‹ Salons CélèbresChapitre 6 sur 16 · FATUITÉ MODERNE · texte numérisé non relu

FATUITÉ MODERNE

Il est (les maladies perdues , telle que la pituite vitrée , et quelques autres dont la médecine déplore l’extinction avec une naïveté comique ; mais les maladies de l’esprit restent au complet, et nous n’avons pas à regretter la perte d’aucun des défauts dont la nature ou la civilisation dotent si richement l’humanité : témoins les caractères de Théophraste, les portraits en grand de Plutarque, les calques de La Bruyère, les tableaux vivants d’Aristophane , de Té cence , de Molière et la collection moderne de nos jeintres de mœurs.

Il résulte de cette constance inaltérable dans les vices et les travers une monotonie désespérante pour les observateurs et les délateurs de faiblesses humaines. N’ayant pour ressources que des nuances presque imperceptibles , et quelques changements de costumes , ils en sont réduits à débaptiser leurs modèles. L’avare de Térence devient le père d’Eugénie Grandet; Werther s’appelle Chatterton; Valmont, Ramière; Volmar, Jacques; et malgré tout l’esprit employé à ces travestissements , on reconnaît encore trop le modèle. C’est donc un service à rendre à nos Théophrastes modernes, que de leur signaler, à défaut de caractères nouveaux , le déplacement de certains travers qui donne à la société un aspect particulier, et peut fournir à leur génie critique des remarques piquantes.

La fatuité, par exemple, a existé de tout temps; et depuis Actéon , que Diane en a singulièrement puni , jusqu’à Monaldeschi, dont le châtiment atroce n’a corrigé aucun des aimables fats du temps de Louis XIV et de la Régence, ce défaut, dont l’origine se perd dans la nuit des temps , a subi de nos jours de grandes mutations.

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