puis, c’est original. M. Boudin est le seul qui traite ainsi la marine, ou, pour employer l'expression meilleure de Courbet, le paysage de mer. Il s’y est taillé un petit domaine charmant d’où personne ne le délogera, pas même M. Thiollet qui, cette année, marche à grands pas sur ses traces.

M. Gaume a placé deux fillettes et une mère en face de son tableau de 1867, et par conséquent tournant le dos au publie. Les toilettes sont fraîches, coquettes; le groupe s’enlève bien dans une gamme claire. Le sujet est insigniliant, mais la coloration générale très agréable. M. Otlin, quoiqu'il se soit contenté d’une pochade, mérite le même blâme et les mêmes éloges pour les Deux sœurs, qu'il à mises dans un escalier. Toutes ces tendances sont bonnes; on cherche la lumière, l'harmonie simple et vraie, et souvent on les trouve.

Savez-vous que M. Detaille, un nouveau venu aussi, fait les plus petits et les meilleurs soldats du Salon? M. Detaille est élève de Meissonier, et c’est la seconde année qu'il expose. Je n'avais pas vu sa première œuvre ; celle-ci m'a ravi, moi qui pourtant n’ai point de faible pour les tableaux militaires. Elle a pour titre la Halte, et représente un bataillon arrêté au milieu d’un pré. On est assis, on est debout, on fume, on jase. Les figurines ont la dimension habituelle des Meissonier, quatre pouces. Mais quelle précision, quelle individualité, quelle vie en

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chacune d’elles ! Le groupe d'officiers qui causent dans le fond est étonnant de naturel. Le maitre eût peint plus largement, mais il n’eût pas montré un sentiment plus net de la réalité. Il n’y a pas un morceau de cet ordre dans toute la Grand-halte de M. Protais, un homme qui a vu la grande guerre pourtant et qui sait son armre française sur le bout du doigt.

Je ne puis pas tout nommer, ni surtout tout décrire.

Il est des hommes dont le talent est assez reconnu, classé, défini, pour qu’il soit inutile de s’étendre à leur propos. Bonvin est de ceux-là : esprit exact, main sûre, il demeure chaque année l’égal de lui-même et passe facilement d’une simple nature morte, comme les Harengs sur le gril, à une scène de mœurs quasi dramatique comme la Réception d’une lettre au couvent. Je placerai dansla même catégorie M. Edouard Frère, le gentilnaturaliste d'Ecouen ; M. Vautier, l’académicien de Dusseldorf. Leurmanière depuis longtemps fixée, ne connait pas de défaillance ; les Couseuses du premier forment un fort joli tableau d'intérieur, et si j’osais, je dirais que la Leçon de danse du second méritait de balancer dans l’estime du jury la Lecture de la Bible, de M. Brion.

Au milieu du groupe compact des jeunes, quelques originalités se détachent en vigueur et réclament impérieusement l'attention. C’est d’abord Jules Héreau, que le jury n’apus’empécherde médailler. Ses Ramasseurs devarech étaient, il faut le reconnaître, une des meilleures toiles du Salon, de ces toiles qu’on aime davantage à mesure qu’on les regarde. Un ciel noir, un rivage. Le jusan à laissé derrière lui de longs espaces de vase humide, et çà et là, les amas de goémons. Tandis que l'orage menace au loin, et qu’auprès la mer verdâtre blanchit au choc des galets, une charrette, attelée de deux bœufs et d’un cheval en flèche, se charge en toute hâte de détritus marins. Rien n’est plus simple, mais rien n’est plus saisissant d'aspect. Il faut aimer profondément la nature et savoir à fond les secrets du métier, pour rendre avec cette puissance et donner à un pur effet pittoresque une telle in-

tensité de vie. C’est ensuite Méry, le peintre du Cerisier picoré par les moineaux, qui fait les insectes grandeur nature et le reste à l’avenant. Ces choses-là ne s'étaient Jamais vues, que je sache, et ont fait sensation dans le public. Pourquoi le peintre, au lieu de cette buée obscure et de ces grandes herbes veules, n’a-til pas fait un ciel rayonnant Sur un terrain solide? C’est Moyse, l’auteur trop peu remarqué du Grand sanhédrin, où il y à de si belles qualités de dessin. C’est Schreyer, le porte-parole des Chevaux effrayés par les loups. C’est Vayson enfin, l’audacieux traducteur de la Fenaison en Provence. Celui-là, je l’avais déjà remarqué, l’an passé, pour sa Gardeuse de dindons en plein midi. Quelle franchise d’allures ! quelle sincérité d’accent ! La lumière est encore un peu crue et brutale, certaine figure placée dans les fonds est plus grande qu’il ne convient. Mais les premiers plans, avec le paysan assis et les objets modèles dans la pénombre, sont fort beaux. Pourquoi tout n’est-il pas traité dans ce sentiment et avec cette science ? Hélas! parce que l'apprentissage de l'esprit est long, qui dégage la poësie de la réalité ; parce que l'apprentissage de la main est long, qui rend cette poésie perceptible au regard. M. Vayson est jeune ! nous le retrouverons dans quelques années.

Pourquoi, puisque je suis en quête de saveurs exceptionnelles, n’ajouterais-je pas à ma liste Jongkind, ce Hollandais qui est artiste jusqu’au bout des ongles, et Frédéric Astruc, ce débutant, qui a touché d'une main si légère la Vue du pont des Arts ? D'autres me proposeront aussi Vibert, l'homme du Barbier ambulant, et Worms, l’homme de la Ronde, et Jungt aussi, l’homme de la Marguerite. Je ne m’y oppose pas, tant je suis bon enfant.

Vous voyez que le naturalisme n’est pas exclusif. Tout ce qui porte le cachet de l’observation et paraît vouloir soulever une partie du rideau qui cache la vie humaine, il l’accepte.

Il accepte M. Jules Breton, mais il l'explique. Trop de

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