‹ SalonsChapitre 76 sur 99 · ER · texte numérisé non relu

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Paul Huet fut un des réformateurs du paysage : à ce 1 titre, qui suffirait pour sauver son nom de loubli, il | ajoute le mérite de toute une longue vie consacrée à des recherches passionnées et inquiètes. J'ai raconté Tan Al dernier, la révolution produite en France par trois lableaux de l'anglais Constable, exposés à Paris à ce fameux Salon de 4824 qui vit en même tempsle Vœu de Louis XIII de Ingres, et le Massacre de Scio d’Eugène Delacroix. Les œuvres de Constable produisirent sur nos artistes une impression extraordinaire. Eugène Delacroix fut tellement frappé de leur coloris puissant, comme disait Paul Huet lui-même, qu'avant l’ouverture du Salon | il alla faire des retouches à son propre tableau et le | repeignit en partie. Quant à Paul Huet, il fit plus; il À copia les tableaux, et ses copies, colportées d’alclier en | atelier, allèrent enflammer lx jeunesse. Ce fut comme si des écailles tombaient des yeux. Pour la première fois on entrevoyait la vice rustique dans sa beauté simple et dans sa grâce émue. Les vocalions’se déclarèrent. Deux ou trois audacieux, Delaberge, Jules Dupré, Théodore Rousseau, se jetèrent en avant. D’autres suivirent. La Ë petite troupe devint bientôt une grande armée victorieuse, et voilà comment, en plein débordement classi- # que et romantique, le naturalisme fit son apparition chez nous : il entrait par la porte du paysage.

De ses fréquentations et de ses aniliés premières, Paul | Huet garda toujours une certaine exaltation pittoresque | qui le jette à chaque instant dans le drame. Ce qu'ilclierche avant tout, c’est le mouvement,et souvent il fail vinlence à la réalité des détails pour obtenir l’effel d'ensem- si]

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ble qu’il a rêvé. Amoureux des sites mélancoliques et dcs . 4 grandes crises de la nature, c’est sur une inondation :

dans une forêt bretonne, le Leila à marée haule, que Fa El mort est venue saisir sa main et interrompre brusque- nl ment un labeur de quarante années. La toile inachevée 1

raconte la douleur de cette catastrophe, en même temps ) | que ces terrains noyés, ces eaux répandues, ces trou- ‘4 peaux étonnés qui délilent, tout cet ensemble véhément |

et fort, disent une fois de plus la nature de la poésie qui allait à son âme.

Ce portrait équestre du sultan, si Juste et si simple, que vous apercevez là-bas, il est de Tabar, un des peintres les plus méritants et les moins fortunés qu'il y eut jamais. Quelle existence! les épreuves ne lui ont pas fait défaut. Ces dernières années, il commençait à se tirer d’embarras. Je ne sais quel hasard l’avait conduit à Constantinople, où il avait pu faire d’après nature le portrait que vous voyez-là. Il allait devenir le peintre du Grand-Turc, et déjà, calculant les produits des travaux en perspective, il entrevoyait pour lui et les siens un avenir plus Calme. Il meurt et tombe sur son rêve écrasé. Il n’était pas sans mérite; sa facture était large et hardie; son imagination, audacieuse et quelque peu romantique, se plaisait aux grandes compositions, mais des grandes compositions il savait passer aux simples fleurs. Plaignez Tabar!

Deux peintres en un an, ce n’eût pas été assez; la mort, à la veille du Salon, nous a pris Thoré, un écrivain cette fois, celui d’entre nous qui s’y entendait le mieux aux choses de la peinture et en parlait avec le plus de justesse.

Qui n’a connu Thoré, T. Thoré, le vrai républicain, le collaborateur du Siècle, de l'Artste, de la Revue indépendante, de la Réforme, de la Revue sociale, plus tard le fondateur de la Vraie République, où il eut pour collaborateurs George Sand, Pierre Leroux et Barbès? Burser, qui parait l’avoir longtemps fréquenté et qui savait beaucoup de choses sur son compte(Thoré en savait aussi sur le compte de Burger), nous a tracé une courte esauisse de son caractère et de ses idées.

€ C'était il y a longtemps, raconte-t-il, bien longlemps, avant la Révolution de 1848. Ce temps-là ne ressemblait point à ce temps-ci. Thoré passait alors pour original ; il l’était. Son originalité consistait tout simplement à être. naturel, à chercher le vrai et le juste. Etudiant en 1850, et affilié aux carbonari, il toucha au saint-simonisme et

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: ANNÉE 1869. . 990 Sn

au fouriérisme : aventurier dans toutes les généreuses 4 excentricités de l'intelligence à la recherche d’un nou- dl veau monde. Au demeurant toujours républicain, avant, { pendant, et après.

« La jeunesse alors était vivace et tout enflammée. \]

* Elle discutait de tout et partout, dans les foyers de | théâtre, dans les cabinets de lecture, dans les ateliers, dans les boudoirs et dans les mansardes, dans les jar- !

dins du Palais-Royal, des Tuileries, du Luxembourg, sur les boulevards, dans les tavernes. T. Thoré n’était pas des moins exaltés. Il aimait tout en général, si ce n’est qu’il abhorrait les vieilles routines. Ses amis trouvaient qu'il avait quelque chose de Diderot dans l'indépendance de l'esprit et le sans façon du style. » Qu'un tel homme devint le défenseur ardent de la pléïade romantique, la à chose était inévitable. Mais, de plus que les romantiques, 4

>’ Thoré avait des principes et des opinions. En 1849, il es avait donné pour épigraphe à son journal: «Sans la | révolution sociale, 1l n’y à pas de vraie république. » Ses }

“convictions le sauvérent. Quand le romantisme pour lequel il avait tant combattu fut mort, il ne couvrit point : sa tête de cendres, il ne cria point à la décadence géné- 1 -rale, il-ne crut pas sa tâche terminée. Au contraire, uti- à lisant les enseignements de ses longs voyages pour s'élever el à des considérations supérieures, il essaya de déterminer, 4 dans un article publié à Bruxelles, sur les Nouvelles tendances de l'art, le caractère du mouvement qu’il sen-

tait s’accomplir en peinture; et ce n’est pas un mince «| honneur pour celui qui écrit ces lignes, à la même époque À et pär les mêmes raisons que lui, il conclut à l'avéne- 1 ment du-naturalisme. 34 Ea suite des faits a montré combien Échte vue avait été 4

juste. Pourquoi faut-il que l'écrivain ne soit plus là pour assister en témoin aux temps qu'il a prédits en philosophe ? Le but est encore loin d’être atteint : les lumières de son ferme et sage esprit ne nous eussent pas été inu- M iles sur la route. ;

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