‹ Salons de W. Bürger, 1861 à 1868Chapitre 4 sur 16 · SAI4)9 PS (8^4. H · texte numérisé non relu

SAI4)9 PS (8^4. H

L^ p)§$S9ment adopté, par ordre alphabétique^ ne perippl gl^^PQ qup des faveurs relatives, un peu plus ou un ppW pioinç près (|q }a r^îppe, et il a l'avantage de distrihwTt (j^QS t9ute$ les salles de l'^j^hibition, des œuvres ii)téresf,3aqt^s. Cependant, lorsque le public aura témoi* gn^ §es inqprQS^ioiis, il serait bon d'extraire du classejpfxoni 9}p)}'abétiquQ les table^i^x les plus remarqués et de Iq^ rapprocher dans unp mên^e sallq , comme le jury d'admission fait d'abord, proprio motu^ pour un certain 9hQi$ de tableaux acprpch^s dans le aalon centxal. Ce JHgemi^pf public fl 4'aillpijrs été prévenu par le jury dea récompenses, trèsemprpssé d^ désigner les (( artistes dignes de irecpyQir la médaille. » La liste en est déjà pu^ bliée, e^ déj^ les ta))leaux élus portent sur un cartel la raiB^tiQi) d^ }^^I' récompense. L^ encore, ayant à distribuer unp soixantaine de médailles entre plus de deuiE ^i|)p i^xpo3apt^> le jury de la siirintendanpe a été plus gpfflprélîPnsif et plus équitahle que Tapciqu jury de TApfidéfflje. Sur les quarante peintre» médaillés, ij y a iJat^r^^fppent jjuelqijes favori?, patropés de haut, mais, eu gépérîfl, les cljpix sont justes, d'autant qu'ils s'appliquent à des qeuvres extrêmement divergentes par Timagipation et par 1q style ; aux paysanneries de M. Millet et à la Foire aux servantes de M. Marchai, pomme aux espèces de fresques de M. Puvis de Chavannes et au Spfanx de M. Gustave Moreau.

Qd qp ^a^rait blâmer cet électîsme du jury, en uq tpmps pîi l'art français n'a plus de caractère spécifique et où jl se hasarde à l'aventure.

Ce n'est pas un mal, peut-être, que cette anarchie de l'art pQptfiflapôr^in.

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Le monde tout entier se renouvelle, dans ses idées et dans ses formes, dans ses institutions et dans ses mœurs. Les vieilles utopies religieuses, politiques, économiques» s'étant évanouies, Tesprit humain et l'activité humaine tendent à des conceptions et à des pratiques plus solides. Sous la société actuelle, inquiète et vacillante, il y a sans doute une vitalité énergique.qui s'affirme déjà, dans la science et l'industrie, par des découvertes et par des faits imprévus.

De même en art, les vieux systèmes et les vieilles écoles ont disparu. Une sorte de panthéisme effrayant s'est ouvert devant les artistes : ils s'en vont chercher leur inspiration aux extrémités de Tidéal ou du réel, s'égarant jusqu'au fantastique absurde ou jusqu'à des niaiseries grotesques, offusquant parfois tout ensemble la tradition, le sentiment et la nature, reniant les conditions essentielles et les ressources propres à chaque spécialité de Tart. Les statuaires font de la sculpture pittoresque; les peintres font de la peinture sculpturale ou de la peinture littéraire. Il serait bien à propos qu'un nouveau Lessing vînt aujourd'hui expliquer les limites qui séparent les divers arts, et surtout qu'une nouvelle esthétique, simple et lumineuse, expliquât le but et les moyens de Fart lui-même.

Ëb bien, malgré ces égarements et ces expériences, malgré ces folies et ces faiblesses, malgré la pression gouvernementale, malgré le mauvais goût 'des riches acquéreurs de tableaux et d'objets d*art, je ne sais quoi donne de Pespoir pour une renaissance prochaine. Le Salon de 1864 n'offre pas d'œuvres hors ligne, — excepté, si l'on veut, les Meissonier et les Rousseau, -»-

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rien qui passionne les artistes, comme jadis les tableaux d'Eugène Delacroix, ou qui charme le monde élégant, comme les Vénus de MM. Cabanel et Baudry au dernier Salon, ou qui excite la curiosité, comme les excentricités de Courbet ; Doré non plus n'y est pas, mais il est partout ; il y manque Couture, un vrai peintre, qui a renoncé aux expositions ; il y manque deux grands paysagistes, Diaz et Jules Dupré;et bien d'autres, sans parler de M. Ingres; et cependant le Salon de 1864 est intéressant et très-instructif, parce qu'on y constate, en des genres divers, certains résultats louables et surtout des tentatives plus ou moins heureuses, qui peul-ôtre aboutiraient bientôt, si la critique était libre, si les propensions qu'on devine chez beaucoup d'artistes pouvaient se discuter, s'interpréter, s'éclaircir et se propager par une presse indépendante. Car la critique est le moyen de communication entre les artistes isolés dans leurs ateliers, une espèce de miroir, plus ou moins fidèle, où chaque producteur peut examiner à nouveau ses propres œuvres et celles de ses concurrents, telles qu'elles se réfléchissent dans la conscience des spectateurs de l'art.

Comme les écrivains ne sont pas libres en France, la critique ne pouvant guère toucher aux causes philosophiques et sociales qui, en tout temps et en tout pays, impulsent où arrêtent le mouvement de l'art, il n'y a presque plus en France qu'une critique superficielle et descriptive ; c'est elle qui détourne Tart de la contemplation des choses humaines, qui l'entraîne à la recherche d'un idéal dégagé de la vie réelle, et par conséquent insignifiant. Les sphinx et les hippogryphes, les

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pyrnphes et les mytbologiades, et toute cettQ arohéo* logie fantaisiste laissent tranqviille le naonde présent.

Sans doute Tart n'est point directement un professeur de philosophie et un réformateur social. Les tableaux prédicateurs sont ridicules. L'art a pour objet la beauté et n()n Tidée. Mais, par la beauté, il doit faire aimer oe qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est fécond pour lo développement de l'homme. Un portrait, un paysage, une scène familière, un sujet quelconque, peuvent avoir ce résultat^ aussi bien (}u'une image héroïque ou allégorique. Tout ce qui exprime, dans une forme bien sentie, un caractère profond de Thomme ou de la nature renferme de Tidéal, puisqii il provoque la réflexion sur des points essentiels de la vie.

fin ce sens- là, on peut dire que le sujet n'importe guère, pourvu qu'il recèle quelque élément significatif et sympathique. Mais les sujets simples ne prêtent pas à la critique descriptive, et c'est elle qui favorise et entretient une sprle de peinture littéraire^ traduisible en phrases abondantes, magniflques ou capricieuses. Tout tableau sur lequel un littérateur de talent peut écrire plusieurs belles pages est assuré de sa réputation. Si, d'avenlure, quelque « critique autorisé » (par l'État) avait l'obligeance d'écrire trois colonnes sur le V^qu de Millet, Millet, qui est bon peintre, deviendrait peut-êtrQ un pqinlre à la mode.

Mais le jeune K^aw de M. Miijet court grand risque d'être sacrifié au vieux Sphinx de M. Gustave Moreau. Copiraent s'occuper d'upe chose vulgaire et qu'on peut voir tqus les jours dans nos campagnes, quand nous avons là un mopstre idéal, venant d'un pays très-éloigq^

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et d'uqe civilisation absolument éteinte? Avez- vous vu des sphinx? Quelqu'un a dit : a L'art consiste à faire ce qu'on voit et ce qu'on sent, (nais ce n'est pas facile. » Eh bien, non, c'est le contraire : l'idéal de l'art, c'est de faire ce qu'on n'a jamais vu et ce qu'on ne saurait sentir, qt ce n'est point trop difficile.

Ah I les amants de l-idéal ont leur desid^ratun^ cette fois ! Pensez quel idéal le peintre peut mettre dans un sphinx, et quelle suppcbe littérature la critique peut aligner sur ce sphinx qui n'a jamais existé | Ce sphinx ne manquera pas d'être le lion du Salon de 1864 et de 1^ critique idéaliste et officielle' Comptez qu'il en sete^ parlé pour plus de raille écus, et que M. Moreau entrera désormais dans la phalange privilégiée. M. Moreau est un homme arrivé. S'il vient de loin, je ne sais : il me semble qu'il doit venir (J'I^alie, d'où viennent habituellement les artiste^ fameux dans l'école française. On ne trouve plus de sphinx qu'à Rome, dans la vieille terre où sont ensevelis les restes du paganisme oriental.

Je n'ai jamais vu de sphinx en vie, mais celui-ci, qui est en carton, m'a attiré. Je me suis arrêté longtemps devant lui, comme un curieux moderne, qui va encore rinterroger. C'était lejour de l'ouverture du Salon, alors que les visiteurs, n'étant pas encore avertis par la critique, ne soupçoîînaieiit point tout ce qu'il y a d'idéal dans cette composition fabuleuse, dont le succès doit être décidé aujourd'hui. J'étais presque seul devant ce sphinx, pour le deviner, et, par instinct, ou par ressou- . venir du célèbre tableau de M. Ingres, appuyant mor> coude sur mon genou et inclinant ma tête contre la

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paume de ma main, je me mis à méditer sur cette légende fatale et peu édifiante :

« Toul le monde connaît» OEdipe, — quatorze siècles seuleipent avant Tère chrétienne, — le père Laïus qu'il tue, la mère Jocaste qu'il épouse, les fils Etéocle et Polynice qui s'entre-tuent^ la fille Antigène qui le promène aveugle et proscrit. Le malheur fut qu'il y avait alors sur une montagne aux environs de Thèbes un sphinx,

— la race en est perdue depuis plus de trois mille ans,

— lequel proposait une énigme de première importance pour rhumanité, à savoir quel est l'animal qui a quatre pieds le matin, deux à midi, et trois le soir. Ah I si OEdipe n'avait pas deviné cette charade, peut-être que la destinée de l'humanité n'en eût point été pervertie, et que lui-même n'eût point commis Tinceste, cause de ses misères. — N'est-ce pas que cette tradition est bien intéressante pour la civilisation moderne?

Nous sommes sur le roc où habite le sphinx, à la cime d'une chaîne de montagnes en granit, dont les pics se dressent, aigus comme des faux la pointe en l'air. A peine entrevoit-on quelque percée sur un ciel tempe- | tueux. Qu'allait faire OEdipe en cette retraite formida- j ble? (Fallait pas qu'y aille!) Il y est, debout, accoté ' contre le roc et tenant de la main droite sa lance ren- [ versée. Le sphinx, tête et soin de jeune femme, corps . et pattes de lion, ailes d'aigle, s'est agriffé contre lui, ' les griffes de devant contre le ccéur du téméraire, l'ar- | rière-train pelotonné à la hautQiir où pourrait être une , feuille de vigne, suppléée par un bout de draperie. Le ! pauvre OEdipe est ainsi attaqué dans toutes ses parties i sensibles. Ils sont lête à tête, profil à' profil, nez à nez,

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œil à œil. Elle le magnétise de son regard féminin^ Tirrésistible! Lui, inquiet, sceptique, renvoie dans l'œil fauve un rayon pénétrant. Devine I car ici, en bas, sous tes pieds, dans une étroite et sombre cavité du roc^ sont déjà tombées des victimes. On voit encore une main qui s'accroche à Tangle coupant du précipice, un pied qui se crispe hors du gouffre.

Tout cela est terrible, quand on y pense, et je reconnais volontiers qu'il y a beaucoup de nouveauté et d'originalité dans l'interprétation et la mise en scène de la vieille légende. Quelle occasion pour rappeler le tableau de M. Ingres et pour le comparer à celui de M. Moreau ! Dans le tableau de M. Ingres, l'homme se pose devant le sphinx qui expose ei propose sa devinaille. Ici, c'est le sphinx qui s'impose à l'homme, qui s'y attache et ne le lâchera point, s'il n'est vaincu par la clairvoyance. Le sens du symbole est bien plus fatal, et par conséquent plus conforme au génie antique et païen, dans cette imagination de M. Moreau. La manière dont M. Ingres a compris et traduit son OEdipe est plus chrétienne en quelque sorte, l'homme conservant son libre arbitre pour affronter le mystère. Dans le monde antique, la fatalité saisit l'homme et le domine. Depuis le christianisme, Thomme a conquis la spontanéité, et c'est lui qui provoque la nature et qui la domptera. N'est-ce pas qu'on pourrait en dire long sur le Sphinx de M. Moreau et sur VŒdipe de M. Ingres, sur l'orient et sur la mythologie, sur Sophocle et sur les sculpteurs grecs, sur rhistoire et sur la fable, sur la morale et sur l'esthétique, sur la civilisation d'autrefois et sur celle d'aujourd hui? Ah! le précieux tableau que ce Sphinx,

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pour 1-ébattement des idéalistes et dei littérateurs 1

Mais, à propos, et la peinture? Vraiment, il n'est pas question de ça. Comment est-ce peint? Ce n'est guère peint. II y a des contours noirs, comme les lignes d'un dessin au crayon, pour silhouetter les formes; il y a du gris jaupQ dans l'intérieur du galbe des figures, et du gris brun sur le plat des rochers. Ce serait aussi bon, dessiné au trait. Cela ferait bien peut-être en sculpture, un groupe de bronze ou un camée taillé sur onyx. Mais Ip mieux de tout, pour ressusciter ces allégories ténébreuses, c'est encore l'art littéraire.

Drôle de tableau, qui fait causer de la Grèce et de ses légendes, et qui ne fait pas même penser à la peinture 1

La peinture 4 pourtant des moyens propres, très-différents de l'art du dessinateur, du Statuaire, du ciseleur ou de l'écrivain. Vous êtes devant les Syndics de Rembrandt, au musée d'Amsterdam. Il n'y a point là matière à périphraser. Pas de symbole, pas de drame, pas le mpipdre élément littéraire : cinq hommes assis pr^ d'une table à gros tapis de laine, et qui ne font rien qu9^ s'entretenir de leurs affaires. Adieu l'idéal, comme l'Qntendpiit nos amis de Paris, qui sans doute tiennent aussi ce tableau pour un chef-d'œuvre. C'est de la peinture. La peinture seule en fait le mérite, et seule elle exhausse cq tal:)leau au sommet des réalisations artiste^. Qu'y a-J-il donc? Il y a que, par l'artifice de la couleur, de la lumière et du clair-obscur, le peintre a niis TpâpacQ sur |ine tpilQ plane et qu'il y a fait vivre en felief ç)t eu réalité dps hommes qui pensent et qui comnauniquent avec nous, comme s'ils avaient la flamme inimortelle.

C'est, pour ainsi dire, l'injection de la vie dans les

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êtres repr^ntés, quels qu'ils soient et quoi qulls fas* sent, qui élève un tableau à la hauteur de chef-d'œuvre. Pareillement en sculpture et dans les autres arts. Mais je déûe les idéalistes les plus « autorisés » d'en écrire aussi long sur les Syndics de Rembrandt que sur le Sphinx de M. Moreau.

Cela çlitj j'avoue que j'aimerais mieux avoir fait ce Sphinx^ qu'upe bataille gigantesque, et je joins ma bqule à celles du comité des répompenses pour accorder k M. Moreau la médaille.

Après l'idéal, nos amis ]e$ critiques de Paris ont encore un autre mot d'affection : le style. Ce qu'ils appellent fc style, c'est un certain style, celui qui, seul peutêtre, arriva à la perfection, le style grec, consacré par une admiration de vingt siècles. Abl qu'ils ont bien raison d'adorer l'art grec 1

Oaps toute ma vie, ce qui m'a fait le plus d'impressioi^ pt h plus de plaisir, ce sqnt les marbres du Parthénon, w Britisb Muséum, ta Madone^ de Saint-Sixte, de Raphaël, la iionde c(e nuit, de Rembrandt, n'étonnent pas ^ut^pt qv^e la statuaire dp Phidias. Ah! quel style pt quelle beauté I

Mais de ce que cet art grfio est superbe et piômp supérieur ^ tout, il pe s'ensuit pas qu'il faille le prendre pour type et en pasticher le style, {^es artistes du moyenâge, ceux cle la Jlen^issanpe, ceu? du di?-septième siècle, purent nn style à eux, et Tart cpntemporain 4pit aussi avoir un style propre. Chercher le sens et lei forme de Part uioderne dans les écples et les civilisations mortes, apprécier la vie en s'enfermant dans des tom heox^j^l, cela pfii^t ponvenjr^ lin voWploguQ ; ipais

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la critique, en admirant le passée-doit se (mirner vers Tavenir.

Puisque nous n'avons plus les mêmes idées, ni les mêmes mœurs, ni les mêmes aspirations que la Grèce antique et que l'Italie de la Renaissance, Phidias ou Raphaël ne sont pas un critérium pour juger les artistes contemporains. La beauté, l'idéal et le style, si l'on veut^ ne sont point du tout les mêmes pour l'homme du dix-neuvième siècle que pour le païen ou le catholique. La critique française, en général^ ne semble être ni de son temps ni de son pays, lorsqu'elle prône l'idéal et le style qui appartenaient jadis à la Grèce où à l'Italie. Et là-dessus pourtant, les critiques qui tiennent tout le journalisme français, depuis le Moniteur, la Revue des Deux Mondes, la Gazette des Beaux-Arts^ la Presse, le Journal des Débats, jusqu'au Temps, au Constitutionnel, à r Opinion nationale, etc., s'accordent. Tous sont emprisonnés dans la même théorie, et jamais on n'avait vu plus complète unanimité. Peut-être n'est-ce pas trèsbon signe, et peut-être le progrès gagnerait-il à des divergences et à des discussions entre les interprètes de l'art. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que l'influence d'une critique si compacte ne domine pas universellement la pratique des ateliers. Sans doute, on espère y arriver avec la nouvelle centralisation. Cependant il faut que l'instinct des artistes soit bien vigoureux pour résister à ces autocraties confédérées, qui dispensent la publicité et le succès.

Vraiment, un certain style, même le plus beau du monde, n'est pas le style : il y a autant de styles que d'époques, que d'écoles, et môme que de grands artistes,

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absolument comme en littératiflre^.Le style -^littéraire, est-ce celui de Bossuet ou celui de Molière, celui de Voltaire ou celui de Rousseau? En peinture, le style de Corrége n'est point du tout celui de Raphaël ; le style des Vénitiens n'est pas celui des Bolonais. Chez Poussin et autour de lui, le style consiste à s'inspirer des basreliefs antiques, à s^assimiler ces souvenirs et ces formes, et à les utiliser jusque dans le paysage; chez van Dyck, le style c'est de poser un portrait élégant contre un portique, avec une blanche main ballante le long d'un fût de colonne; chez Watteau, le style c'est de tortiller de sveltes et maigres femmelettes, dont les doigts fins et osseux semblent cliqueter comme de l'acier ; et tout cela est le mieux possible, à Rome, à Londres ou à' Paris, — en son temps. Je souhaiterais à la France contemporaine d'avoir des peintres qui la représentent aussi gentiment que Watteau représenta la Régence. Nos amis les critiques préféreraient la résurrection de Nicolas Poussin, de Raphaèl, d'Apelles ou de Zeuxis. Qu'est-ce donc que le style, en général ? C'est la manière originale, juste et profondément appropriée, d'exprimer les caractères et les formes, — le dedans et le dehors, — selon l'essence des êtres ou des objets qu'il s'agit de représenter. La définition du style et celle de Tidéalnous semblent presque Identiques. Apparemment que Rembrandt a du style dans ses singuliers portraits où il anime le personnage qui a posé devant lui ; mais son style n'est pas celui de Raphaël. Peut-être bien que Molière dans ses comédies, La Fontaine dans ses contes, Voltaire dans Candide^ Diderot dans le Neveu de Ra^ meau, ont autant de style que Bossuet dans ses Oraisons

funètreà. A mon sons, BrbUwer a plus dé style que lôs Garràche, et Dauiliier plus de style que Flandrin.

Holà ! Il ne faut pas se risquer, du pf emieir Coup, aut ettréiuités de ces questidtis délicates. Suffît que nous pi-oposiônâ seulement de teconnatlre qu'un style, môrtie le plUiS parfait^ cbmittô le style grec, ti'est pas te style; de inôtîiô c^U'un Idéal, (iaTetl; chrétien, oU autre, n'est paà toute là poésie.

Le système — bous n'osons pas dire l'esthétique — des critiques français noUs paraît donc borné et trèsinconlplet. Lldéal d'autrefois et le âtyle qui s'y adapta sont vraiment étrangers à notre époque, où toutes les civilisations tendent à se concréter ensemble, où les appréciations de toutes choses se généralisent, où la solidarité est sentie et bonsentie dans le temps et dans l'espace, où l'on aspire â Uhe histoire Uiliverselle, amalgamant^ Sans les confondre, toutes les particularités, et même à une association effective^ balançant toutes les idées et tous les iiltérôts.

Il est tout simple que plusieurs des médailles aient été attribuées aux peintres à qui le jury Reconnaît du style: M. Moreàu a passé le premier, à l'unanimité, dit-on. Viennent ensuite trois grands prit de Rome, qui ne peuvent manquer d'avoir du style : M. Biennoury, auteur d'un Christ au jardin des Oliviers^ commandé par le ministère de la Maison de l'empereur ; M. Giacomotti, auteur d'une Agrippine^ également commandée par la Maison de l'empeireur; M. Emile Levy, auteut d'une /rf^/fe grecque, pleine de charme; ajoutez M. Hector Leroux, pensionnaire à l'Ecole de Rome, auteur de Funérailles au columbarium de la maison de César. Puis ar-

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riVetit les pôititres qui otit le bon goût d'enlpnlhlel* dei figures tiues h là mythologie où à la Bible : M. Joufdati, âutëut d'tttlè Léda; M: Vibert, auteur d'un Narcisse changé en ftéU^, M. Poncet, élève d'Hippolyte Flandriri et auteur d'un Orphée sur le mont Rhodope, M. Riesener, auteur d'utie Érigonë et d'une Npmphe, Id. Puvis de Chàvttnfleô, auteur d'dhe allôgbrlè où trois fenitne^ ntiës repréâeqjetit V Automne, M. Eugèiie Faute, aUteUl» d'une É^e danâ lé parcidië terrestre; M. Leloir fils, auteiUr d'un Daniel dans la fosse aux lions, M. Glaixô fils; élève de M. GÔrÔilié et auteur d'un Samson qùiUant la couché de Dalilàj M. Tony Faivre, auteur d'un plafond où de petite génies ailés voltigent en Tair. De pareils sujets cotnmdndent naturellôment le style. On doit eroife en-' cote que M. Vannulelli, de Rome, dont l'adresse est & Paris chei le jirincé de Scyllà et dont le tableau, une Intrigue sous te portique du palais ducal à VéMse\ appartient à M"*« la pdncessè Mathilde^ que M. Léon Peri*aillt, dotit le tableau appartient àUssi à la même princesse; ne sont pbint étrangers du style et à l'idéal; non- plus qUë M. le vîcoàite Lepic, qui demeuré aU palais du Lotivre: Avec M. Protais; qui peint des soldats; eeU fait à ^ëU prèë moitié des médaillés. L&-dessus, nous reprendronstôtil dd suite ceux de ces artistes qùi^ môme sans médaillé, eussent attiré l'attention.

M* Levy avait exposé, l'année dernière, une Vénus ceignant sa ceinture, dont les formes roides né plurent pas autant qiie les formes félines des Vénus de MM. Gabanel et Baudry. Ori y sentait néanmoins quelque chose de pas vulgaire, une certaine élégance, malgré Taffectatioii, Une volonté particulière dans le type. Cette

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année, outre son Idylle^ M. Levy a exposé une tète de jeune fille, vue de profil^ très-serrée de dessin et minutieusement modelée. VIdyile représente une vasque perchée sur un piédestal, dans laquelle boit un jeune berger, la tête penchée, de facyo ; près de lui^ sa petite compagne, une ûllette, vue de profil^ essaie de s'exhausser au niveau de la vasque dont ses petites mains ont saisi les bords; mais ses lèvres n'arrivent oas jusqu'à Tonde limpide (style poétique). Ce mouvement est très-naïf, très-juste et très-distingué. Ce qui fait que c'est de la peinture, idéale, c'est que les deux fîgurines et leur entourage ne sont précisément d'aucune époque et d'aucun pays. Un réaliste eût /nis là deux enfants de nos •campagnes et ça s'appellerait une paysannerie. Ce qui complète Tidylle, c'est qu'au bord de la vasque roucoulept deux tourterelles, symbole de la destinée amoureuse qui attend ces petits Daphnis et Chloé.

L'Automne, de M. Puvis de ChavanneÊ, est une heureuse composition : au milieu, une femme, de face, les bras tendus vers un berceau de pampres, cueille des raisins qu'une autre femme, vue de dos, reçoit dans une corbeille; à gauche, une femme assise et drapée de bleu, l'Automne sans doute, regarde les deux belles nymphes dont les tournures sont calculées pour faire valoir les formes féminines sous leurs divers aspects. C'est un peu l'idée des trois déesses de Rubens, Puue se montrant de face, l'autre par derrière, la troisième de profil, afin de disputer la pomme de beauté. La même intention se trouve aussi dans les Trois.Grâces de Raphaël, dans quelques bas-rehefs antiques, dans des médailles et des pierres gravées. Le dessin de M. Puvis de

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Chavannes a de l'élégance, même une certaine grandeur. Son coloris pâle tient toujours de la fresque et laisse l'effet trop vague. Un peu plus de ton en certaines " parties du modelé, et ses tableaux prendraient de Timportance dans Técole contemporaine.

VÈve de M. Faure est dans la môme attitude que la njmphe d'automne qui cueille des raisins. Debout et de face, elle lève aussi ses bras, pour attraper et sentir des branches de pommier en fleurs. Cest comme le prélude de sa chute. La sensuelle commence par l'enivrement des parfums. Que faire dans le paradis- terrestre, à moins de jouir de cette fête^printariifee? Il n'y a pas de mal à aimer les fleurs, ni à cueillir des pommes, et la légende de la Genèse est vraiment cruelle. Heureusement que nous avons changé tout cela, au rebours, et que la croyance à la chute a été remplacée par la croyance au progrès. Ce fut sans doute quelque Normand bien avisé qui eut Fhérésie de protester le premier contre le crime symbolisé par la pomme édénique. La peinture de M. Faure est un peu faible, et son Eve est creuse ; on verrait le jour à travers : inconsistance qui préserve du réalisme, mais qui ne convient pas à la plantureuse mère de tant d'enfants. M. Faure a aussi exposé un portrait de femme, qu'on peut classer entre les portraits de M.' Dubufe et ceux de M. Chaplin.

Le Narcisse de M. Vibert est encore bien plus vide que VÈve de M. Faure : une ombre. Il existe si peu comme homme, qu'on s'étonne moins de sa métamorphose. Il pourrait s'évanouir en brouillard; mettons qu'il se change en fleur. Il est couché de san long, mollement incliné vers la fontaine où se réfléchit sa pâle image. La

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