I.E SALO^ DU BARON GÉRARD
Les quatre Renommées montrant le tombeau de Napoléon.
La Peste de Marseille.
Les pendentifs de Sainte-Geneviève.
La Patrie en danger (grand tableau commandé par le gouvernement).
Achille reprenant ses armes.
Ce tableau, l’enfant chéri du peintre, est peutêtre son plus bel ouvrage. Rien n’est comparable à l’expression de la tête d’Achille , à ce réveil du héros pour la vengeance, à ce mouvement dicté par la rage d’Achille qui promet le sang d’Hector aux mânes de Patrocle. Il pénètre déjà les Troyens de terreur et de désespoir. Ce tableau, dont l’action principale et les figures importantes sont faites, peut être achevé sans inconvénient par une main moins habile.
Il faut joindre à cette liste près de cent portraits en pied et deux cent cinquante bustes. Il serait trop long de relater tous ceux de ces portraits qui se recommandent par la parfaite exécution de l’artiste et la célébrité du modèle. On dirait à les voir que les hommes de cette époque ne se croyaient illustres et
les femmes belles qu’autaiit que le pinceau de Gérard j leur avait assuré l’immortalité. |
Le portrait de l’empereur dans son cabinet des j Tuileries, ceux de toute la famille impériale, reste- i ront comme des pages vivantes de notre histoire, et | les portraits de madame Visconti, de la princesse de | Chimay, de madame Récamier, de la duchesse de ! ’V’icenceetdetantd’autres personnes admirables, reste- i ront de même pour constater que ce temps de notre I gloire fut aussi l’époque où l’on vit le plus de belles j femmes en France. 1
Moins on a de gloire personnelle, plus on tâche de s’accrocher à celle de ses amis. C’est pourquoi je ne puis m’empêcher de relater la petite part que | j’ai eue au tableau de Corinne. Un mois avant le con- ; grès, je me trouvai à Aix-la-Chapelle avec madame j U..., qui y était venue prendre les eaux. Là, comme j en exil, comme à Rome, à Paris, comme partout, j
son salon était le rendez-vous de tout ce qu’il y avait j de personnages marquants ou de gens aimables. Le j prince Auguste de Prusse, que j’y rencontrais souvent, me parla un jour du désir qu’il avait de satisfaire au vœu de son amie la baronne de Staël en
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faisant peindre par un grand maître sa Corinne dans un des moments où elle se livre à son inspiration poétique. Ce vœu, que la mort de madame de Staël ne lui avait pas permis d’accomplir, cette œuvre doublement importante par le sujet et par le prix qu’il y voulait mettre, le prince désira en charger David. Tout le monde approuva cette idée, que le talent de David justifiait assez, et que sa position d’exilé rendait généreuse ; mais, je l’avoue, mon amitié jalouse s’aflligeant de voir cette palme ravie aux mains de Gérard, je lis valoir vainement la volonté posthume de maiaine de Staël, son admiration, ses sentiments affcciieuxpour Gérard, qui l’auraient sans doute portée à e choisir pour rendre sa plus noble pensée, pour offrir a douloureuse image d’une fenime de génie, belle, iinante, et sacrifiée sans pitié aux préjugés du aonde.
M.G...fut chargé d’écrireà David, et, le croira-t-on? e grand peintre, qu’un chef-d’œuvre de plus pouvait inienerdans sa patrie, loin de saisir cette occasion, larchanda sur la somme considérable offerte par le î prince, et cela d’une manière si peu digne de l’ar- ' sle, du sujet de ce tableau et du sentiment qui le fai-
sait commander, que madameR..., dont la bonté avait d’abord craint de s’opposer aux intérêts d’un exilé, se joignit à moi pour dire que Gérard n’aurait jamais rien écrit de semblable. Il fut aussitôt décidé qu’il ferait la Corinne. On sait avec quel talent il a réalisé le vœu du poëte et l’intention du prince. L’offrande de ce beau tableau faite à madame *** le rend doublement précieux comme un chef-d’œuvre de l’art et comme un hommage dû à l’amitié de la plus jolie, de la plus aimable femme pour la plus spirituelle de son siècle.
Mais j’ai beau vouloir me distraire de mes regrets en rappelant les trésors de peinture que Gérard nous laisse, il me faut revenir à la dernièi’e visite que je lui ai faite dans ce salon où j’ai passé tant de soirées charmantes, où depuis Viganoni, Garat, Crescentini, mesdames Valbone, Barilli, la belle Grassini, jusqu’à, Tamburini, Lablache, Rubini, la Pasta, la Malibran, la Judith, la Julia Grisi, toutes les belles voix ont retenti, et dont les célèbres Paër et Rossini étaient les chefs d’orchestre ; où Meyerbeer venait recueillir les suffrages dus à ses derniers succès, sans exiger qu’on leur immolât ceux du premier des coinposi-
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leurs modernes ; — salon dont j’ai vu souvent le maître quitter les grands seigneurs, les grands talents avec lesquels il causait, pour aller serrer la main du jeune artiste encore couvert de la poussière de l’atelier, et qu’attirait l’espoir d’obtenir du comte de Forbinou de M. de Cailleux un petit coin du musée pour y exposer le premier-né de sa palette ; salon, dont les vieux habitués jouaient petit jeu en riant, et suspendaient bien vite la partie à la moindre ritournelle que le piano faisait entendre, guettant les doux accents qu’elle promettait, et d’avance sûrs d’en être ravis, car il n’avaient pas à craindre la chance d’un talent médiocre; salon où le comte de Forbin causait avec l’esprit et le bon goût d’un homme du monde, l’intérêt du voyageur et la gaieté d’un artiste, avec les élèves de Guérin, d’Ingres, de Schnetz, d’Isabey, d’Hcrsant, de Granet, de Steuben, de Champmartin, aussi bien qu’avec leurs maîtres ; où Ducis causait autrefois avec Leniercier, Guérin avec Desnoyers, comme hier M. de Humboldt y causait avec le spirituel docteur Koreff, M. Mérimée avec l’auteur de Rouge et Noir, mademoiselle Godefroy avec madame de Mirbel, madame de Bawr avec madame Ancelot,
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SALOiNS CÉLÈBRES.
et M. de Balzac avec tout le monde, car chacun voulait jouir de son esprit si animé, de ses récits fantastiques, et de sa gaieté scintillante.
Il est à remarquer que dans ce salon, ouvert depuis si longtemps à toutes les opinions , à toutes les rivalités, jamais la discussion n’y est dégénérée en dispute, et pourtant il y régnait un grande liberté d’avis et de conversation ; mais c’est qu’un intérêt nouveau y captivait toujours l’attention générale.
Tantôt c’était une gravure qui venait de paraître, ou le dessin copié d’après la dernière mosaïque déterrée à Pompéi ; tantôt c’était l’échantillon d’un procédé inconnu jusqu’alors, qui imitait le relief des médailles ou perfectionnait la lithographie, ou bien c’était l’arrivée de Champollion qui racontait l’Egypte; c’était M. de Pouqueville qui faisait frémir tout le salon en redisant ses entretiens familiers avec le pacha de Janina ; c’était l’ami du malheureux Jacquemont, qui nous attendrissait au récit du convoi moitié anglais, moitié indien, de notre intéressant voyageur. Puis c’était M. de La Ville qui revenait tout simplement de la Comédie française , et nous faisait l’analyse de la pièce nouvelle qu’on venait d’y
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jouer, et cela avec tout l’esprit d’un homme qui sait lui-même écrire la comédie mieux que personne , enfin, dans ce salon, la pensée n’était jamais vague, l’esprit jamais oisif, et l’habitude de s’occuper des choses y rendait fort tolérant pour les travers des gens. On médit peu lorsqu’on a do quoi dire.
J’étais, il y a quinze jours, dans ce salon, c’était la première fois que j’y revenais depuis la maladie dont j’ai failli mourir il y a quelques mois , et pendant laquelle Gérard m’a donné tant de preuves d’intérêt. Je l’entends encore me remercier de n'être pas morte, ce sont ses propres expressions. Il me paria de ses projets pour ce printemps, du plaisir qu’il aurait à me montrer les pendentifs de Sainte-Geneviève qu’il avait eu le bonheur d’achever. En effet, lorsqu’il fut malade, l’an dernier, il était si tourmenté de la crainte de ne pas vivre assez pour accomplir à lui seul ce grand ouvi'agc, (pi’il avait conjuré ses amis de détruire ce qu’il en avait déjà fait, préférant voir mourir avec lui sa pensée que de la supposer embellie ou affaiblie par une autre main ([ue la sienne.
Nous parlâmes aussi du retour de M. Mimaull, des précieuses antiquités qu’il raonortait d’Égypte; Gé-
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rai’d me témoigna une vive impatience de les voir et de connaître l’homme distingué qui les avait recueillies, et qui avait si bien tourné au profit des sciences et des arts la protection, l’amitié du pacha d’Égypte. Je me chargeai de l’invitation de Gérard pour M. Mimault, qui m’avait aussi parlé du plaisir qu’il aurait à se trouver avec le savant artiste. Le jour fut choisi : c’était pour le mercredi prochain... Et la mort était là, riant de ce projet, et s’apprêtant à frapper l’iin et l’autre.
Et pourtant j’étais rassurée sur la santé de Gérard par mademoiselle Godefroy, par cette précieuse amie qui a consacré sa vie à remercier Gérard du beau talent qu’elle lui doit ; elle m’avait dit qu’il travaillait à son grand tableau, et, comme son art était son existence, dès qu’il pouvait s’y livrer, je ne le croyais plus en danger ; aussi lui ai-je répondu avec le sourire de l’incrédulité lorsqu’il m’a dit, à propos de son désir de voir M. Schnetz à l’Académie ; « Puisque ma voix lui est inutile, je lui répéterai ce que Gros disait à Abel Pujol : Tout ce que je puis faire maintenant pour vous, mon ami, c’est de vous donner ma place. »
LE SALON DU CARON CÉRARD. IL'J
Ce sont les dernières paroles que j’ai entendues de lui; et j’étais encore là hier à la même place où il me les a dites, dans ce salon où tout porte son deuil!... Conduite par madame Gérard, dont l’unique consolation est de parler de celui qu’elle pleure, j’ai voulu revoir ce bel atelier où tout semble l’attendre encore, où il peignait quatre jours avant sa mort. L’échafaud qu’il gravissait pour finir le ciel de son tableau est encore là ; voici sa boîte à couleurs, ses pinceaux, tout est prêt à le recevoir; voici la craie qui lui a servi à esquisser son beau lévrier au coin de cette toile déjà couverte de personnages dont les expressions dramatiques rappellent les grandes fresques italiennes ; on dirait que, fatigué de tracer tant de figures imaginées ou inconnues, le peintre s’es, réservé , comme un délassement, le plaisir d’introduire dans cette œuvre immense le portait d’un amit
Près de ce grand tableau est un Christ au regard divin, nouvellement achevé et destiné à M. de Genoude.
Puis un beau portrait du général Hoche.
Une copie réduite à la dimension d’un tableau de chevalet de la grande scène du sacre de Charles X.
Et un portrait frappant de la duchesse de K..
SALONS CÉLÈItRES.