I. Ne fais pas ce que je fais
IL Ne fais pas ce que font les autres.
IlL Tu ferais ce que fit Raphaël autrefois, tu n'aurais aucune existence. Suicide.
IV. Fais ce que tu vois et ce que tu sens, — ce queHu voudras.
L'aboutissement de ce /^7ra/o^t<«revient'doncau précepte de l'abbaye do Rabelais, et aussi à la morale de l'Evangile : Ne faites pas aux autres ce que vous ne roadriez pas qui vous fût fait. Assurément vous ne voudriez pas que Courbet vous fît un Flandrin, et j'ai confiance que sa moralité artistique l'empêchera dé faire jamais rien de pareil.
M. Victor Mùller ne ressemble point à Courbet. Dans fferù et Léandre, d'après une poésie de Schiller, il ressemble un peu h Delacroix. Dans une autre peinture^ également tirée d'un poëme allemand, Hartmuth de Kronenberg se séparant de sa famille pour aller en guerre, il 2ie ressemble à personne. Dans un portrait d^homme en pelisse, il ressemble à la nature. Dans un portrait da
yGoosle
J^ÎJ^ITION SE 1867. 4%
femme, il ressemble un peu à Goya. Mais finalement on est toujours le fils de quelqu'un et le descendant de plusieurs. Il est difficile d'être coloriste et amoureux de la nature, sans rappeler^ par des impressions sincères, Gorrége ou Titien^ Bubons ou Rembrandt, Yelazquezou Goya, Watleau ou Delaoraix.
Les deux figures de Héro et Léandre sont jetées sur le rivage dans un sentiment très-dramatique. Le ton des chairs a cette pâleur bleutée qu'on admire dans les damnés qui s'accrochent à la barque du Dante d'Eugène Delacroix. Le Hartmuthde Kronenberg est dans un style et une tonalité tout diilérents* L'élégance et la finesse ^ du dessin, la délicatesse du coloris, le clarté du paysage, dénotent une élude faite en plein air, sans parti pris d'avance, si ce n'est d'allier le caractère historique à la nature. Dans le portrait d'homme, les mains sont trèsbelles.
M. Fuessli a de la réputation comme portraitiste. En général, ses portraits sont noirs et ils pastichent un peu les anciennes peintures. Mais dans l^tableau d'intérieur où sont réunis trois portraits de grandeur naturelle, le père et la mère, assis sur un divan, la jeune fille, debout, en caraco rouge, le peintre n'a cherché que la vérité naïve • il Ta trouvée. C'est lumineux, Irçinquille, très-réel et très-attraj^ant.
L'influence de l'école deDiisseldorf se trahit chez'plusieurs peintres de genre, de même que nous trouverons dans le Nord l'influence de l'école do Munich. M. Zimmermann, dans un Cortège nuptial, M. Grûnewald, dans Apre» la- grêle j Ont, comme les peintres de Dûsseldorf, du naturel, de la gaieté, de l'esprit quelquefois dans là
yGoosle
mimique, de l'adresse pour attifer leurs personnages. Plusieurs paysagistes se rapprochent aussi de M. Achenbach, ou même de feu Calame le Genevois. Qaelt|uesuns, comme M. Lier, dans son paysage d'automne » M. Stademann, dans un paysage d'hiver, arrivent aux effets poétiques. Un excellent «tableau de M. Hofer représente une Forge en TyroL M. Hofer a la finesse des anciens maîlres hollandais autour de Wouwerman, et il doit plaire aux amateurs de la peinture consciencieuse. Où s'est formé M. Frédéric Vollz, le peintre d'animaux? Je ne sais. On dirait qu'il a étudié Troyon. Son Passage du gué est franchement peint et les animaux sont bien charpentés. Le Retour du troupeau, en collaboration avec M. Schleich, qui a aussi exposé quelques bons paysages, peut rivaliser avec les œuvres des meilleurs peintres d'animaux dans les autres écoles contemporaines.
La doctrine des contours a régoé dans toute TAlIemagne, au nord comme au sud. Il no faut pas oublier que Cornélius^ né à Diisseldorf, est mort à %^lin, après avoir trôné à Munich. Ses deux '^ carions sont même exposés dans la catégorie prussienne. M. de Kaulbach également a dépensé son génie à Berlin comme à Munich et ailleurs. L'art avait ainsi réalisé par avance une sorte d'unité germanique.
Le « grand art » cependant n'est guère représenté dans les salles de l'Allemagne du Nord, Après ces car-;
yGoosle
tons de Cornélius, les cartons coloriés de M. Pfannenschmidt, un Orphée àç^ M. Magtius, professeur à Berlin, une Madeleine auprès du Okrht mort, par M. Julius Hùbner, professeur ♦Dresde, quelques scènes historiques et quelques batailles (je suppose que la bataille est du grand art), on ne trouve que (jes tableaux de genre et des paysages.
Ah I ce n'est plus à Diisseldorf le beau temps de M. de Schadow et de M. Bendemann, qui s'inspiraient de la Bible ou de la mythologie. Diisseldorf s'est retourné vers la vie contemporaine et même populaire. Est-ce un progrès? Comme tendance, je le crois. Mais il y a un malheur qui tient à la solidarité même de celte écolo : à Diisseldorf ils vont tous d'ensemble comme une troupe disciplinée. L'exercice à la mode, ils le font avec une émulation mutuelle, avec une ponctualité irréprochable. Ils travaillent comme un seul homme. Ils faisaient autrefois les mêmes madones et les mêmes saints. Ils font aujourd'hui les mêmes campagnards, les mêmes ouvriers, les mêmes enfants, les mêmes bibelots et accessoires, de la même manière absolument. Aussi est-il difficile de distinguer entre eux les artistes consacrés au même genre. On dit bien, et tout de suite : Ecole de Diisseldorf. Après ? et l'individualité du peintre ?
En paysage aussi, la* communauté est évidente. Deux paysagistes partent de Diisseldorf; l'un va en Norwége, Tautro en Italie. Ils rapportent tous deux lo jnême tableau. Seulement le paysage de Norwége est gris, le paysage d'Italie est jaune.
Étes-vous pour la communauté ou pour la liberté personnelle et pour l'originalité ?
Toutes ]es académies^ toutes les écoles strieiement . constituées eut le môme inconvénient, il est curieux et instructif de voir exposés à l'école des bëaux-arts de Paris les prix et les envois de Rlimo depuis plus d'ufi dem'i-Biècle. G^est invariablement le même tableau : su^ jet, composition, exécution. Trois ou quatre modèles déshabilles^ qui se nomment, à tour de rôle, Ulysse, Achille, Jacob ou Bélisaire.
Le tableau de M. Jordan, professeur à Diisseldorf, V Inhumation d'un enfant^ ap{)arlient à la riche galerie de M. Ravené, à Berlin. La touche est sèche^ la coloration rougeâtre ; les pcrsonnagesT semblent en bois. Un tableau de M. Fay représente des Pèlerins endimanchés. M . Lasch a deux tableaux r la Fête du vieux maître d'école et un Retour de kermesse.
Toutes ces peintures se vendent assez cher. La plupart des peintres allemands ont d'ailleurs le soin de faire mettre sur le catalogue le prix demandé pour les tableaux non encore vendus. Chiffres respectables en général : M. Bruçke, de Berlin, taxe à 15000 frj^ncs un Christophe Colomb assez drôle; M. Eschke, de Berlin, à 3 000 francs une Vue du Jourdain « au point où le baptême de Jésus- Christ a eu lieu»; une pareille découverte vaut bien mille écus, et M. Renan devrait acheter ce paysage évangélique. Un Christ de M. -Plockhorst, de Weimar, est à 8 000- francs ; la Madeleine de M. Hùbn^r, de Dresde, à 11 250 francs; une Sépulture de, Jésu$ Christ, par M. Roeling, de Diisseldorf, à 6 500 francs; un Steeple-chase, par M. Steffecjc, de Berlin, à 6Q01) frattcs. Paris ne donnerait pas ee^ prix-là. J^ les souhaite à nos amis les artistes d'outre-Rbi^,. *
yGoode
ËXK)S1TI0N DE 1867. 4t7
Le perntré qui vend le plus cher en Allemagne est, j@ pense, M. Knaus : on parle de 20, 30, 40000 francs ; les prix de Meissonier! les prix de Rembrandt I Le cours relatif des tableaux anciens et des tableaux modernes ost bien singulier. Pour 40000 francs on ferait une galerie de tableaux des vieux maîtres, si Ton n'ambitionnait pas les chefs-d'œuvre de premier ordre.
M. Knaus, comme Meissonier et quelque autres, approche d-ailleursde certains maîtres d'autrefois. Il a un peu de Téniers dans l'adresse de la touche et la justesse de lâ^imique. Economie de pâte ; Qe légers accents sur des .frottis ; point de consistance, mais l'esprit de la sûperûcie. Une aquarelle y suffirait. M. Knaus a surtout les facultés d'un observateur. Il met ses acteurs en scène précisément comme il faut, après les avoir bien choisis pilleur donne l'attitude, le geste, la physionomie qu'on saisirait sur la nature, si le spectacle était réel. Son tableau exposé au salon des Champs-Elysées, l'A/- . tesse en voyage, était réussi. Le prince et ses aides de camp, le maître d'école et les enfants de tout âge, les bourgeois du village et les paysans, qui regardent passer Son Altesse, on les connaît déjà pour les avoir vus en pareille occurence.
A l'Exposition universelle, M. Knaus a sept tableaux, •les meilleurs du genre dans les salles prussiennes. Aussi â-t-il eu la médaille et même la croix d'officier. Les Allemands sont en veine, et la France ne leur refuse rien. M. Knaus a d'ailleurs travaillé à Paris, et, je crois, d'abord à Diisseldorf, avant de s'établir à Wiesbaden.
Lq Saltimbanque avait déjà paru au salon de 1863, à JParis;' Vln^itkf nous l'avions v« aiussi dans quelque
yGoosle
exposition alletnande ; cette peinture est si finement terminée, que les moindres détails sautent aux yeux, comme dans une œuvre de Denner. J^aime mieux la Petite Paysanne qui cueille des fleurs. C'est frais, léger, poétique^ charmant. La Femme jouant avec deux chats est grassement peinte, presque comme un Metsu ; les bras et les mains ne sont pas trèsdessinés^ mais le cbat^ vu de dos, dégage de Téleclricilé. La Souricière — une femme, son enfant et un apprenti regardant une souris prise — fait un peu penser à Wilkie, si fin d'expression, si délicat dt touche et de coloris. Les P9f/sans réprimandés par leur curé tiennent davantage à Técole de Diisseldorf, et la personnalité du peintre y est moins accusée. Enfin les Petits Cordonniers, échappés de Tatelier et jouant aux cartes, sont très-spiriiuels et très-amusants.
M. Heilbuth, le Hambourgeois devenu Parisien, a ses deux tableaux du salon de 1865 : V Absolution du péché véniel, appartenant à l'impératrice de France ; le Cardinal romain, qui monte en carrosse, appartenant au marquis de La Valette ; la Promenade sur le monte Pincio^ dû salon de 1863, et un petit tableau de deux Capucins qui causent. M. Heilbuth aussi est excellent pour les allures comiques de sa gent cléricale.
Un peintre bien regrettable, c'est M. Schmitson, mort à Berlin récemment. Nous nous rappelons ses Chevaux tartares et ses Chevaux à l'abreuvoir, exposés au salon de 1861. Le tableau qu'on voit à Fexposition du Champ de Mars représente une ' émigration de Cavales hon-groises. Un Hongrois à cheval traverse un cours d'eau ; suit une bande de juments et de poulains qui s'ébattent
yGoosle
sou9'le ciel orageux. M. Schmitson connaissait en sportsman le cheval libre, farouche, dans les contrées où le paysage n'a pas perdu non plus le caractère un peu sauvage. Cette belle peinture appartient encore à la galerie de M. Ravené, ainsi que la marine, Port d'Ostende, par M. André Achenbach, laquelle est également une œuvre puissante et très -caractérisée.
Lorsque M. Achenbach peint des vues de montagnes et do forêts, de pays accidentés, je le soupçonne d'arranger un peu la nature pour lui donner un air majestueux, quelque chose d*épique et qui provoque la pensée. Composer un paysage est toujours dangereux. La nature seule compose mieux ses tableaux que Nicolas Poussin. C'est surtout dans la peinture du paysage qu'il faut être naïf, spontané, vivement impressionnable. Les modernes paysagistes français Font bien prouvé dans leurs pein* tures sans prétention autre que d'exprimer ce qu^on ressent devant un bel aspect des^ campagnes.
Cette fois, en présence de la grande mer toute seule, un peu sombi^o par un temps d'orage, M. Achenbach semble avoir été entraîné et maîtrisé. Toutes ficelles rompues, il a peint ce qu'il voyait avec émotion, les flots, les flots battant un coin de digue, comme pour envahir la terre. Ce tableau doit avoir été exécuté d'après nature, comme une étude sincère, où le peintre ne songe qu'à se satisfaire, S:ans préoccupation des amateurs plus ou moins intelligents.
L'autre peinture de M. André Achenbach, immense Vue d'Amsterdam, paraît fort exagérée dans l'effet de lumière. Le contraste entre les premiers plans et les coups de soleil qui dorent d'un ton jaune d'œuf les toits
yGoode
:4a0 JrxmDITlON 08 i8S7.
de maisons éloigpéas no paraît pas très franc. Cotte qualité de lumière métallique, je ne Tai jamais remurr .quée en HoUaodo. Il doit y avoir là quelque ressouvenÂr involonlaire du pays napolitain.
• C'est à ritalie que s'est voué M. Oswald Achenbacli, Irère de M. André* Le seul tableau qu^il ait exposé oH une vue prise dans la montagne d'Albano, près Rome. : Je passe 1^ Cinq Sens de M. Schlesinger, qui habite Paris. Cet assemblage dans un même cadre de cinq coxjotles, lune sentant des fleurs, Tautre grignotant un fruit, Tautre lorgnant quelque gentleman, l'autre écotti^nt une confidence, Taulre palpantje ne sais quoi, rappelle les lithographies coloriées qu'on admire aux vitres des marchands d'estampes. Inutile aussi de revenir aux sIBPutons de M. Schenck, élève de M. Cogniet et deaiearap^l à Ecouen, et de M. Brendel, élève de Jacque et citoyen de Barbjzon. Mais on peut mentionner» en pas^ sant, des Bœiifs au laboufy par M. Ookci, de Berlio^f peinture un peu sèche, mais bien étudiée en plein air. ; jLe « professeur du roi », M. Oraeb^ membre des «ca» défmies de Berlin et d'Amsterdam, a exposé un assez boa intérieur d'église, avec le tombeau des comtes de Mansfeld, tableau appartenant à TAssociation d^ amis de l'art en Prusse. Un autre académicien, M. Menzel, a peint pour le roi Guillaurœ un souvenir de la vie de'Frédérie le Grand. Un académicien de Kœnigsberg, M. Pie-» trowski, a risqué une scène de la Révolution française, les commissaires de la Con<rcntion séparant Marie-Antoinette do sou Dauphin. M. Pietrowski, Polonais sans dqute^ aurait pei^i-ôtre.plus de talent s'il^iùspirait do ^histoire deson ps^s : une belle allégorié^es ixartagas
yGoode
EXPOSITION DE lè&iV 464*
d&U Palôgne >* qtïèlqiie chos^e comioe la Leçon d'ariatamie de Bembrandt, mais avec trois opérateurs autour d'un tapis vert. Je lui propose ce sujet impartial, en compensation de son pamphlet contre lesrévolulionnairesfrançais. M. SchoUz,. de Dtesdo, a peini\e Banquet des ^ généraux de Wallenstein^ àPilsen, en 1634. Parm^lheur, laâcène se passe à la lumière d'un lustre, qui a entraîné . l'aujteur dans «me coloration jaune et fausse. Outre sa- Madeleine auprès du Christ mort, M. Jullus Hûhner a composé un grand tableau représenlaiit la Dispute mire Luther et le docteur Ech, à Leipzig, en 15Î9. M. Ujubner est poète et littérateur en même temps que peintre, et 11 a4ïublié une série de sonnets sur les chefs-dteuvre deson musée de Dresde, dont il a rédigé le catalogue avec ^ uûB érudition. Irès-atlentive. Le tableau de Luthermanque d'effet général. Dans le tableau dolàA/^-^ leme, le corps du Christ étendu par terre est modelé s«h' vamment et finement.
M. Henneberg, de Brunswick, a traduit avec ^neénergie Jrès-fanlastique la ballade du Féroce Chasseui\ M'éPoble, de Leipzig, est assez coloriste dans une OphéHà, Un tableau de M. Wolkmar, des É migrants ôat\$ un bateau, appartient au roi de Prusse. Un petit tableau asseznaïf do M. M(7erheim appartient à M. Ravené. M. Charles Becker- tient un rang distingué parmi lés peintres de gejire, quoique son exécution soit un peu lourde. On rè*. garde beaucoup son Carmii;^/ rf^ Venise ^i \e Lendemain, d'un bal. . ^
Après MM. Achenbach, il n'y a guère de paysagistes à di&e. Un Claiv de lune sur la côte de Suède, par M. Dou- zalte^ une 'Piète d'eau^ par M. Chartes Hoguetj «ortên-^
yGoode
43â jgCPOSITION DE 1867.
un peu du commun. Ce sont pourtant de beaux motifs qu'une Forêt vierge de rAmérique, la Forêt Noire^ un Village suisse^ làPtazzetta de Venise, le Golfe de Naples^ etc.; mais ils n'ont pas porté bonheur aux artistes qui ont essayé de les rendre. Il tt'est pas nécessaire d'aller chercher au loin la splendide nature. Je connais de grands paysagistes qui n'ont jamais voyagé que de Fontainebleau à Compiègne, et je suppose que Ruisdael et Hobbema ne se sont jamais beaucoup écartés des environs de Haarlem et d'Amsterdam.
Les portraits n'ont pas grand aspect non plus. M. Oscar Bégas^ ûls (7) de M. C.-J. Bégas, ancien peintre du roi de Prusse, est faible dans sou portrait d'une cantatrice de rOpéra de Berlin. M. Frédéric Kaulbach, professeur à Hanovre, est froid et mince dans ses portraits.de comtes et de comtesses; il a cependant une science réelle et souvent de la distinction; nous n^ avons point oublié son excellent portrait de M»"® Elisabeth Ney, au salon de 1865. M. Gustave Richter, professeur à Berlin, après avoir étudié, je crois, chez M. Léon Cognret, senable chercher le charme des portraitistes anglais, et son portrait déjeune garçon rappelle un peu, par Tatlitude et le sentiment, le fameux Master Lambton de sir Thomas Lawrence.
Les Prussiens ne brillent pas dans la bataille — en peinture. Quelques épisodes de la guerre en Danemark, péniblement exécutés, ont été acquis par leroi Guillaume et le prince royal de Prusse.
L'Autriche marque peu à l'Exposition, où cependant se trouvent réunis destableauxappartenant au Musée de Vienne, à la belle galerie du comte Czemin, à la.
yGoode
princesse Lichtenstein, à Tempereur, au duc de Saxe- Cobourg^ etc.; œuvres d'académiciens plus ou moins renommés, MM. Charles Blaas, Amerling^ Engerth, Friedlander, de Fùhrich, Hansch, Halzer, Lofler, Selleny, Waldmùller, Wurzinger, Albert Ziçnmermann, etc.
Ce qu'on regarde le plus, c'est le portrait équestre de rEmpereurd'Aulrichc, par M. vonThoren. L'empereur, en costume militaire, monte un cheval marron, vu de proûl. Sa tête est assez fine, mais M. von Thoren, n'est pas habitué à peindre des personnages de grandeur natur'felle, et l'ensemble de la figure n'a aucune consis tance. Lui qui fait si bien les chevaux en petite proportion, il a dû sentir aussi son impuissance à charpenter et à modeler ce grand cheval d^apparaU Les membres sont en bois d'acajou, et sans ressorts. Point de perspective : les aides de camp qui suivent l'empereur, à peu de dislance, sont tout petits. Les pians du paysage ne sont point accusés. Manque^ d*air et de lumière.
M. von Thoren a exposé, de plus, un petit tableau intitulé : //s vienne»// Deux Hongrois à cheval guettent un ennemi derrière un pan de colline. Excellente peinture, fine et spirituelle comme la peinture de M. Fromentin, avec plus de solidité.
Le public s'arrête aussi devant une grande image prétentieusement dramatique, qui lui rappelle sans doute les toiles coloriées qu'on suspend au fronton des théâtres du boulevard comme enseigne de représentation des drames féroces. Il s'agit cependant d'une scène sympathique, analogue au sujet que je recommandais tout à l'heure à M. Pietrowski : une Séance de la diète de Varsovie en 1773, c'est-à-dire un peu après le premier
partage de ce malheureux pays. On sait quelle longue tempête suivit ce coup de foudre politique. Vaincs protestations des vaincus I Quelques députés ont beau déchirer leurs vêtements et se rouler sur le* parquet, regardez vers la porte qui s'ouvre : la force soldatesque va entrer! Ceut qui n'aiment pas les 18 brumaire et autres dates néfastes se laissent empoigner par l'intérêt patriotique, et notre ami Paul Mantz^ assez difficile d'ordinaire, vante dans la Gazette des beaux-arts cette généreuse composition, — d'une couleur malsaine et horrible. Toutefois il a le soin de protester contie « le système de coloration de Matejiko, qui ne trouve sur sa palette que des tons lilas, violets, vineux^ bleuissants, quelques teintes d'un blanp rosé formant les lumières. » Mettons que le sentiment est très-louable, niais que le tableau est mauvais.
Parmi les peintres de batailles, on peut noter feu Lailemand, l'aîné, conseiller de l'Académie, et son frère Sigismond Lallemand, le jeune, qui ont une certaine vivacité. Leurs tableaux appartiennent naturellement ^ l'empereur François-Joseph, ainsi que les autres batailles qui rappellent la gloire militaire de la vieille Autriche.
£n paysage, nous n'avons remarqué qu'une Forêt hongroise^ avec un bon coup de soleil, par M. Auguste Sch«ffer, de Vienne.
Les portraits par M. Slrolzberg, l'archiduchesse Annunciata, la duchesse Thérèse de Wurtemberg, valent à peu près les portraits par M. Cabanel. Un portrait du prince de Windischgraetz, par M. Amerling, est faiblement peint, mais il y a de Toriginalité dans une égure d'Ophélïa, par le même artiste.
yGoosle
EXPOSITION DE i867. 435
Il convient de ûe pas oublier que M. DeirAcqua, qui habite Bruxelles» & exposé deux tableaux.
La Suisse s^est accordé le luxe d'un petit pavillon séparé, tout comme les Bavarois, les HoUandïiis et les Belges. La Suisse à des montagnes et des lacs^ mais elle n'a pointde peintres. Ce n'est pas sa faute. Aucun peintre dans aucune école, n'a jamais su faire les montagnes. Pourquoi ? Je ne sais. Mais les Suisses, au lieu d'essayer le paysage, pourraient représenter les mœurs simples et cordiales de ce petit peuple si franc dans son ingénuité primitive. Ce serait d'un bon enseignement pour les nations — trop — civilisées.
C'est aux peintres russes qu'il faudrait prêcher l'ori-f ginalité. Un peuple tout neuf à la civilisation !
Jusqu'ici la peinture n'a été en Russie qu.'une importation étrangère. C'est la France qui, sous l'impératrice Catherine, inspirée par Diderot, fournit d'abord des artistes à Saint-Pétersbourg. Pendant la seconde moitié du dix-huitième sièclg, l'art est français en Russie: peinture, statuaire, etc. Ensuite il se tourne vers l'Italie et s'y égare pendant la première moitié du dix-neuvième siècle. Nous avons raconté ces commencements de Técole russe, lors de l'exhibition internationale de Londres en 1862. Il y avait là une série de tableaux russes trèscomplète, depuis Dmitry Lewitzki, né en 1735, jusqu'à M. Bruni, aujourd'hui encore directeur de l'Académie des beaux-arts à Saint-Pétersbourg.
yGoosle
A rexposîtion universelle de Paris en 1855, la Russie n'avait rien envoyé, — pour cause belliqueuse. Cette fois, les tableaux russes sont au nombre de soixante-trois, seulement. La plupart appartiennent au Musée de l'Académie de Saint-Pétersbourg^ au Musée de Varsovie^ à Tempereur Alexandre II, au grand-duc Nicolas, à la grande duchesse Marie; les autres à des amateurs^ MM. Tretiakoff, Narishkine, Soldatenkoiï, etc.
Le tableau le plus remarqué est la Mort légendaire de la princesse Tarakanoff^ par feu Constantin Flavitsky. Est-ce une légende, est-ce de Thistoire, que là mort de cette princesse dans son cachot inondé ? Les Russes n'osentpas tropdire ce qu'ils penscntde ce drame mystérieux. La femme, debout sur sa couchette et accotée contre la muraille, s'évanouit de terreur. L^eau monte, monte, et lui touche presque les pieds. Le cachot est comme un puits qui va se remplir jusqu'à la hauteur d'une petite lucarne, plus haute que la femme^ déjà verdâtre et qui sera noyée. C'est navrant à voir. La tête est d'un sentiment exquis, la poitrine est modelée avec une délicatesse très-savante, les draperies et les accessoires sont largement peints, le clair-obscur est parfait. M. Flavitsky doit avoir étudié dans nos écoles f^ccidentales. Son talent est un mélange des tendances poétiques d'Ary SchefTer et de l'ample exécution de Gallait.
M. Joseph Simmlér semble aussi procéder des mêmes maîtres, avec une dose de Paul Delarocho. Il a représenté la Mort de Barbe Hadzivili, épouse de Sigismond- Auguste, roi de Pologne : une femme en blanc, dans un lit blanc. Cette pâle harmonie fixe le regard au centre de la composition. Beaucoup de sensibilité; un effet
yGoosle
EXPOSiTi(»v DE 1867. 487
très*juste. Le même artiste a peint un portrait de femme très-distingué ; figure entière de grandeur naturelle. Ces deux tableaux sont datés de Varsovie.
Les œuvres de MH. Fiavitsky et Simmler n'ont rien de russe, et, si elles étaient accrochées dans une galerie française, elles ne trahiraient aucune origine étrangère. I^es cartons de M. Bruni pour Téglise Saint-Isaac, à Saint< Pétersbourg, n'ont également aucun caractère du pays et de son génie propre. M. Bruni est resté Italien, comme les autres dessinateurs de contours. Les cartons faits pour Munich, pour Anvers, pour Saint-Pétersbourg, pour Paris .pu pf^ur Rome, on les échangerait les uns contre les autres, que personne ne s'en apercevrait. Voilà un art cosmopolite et peu original !
Le Russe very genuine est M. Basile Peroff, que nous avons déjà cité à propos des Américains. Il est Russe par < les images qu'il choisit, par la manière dont il les corn- ' prend et les exprime, par l'exécution même,1oute naïve, comme s'il n'avait jamais vu la peinture des autres écoles. Il semble qu'il ait cherché tout seul ses procédés et qu'il se lance proprio motu, comme un pape, ou comme un sauvage. Il n'est pas adroit, mais il est convaincu et hardi dans son inexpérience.
V Enterrement de village montre un traîneau tiré par un maigre cheval ; sur le traîneau un cercueil^ sur lo cercueil une paysanne assise^ et de chaque côté un enfant couché. Le mort et les vivants s'en vont ainsi pêlemêle vers quelque fosse creusée dans la neige. Quel groupe morne! La pauvre veuve et ses deux petits faisant tout seuls l'office des funérailles I Je n'oublierai jamais Ce tableau^ plus humain et plus triste que le
yGoosle
Convoi suivi (Tun caniche : dans ce fameux tableau de Vigneron, il y avait, du moins, le corbillard pour représenter la société ambiante.
La Troïka, c'est le tilre dHine composition oh trois enfants du peuple tirent péniblement un traîneau chargé. Ça rappelle ce mot d'une pauvresse à une autre, dans les Mystères de Paris ^ d'Eugène Sue : — Toi, tu n'a p^ été altclée I
La vie est rude en Russie^ comme ailleurs^ pour les classes misérables. Ces pauvres enfants ont un visage crayeux, bleui par le froid. Ils tirent tant qu'ils peuvent, avec une résignation inconsciente*. Lagrs y^xxx vitreux n'ont point de regard. Â quoi pense-t-on quand on est attelé?
Je vais vous dire, à présent, que ces tableaux qui donnent une vive impression sont très-mal peints. Ah I le bel art qu'on pourrait faire avec Thabileté consommée de nos peirflres français, — s'ils avaient le sentiment de l'humanité et de la nature l
Un troisième tableau de M. Peroff, \^ Peintre amateur, n'ayant aucune signification, ne sauve point par Taccent du caractère la faiblesse du praticien. Un quatrième, le Premier Uni forme ^ scène comique où un tailleur prend mesure à un maigre gaillard appelé au service,, ne manque pas d'esprit dans les gestes et les physionopaies. Le cinquième, un Joueur de guitare, est assez fin de couleur et d'expression.
Un paysage puissant «t original, Soirée d^hiver en Finlande, par M. Metschersky, doit bien traduire l'aspect de ces contrées où la domination de l'homme n'entame guère les sauvageries de la nature. De la nei^e/de ]^
yGoode
g1ac6^ un ciel plein de tempêtes, et^ sur la pointe des arbres et des roches abruptes, nn coup de soleil rouge comme le feu. C'est grandiose et très-poétique.
M. Soukodolski semble également très-sincère dans la Vue d'un village du gouvernement de Kalougha. On y sent, comme dans le paysage do Metschresky, l'impression personnelle. Point d'arrangement préconçu en dehors de la réalité. Voici un village russe, et tel village, non point un autre.
M Bo$<oliouboiï est un mariniste habile et qui fait les mers du Nord sans s'inquiéter de la manière dont on fait la Méditerranée ou TAtlantique. Pcut-ôtro a-t il vu seulement quelques marines d'Achenbach. Le meilleur de ses six tableaux nous paraît être la Flottille de Pierre P' jetée par une tempête dans les roseaux du golfe.
La Bataille de Pultava, par Alexandre Kolzebue, vaut certainement les batailles peintes par les machinistes de cette spécialité dans les autres pays. Elle appartient à l'empereur Alexandre, ainsi qu'un curieux tableau de M. Willewald, Schamyl faisant sa soumission.
Je ne trouve point au catalogue une excellente série d'aquarelles signées aPierre Sokoloff, Saint-Pétersbourg, 1867 x>. C'est d'une facture large, d un dessin hardi et sûr, d'une coloration fine et originale, et surtout d'un caractère accentué dans les types et les mouvements. Charkt ou Decamps ne faisait pas mieux.
Il convient aussi de donner un souvenir à un jeune artiste de vingt ans, M. Nicolas Mossoloff, qui, par plaisir et en tout désintéressement, reproduit à Teauforte principalement les Rembrandt de l'Ermitage.- fi a gravé aussi une des Femmas de Rubens, que la Gazette
yGoode
des beatut-arts a publiée. On voit à TExposition plusieurs dp ses dessins et de ses eaux-fortes.
La Suède et la Norwége ont une écolo, — trop attenante, malheureusement, à celle de Diisseldorf. Je suppose que les jeunes Suédois et Norwégiens vont se former là, dans ce milieu d'ailleurs artiste, où la kunstwerein des peintres a conquis uue grande importance. Les méridionaux se déforment à Rome : les septentrionaux, à . Diisseldorf. Diisseldorf vit de son école, comme Ba^en vil de ses jeux, comme Rome vit de ses souvenirs. Le curieux est que les paysagistes de Diisseldorf vont souvent prendre des vues Scandinaves, quand ils ne vont pas en [tall«, comme M. Oswald Achenbaçh.
Je passe donc quelques paysagistes , entre autres M. Berg, dont le talent rappelle à la fois Diisseldorf et M. Calame, pour mentionner que le roi Charles XV ne croit pas déroger en quittant le sceptre (vieux style) pour* le pinceau. Le roi de Porlugal aussi compromet ses mains augustes (style latin) en promenant une fine pointe sur une planche à Teau-forte. Heureux peuples^ d'êîre gouvernés par des artistes qui affrontent la critique de leurs sujets et du monde ! Peut-être que Ruisdael et Rembrandt eussent fait de très-bons princes.
Un des tableaux du roi de Suède appartient à l'empereur des Français. Les deux autres, n'étant pas suivis au catalogue d'une indication de propriétaire, appartiennent probablement à l'artiste. Si j'étais empereur, je m'en ferais donner un par diplomatie. Sans dou&e, le roi Charles XY ne peint pas aussi bien qu'Everdingen les sites noi-wégiens et suédois ; mais il pourrait avoir une médaille à Diisseldorf, et, dans le pavillon de la
Suisse, qui ne manque pas d'analogie avec son pays, il serait peut-être le premier.
La Suède avait un peintre qui semblait devoir exprimer l'art de son pays : M. Hockert; il est mort récemment. 11 avait travaillé à Paris, et peut-être aussi à Dûsseldorf ; niais il avait conservé quelque chose de Scandinave ;il aimait le pôle jiord et il en comprenait les mœurs. Nous avons vanté, à Texhibition internationale de Londres en 1862, son Intérieur d'une tente laponne^ qu'on retrouve à l'exposition du Champ de Mars, où il marque comme le chef-d'œuvre dans sa catégorie nationale. Un paysage de Laponie, avec une Noce d'indigènes, intéresse aussi par sa singularité, par la finesse de la couleur et la qualité de la lumière. VIncenrfie du palais de Stockholm^ en 1697, n'allait plus aussi bien au talent de M. Hockert. Pour cette sorte de décoration historique, il a pensé à Delaroche; à Scheffer, à des combinaisons ^amatiques ou sentimentales, et il a perdu le sens.de la nature. En se tenant aux mœurs locales et à la réalité, il eût pu devenir un grand artiste et entraîner les peintres ses compatriotes hors de l'imitation étrangère.
Deux autres artistes ont beaucoup de talent, M. Fagerlin et M. Jernberg; mais ils procèdent aussi de Diisseldorf, et même de Paris.
Les proverbes sont censés symboliser la sagesse des nations. A mon idée, l'on devrait les retourner tous à l'inverse. En art spécialement, je tiens qu'on est bon prophète dans son pays.
M. Jernberg va passer un Dimanche en Westphalie\ M. Fagerlin va dans un intérieur hollandais faire sa Det. II. 85.
mande en mariage. Mes amis^ prenez vos femmes chez vous et amusez vous avec elles le dimanche et toute la semaine, dans votre village natal, dans vos campagnes, ou, si vous Taimez mieux, dan3 la high life de vos capitales. Soyons nous-mêmes, et de chez nous d'abord ; ayons Tindividualilé native, et puis le sentiment de Tuniversalité.
Un des tableaux de M. Jernberg appartient au Musée de Stockholm. Le meilleur tableau de M. Fagerlia est intitulé Jalousie. Dans un intérieur rustique, un marin courtise une jeune fille qui rit; une autre jeune fille debout ne rit pas. Les trois figures expriment à merveille ce petit drame de galanterie. £t c'est très-spirituellement peint, leste de touche, harmonieux de couleur. Dans le genre familier, celte peinture ne redouterait la comparaison avec aucune autre des diverses écoles.
Je cherche (encore parmi les Suédois et je trouve : Tribu arabe surprise par la cavalerie fraii§aise ; Bataille entre les Espagnols et les Marocains', le Lac Traeimène; Chasseurs tyroliens; les Montagnes romaines \ la Mère de Moïse exposant son enfant sur les bords du Nil; Nouvelles de la Crimée, etc. Sur cinquante-quatre tableaux, c'est trop d'excentricité.
En Norwége, peu de chose. Encore l'influence de Diisseldorf, 45 tableaux. En Danemark, 29 tableaux, dont 7 par M"**^ Jerichau. Elle attire, au premier coup d'oeil, par une certaine ampleur d'exécution. Elle doit avoir étudié en France, et sa meilleure peinture, le Raccommodage des filets (à travers les mailles sourit une jeune pêcheuse), semble un mélange anodin de feu M. Court et de M. Dubufe.
yGoosle
n ne reste plus, pour un dernier article sur la peinture que les Italiens, les Espagnols et les Grecs. Holà ! JSnîr par les patries de Raphaël, de Yelazquez et d'Apelles ! Mais RaphaM, qui avait un certain sentiment de la beaulé>^mpr.endra la situation. Je charge le jeune Edouard Houssaye de m'excuser auprès d'Apelles. Quant à Velazqucz, il est de mes intimes, et je m'arrangerai moi-même avec lui.
L-{talie est le pays de la tradition. Les Italiens, coûfime les vieillards, vivent de leurs souvenirs et s'en gloriûent. fea jeunesse, au contraire, vit d'espérances ej; se hasarde dans le vague do l'avenir. S'il importe de savoir d'où Ton vient, le principal est de savoir par où Ton va. Pour bien marcher dans la vie, il ne faut pas regarder en arrière : il faut regarder devant soi et autour de soi. Malheur à qui relourne toujours la tôle ! 11 risque ^insi de tomber 4 plat sur les cartons* ou dans des trous gris et de sfenterrer dans la fosse commune.
Dans l'histoire comme dans la nature, Téiémept traditionnel cède à ce qu'on pourrait appeler la loi de séparation. Un être n'existe qu'à la condition de se séparer des autres. A toute existence nouvelle, il faut couper un cordon ombilical. Puis il faut encore détacher lenfant du sein de sa nourrice. A peine grandi, le voilà qui s'échappe, qui aspire à s'exercer en liberté. Devenu homme, il constitue une nouvelle famille^ plus occupé de ses
yGoosle
branches que de ses racines. J'ai entendu dire qu'on aime mieux ses enfants que ses ancêtres.
Cette loi de détachement successif, on peut la vérifier dans la religion, dans la philosophie, dans la politique, dans la littérature et dans les arts. La renaissance^ n'est-ce pas une coupure sur le moyen âge? Léonard, Michel-Ange, Raphaël et autres ont été les opérateurs de cette séparation, et le nouveau-né a vécu trois siècles. Il semble qu'il s'agisse maintenant d'une éclosion nouvelle. La société moderçe est enceinte. Que sortirat-il de ses flancs ? , '
L'Italie ne se tourmente point de tout cela. Et, en effet, ce n^est pas son affaire. La civilisation est un jeu, très-sérieux^ où chacun prend son tour. L'Italie a gagné Fenjeu sur les madones, les nymphes et les héros. Nous devons miser à présent sur les simples morlsis. Le pays du pape et du Capitole n'a pas chance de gagner.
Toutefois le courant est si for| aujourd'hui, que l'Italie no fait plus guère de peinture religieuse ni de peinture mythologique : trois saints seulement, et un diable qui tente Jésus ; un seul Ulysse^ pour représenter le monde antique ^ point de Vénus ni d'Apollon! Beaucoup de tableaux historiques, quelques scènes familières, des portraits et des paysages. Chose singulière, dans cette école, jadis noble et glorieuse, s'est produit un des tableaux les plus indépendants, les plus jeunes, les plus réalistes de toute l'Exposition : Jardin éclairé par leso^ leiL Tomber du ciel de la Transfiguration^ où rayonne le Christ, sur des buissons de fleurs, devant la demeure d'un jardinier!
L'auteur, M. Philippe Carcuno, de Milan, ne sera
yGoode
EXPOSITION DK 1867. 445
jamais couronné à Rome. Je lui conseille de vivre dans ce petit cottage précédé d'un jardin, avec la femme assise en avant et qui fait un bouquet. La belle lumière qui diamante la pointe de toutes les feuilles et de toutes les fleurs I C'est plus gai que la Communion de saint Jé^ rame, le chef-d'œuvre du Dominiquin.
Mais il ne s'agit pas de cela. Un Italien, M. Ussi, de Florence, a obtenu une des grandes médailles d'hon* neur, pour un tableau (non catalogué), V Expulsion de Gauthigr de Brienne^'àxxc d'Athènes, en 1548.
Dans un article de la Revue moderne^ notre ami, Marins Chaumelin^ qui est très-consciencieux, a pris la peine de raconter tout ce drame; sa narration historique devrait être affichée sous le tableau, de même que sous le carton de M. Wilhelm de Kaulbach est une pancarte explicative.
Voici ce qu'on voit dans la peinture : un gentilhomme, vêtu de rouge^ assis près d'une table et tenant une plume. Autour de lui, des seigneurs qui lui parlent et des hommes armés qui gesticulent. Rien à dire contre la composition ni contre le praticien, qui est bien éduqué. Le critique delà Revue moderne u exprime cependant un regret au sujet de cette belle œuvre : elle n'a ni la verve ardente qui passionne ni l'imprévu qui saisit, aucune de ces audaces heureuses qui sont la marque du génie. Pour tout dire en un mot, son défaut, c^estsa trop grande sagesse. » Sans doute^ et c^est un prix de sagesse que le jury a entendu lui donner. Le jury ne peut pas donner ses prix à des fous.
Les deux tableaux les plus importants après celui de M. Ussi sont le Borgia de M. Farufûni et le Tasse de M* Morelli.
yGoosle
446 EXPOSITION DE i867.
Le Borgia figurait au salon de i86S^ où il obtint une inédaiilo. 11 ne manqae pas de caraclère historique. César Borgia est bien ^talé dans son fauteuil» les jambes ' allongées, les coudes écartés et les mains contre les hanches. Cet habile homme a eu soin de tourner le dos à la lumière pour avoir le visage dans la pénombre : car il a en face de lui un politique perspicace^ le cHoyen Machiavel : c'est leur première entrevue.
Dans le tableau de M. Morelli, le Tasse lit un chant de son poëme à filéonore d'Esté, convalescente^ •& mollement couchée^ la této, encore p4le, sur son blanc oreiller. Cette i)gure de femme est très-distinguée. M. Morelli a le sentiment de la lumière et de la couleur. Oo dirait qu'il a étudié à Paris chez Couture. Il a exposé aussi un Bain antique, avec des baigneuses grassement peintes.
Les personnages du Borgia ejt ceux du Taise sont de grandeur naturelle, ainsi que ceux du Gauthier dç Brienne, par M. Ussi.
M. Moïse Biancbi paraît aussi influencé par certains peintres français^ dans un petit tableau lumineux et adroit : la Veiiie de la fête du village , — des enfants qui chantent pendant qu'un vieux musicien joue du violon. M. Induno semble procéder de Diisseldorf dans ses tableaux de genre, le Conte du garibaldien et la Lettre du camp- M. Àbbate cfaçrche Zurbaran dans un Moine de" boui au lutrin. M. Tofano est assez mélancolique dans sa Jeune Nonne qui voudrait bien sortir du cloître. M. Toma est presque terrible dans une Scène d'inquisition^ ou le patient, étendu sur le dps^ s'efforce de redresser la tête. M. Pagliano a du ôbarme dans un petit
yGoosle
tableau composé comme ceux de Terburg : deux jeunes dames faisant de la musique devant un chevalier, — le chevalier Bayard convalescent à Brescia, Aussi a-t-il séduit un amateur, qui, je crois, préfère cependant la peinture ancienne à la moderne. Le chevalier Bayard va continuer sa convalescence chez notre ami M. Louis Viardot, où il est sûr d'entendre de bonne musique.
Deux Italiens qui habitent Paris : M. Pasini/ auteur du Shah de Perse parcourant son empire, peinture assez fine, un peu dans la manière de M. Fromentin ; et M. Joseph Palizzi, peintra d'animaux et paysagiste ; ses chèvres, ses bœufs et ses ânes sont à prendre avec . là main : ffenleMis qu'ils sont petits, mais ils ont du naturel et (te la race.
Point de paysage à citer, si ce n'est, à cause du nom illustré en dehors de l'art, quelques vues peintes par Massimo d'AzQglio ; point de portraits non plus, si ce n'est, cette fois à cause du modèle illustre, le portrait de Cavour, par M. François flayez.
A propos, Rome n'est pas de Tltalie, et elle a sa petite chapelle distincte. Je n'y ai rien remarqué de visu. Mais le catalogue nous apprend que, sur vingt-cinq tableaux, il y a /a Toilette dA^^hitriiCy le Bain de Diane et un Bacchus. Quand Rome se délîvrera-t-elle du paga* nisme?
La Grec*! ah 1 je devrais faire des eohnnes, avec quelque beau fronton littéraire aligné dans le style de V Apothéose d'Homère y par M. Ingres. L'apothéose d'Apelles... Cairaez-vousl Les Grecs, «nos maîtres», ont envoyé — un petit tableau et quatre portraits, dont un portrait de prêtre. Le tableau représente Antigone re-
yGoosle
trouvant le cadavre de son frire Polynice, 'Avât-YX^Î ' fatalité! mort et néant !
Mais les Turcs? Par malheur, riconomanie n'est pas encouragée dans le Coran. J'ai pourtant connu à Londres un jeune Turc qui faisait de la peinture très-originale et qui Tavait même montrée à Texhibition internationale de 1862, M. Paul Mussurus^ fils de l'ambassadeur ottoman en Angleterre. Cet artiste, très-bien doué, fait sans doute aujourd'hui de la diplomatie. J'espère qu^il est toujours coloré dans ses œuvres, et sincère.
Voulez-vous une rareté? Au chapitre Principauté de LioU'Kiou, composé de quatre lignes, je trouve dans le catalogue : S* A. Matsdaira shirino ssj|ff^ nfig^amfto no modjihisa. Sans plus. Est-ce un nom ? est-ce#in titre ? Comme on regrette de ne pas savoir toutes les langues — et celle de Liou-Kiou !
Dans la catégorie chinoise, deux noms : M"« deHervey de Saint-Denis, rue du Bac, à Paris, et le comte Maurice de Luppé, officier d'état-major, à Lyon. Us ont exposé des manuscrits, des miniatures, des aquarelles sur soie, des albums provenant de Texpédition de Chine. Les Chinois, se rappelant qu'on leur avait pris diverses petites choses lors de cette fameilf#expédilion, n'ont pas jugé à propos d'envoyer directement leurs produits* C'est regrettable : la Chine donnerait aux peintres européens de belles leçons pour Tharmonie d» coloris. Le moindre éventail chinois est plus artiste que les cartons de notre fabrique occidentale.
Avez-vous remarqué, au musée Campana et dans les autres musées de débris grecs, que les moindres frag* ments^ des morceaux de tuiles mouléeS| un cippe tumu-
yGoosle
laire à peine dégrossi, n'importe qaoi,~tout donne une impression d'art? En Grèce, l'art s'était infiltré jusque dans les derniers objets de Tusage le plus vulgaire. Dans la vieille Asie, et notamment chez les Chinois, certaines qualités merveilleuses se sont perpétuées, depuis une antiquité incalculable^ dans Toeil et dans la main des artisans. Est-ce que la céramique occidentale approche de la céramique chinoise? Et les cachemires de Tlnde? Faites-en ! Impossible.
Les peuples modernes vivent et meurent plus vite que les peuples de Tancien Orient. Dans notre civilisation européenne^ uu peuple brille deux ou trois siècles et il s'éteint, ou, si vous voulez, il s'obscurcit passagèrement. L'Espagne ! quelle puissance au seizième siècle I Quel éclat en peinture, dans le siècle suivant! Velazquez meurt en 1660, Murillo en 1682. Après, plus rien. Depuis un siècle et demi, pas de peintres. Si, un seul : Goya.
Ce Goya est un phénomène, une sorte de revenant, une ombre ou plutôt un rayon de Velazquez. Aussi, comme on l'a pris en passion, surtout chez les artistes français. Théophile Gautier, un des premiers, Ta mis en vive lumière, sous des paillettes de style. Puis des critiques, des érudits, MM. Paul Mantz, Matheron, Gustave Brunet ; en Espagne^ MM. Carderera, Zarco del Valle et autres ont étudié cet original dans sa vie et dans ses œuvres. Et récemment un Espagnol, trèsparisien, Charles Yriarte, — marquis de Villemer, ~ dont la dernière chronique de l'Indépendance vantait un spirituel livre sur les Femmes qui s* en vont^ Yriarte élevait son monument au peintre des manolas, toujours jeunes
yGoode
4S6 £XK>sinoM DE 1867.
et sédaisantes : superbe volume in-quarto, publié che; Pion, avec cinquante gravures.
Et depuis ce météore Goya, mort en 1828 f
Pour les contemporains, consultez les expositions universelles, si vous n'avez pas été à Madrid chercher les traces d'une école espagnole. A Paris, en 1855, on n'a guère remarqué que les portraits de don Federico de Madrazo, directeur du Beal Museo. A l'exhibition internationale, Londres, 1862, rien, si ce n'est un Goya égaré hors du Musée de l'Académie de San Fernando. A la présente exposition universelle, une cinquantaine de tableaux. Voyons :
Parmi les Espagnols qui ont exposé, buit ou dix demeurent à Paris; trois ou quatre demeurent à Rome. M. Bosales, qui. je crois, a eu la médaille, habite peutêtre Madrid, mais il semble bien qu'il a travaillé *en France. Son Testament d'habeUe là Catholique trahit encore comme un souvenir de la manière de Paul I>elarodbe.
Ce fut un type que Paul Delaroche, et o'esl pourquoi son nom revient forcément à propos de compositions historiques. Paul Delaroche était un homme très-intelli- ^nt, point artiste du tout. Engagé dans la peinture, il a travaillé avec son esprit, il a combiné, par un effort de réflexion, des drames, ainsi que le forait un auteur écrivant pour le théâtre, et le public s'est intéressé à ces images de spectacles. Dans le premier volume du Parisguide, Paul de Saint-Victor, qu'on ne soupçonnera pas d'être révolutionnaire en peinture, qualifie de a vignette mélodramatique » un des plus fameux tableaux de Paul Delaroche : les Enfants d'Edouard, « €es enfants
yGoosle
d'Edouard, dit-il, semblent posés sur le bord de leur lit par un régisseur de théâtre. »
Paul Delaroche a un triomphe posthume. Ses institutions en matière de peinture historique se sont épandues •non-seuleipent en France, mais en Europe. De sa suite, M. Rosales en est^ probablement sans le savoir, avec les mêmes Qualités, mais avec les mêmes défauts. L'ordonnance de son tableau est très-bien arrangée, comme une scène à admirer — de la rampe. Il dessine bien, il drape bien; il sait son motif historique, les personnages et leur époque. Mais le résultat est vulgaire. L'auteur d*un tel tableau est estimable et honorable, mais l'œuvre elle-même est indifférente au mouvement de Tart.
Il y a pourtant une distance incommen^rable entre ce Testament d* Isabelle et un autre grand tableau médaillé en 1865, \q Débarquement des puritains dans ^ Amérique du Nord, par M. Gisberl (rue Ghaptal, à Paris), lequel, dit-on, no manque pas d'une certaine habileté dans les petits tableaux.
Vous voyez qu'il y a peu à dire sur l'exposition espagnole. Quand la critique arrive à ces formes banales : M. X. ne manque pas d^ habileté... La composition de M. Y. ne laisse rien à désirer... M. Z. marche résolument dans la voie du progrès..., etc., la chose est à bout, — au bout de la fin.
Sauf encore le Portugal cependant. Un peuple dont le roi est artiste et constitutionnel! Doux qualités rares! Conçoit-on que les artistes français n'aient pas offert quelque chose à leurs confrères le roi de Suède et le roi de Portugal, visitant Paris et Texposition? Offrir
yGoode
est aimable. Il est vrai que la mode est plutôt de prendre.
La sympathie du gouvernement portugais ne semble pas avoir beaucoup développé la peinture dans ce beau pays^ et'les artistes tiennent plus de placé au catalogue . par leurs titres que par leurs œuvres. MM. Narciso et Henriques da Silva, le vicomte de Menezes, Manoel et Thomas da Fonseca, Angelo Lupi, José d'Ânnunciato, Victor Bastos, etc., ont des titres et des décorations à faire rôver les artistes français^ passionnés, en général, pour les faveurs de l'Etat. Les peintres portugais ont donc leur récompense et nous n'avons rien à y voir.
En commençant ce long examen, nous étions très* •découragé, et presque rien ne nous avait fait une impression neuve. Après plusieurs visites à Texposition, nous avons découvert quelques œuvres originales, puis quantité d'œuvres méritantes. Les tendances des diverses écoles et de certains artistes nous ont intéressé surtout, et peut-être avons-nous un peu tourné à une sorte de polémique indirecte, au lieu d'offrir un rapport neutre.
A mon avis, on ne doit écrire que pour dire quelque chose— qu'on croit, et qui ait une signification quelconque. J'avoue que j'ai une idée, qui n'est pas celle de la critique autorisée en France, et qui néanmoins me semble en parfait accord avec les propensions de la société actuelle.
Je crois que la société moderne se caractérise par son aversion (dans le sens grammatical avertere, se détourner) de tout le passé superstitieux ou 5u/?£rnaturel ; que la nature — c'est-à-dire l'univers et nous-mêmes, Thu-
yGoode
manité — est la source usique de tonte connaissance, de tout sentiment et de toute forme.
Sur cet immense doo^aine de la vie, je ne puis me permettre de diagnostiquer politique, religion^ science. II sufQt d'indiquer ceci : les dogmes tendent à rejeter ce qui contrarie la justice et la liberté; la science se fait par robs|f vation et Texpérience.
Dans les arts plastiques, je suis plus à Taise, et je ne me gênerai pas pour affirmer que l'idéal résultant d'une éducation superstitieuse est absurde et malsain. Au lieu de prendre pour point de départ des croyances et des traditions immobiles^ Timagination doit se retremper en pleine nature pour y saisir les formes réelles et les élever ensuite à de nouvelles allégories. *Uallégorie, la mythologie, la poésie sont essentielles à Tesprit humain^ et c'est pourquoi précisément Tesprit qui mouve sans cesse doit renouveler sans cesse, par son éducation progressive, le langage de l'art.
Quelques exemples : pour représenter la lubricité, les païens dénaturaient la forme humaine par un mélange animal et impossible : le satyre. Il est plus simple et moins trompeur de représenter directement un homme lubrique. — Pour représenter l'origine du monde, les "chrétiens, conformément au dogme de la création et de la chute, supposaient un paradis primitif, tiré du néant par un vieillard à barbe blanche et visité par des anges volants. La science cosmologique n'a-t-elle pas vérifié, à rinverse, la formation de notre globe et de notre espèce?
Comment l'art persiste-t-il dans ces contradictions formelles avec la science ? Les mythes ne devraient-ils pas
yGo'ode
454 EXPOSITION DE i8a7.
être la vérité quintessenciée ? L'art moderne ne doit-il pas être Pexpressioa, à la fois réelle et idéale, de ce que rhomme moderne voit et conçoit^
Les arts, touchant ainsi à la philosophie et à la politique, peuvent donc aider à Tavénemeni d'une société droite et libre. Sans cela, je n'écrirais pas sur les arts, quoique j'aime beaucoup les tableaux, et je me retirerais au bord d'un petit lac, — pour élever des pjfssons.
yGoode
ï, «ofiinbarrasdela critiqae. — Pas de lion.— Rien defameax.— La Femme couchée de M . Lefebvre. — Elle n'a pas de sang. — Procédés des grands maîtres. — Pénélope ei Phryné de Marchai. — Inutile de savoir le grec. — Bourgeoise et cocotte. — Phryné . fait tort k Pénélope. — Les Trois Ombres de M. Gérôme. — Ob est le calvaire? — L'obstination du fini. — Les sujets à sensation.
— Un homme qu*on vient de fusiller. — Le Néophyte de Gustave Doré. — Deux douzaines de moines. — Le plus curieux de tout. — Des centaures et des centauresses I — Passe pour les faunesses et les sirènes. — La blonde cavale de M. Fromentin. ~~ Des fleurs,
; par Philippe Rousseau. ^ Les fleurs de Rubens et d'Eugène Delacroix. — Des Armures^ par M. VoUon. — Signes de la décadence du grand art. — L'art militaire et bonapartiste. » La science et la réalité.
II.— Impuissance de la critique.— Le turf et le boudoir.— Dénaturer la nature. — Atonie universelle. — One princesse aux abattoirs.— Le Culte des ibis. — Le Jeu, par M. de Ghavannes. — Apostrophe du père Hyacinthe. — M. Bouguereau. -^ Les Idylles de M. Lévy.
— Des pieds à dormir debout. — Un tableau du style sublime. — Les militaires et les prêtres. — Les Sapeurs de la garde, par M. Regamey. — Un Vainqueur^ par M. Ehrmann. — Les paysans.
— Jules Breton. — La HécoUe des pommes de terre. — L'HéliO" irope. — La toilette de Marguerite. — Eglogue moderne. — M. Vautier et M. Brion. — Les esquisses de la nature et les caprices du soleil. — Artiflces de la peinture. — M. Bibot. — Nous ^attendons sous l'orme. — M. Roybet et ses ioti^ur^ de trictrac. —
T. II. i26
Pourquoi le déguisement sous des costumes d'autrefois? — 11. Tissot. •— Déjeuner sous la treille.— M. Toulmouche et ses Jeunes demoiselles. — Le Conteur d'histoires, par M. Bellet du Poisat. — — M. Alphonse Legros. — M. Duran. — Le choix du sojet. — Courbet. — Frédériclt Lemallre et le Chiffonnier de Félix Pyat.
in. — Les paysagistes. —Corot. — Matin et soir. — Ghintreuil et le Lever de l'aurore, — Si la terre tourne ? — Pluie et soleil. — Le printemps. — Les Quatre saisons du Poussin. — Le paradis terrestre était eu Normandie. — MM. Daubigny. — Paul Huet et Constable. — MM. Uanoteau, Lansyer, Héreau, Bernier, Harpignies» Appian. — MM. Alexandre Dusgoffe, Paul Flàndrin et Français, -r- L'Egypte. — Marilhat et M. Belly. — Les Femmes fMahs de M. Moucbot. — Seënes indiennes, par M. de Tournemine. — La Cbioe de M. Théodore DeUmarre. — La neige et U f/ikee, — Vive saint Janvier I —MM. Emile Breton, Fleury-Cbeno, Michel (de Metz). — Le philosophe debout sur une patte. —MM. LavieHIe, Bureau» Herson^ Brigot, Georges Prieur, Félix Haffner» — Denx j mille six cents tableaux exposés ! — Le plus riche musée du monde n'a que deux raille deux ceuts numéros. — L'hôtel hromoiâê Ta^yenir. — MM. Auguste Bonheur et de Larochenoirê. — Le f^aon de M. Monginot. — MM. Biaise Desgoffe et Lambroit. i
IV. — Paris -Babel. — La confédération du Nord. — Les Latins de ' France. — M. Smits et les quatre saisons. — La, mode des cheveux verts. — Le surnaturel et l'impossible. — Plus lourd que l'air. — M. Clays et ses marines. — Le ciel et l'eau. — Le Souvenir delà' Manche, par M. Arlan. — M^x» Collart et Millevoye. — MM» Goosemans. de Schampheleer. de Kuyff, Xavier et César 'de Cock. de Praelëre, Source, de BcugLem, Papeleu, Cluysenaar. ~ M. Aima Tadema et ses Grecs. — L'archéographie n'est pas la peinture. — 1 Les Dormeuses d'israels. — Sieste hollaudaise. — M. Bischop et I les amoureux brouillés. — M. Jacques Maris. — M. Jongkind. — { Les anciens maîtres peignaient vite. — Quatre cents paysages de Ruisdael. — Les Allemands. — MM. Achenbach et M. Uennings. — Jeunes chrétiennes et Bachi-Bouzouks^t par M. Germak. — Le Couronnement du roi Guillaume de Prusse, par M. Menzel. — M. Heilbuth et Job. - MM. Schreyer, von Thoren, Otto Weber.-
yGoode
Le centenaire Waldeck* — Les ruines de Palenque. — Angleterre, Italie, Espagne.
V. — La peinture officielle. — Un procès dangereux. — Ce qui est défendu n'est pas permis.— La Naissance de Minerve, — Le Ganymède de Rembrandt. — Est-ce que la femme sort de l'homme ? — La Naissance d' Eve. — Les origines de l'humanilé. — Portraits.— MM. Ctobanel, Dubufe, Lehmann. — Théodore de Banville et Victor Hugo. — MM. Chaplin, Giaeomolti. Pérignon, Porion, Pcmey, Glaize, Thirion, etc. — M««« O'Connell et Browne. — MM. Adolphe Leleux^ Bailly, Boulard, Renoir, Manet: — MM. Bonviu, Feyen-Perrin, Jean Desbrosses, Henri de Beaulieu. — Pierrot alchimiste. — Peau de satin. — Femme noyée dans un cachot. — Le Retour du mari, — MM. Hagemann, Gosselin, Nazon, Boulenger, Cogen, Bossuet, de Jonghe, Frankel, Jernberg. — Les dessins. — Les peintures sur faïence. — Gravures à Teau-forte. — • La sculpture..— MM. Carrier-Belleuse, Falguière, Cordier, Préaull, Brun^ Fulconis. — La princesse Clémence toute nue devant les envoyés du roi. — Buste de la duchesse de Mouchy. — Le dessous du panier.
yGoode
Les critiques d'art n'auront guère d'agrément cette année. II n'y a pas de lion au palais des Champs-Elysées, mais il y a beaucoup de moutons... de Panurge, et quelques malins renards. Aux précédentes expositions^ le public adoptait presque toujours un favori^ tantôt M. Cabanel ou M. Gérôme, tantôt Meissonier ou mêm*o Courbet. On s'enlredisait ; Avez-vous vu la Naissance de Vénus ou la Phryné^ la Retraite de Russie ou la Femme au Perroquet^ Celte annéo^ rien de fameux; pas une ceuvre qui arrête la foule ni qui intéresse Tart. Vous le verrez bien par l'insignifiance de la critique, très-empêchée d'avoir de la passion, do la poésie, du sentiment bu de l'esprit quand les artistes n'en ont pas. Â moins de faire, comme Diderot, des imaginations originales, à propos des images vulgaires qui tapissent le Salon. Ou encore d'aligner de belles descriptions littéraires à propos des sujets inscrits au livret.
J'ai parcouru le Salon plusieurs fois, comme un amateur en peine, demandant à mes amis et connaissances, artistes, gens do lellros et gens du monde, ce qu'ils T. II. â'î.