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reuse mémoire; les historiens dont nous sommes fiers 18 mettent leur honneur et leur gloire à ramener à des pro- ] 1 ‘ . Len | portions plus vraisemblables sa réputation surfaite ; LA |
l’Académie française ouvre ses portes à Barbier, qui n’a 1
jamais chargé qu'un étre de sa haine, et dont les stro- | | . phes brülantes maudissent éternellement l’oppresseur ;
Pelletan ne veut pas que la Chambre se sépare sans avoir il
protesté au nom de la liberté contre le despotisme du à
premier empire; et c'est ce moment-là que messieurs les
peintres choisissent pour venir, sous les fenêtres des
Tuileries, guitare en main, chaïter la redingote grise et 10 le petit chapeau! L’un, M. Joseph Beäume, nous montre p
le commandant d'artillerie à Toulon, indiquant du doigt l'endroit précis par où il faut attaquer la ville. L'autre, 4}
M. Claudius Jacquand, nous représente le général de | brigade à Nice, installé comme garde-malade au chevet 4 -de son domestique nègre. Un troisième, M. Patrois, . 4 | nous le fait voir en visite chez Mme de Beauharnais, il |
accordant au petit Eugène la permission de conserver 15 le sabre de son père. Un quatrième, M. Armand Duma- |, À res, le suit jusque sur le territoire d’Austerlitz, et, devant | l’armée russe en mouvement, lui fait inventer son A4 plan de bataille. Quel esprit d'à propos, et comme voilà des gens bien informés de ce qui nous touche et de ce Qui nous intéresse !
Certes, il est comique de voir Bonaparte accorder au fils du général Beauharnais la permis sion de garder le sabre de son père; c’est une permission superflue, je pense, et dont l’enfant se fût passé, quand même le futur
> vainqueur de sa mère lui eût rendu l’arme précieuse en | accompagnant de l’air d’Offenbach. Mais ce qui est vrai- e ment inattendu et plonge l’esprit dans des stupeurs énor- { | mes, c’est Bonaparte garde-malade. Comment, lui, . | |
l’homme de si peu de sensibilité et de tant de sang répandu, celui pour qui la liberté, la fortune, la vie des autres étaient comme si elles n'étaient pas, vous l’api- 1 toyez sur la santé d’un serviteur, et encore d’un serviteur nègre! la main qui plus tard signera tant de proscrip-
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tions et de massacres, je la vois préparant de la tisane pour soulager autrui! M. Claudius Jacquand, si vousn’êtes pas le plus raffiné des courtisans, vous êtes le plus crédule des hommes. On vous en a fait accroire. Ce vilain nègre, à qui vous avez donné des pattes de dindon pour mains, n'a jamais existé que dans une imagination de fantaisie. Il y a ici, et vous le sentez bien, une invraisemblance de caractère tellement formidable, qu’elle suffirait à faire siffler votre pièce si vous la montiez pour le théâtre.
Il existe dans la famille Lanjuinais un souvenir vénéré, c'est celui du député d’Ille-et-Villaine abordant la tribune de la Convention nationale le 2 juin 1793.
On était au matin de ce jour fameux qui devait amener l'arrestation des Girondins et laisser le champ libre désormais à la politique de la montagne. La générale battait dans les rues de Paris. « C’est sur la générale que je veux parler, » dit Lanjuinais.
Et alors, raconte Michelet, avec l’obstiné courage de sa dure tête bretonne, sans faire la moindre attention aux cris de fureur, aux menaces qu’on lui jette presque à chaque mot, il dit à la Convention son avilissement, sa misère... Prisonnière depuis trois jours, serve de la commune qui la tient au dedans par ses salariés, au dehors par ses canons, qu’a-t-elle fait pour sa dignité, pour l’intégralité de la représentation nationale ? « Quand l’autorité usurpatrice venait vous reproduire cette pétition trainée dans la boue des rues de Paris (cris violents : Ia insulté le peuple!...; Non, je n’accuse point Paris! Paris est pur, Paris est bon! mais enfin il est opprimé, il est l'instrument forcé des tyrans.. » — « Misérable, dit Legendre, tu conspires à la tribune? » Et il courut à lui faisant le geste du merlin pour assommer. Lanjuinais dit dans son récit qu'il lui jeta ces mots : « Fais décréter que je suis bœuf, alors tu m’assommeras. » Legendre, Thureau, Drouet, Chabot et Robespierre jeune lui ap: pliquèrent à la poitrine le canon de leurs pistelets. Plusieurs députés de la droite, armés aussi, accoururent et le
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dégagèrent. Il reprit intrépidement... » (Michelet, Révolution française.)
Quel que soit le jugement que l’on porte sur cette terrible journée, qu’on se déclare pour la Gironde vaincue ou pour la Montagne victorieuse, un fait reste en dehors de toute controverse, c’est la bravoure personnelle dont Lanjuinais a fait preuve. Son fils pouvait donc commander à M. Muller un tableau commémoratif destiné à prendre place dans la galerie de famille, et M. Muller, garanti cette fois par les volontés formelies de son mandant, pouvait exécuter l’œuvre sans encourir le reproche qui lui fut jeté à la face après l’Appel des victimes, d’avoir cherché à diffamer la Révolution française. Mais, pour être resté pur d'intention réactionnaire, M. Charles Muller ne mérite pas tous les éloges. Sa toile manque d’accent, de passion, de force. Elle n’a pas la couleur réelle de la scène qu’elle a la prétention de représenter. Elle n’atteint pas l’effet dramatique que procurerait une simple lecture de la séance. Pour tout dire en un mot, on n’y voit ni les convulsions qui ont agité la grande assemblée, ni le frisson de la mort qui plus d’une fois a passé sur elle.
Je sais bien qu’en général la tâche n’est pas facile ; mais peut-être, après tout, suflirait-il, pour arriver à dégager de ces épisodes la sombre poésie qu'ils contiennent, d’y porter intérêt, de la sentir par quelque côté. Vous voulez me peindre le peuple en fureur, il faut d’abord que vous aimiez le peuple à l’état pacifique; vous voulez me montrer les violences du patriotisme exalté, il faut d’abord que vous-même ayez la fibre patriotique, et en compreniez l’exaltation possible.
Une réflexion me vient ici qui m'afflige. Si une histoire prête à la peinture, c’est l’histoire de la Révolution française : chaque scène, tumultueuse ou calme, s’y présente avec la netteté d’un tableau tout tracé. Eh bien ! chose pénible à dire, de tous les peintres qui ont abordé cette grande époque, un seul s’est trouvé à sa hauteur, un seul en à compris le côté farouche, résolu, héroïque, un seul
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