‹ Salons de W. Bürger, 1861 à 1868Chapitre 5 sur 16 · SALON · texte numérisé non relu

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composition est entendue comme celle du tableau de Poussin, n° 442, au Loune. On esl toujcitlrà sûr dé trdiiver nos peintres idéalistes datis les patagëi^ de Poussiii ou de Haphaêl, quand ils ne sont paâ ail diable dâtis les ténèbres mythologiques otl dajai les tëtllp§ èttitfidilu viens.

M. Poucet ne resseitoblë à rien^ avëC Sbtl Of^pMe êiif' le mont Rhodope^ debout^ de grandeur naturelle^ clt>ptiyé sur sa lyre, entoiiré de lions qui lui lèchent les pïedf. Tout élève de TAcadémie en pourrait faire autant: Àh! que c'est triste à voir» cette figure ineptô et ces lioti^ en papier I MaisJe sujet est emprunté à Yitgile, et FaUtetii* est élève et sectateur d'Hippolyte Flandrin: Ce sont là des recommandations auprès du jury.

Quoi a pu recommander M. Riesener^ si différent des peintres anémiques et mélancoliques? Ses sujets; probablement. Heureux ceux qui font des femmes tiueâ^ aujourd'hui! L'empire des arts est i eut. Pourvu cepen> dant que ces poseuses déshabillées prennent des notiïë mythologiques. A cette condition^ ori peut même s'écarter du Poussin et s'égarer jusqu'à Rubens et à Jordaeiis. Riesener n'est pas de l'école de Flandrin; mais dô celle d'Eugène Delacroix. Il a toujours aimé les bacchahtes^ les naïades et les dryades, qui prêtent encore mieux à la couleur qu'à l'idéal. Il n'a pas été vers les fantaisies du public : c'est le goût actuel qui est venu vers sa Nymphe et son Érigone. La nymphe, couchée sur le ventre, appartient au ministère de la Maison de Tempe^ reur. L'Érigone est renversée sur le dos, tête en bas, jambes en l'air, et jouant avec une panthère. C'est toujours l'histoire des deux Vént4B de l'an passé, l'une par-

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.q|, r^utcp paHèf et qui, à elles deux, sont comme la médaille de l'art de notre temps, avec sa face et son reyers. pans VÉrigone de M, Riesener, les raccourcis sont .^tonn^nts et les tons de chair délicieux. C'est de la peinture assez jordanesque, où la figure vivante est bien enveloppée dans les pampres et les feuillages d'un paysage chaleppeux.

' 4§ n'ai p^s remarqué jusqu'ici la Léda^ de M. Jourdap ; p§t-ce pelle dont leoygne amoureux n'en est encore qu'à frôler de sop bec les pieds de la reine de Sparte î Je ft'^i pas su découvrir non plus XAgrippine de M. Giacomotti, fli le Jardin des Oliviers de M, Biennoury, ni le Çolumharixm de l'élève de Rome, ni d'autres encore qui put obtenu la médaille. Il faut croire que ces peintures ne marquent pas beaucoup au Salon, où l'œil Q^€|rcé, quelles que ^oient les sympathies^ aperçoit toute ceuyrQ (Jisfinguée par sou mérite ou par sa bizarrerie, païf u'ifwporle quoi,

]VIt I^éon Qlaize |i}s est élève de son père et de M. Gérôme, et de se3 deux matines il fait un mélange assez |)firpque, ûu regarde pettp femme paqite, à la chevelure rpussâtrp, à la peau mi-aïubre, mi-napre, couchée sur TUP cubiculuuï d'QÙ s'élance un furieux, qui rompt des porde^, à la fagon d'un hercule de kermesse* Bon ^ujet ppur ^Kjrpf: le publia de^ dimanches, et sans doute aussi be^U PFsiexte ^ peiuture^i ci ce drame allégorique de Samsqn et R^Ul^ ét^it pompri^ simplement, dans sa ru- ^esjse t^iblique.

tfi Dqnid de M- touis Leloir fils est moins maniéré. J^e prophète descend radieux et tranquille vers les lions qui sfipahlent magi^étisé^ et qui, à son approche, se cour-

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bent docilement. L'effet de lumière est juste et la couleur générale harmonieuse.

Le père de M. Louis Leloir a fait une Sapho au cap Leucade; le père de M. Léon Glaize, une allégorie intitulée les Écueils. Montées sur une barque antique, des jeunes filles nues rament entre les écueils des vices capitaux, disséminés sur les rives en figures symboliques : ici, la Paresse, couchée sur le sable ; là, grimpé sur la cime d'un rocher, TOrgueil \ puis, la Volupté, l'Envie, la Colère, et le reste. La jeunesse imprudente échappera-t-elle à ces séductions ou à ces monstres? Une des jeunes filles, entortillée dans des guirlandes de fleurs, penche déjà et va tomber du côté de la Volupté ; d'autres regardent curieusement, ou luttent avec énergie pour sauver la barque et la pousser loin des écueils. Bah ! ces écueils se rencontreront partout dans la vie, et l'on n'y échappe que par la mort. La composition de M. Glaize père, un peu embrouillée, ne se devine pas tout de suite, mais il y a quelques figures heureusement tournées et qui ont un charme assez étrange.

M. Glaize père ayant eu déjà toutes les médailles et môme la croix, M. Leloir père ayant obtenu aussi les médailles précédemment, ce sont leurs fils que les récompenses ont été chercher. Les visiteurs ne sont pas encore bien au courant de cette nouvelle organisation rémunérative, qui laisse en dehors les artistes déjà connus du public. On s'étonne de ne pas voir les mentions de récompenses sur les tableaux les plus admirés du Salon. Comment M. Meissonier n'a-t-il rieu, quand des artistes d'ordre inférieur sont signalés hors ligne par le cartel de leur médaille? Il se pourrait que la sur-

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intendance renonçât à afficher ces signes de récompense toute récente, ou qu'elle prît le parti de décorer avec plaques, médailles, rubans et cordons, les œuvres des artistes qui ont obtenu ces faveurs à des dates quelconques, de même qu'on émaille les tuniques^ des soldats avec des décorations multicolores, rappelant leurs exploits dans les divers conflits de la guerre. Ce serait comme un rappel des états de service de chaque engagé dans les concurrences pacifiques de Tart. Lé gouvernement pourrait bien avoir cette idée-là, pour imprimer encore davantage sa marque sur les artistes, comme il Tim prime sur tout ce qu'il fait mouvoir dans son large orbite. Le public reconnaîtrait ainsi, à première vue, les princes de Tart, les généraux, les capitaines, les sergents et toute la hiérarchie officielle.

En ce premier article, voulant constater l'entraînement littéraire de la critiqué parisienne à propos de peinture, peut-être nous sommes-nous laissé entraîner nous-même à une sorte de polémique. Il ne serait pas mauvais, d'ailleurs, que la critique se vivifiât un peu par la contradiction. Cependant nous tâcherons do ne plus sortir du Salon, et tout simplement de rendre compte des œuvres notables qui y sont exposées. Dans le prochain article, nous parlerons des autres artistes qui ont été médaillés, sans se tourmenter directement de l'idéal ni du style, tels que les comprend et les recommando la critique autorisée.

Vous ne savez pas : il y a un nouveau-né. La mère est blonde, et même un peu fauve ; Lucine, déesse fantasque, Ta surprise en plein champ, ou peut-être au coin d'un pré, à Tombre d'un buisson tout enfleuri, ou près d'une touffe de dictame. Est-ce que quelqu'un ne pourrait pas faire, sur le Veau de Millet , une églogue plus ou moins antique, aussi bien qu'on fait des odes sur la naissaiice des princes?- Est-ce que la poésie n^est pas dans les; existences agrestes comme dans la vie héroïque? M™® Sand Ta prouvé sans doute, avec ses pastorales du Berry. Il est vrai que Millet ne cherche point le charme, en interprétant les scènes rustiques. Il conserve toujours une gravité presque solennelle, même au milieu des fêtes delà nature. Au printemps, par une belle matinée ] à Tautomne , sous un beau soleil couchant, ses bergers, ses laboureurs, ses paysans occupés à une oeuvre quelconque ont un peu Tair d'être aux travaux forcés, quand ils ne ressemblent pas à des trappistes qui creusent leur fosse ou qui sont absorbés dans un nihilisme rêveur.

Ce petit veau tombé des flancs de la mère, c'est une bonne fortune pour la ferme. Il vaudra dix écus à la prochaine foire de Barbison, et cependant les deux fermiers qui le rapportent à Tétable sur un brancard improvisé ne seraient pas plus recueillis s'ils portaient un enfant au baptême, pas plus sourdement tristes s'ils

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pqr^fli^pt une bière à renterrement. La vache suit le nQuyeau-né et le caresse de sa langue maternello. Une jeune p^ysapue accqmpagne le convoi silencieux et méthodique. Pourquoi ne court-elle pas, rieuse, à la ren- CQntre de3 petits enfanta sortis de la chaumière ? Pourqpqi, à tous le$ àge$, et dans tous les actes d'une carrière laborieuse, ipais saine et fortifiante , pourquoi toujours cette austérité poncentrée, qui louche presque à Tabruti^ç^ment?

Millet a été frappé d-un cfîrtain côté du caractère paysanesque. Assurément les travailleurs attachés à la tqrre accompUssept une sorte de fonction religieuse et ils en ont Tinstinct. Ils sentent aussi qu'ils sont enferpaés dans une caste qui n'a pas l'élasticité des autres classes sociales. On dit que des rois ont épousé des bergèfes , mais on n'a jamais vu des princesses • épouser un paysan. L^ambition des paysans est bornée par Tétroitesse de leurs relations, comme leur intelligence est restreinte dans le cercle d'une éducation incomplète. Il n'y a pas beaucoup de quoi rire, quand on ne connaît que ^a chaumière et celles des voisins, le clocher du village et le terrain d'une commune. L'espèce d'abattement placide et de résignation pesante que M. Millet donne à ses personnages agrestes est donc un des caractères du paysan. Mais le paysan pourrait être étudié et représenté sous d'autres aspects non moins justes, non moins instructifs, plus humains peut être, et sans doute plus attrayants.

Balzac, dans un de ses chefs-d'œuvre, avait pris aussi un côté particulier du caractère des paysans. Il a ptjint la Jutte des campagnards contre les villotiers^ cette

conspiration active de ceux qui se considèrent comme exploités dans des conditions inférieures et qui se revengent par des finesses allant jusqu'à la perfidie et à la dépravation.

S'ils sont privés des ressources de la civilisation, les paysans jouissent des bienfaits de la nature. Vivre et travailler en plein air, marcher sur l'herbe et sur le feuillage, aspirer les senteurs de la végétation, boire à la fontaine, regarder la couleur du temps, commander aux plantes, communiquer avec les poules et les canards, élever des chèvres et des moutons, dresser des chevaux, mais on ferait tout cela par plaisir. Les paysans ne sont point malheureux, — sua si bona nôrint. Même sans avoir pleine conscience de leur bonheur, ils ' éprouvent physiquement toutes les salutaires influences • de la campagne, et il n'y a pas de raison pour qu'ils soient toujours mornes comme les fait Millet, ou fourbes comme les a faits Balzac. ^

Le vieux paysan qui, avec un esprit droit, a beaucoup observé les choses de l'ordre naturel, est souvent plein de sagesse, et sa rectitude naïve apprécie très-bien même ce qui semblerait étranger à son existence confinée dans la culture d'une parcelle de terre. La jeunesse des campagnes, qui se porte bien, qui a des organes solides et le sang chaud, pourquoi ne serait-elle pas naturellement joviale et vivante? 11 y aurait à montrer cet entrain et cet épanouissement des jeunes, cet intellect franc et cette vertu patriarcale des vieux, au cours du travail et dans l'intérieur de la famille, dans les réunions éventuelles et dans les fêtes.

Ce n'est pas l'idée de Millet, et, pour ma part, je le

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trouve bon tel qu'il est, précisément parce qu'il fait ce qu'il veut faire. Ses deux porteurs de brancard — deux frères sans doute^ car ils se ressemblent — sont fermement dessinés et modelés en ploia ; sous les hardes frustes, il y a des muscles solides : qualité rare, aujourd'hui que la plupart des peintres exécutent leurs personnages en baudruche, en verre, en cire ou en carton.

Le paysage a aussi sa tristesse : les abords de la ferme n'ont rien de cherché dans la mythologie ou dans les nobles compositions de Poussin. Des murs en pierres brutes, recueillies sur le sol aride de la forêt voisine et superposées sans avoir été équarries par le ciseau, enclosent la maisonnette. Le petit chemin d'où vient la procession naïve, et qui doit aboutir aux champs, ne ressemble point à une allée de parc. Les buissons y croissent à leur fantaisie, et leur toilette n'est confiée qu'à la rosée et au vent.

Je croirais bien que le second tableau de Millet a plus contribué que celui-ci à lui gagner la médaille. La vie rustique y est moins spécialisée, pour ainsi dire, que dans cet épisode du veau né en plein champ. Une Bergère et son troupeau^ c'est un sujet, classique., sauf la manière de le traiter. Le dieu des Muses, Apollon luimôme, pastoralisait, en son temps. Les Bolonais ont peint quantité de pastorales mythologiques. Dans un autre sentiment, bergeries et pâturages^ copiés sur nature, ont illustré la grande école hollandaise. Au dix-huitième siècle^ en France, que de charmantes bergères, avec rubans roses dans les cheveux et à la houlette, que de moutons chéris, caressés par des mains blanches et po-

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teléQs. Les agneifux étaient bien plus, heureux en ce temps-là qu'à présent.

Il va sans dire que Millet ne procède d'aucune de ces traditions. Sa bergère n'a jamais dansé au petit Trianon avec M"» de Pompadour. Elle ne soupçonne pas plus rOlympe que la Cour. Elle n'attend point que quelque dieu descende du ciel vers elle ; elle ne regarde point de côté, si quelque satyre ou quelque marquis se glisse entre les buissons. Elle tricote. La tête penchée sur ses deux mains, elle empiailb avec des broches grossières les fils d'une laine qui n'a point passé au cardage. Les bops ba^ bruns qu'elle awra pet hiver pour stationner, tout le jour, les pieds sur la terre détrempée l Elle est debout, ej\ avant de squ troupeau, sa cornette rouge, parquant sur }e cjel du soir, comme le plus magnifique panache d'un hérqg. Toute seule elle occupe ce paysage sombre e^ monotone, dont les lignes plates s'étendent sans aucune ondulation jusqu'au lointain où terre et ciel se confondant. Son troupeau ramassé en tas est enveloppé dans la tpinte pputre et harmonieuse de l'ensemble. Car il p'y a pojiit de fracas sur les premiers plans du paysage, pas le i^oindre repousspir viol^nt^ de même qu'il p'y e| ppint de subterfuges dans les fonds à perte de yue, La cîimpagne nue, pas bien féconde et très-mélancolique, surtout à cette heure du soir, s'étale dans toute sa sincérité. Qn n'imaginq pas de distraction dans'ce site sans eau^ sans feuillages qt sans cqUipes : la plaine qui a produit le blé, qui sera bientôt labouréq et qui reverdira au printemps. C'est tout cela qui donne au tableau un caractère sérieux, profond et très-attachant, outre que la pouleur en est juste, tout à fait ex-

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pressive de la nature^ dans tine tonalité très-forte, malgré sa sobriété.

On voit que Millet ne songe pas plus aux tnaîtteâ hollandais qu'aux Italiens ou attt français. Il est de son temps et de son pays, h ce point qu*bn peut mêdiè dire qu'il est de Bàrbison. Dans les prés, au boM des ruisseau^, sous les bocages ou sui* la pente des mon • tagnes^ dn rie garde pas ses brebis avec le tnêmé caractère quel dans une plaine rasée. Les bergères d'Adriaan van de Velde s'amusent à baigner leurs pieds dans l'eau d'un canal, ou bien elles causent dvec quelque jeune voisin qui conduit aussi ses chevaUx âii {îâturage. Aalbert Cuijf) égaie ses pastorales avec des mai'iniers du des chasseurs. Berchem montre le gebou de ses bergères au passage d'un gué. Paul Pottei* fait mirer ses vaches dans une mare tranquille. Les pâtres de Hobbema pochent quelquefois à la ligne. Au contraire , les paysans de Millet semblent fatalement séparés dti genre humain et de la nature, détachés de toute communion avec leurs semblables et môme de toute sympathie pour le monde extérieur. C'est là son parti pris, où il trouve sans doute une certaine puissance originale, mais qui l'entraîne à un ascétisme exagéré; peu compatible avec les tendances modernes.

. Il est étonnant et regrettable qu'on ne soit pas un peu Rabelaisien en ce temps-ci, qui a beaucoup d'aiialogie avec Tépoque de Rabelais : une pression violente ou raffinée , du côté des vieilles autorités chancelantes ; le fer et le feu, presque comme au temps de la Réforme et de l'inquisition; on martyrise des" populations, on fouette des femmes, on dévaste des pays, on proscrit

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des libres penseurs^ on séquestre des enfants, on brûle des livres; d'un autre côté, c'est un élan prodigieux et incompressible vers des idées nouvelles et des espérances indéfinies. Désaccord complet entre les faits officiels et Tesprit latent chez les peuples et les individus. Ainsi, au seizième siècle, on brûlait l'imprimeur Dolet, alors que l'mprimerie commençait à métamorphoser le inonde. Et cependant Tesprit était d'autant plus libre que la tyrannie était plus cruelle. Il n'y eut jamais plus d'indépendance^ plus d'audace'^ et même plus de folle gaieté, dans les esprits et dans les mœurs, qu'à ce moment assombri par les guerres, par les persécutions religieuses et politiques, par toute sorte de fatalités. Au cours de ces transitions rénovatrices , l'esprit devient caustique, il s'aiguise, à ses risques et périls, il brave tout, et la raillerie tourne à la gaieté. Rabelais, un des grands maîtres de tous les temps, est surtout le maître et devrait être l'exemple des époques où régnent l'inquiétude et l'ennui.

Égayons-nous un peu , si c'est possible. Qu'il y ait des médailles pour les artistes de bonne humeur, coqime pour les abstracteurs d'idéal et de style noble. Qu'à côté du Sphinx^ de la Mater dolorosa, des tueries guerrières, il y ait place aussi pour les jeunes imaginations d'une société affranchie des symboles superstitieux et des affres du mal, ragaillardie par la jeune sève qui monte. Nous avons plus besoin de Panurge que d'Agamemnon. Quelque sarcasme de Voltaire nous vaudrait mieux aujourd'hui que l'épopée du Dante ou que le Génie du christianisme de Chateaubriand.

M. Charles Jacque est aussi de la colonie de Barbi-

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son, où il prend ses bergeries et ses poulaillers. Il n*a qu'une seule peinture, cette année, le Labourage.

C'est aussi avec un Nouveau-né que M. Eugène Leroux a gagné sa médaille. L'accouchée est une fermière bre« tonne qui trône dans son lit. Le baby est dans son berceau, et le père tout auprès. Tableau assez naïf de sentiment, mais rond et commun d'exécution.

M. Charles-François Marchai n'est pas morose comme M. Millet : sa Foire aux servantes , à Bouxwiller, en Alsace;^ est très-réjouissante , pleine d'esprit, de naturel et de fine observation. Passez dans cet heureux village de Bouxwiller , quand vous irez voyager sur les bords du Rhin. Le sexe^y paraît de belle venue et assez content d'-ôtre au monde. Ces grandes filles qui arrivent de la campagne offrent leurs superbes bras modelés en plein air par le travail rustique. Elles sont debout à la ûle, adossées contre les maisons. Elles ont mis leurs atours des dimanches, chaperons brodés, corsages serrés à la taille et dont le devant se détache du haut et s'abaisse comme une tablette destinée à exposer dès fruits. Court jupon, qui laisse voir des jambes solides, colonnes bien appropriées pour soutenir de tels monuments. Vous pouvez choisir : leurs physionomies et leurs attitudes dénotent leurs diverses qualités. C'est franc , honnête, vaillant à Pouvrage. Prenez celte grosse carrée, qui, au besoin, maniera la charrue et montera les chevaux à cru pour les conduire à l'herbage \ ou cette belle sérieuse, qui sera correcte ménagère; mais méfiezvoiis de la rousse aux traits délicats; elle est trop fine et trop légère : une demoiselle qui porterait la robe de soie dans un salon aristpcratique. Justement, un bon-

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homme très-confortable vient le^r parler, et de $(i n^aip gauche fait un geste numérique, trois doigts en Tair. Voudrait-il enlever trois servantes à lui seu|7 ow bien offre-t-il trois pistoles de gages? D'autres villagop^s pg^sent au milieu do la place ; et, en av^pf , vi^ enfant conduit une oie effarée. A gauche,près d'une fQnt^irjp pu boit un petit garçon, un groupe dç trpjs fjlles ^fès-évefjléeset qu'un jeune homme agace. A]x îox^^ 3'éc)ielonpent les bâtiments de la petite ville. Toutes les fig^rQ9 sopt bien tournées et adroitement dessinées, ta cpuleijf est prise dans un ton clair, très-agréa()le, mai§ un ppu ^g^l partout. Il y manque un ménagepaent d'oRiJ)res p\ upe dégradation de lumière, qui assureraient le relief dos groupes et les plans successifs dij terrajyi jjijsqu'au f%^.

M. Ribot est encore de ceux qui ont bien mérité la médaille. Ses marmitons l'ont fai|; connaître coRame ^a peintre de caractère, aussi bien que s'il eût peint des guerriers ou des marquis. Un cuisinief n'est pe^t-ê^re pas moins utile qu'un évêque. Nous n'avons poinj, çettp fois, de ses gentils petits cuisiniers qui plument si prestement la volaille, mais deux Rétameurs , qui leuf préparent des casseroles. Oh I la bonne cuisine qu'op fera là-dedans 1 ces rélarneurs sont d'honnêtes gens e|;, à voir leur physionomie, on est sûr qu'ils travaillent avec conscience. Le vieux souffle la braise dans le fourneau, le jeune soude une petite bassine, qui sera f)iep raccommodée; on n'aurait pas l'air plus attentif, la main plus adroite , quand il s'agirait de restaurer un bijou précieux.

Dessinateur très-fin et très-serré, M. Ribot pince ses contours comnje un ciseleur et, dans le modelé inté-

peuf , il ,sfij( apcusefle niouvement pj la yje. te^bras et le3 mains de ses ouvrierf? sont excellents. Les tôtjss ont une expressjon prise si^f Je fait. \\ ^ up yrai §^ptin\^^\ (})| clair-obscur, fnai§, peut-être par }'l}3|)jt^f}p d'observer les êtres et les objets dans rpfjfjbfp qu les deini-teii^tes, il est souvent noif M pharbopijé. Jl seffible p'avoir que trojs tpns siff si^ palette, le br^p fpnp^, }p gris argentin e^ le rouge. Op dirait qu'il pejpt dans pRp cave. S'il se ffjettait ^ pejndfe dehojrs, en plein air et en pleine lumière, il y troffverait de^ p|Tels qui le fo^rceraient à mpc}i(|ef sa poi|leur toute coî^ventiqnnelle, et, certainement , par sqs facultés de peipfr^, il arrivefait, jBn son genre, ^u^j: p|:emiers yapgs de Técole contemporaine. Sou deuxième f^bleau, le Chqnfcfu Cf}n%Mc, malgré la science di^ cjaif-obscui:, malgré l'adresse cjp . la touche et la justesse dp certains accents de poulpur sur cette bande de pçtiteç filles qj|i ont Ipi^te? un air (jp parenté et v^n cpstun^e pareil, moi|fre bien les tj^fauts ^e celte coloralior^ af bitrairp et bornée.

Un bpn coloriste , p'est ^. Monginot ; il psf mênfp, ^ l'inverse de M. Ribpt, trop v^fié et tfop bpllai}tî il usp et abuse d'une gampie sj étendue, qu'on y perd la (Jqminante. Ce n'est pas lui qui tournera jaqai§ à la monochromie, coqame autrefois jaeaucoup d'habiles maîtres hollandais. ]l tape par-ci par-là des jaupes éblouissants au milieu de rouges et de bîpîis vifs, et tout ^'arrange néanmoins dans une lumière assez harmonieusp. Npus n'avons guère aujourd'hui de meilleur décorateur pour de grandes salles à manger, pour des salles de phasseurs ou des vestibules de château. Son tableau intitulé Après la chasse est plus gai et mieux peipt que les

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Desportes et les Oudry, si recherchés maiQtenant. On y voit sur un escalier de palais deux pages donnante manger aux faucons qu'ils décapuchonnent. Sur les marches et par terre, le gibier conquis , un chevreuil, n cy^ne, des canards.

Nous croyons avoir'^été des premiers à mettre en évidence le tblent de deux peintres étrangers, consacrés désormais par la distinction que le jury vient de Ipur accorder : M. Adolphe Schreyer, de Francfort-sur-Mein, et M. Alfred Verwée, de Bruxelles.

M. Schreyer avait au dernier Salon des Chevaux de poste en Valachie, \mQ Bande d'Arabes qX\q Prince Émeric de Taxis , i)le$sé à Temeswar , dans la guerre de Hongrie. Il a, cette année, un Arabe en chasse, monté sur un cheval blanc et traversant un gué, dans un paysage très-pittoresque, et des Chevaux de cosaques irréguliers^ arrêtés à la porte d'un hangar, par un temps de neige. La neige est partout et donne un caractère sinistre à ces plaines désertes. Les trois chevaux, harassés par le froid et la tempête, forment un groupe fraternel et presque touchant. Il est naturel de se rapprocher et de se soutenir mutuellement au milieu des rudes épreuves de la vie. M. Schreyer est très- peintre ; il a un dessin mouvementé , très-leste et très-juste à la fois, une touche vive qui ne s'appesantit point par des étalages de pâte et qui procède un peu comme la pointe de Teau-fortiste, un coloris clair et fin , où dominent les gris lumineux. Il a quelque chose de M. Fromentin, avec plus d'emportement, et presque quelque chose d'Eugène Delacroix, avec moins d'ampleur dans la qualité de ses fonds et de ses ciels.

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M. Alfred Verwéo semble s'être éduqué tout seul, par l'étude directe de la nature. On ne dirait pas qu'il est du pays d'Ommegang et de M. Verboeckhoven, La manière dont il voit les animaux le rapprocherait plutôt des Hollandais, au. bon temps d'Âalbert Cuijp. Ses Bœufs dans la prairie, au Salon de 1863, annonçaient une certaine grandeur dans les formes, et de Tampleur dans l'exécution. Son tableau de cette année, un Attelage flamand , est une œuvre accomplie en ce qu'elle est. Rien à y reprendre. Effet de neige, comme dans les Chevaux cosaques^ de M. Schreyer, mais moins terrible. Les champs ensemencés sont couverts de neige, tant mieux ! ça fera pousser le blé, et la moisson sera abondante. Il n'y a pas de quoiinrrôter le travail, et les bœufs vont partir, attelés à une charrette encore remisée sous la grange. Les superbes animaux ! La correction du dessin linéaire qui les enlève "en relief sur ce fond de neige, la certitude avec laquelle tous les plans de leur structure sont accusés, leur donnent un style qui rappelle les grands bœufs de la campagne romaine. Le style et Tltalie, nous y voilà, même à propos de la Belgique. Peut-être, en effet, l'Italie , comme autrefois la Grèce, et en général les pays du Sud, ont-ils le privilège d'une certaine beauté artiste qu'on s'habitue à admirer comme type. Il est sûr que beaucoup de races sont plus belles au Midi qu'au Nord.

On dit que pour cette composition M. Verwée s'est servi d'une photographie qu'il a presque copiée, moins une figure de paysan qui se trouve dans l'image fixée par la lumière. Il n'y a pas grand mal à cela, pourvu que la photographie ne soit qu'un renseignement exact

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et be dispense pas de l^étude séiilimeniale de 1& tiattlre. Un autre rfelge, d'origine méridiônaie ou peut-être frisoîine, M. Àlmaladema, élève de Lèys, à Arivors, a étë nàéilàîllé pour lin tableau archéologique , extrêmement curieux : les Égyptiens ae la dix-huitième dynastie. Là photographie, h'élant pas encore inventée à cette époque, rie nous a pas transmis d'images du peuple égyplieti: Mais l'originalité de ce grand et singulier peuple^ les souvenirs de son histoire et de ses mœurs , ont été pçints sur le plâtre et sur le papyrus, gravés sur la pierre elles inétaûx, par ses nombreux artistes. Les docuriients plastiqués ne manqiient pas concernant la vieille Ëgyple, et M. Tadema n'a eti qii'à choisir sur les peintures murales ou silf les sculptures ddloriéeé, pour restituer iinè scène qiii doit intéresser les amateurs

d'archaïsme.

Dans l'intérieur d'un monument à colonnes massives et courtes, teintées de roiige, les dynastes, je suppose, se recréent avec des dâiiseiises et des courtisanes, stii sbh délaliarpé et d'iristî-uments bàro^ties, Otlelqiiôslities des femiiies soeÎI couchées \ d'âutrëâ se contorsioiinôrii dans une gymnastique prodigieuse • belle dccasiott poûi* le peiiitre dé faîte d(Bs prodiges dé dessin et de sioiulëi* ces tours dé force par des {oxiH d'adtesse. Belle ocdà- Sibti aussi pour îeà critiques (jui adorérit l'drieiit et lès descriptions étranges et oiàghlfiques. Ijùélles têtes déterrées dés pyramides, avec ledts cheveltirés eii torsades! Et lés cosiiinies — de ceux quî en ont ; car il y a aussi dés aimées coiivertes seulement de bijoux multicolores, qui éclatent sur là peau niie comme des verroteries en plein soleil. Ah les terribles tons briis et

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heill-tés I Tout cela semble en métal ou en bois poli, ciré bt colorié, les figures elles-mêmes, comme les bibeltits luxueux et le reste des accessoires. Ces Égyptiens n'ont pas été points d'après nature , et ils ne sont pas en vie; mais c*èst égal, l'image a beaucoup de caractère. M. Aimé Tadema est certainement un artiste distihgiid; et ce nouveau venu doit inquiéter M. Gérôme, M. Rodolphe Boulanger et les autres résurrectionnistes des bizarreries de l'antiquité.

Dé rÉgyple nous pourrions passer à la Perse, un autre médaillé, un Italien, M. Pasini, ayant exposé deux sujets persans; ou à la Russie, avec M. Patrois, àilteur d'utiô scène intime, Intitulée Oblatchko, ce qui peut-être veut dire offrande, car le tableau représente un jeune homme offrant un œillet à une jeune fille ; les t)hysionomies ont de l'expression et les altitudes une cëHàine grâce. iH, Piitrois s'est assimilé dans ses peiniûtei lé type russe, au point qu'il l'a même employé pour isi Jeanne d'Arc après la journée de tompiègne, composition assez importante et à laquelle sans doute il ddlt ^» médaille.

Aprfes avoir meiltionné îiûe Messe eu mer, par M. Du- Vëau ; des ÎVàppistes , de M. Dauban, conservateur du iîiii§8ë d'Allgers j deux tableaux dô genre', par M. Dargelas ; deà Frâtïh^ jpat M. Maisiat, de l'école de Lyon ; détii taiûidturëà; par M"* Eugénie Morin, il ne reste plus ëii (obuvréà médaillées que des paysages, par MM. Oltd Wôbër, de Berlin , élève de Couture -, Brest, de Marseille, élèVe de Loubon ; Lavieille, élève de Corot; Hàtiblëilil, élève dé Gigoux } Nazon, élève dé M. Gleyre, etBërchèrb, élève de M. Remond.

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Les deux tableaux de Weber ont du succès au Salon. L'un, Intérieur de bois , avec un troupeau sous Tombre, approche des vaillants paysages de Troyon, de Jules bupré et de Diaz ; l'autre représente une Noce à Pontaveriy en Bretagne ; sur un large quai , devant une maison entourée d'arbres, s'ébattent les gens de la floce ; nombreuses figures , habilement dispersées et amusantes à regarder dans l'ombre transparente qui couvre toute la partie droite .du tableau; à gauche^ au second plan, on aperçoit la campagne inondée de soleil. M. Weber a aussi exposé deux aquarelles et deux eaux-forles.

Nous avions déjà remarqué, Tannée dernière, des vues prises en Asie Mineure et qui rappelaient un peu Marilhat. L'auteur, M. Brest , doit sa médaille à deux vues de la môme contrée : les Bords du Bosphore à Bejicos et un Caravansérail à Trébizonde. Il semble, même sans qu'on ait voyagé par là^ que M. Brest traduit fidèlement la couleur de l'air, si VoU peut ainsi dire, les lumières et les ombres, qui ont des valeurs relatives tout autres que dans nos climats tempérés. Le Caravansérail a beaucoup d'effet, et les rives du Bosphore sont animées par une abondance do personnages qui circulent à Tombre sur le quai, en avant d'édifices dont l'architecture capricieuse est piélangée d.e plusieurs styles.

Avec M. Berchère, nous sommes encore dans TOrient, dans la patrie des sphinx, et nous en avons deux en granit, qui dominent , par leurs proportions colossales, un désert de la Nubie inférieure. C'est le crépuscule, et le soleil a disparu dans de chaudes vapeurs rougeâtres. Le pendant représente le Désert après le simoun. Le fléau

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a laissé des cadavres d'hommes et d'animaux sur le sable profondément remué, et des bandes de vautours viennent s'abattre sur cette proie. Ici encore, on devine que l'effet doit être juste, et assurément ces deux motifs sont très -pittoresques.

M. Lavieille ne doit rien à la curiosité que peut inspirer le choix du site lui-même. Il a peint tout simplement une Matinée rf'avnV dans un bois de la Ferté- Milon et une Soirée de janvier dans un chemin de Pierrecourt. Matin et soir, le printemps et Tbiver, c'est d'ailleurs aussi intéressant que les déserts de TArabie ou les rives du Bosphore , et ce n'est pas plus facile à faire. L'effet d'hiver, avec la neige qui a tombé et la nuit qui tombe, est surtout une excellente peinture, sobre, harmonieuse, et d'un sentiment profond.

M. Nazon est plus hardi, et presque excentrique, avec son effet de soleil levant au bord du Tarn, avec ses arbres jaunis par Tautomne. Ce n'est pas nous qui le blâmerons d'avoir risqué une espèce de jaunaille pour exprimer l'automne , quand les paysagistes semblent avoir peur des teintes exagérées que le's saisons donnent aux feuillages, et surtout des verts du printemps. Oui, la couleur automnale est Tor clair, et la couleur printanière est le vert cru. Seulement, la nature fond ces notes aiguës dans rharmonie de la lumière. La touche de M. Nazon est trop également tapotée partout, et ses ciels sont cotonneux. Ses deux paysages nous ont un peu rappelé ceux des- préraphaélites anglais, qui voient trop les terrains et les arbres avec des lunettes de couleur.

Nous n'avons pas encore découvert \d. Hutte abandonnée et l'autre peinture de M. Hanoteau, qui doit être

i\i SALON DÉ 1§64.

lin bon [)rallcîeh, puisqu'il a 6ié tormé (làr St. Gigoux. Mais noiis âvoiifi Itbuvé la Léda (le St. Jôùrdan, brièvemerit citée dans notre preiiiiër article. Cette figure, pliis fërnibbènC peiiitè ([ne là pilùpàrt des àiitres femmes nues de l'exposition, annonce de la science et de là conscience. Il y à pëùt-êtire cent femmes nues au Salon. C'est là modb , iine sorte d'aîiàclironisme , il est vrai, piiiscliie les feriimes de nos temps et de nos pays ne se prbmèiieni plîis sans quelque draperie dans lacampagnei éh plein soleil. Certes, le nd pi'êle à la peinture et à la slfllliaire, et les chefs-d'œuvre de Part sont des femmes riues, comme là Vénus de Rlilo et l'Anliope du Corrége. Btilis ces siijets, étranges pour nos mœurs, commandent la Jiërfectibn : forrbè ou moiiveméhi, couleur ou effet. Le malheur est que les artistes actuels ne font que des fëinmeis déshabillées, tour qu'une femme laissé tomber ses voilés devant le fiublic , comme là Phryné devant seis jiiges, encore faudràit-il qu'il y eût dessous quel- 4ue rare beauté.

M. Meissonier est sans doute à présent le piu^ célèbre des peintres français contemporains, et, dans l'avenir, ses petits tableaux conserveront dé la valeur comme ceux de tous les maîtres précieux, tels que Gérard Dov^ Shngeland et autres. Mais qui eût pensé que le talent de M. Meissonier serait jamais provoqué à cette peinture épique : la Retraite de Russie^ la Bataille de Solférino?

Où en sommes nous de la peinture historique et dra-

sâLôn de 1864. 47

matlque, pour ()ilè les maîtres de la société française, voulant illustrer les souvenirs de leur dynastie et en perpétueriez images devant râvenii*, choisissent^ comme interprète, le plus délicat des miniaturistes, très-habile quand il s'agit de représenter dans une petite chambre un |3cvtit bbnhomtne qui feuillette un livre ou qui joue de la' flûte?

Le peintre des Pestiférés de Jaffa^ peut-être eût-il réussi à faire un tableau de la retraite de Russie, de cet éjsisode final d'un grand désastre. Les voici, revenant le soir, sur un terrain où la neige et la boue sont détrempées, ceux qui avaient mené les autres par le, où il en est tant mort I Ils ont encore de la chance de ii'y point rester eui-mômes î Quelle procession funèbre ! Le chef est en avant, tout seul, la tête basse, les coins de sai. bouche mince baissés sur un menton osseux. Son teint et sa redingote sont de la couleur du ciel plombé! Suivent les compagnons du héros, deux à deux, en assez mauvais point, pataugeant avec une résignation passive..Il y en a un vieux qui dort sur son cheval, la tête branlante à chaque pas. Un autre regarde machinalement un shako et je ne sais quels restes informes, à moitié ensevelis dans la neige ; car il a déjà passé des bandes de fuyards sur ce désert blanchâtre, qui est le chemin de la France, où bien peu rentreront.

M. Meissonier, qui est un homme très-ititelligent, a eu l'instinct de la composition du sujet qu'on lui demandait. Mais, sur une commande officielle, et nécessairement apologétique, comment exprimer le vrai sens du drame ?

Quel tableau à faire I La proportion n'y est de rien,

sans doute, et je suppose qu'un artiste comme Rembrandt en eût fait une image terrible, même en figurines pas plus grandes que ses petits philosophes du Louvre.

Charlet a peint une fois la Retraite de Russie, qui fut exposée dans les derniers temps du règne de Louis-Philippe. Comme il travaillait pour le public simplement, il avait pris le côté patriotique de son sujet, et son tableau faisait dire : « Les braves I c'est bien glorieux ; mais c'est triste toUt de même qu'on les fasse périr comme ça I »

Le tableau de M. Meissonier fait penser à une complainte, bien que l'auteur ait dû penser à une épopée. Il se pourrait que cette composition, transformée par la lithochromie et autorisée par le comité du colportage, eût un immense succès populaire.

Comme peinture, le résultat n'est pas heureux, et, pour comble de fatalité, cette image terne et indécise est placée entre un Corot tout argentin et un Rousseau d'une coloration extraordinaire. Il ne .manquerait là, en contraste, que les deux superbes effets de neige dont nous avons déjà parlé, les Chevaux de cosaques, par M. Schreyer, et V Attelage flamand, par M. Alfred Verwée.

Toutes les difficultés de la peinture étaient réunies dans un pareil sujet, et il n'est pas surprenant que M. Meissonier ne les ait point vaincues. Les têtes, surtout celle du personnage principal, tournent un peu au style que représente Daumier. Les chevaux ne se tiennent pas sur leurs jambes, et le cheval blanc de l'empereur semble peint avec du lait doux. Ce groupe de ca-

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valiers, qui sont censés à la file, s'emmêle en un seul monceau. Aucune dégradation de lumière, qui mette chaque figure à son plan. Les derniers ne sont pas plus éloignés que les premiers : pourquoi sont-ils plus petits? A droite de la file impériale^ on aperçoit une masse de figurines microscopiques, sans doute un régiment qui cherche aussi à regagner la patrie ; mais la distance qui les sépare du groupe principal n'est point justifiée par la perspective des terrains. Le paysage, terre et ciel, ne constitue pas un milieu suffisant pour que la vie humaine s'y remue. Le terrain simule un tricot de laine blanche, et Tensemble évoque l'idée d'une petite bande d'insectes engagés dans une toile d'araignée.

L'autre tableau de M. Meissonier rappelle les fines aquarelles de M. Eugène Lami^ ou même les petites gouaches de Swebach, et ces fixés merveilleux qui ornent le dessus des riches tabatières. M.. Meissonier a une délicatesse de pinceau qu'aucun artiste n'a surpassée, dans aucune école et en aucun temps. Mais cette qualité excessive entraîne sans doute une incompétence radicale à traiter certain^ sujets où. la grandeur et la virilité sont indispensables. Un soldat mort sur un champ de bataille ne saurait être peint avec la même brosse qu'une robe de satin. Une statue équestre doit avoir d'autres accents qu'une petite bergerette sur le socle d'une pendule.

Les artistes qui ont su donner aux figures et aux objets leur proportion véritable, indépendamment de la dimension de Toeuvre, sont extrêmement rares. Quelquefois un tout petit bronze antique est plus grand que nature. Michel-Ange a dessiné sur un bout de papier des figures qui ont 2 mètres de haut. Les coloristes eux-

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SO SALOIÎ DE 1864.

niôrhes, par tih àiitrc artifice, Titien et Tëronèse, Vèlazqiiez et Reinbrandt, Rubans et van Dyck, dtit fait tenir sur un petit espace des images colossales! Mèii^, en ééfaéi*di; les peintres de petite proportidii rie {ieuvènt éleveir titi sujet & sa grandeur véritable. Leâ Hollandais, si habiles d'ailleurs, Pont bien prouvé, surtbiil (Jiiand ils se sont imaginé; comme Berchem, Karel du Jëtdin, Metsù et autres, d'entreprendre des figurés de gratideiir naturelle. La peintiire en petit a ses lois» conventionnelles qui contrarient les lois, nbti- seulement de la grande peinture, mais de toute peinturé qui aborde des sujets d'une signification assez haute. Les kermesses de Teniers, peintes de grandeîir riatuirelle; sël'àiênt intolérables, et Ton ne concevrait point eii minieiture les grandes fresques de Raphaël.

Il y a aussi une énorme différence de moyens ënlrê les tableaux d'intéi'ieiiir et les tableaux do plein air. Qui peint bien les pénombres d'un. boudoir, ou d'un cabaret, n'est pas sûr de poindre Tirradiation de la lùthière épahdue â Textérieur. Terburg et Metsu n'ont guère hasardé, que je sache, des scènes qui se passent hers des mystères de la maison. Pieter de Hooch y à i-éussi parfois , et môme dans la perfection ; Adriaan vah Ostade ël Jan Steen aussi, et quelques autres, mais encore est-ce rare. A l'inverse, on ne voit pas que les maîtres de la nature extérieure, tels que Ruisdael et Hobbema, se soient risqués à faire des intérieurs. Aalbert Cuijp, il est vrai, dans sa première manière, a peint le demi-jour des écuries où brillent ses chevaux pommelés. Exceptions qui n'empochent pas que la faculté devoir et d'exprimer les différents aspects de la nature ne se spécialise, jusqu'à

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SÀibN DE i'ÉM. M

un céHairi point, chez les artistes, suivant leiii' organisation individuelle. Il y R plus de physiologie tjii'bn rie croit (ians là diversité dii talent des peintre^, surtout lorsque leur talent résulte d'iine adhérence à la nature, d'une sensation visuelle, jpliis encore que d'une imagination abstraite. Ceux qiii l)artent de l'idéal {)èuverit inventer tout ce qui leiir plàtt, sauf à s'écarter de là création réelle , et leurs admirateurs ne lès en blâmefal point. Mais, quand l'origine du talent est dâhs une impression natiirélle, Tœuvre est forcément très-îhfluericée par les dispositions physiologiques de Tartiste.

La faculté visuelle de M. Meîssonîér est extrêmement particulière : il voit les détails avec une perspicacité étonnante, et là-dessus il est incomparable. Mais il rie paraît pas qu'il ait le don de saisir Terisemble. Comme dessinateur^ il est souvent disl)roporlîonné dans la structuré d'une seule flguririe, et, de même que l'objectif du photographe, il exagère les parties avancées. Comriie coloriste/ il a le ton local très-juste, mais non pas Thàrmonie générale. Il semble qu'il lui soit impossible de voir, en même temps que son petit personnage, les objets ambiants, — qu'il s'y reprenne pour les regarder à leur tour, et qu'il les ajuste ensuite avec une valeur conventionnelle. Aussi, d'habitude, ses fonds ayant trop d'importance anticipent sur les premiers plans. Et s'il s'agit d'une scène en plein air, comment exprimer l'espace, la terre et le paysage, le ciel et l'infini?

Pour représenter V Empereur à Solférino, M. Meissonier a été forcé de se faire paysagiste. La bataille est à distance; le commandant et son élat-major sont postés en spectateurs sur une colline, d'oii ils aperçoivent la

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fumée des canonnades par delà les sinuosités du terrain. Le paysage est donc principal en une telle donnée. M. Eugène Lami^ précisément^ a recouru plusieurs fois à Jules Dupré pour le champ des batailles qu'il avait à peindre, comme van der Meulen employait aussi Huysmans de Malines et autres paysagistes. Ce n'est pas à dire que ces collaborations réussissent beaucoup ; toujours sont-elles favorables au peintre de figures qui craint de se troubler en plein vent. M. Meissonier a risqué sa bataille tout seul : c'est brave. Il y était, à Solférino, dans ce groupe de Tétat-major, et môme avec un képi, car on dit que la dernière figurine à gauche est son portrait. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a très-bien vu ses cospectateurs, dont tous les portraits sont très-ressemblants. Si Ton coupait ces petites têtes, d'une finesse exquise, pour les enchâsser dans Tor ou le diamant, quels bijoux! Petitot n'est pas si précieux ! Il y a aussi, par terre, deux petits Autrichiens morts qui ont beaucoup de charme ; et à droite, sur une route, des chariots escortés par de gentils artilleurs. La guerre n'est pas si terrible que le supposent les philanthropes, dont la lunette grossissante et malveillante enlaidit les faits.

Il faisait très-clair sans doute le jour de cette bataille de Solférino, car le paysage est plein de minuties jusqu'à l'horizon où se dressent de petits peupliers qu'on prendrait pour les antennes d'un hanneton. Les terrains vitreux ont peine à supporter ces petits cavaliers qui ne pèsent guère et qui ne respirent point sous un ciel cotonneux. Après cette expérience de la grande peinture, peut-être M. Meissonier fera-t-il bien de rentrer dans ses

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intérieurs du dix-huitième siècle, où il est accepté comme un maître.

Et cependant de toutes les peintures de M. Meissonier le chef-d*œuvre, à mon avis, — un vrai chef-d'œuvre, — ce n'est pas un intérieur, mais un effet de soir, il est vrai, et non pas de pleine lumière, la Barricade, où Ton ne verrait plus distinctement au bout de son fusil. Elle est à Bruxelles, dans Ja collection de tableaux modernes la plus distinguée qu'il y ait peut-être en Europe. Je ne sais ce que cette Barricade vaudrait aujourd'hui, mais écoutez ceci sur le prix des tableaux de Meissonier, à qui toutes les critiques doivent être bien indifférentes : la Bataille de Soïfévino et la Retraite de Russie ont été payées 50,000 francs chaque; et, cette semaine, à la vente publique de la collection de M. Demidoff neveu, à rhôtel Drouot, qui est la Bourse des tableaux, sept Meissonier ont fait près de 150,000 francs ; le plus grand avait 21 centimètres de haut, le plus petit 12 centime^ très. La Lecture chez Diderot a été payée 38,000 francs (plus 5 pour 100) ; un Corps de garde^ 30,000 francs ; un autre Corps de garde, 28,700 francs; un Capitaine, 19,509 francs ; un Gentilhomme faisant de la musique, 12,000 francs; un autre petit Gentilhomme ne faisant rien du tout, 6,150 francs, et un petit Cavalier dormant, 5,000 francs. Sur ces sept tableaux, quatre sont achetés pour l'exportation en Angleterre, où leurs prix seront encore presque doublés. A la môme vente, un Horace Vernet a atteint 30,000 francs, et un mauvais petit Delaroche 20,000 francs. Ce qu'on aurait de belles pointures anciennes pour ces 150,000 francs des Meissonier, pour ces 50,000 francs du Vernet et du Paul Delaroche!

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uti tlembrândl, un Velàzquez, un van l)yck, et quelques Terburg par-dessus le marché. Rira peii qiiî rira le dei'nier, de ces acquisitibhs phénoménales. SI Ton meitait aujourd'hui en vente publique lés ti*ois tableaux de Glrodet, payés, en 1818, 50,000 francs poui*le musée du Louvre, ou la Didon de Guérin, [iâyée 24,000 francs, combiëtl produiraient-ils? Hdbbeoia est mort indigent sur le Rozengracht, presque en face de la maison où Reriibràiidt aussi mourut pauvre et oublié. Mais combien se vendent aujourd'hui les Rembrandt et les Hobberha?

M. Gérôme ne doit pas être content du jury qui n'a pas fait les honneurs du grand salon à son Aimée ^ que le public irrévérencieux appelle la Danse du ventre. Il est vrai qu'il a dans le grand salon soft deuxième tableaii^ le portrait de M. Amédée Thierry, de gtandeur liaturelle, à mi-corps, sorte de doublure posthumé des portraits de M. Hippolyte Flandrift. Même exécution mince, sèche et prétentieuse. Le persbrinagé; en costume à broderies d'ol*, l'épëe au côté, apptlie sa main droite sur un bureau couvert de papiers ; il a les cKeveùx gris et la face bien rasée. Sur le foiid verdâtre est plaqué un buste en bronze, peut-être celui de M. Augiistiii Thierry. Je lie crois pas que personne àdhlire beaucoup cette peinture ingtatè. V Aimée, étant pefHuô dans les salles (( alphabétiques^ i) h*dttire pas non plus la fodle bommë le Molière ou là Phryné, aux expositions pi-écédentés. Ce qui frappe d'abord le regard dans ce tableau extrêmement travaillé, c'est une dppal'eticè de Vehtirè ëri porcelaine ou en ivoire, qui fait bàllbh entré tine jilpe rose, soutenue par une ceinture jauhë, et uh cbrsâgè jaune, bbiiillonné do mousseline. Aii-des^îis du corâàge

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on dèHhé qu'U doit y àvoîr un torse renversé ël môme une tête jelëë à gailchè eti taccotlt'ci, avec deûi appendices qiii sôiit les bras en raiir agitant des cèlstagneites. A droite, trois iiiusiciens, lin debout et deiix accroupis. Eh face du véiitré de rAliîiée, quatre personnages ehtUrbaûés et assis, âpplMildissèiht à la beauté et aux contorsioiis dé la dsltisetise. Leurs physionomies sont aussi étranges que leurs costumes, et RI. tiérôme y a mis toute la délicatesse dô son pinceau, comparable à celiii de M. Méissonier, mai^ moins onctueux. Il a d'ailleurs aussi la vogue croissante; et, à la vente Demidoff, son petit Boucher turc, exposé Tannée dernière, a été vendu 6,000 francs. Comment sottir de cette manière sUpercoquentiéuse et malsaitié, puisque les riches collectionneurs l'encouragent par des prix exorbitants? Je suppose que FAlmée et son ventre feront les délices de quelque . vieillard liïilllonnairo. -

M: Gustave -Rodolphe Boulanger flatte lès tiiêmes goûts et obtient les mêmes succès. On se rappelle sou Atrium dé la maisoû romaine, avenue Mohtàighë, et ses peiiitures des précédents Salons. Il a, cette année, outre ùhfaiBle tableau de Cavaliers sahariens, imë C'elîâ frtgidària. Ces soUvënirs deà ihoeur^ de la décâdeiice rodiaihe côhviennent bien S un t)i*eiilier grand prix de Rome, et ils né sont point dét)lâcés S notre époque, qui se glorifierait volontiers de ses analogies avec Pépoq[iie des Césars tomairis. La Uellâ,frigidarta, c'est dn ihtérieûr dé bain de femmes, chariîiàrit ttiôtif podr déshabiller des femmes et mohUrel* leùrà mouvehienls voliiptueu*. Toutes seules avec leurs esclaves, élle^ li'btit S singer aucune (itùderië: Elles ne se dbiltëht pas qd* elles

posent pour tout Paris ot pour tout l'univers, et surtout pour Tamateur qui les accrochera dans une salle intime. Là est le tour malicieux de la peinture aphrodisiaque. . La chaste Suzanne qui va se baigner derrière un bocage touffu, sans soupçonner que des regards curieux percent ]e rideau de feuillages, est bien plus provoquante qu'une courtisane autorisée. Les demoiselles de M. Boulanger n'ont rien de la Suzanne biblique^ si ce n'est la beauté. Du moins c'est leur beauté que le peintre cherche à faire valoir, en les tournant et retournant dans des attitudes habilement méditées. Six baigneuses : deux qui vont laisser tomber leurs voiles, debout sur la dalle : une déjà les pieds dans l'eau et que masse une négresse; une autre^ assise sur le bord, de face^ et dont sa négresse savopne les pieds ; une autre, en avant, couchée de son ' long, le corps à la surface de Teau; la sixième, debout au milieu de l'estrade, vue de dos et les bras en l'air, se verse sur la tête l'eau d'une amphore. C'est encore une variante des déesses de Rubens disputant le prix de beauté. Vous feriez la plus belle femme du monde, encore ne la voit-on que d'un seul côté, faute de pouvoir tourner autour d'elle dans une peinture, ^'ingéniosité de Tartiste, c'est de vous présenter en plusieurs exemplaires la femme complète, sa face, son revers, son profil, ses lignes, contours et rotondités, en plein, en raccourci, dans ses mouvements divers, sous des aspects variés. En ce genre, le tableau de M. Boulanger est une merveille de combinaison, et il a dû se vendre cher ; car il est déjà vendu. Il a pourtant un défaut grave : ces femmes qui se touchent presque, en un espace assez Iresserré, sont toutes de proportions extrêmement diffé-

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rentes ; la femme couchée en avant est moitié plus longue que la femme debout qui se verse de l'eau sur la tête, bien qu'elles soient seulement à quelques mètres de distance Tune de Paulre. Perspective impossible dans la relation des figures et dans les plans des dalles qui entourent le bassin. Mais la finesse de Texécution est aussi étonnante que dans la peinture de M. Gérôme.

Un autre grand prix de Rome^ également très-favorisé par la critique^ M. Bouguereau^ a aussi exposé une Baigneuse, une seule, de grandeur naturelle, mi-dos, mi-profil, penchée en avant^ le genou droit posé sur une butte de terrain ; elle sort de l'eau, ou elle va y entrer. Le dessin de cette grande figure est assez savant, mais dans un style vulgaire, et le fond de paysage est trèsfaible.

Le second tableau de M. Bouguereau, intitulé le Sommeily représente une femme romaine assise contre une muraille blanche, tenant sur ses genoux un enfant qui dort et mettant un doigt sur ses lèvres pour commander le silence à un petit garçon arrivant avec des cerises . dans sa chemise retroussée. Figures de grandeur naturelle. Cette espèce de madone rappelle toutes les peintures que les jeunes élèves, débutant à Rome, pillent sur les maîtres italiens et expédient aux exhibitions de l'École des beaux-arts.

Autres' baigneuses, mais d'un autre âge : l'une par M. Amaury Duval, l'autre par M. Antigna.

La jeune baigneuse de M. Antigna, fillette de douze à treize ans, commence par se mirer toute nue dans la fontaine, — Miroir des boi^, dit le titre ; debout et de face, elle se penche avec un gentil mouvement, à la fois

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curiei^jc et pudique, te rjessin s^ une élégance païve et la juvénilité des formes est rendue par un modelé délicat. IjQ paysage aussi ne manque pas d'harmonie.

te tableau de M. Amçiury Puval est intitulé (Jiscrètepaent ; Étude d'enfant, Cetfp blqn4ii^p de douze aps tient encore deins ses bras sa ppupée pn çartpa, bien que ses forqaes poipmencent à ^'a^rp^idir. Toute nue ^\ prête à descendre daps Teai^ , elje est assise, de profil et presque de dos, sur le divan d'une salle antique dont les lambris et les draperies §ont tout blancs ; c'était là une difficulté, de modeler §ur c^s clairs la chair cl^iire et lupainepse. Il est vrai aue IVf . Amaiiry Duval, suivant le procédé de son maître, ^ plutôt çjécoupé sa figpr? par des contours qu'il pe Ta niodelée eii relief. Le gftlbe est très-fin, niais l^ntérieur est vide, et ce n'est pas du sang qui circule sous cette peau mate et blêfpe. Lçi tête enfantine est d'un profil charmant. Cet art-là, paalgré son indifférence pour la copieur et pour la vie, nous paraît extrêmement distingué à côt^ dei Fart banal qu'on vante en M. Bouguereau, pu de Tart majingre que le jury a récompensé dans le J\arcisse de M. Vibert, et surtout daps V Orphée de M. Poncet.

M. Amaury Duval est aussi l'auteur d'un portrait de femrne en robe noire et tenant un éventail. Le profil, qui se découpe encore trop sèchement siir un fond grjs uni, est très-pur. Cela fait toujours l'effet d'<zn camée plus que d'une peinture, non-seujement par la roideur aiguë de la ligné, mais par le ton lui-môme de la chair serrée dans le contour^ et qui semble en pierre dure ou en porcelaine. On a du moins une certaine impression de beauté correcte et immobile, obtenue par des moyens

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éU'apgjBr^ à l'essence mônae de la peipture, et vplonfa|- TGjfqeni incomplets. Il y a ainsi plusieurs çirtistes dont 0^ pefit (jire q^'il9 ^opt bons, mais que leur système est

On ne devinerait jamais que M. Dugasseau, comme M. Am^ur:!^ PFY^I» ??^ l^î^^P ^® ^' îî^gf^s. \\ ^ peint une femûje j^ §$i toilette, — 1^ Matin, devant upp glace pqsé^ 3ur vfpe commocje avec des vases de fleurs, te torse pu, les bras en Tair et laissant voir ^on sjBJn, elle peigne son abondante chevelure. Un jupon serré à la taille couvre ses hanches. Sauf les fonds qui sont tristes, c'est peint largement et grassement modelé. M. Dugasseau touche presque aux réalistes comme M. Àniand Gautier, qui a exposé un excellent morceau de femme nue, outre un portrait d'homme, debout, très-simple et très-ferme.

Putequ'on aime surtout les femmes — mytjiologiques, on devrait parliBr davantage de VAtalante, par M. Çin. Cette figure, d*up mouvement original et audacieux, d'un dessin extrêmement serré, a beaucoup d'élégance ; ses forpaes élancées, sveltes, fines aux attaches et auç extrémités, expriment bien le type de la légèreté robuste, si Top peut joindre ces deux mots. Sans qu'elle ait des ailes aux pieds, on voit qu'elle peut fendre l'air d'un élan rapide, et l'on s'étonne qu^elle ait été vaincue dans ce cirque par un Hippomène assez engourdi ; mais ce fut une perfidie de Vénus, qui, pour faire triompjier bippomène, lui inspira dé jeter une des pommes aor qu'il tenait en main ; Vénus n'était pas sans connaître l'histoire d'Eve et la fascination des pommes, surtout quand elles sont d'or. Pourquoi Atalahte s'arrôte-t-elle

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à ramasser le fruit perdu? Le tableau de M. Bin est mauvais dans son ensemble, c^est vrai^ mais son Âtalante est peut-être la meilleure académie de femme qu'il y ait au Salon. On en ferait presque une belle statue.

Un élève de Souchon, qui fut aussi le maître de Jeanron et de quelques bons peintres, M. Lobbedez, a exposé Daphnis et Chloé, figures de grandeur naturelle à peu près. La petite dort, couchée sur l'herbe au pied d'un arbre, la lôte dans la pénombre, le sein frappé d'un rayon lumineux. Daphnis agenouillé la contemple. C'est assez poétique et assez bien peint.

Un élève de Couture, M. Dauvergne, a fait sa Femme nue, vue de dos, assise en un paysage. On pourrait en noter bien d'autres, et nous en retrouverons encore dans beaucoup de tableaux où elles jouent un rôle plus ou moins accessoire.

Mais, de toutes ces femmes exhibées pour leur beauté symbolique ou leur attrait personnel, Vénus, Eve, Léda, nymphes et bacchantes, baigneuses antiques et modernes, aimées et lorettes, la plus magicienne, la plus mystérieuse, la plus attirante pour un poëte, c'est une Nymphe des bois, par M. Victor Mùller, de Francfortsuî-le-Mein. Il ne paraît pas que la curiosité publique l'ait troublée jusqu'ici dans sa retraite ombreuse, ni que la critique en ait déjà parlé. Là critique a ses préoccupations, et le public a besoin qu'on le conduise aux bons endroits. Je parie de mettre au Salon, dans un coin choisi devers le ciel qui n'est pas toujours" clair, et sous le nom de quelque élève de Courbet, — un Rembrandt, .naturellement sauvage, pas gai, point mythologique,

dépourvu de l'idéal et du style à la mode, grossier, i^noble^ eomme disent tous les anciens biographes français, instinctivement continués par les écrivains et amateurs, fashionables, — et que mon Rembrandt, — plût à Dieu que j'en eusse un petit ! — ne sera point découvert et signalé durant les deux mois d'exposition.

La Nymphe de M. Millier est accrochée tout en haut, à l'angle extrôme de la dernière salle de droite. On a même oublié, je crois, d'y attacher le numéro du catalogue, et c'est par hasard qu'un' Allemand m'a dit le nom du peintre. Où s'est formé ce M. MùUer, je ne sais ; il n'a rien de Técole germanique, si ce n'est qu^on sent un compatriote de Beethoven et de Weber; rien des Italiens, si ce n'est que cette nymphe fait penser à l'Antiope du Corrége, bien qu'elle soit dans la demi-teinte et sous les reflets du bois, tandis que TAntiope est en pleine lumière ; rien de l'école française, si ce n'est qu'à la poésie coloriste d'Eugène Delacroix se mêle une impression réaliste, libre de toutes traditions.

Sur la toile, très-grande, est largement brossé, du haut en bas, un intérieur de forêt, sans aucune percée sur le ciel. La lumière ne s'y tamise pas même entre les branchages. Ce n'est ni le matin, ni le soir, ni le plein jour ; c'est l'ombre^ mais en plein air, produite par l'architecture de feuillages superposés et non par un édifice opaque. Là, ni vent, ni chaleur, mais une température voluptueuse et moite, qui détend les nerfs. La nymphe est étalée sur un lit de mousse, les bras perdus dans sa chevelure dénouée, la gorge en l'air, les jambes abandonnées parmi les herbes. Dort-elle? Elle vient peut-être de courir les bois avec Diane chasseresse, Heureux le dieu

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qui la surprendrait dans ce ni4 d'amour I Pourvu que Jupiter soit occupé ailleurs, métamorphosé en cygne pu. en taureau!

Sérieusepient^ le pharme de cette femme couchée ea un bois pe tient à aucun souvenir mythologjaujB, mais au sentiment poétique de l'image évoauée comme en un rêve oti se confondent Tamour et la fjature.

Non loin de cette nymphe à la peçiu veloutée sous des tons de perle, est une espèce de naïade, étendue tout de son long, spr une grève humide, comme une couleuvre au frais, le veiitre plongé dan^ le sable. La tête, retournée de face et appuyée sur la main, est dans la demiteiple. Les yeux regardent le vide. La plage est nue, comme la belle rôveuse ; pas un jonc, pas un brin d'herbe i une bïtndede terrain plat, presque sans végétation, sépare du ciel ce désert sablonneux. On dirait les bords de la Loire, (juand le grand fleuve à sec découvre ses immenses grèves jaunâtres. La jeune femme est d'un type très-distingué et très-élégant. Le ciel seul ni;it à l'effet de ce tableau poétique, ciel pommelé de flocons

blancs sur un fond de perle azuré. Ce semis de petits nuages appliqués par plaques tapotées (i*une touche égale ressemble à une tapisserie où à une marqueterie en nacre.

On ne devinerait point que le même peintre, M. Feyen- Perrin, est l'auteur d'une Leçon d^anaiomie, où le docteur Velpeau s'apprête à disséquer un cadavre au milieu des savants et des carabins. Toutes les têtes sont des portraits assez largement peints. Par malheur, il n'y a dans ce tableau aucun parti pris d'ombres et de clairobscur, aucun de ces artifices que Rembrandt sut mettre

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SALON Di lëëi. 63

dàii§ sa céiëbi'e Leçon â'anâïdinie ctii mùàée de ta Baye, et qui, par rélévatioû dû caractère, transforment un sujet instinctivement rëpulsii et inspirent seulement des idées de scieticô, de progrès et d'huiiiariité.

Ahl le sujet. Le public el la critique s'en vont tout droit aux gentils sujets. De petits ailioUrs voltigearit, qui jouent ^ii l'âir â colin- maillard : c'est à la gentillesse de ce stljbt que M. Tony Fàivrë doit sa médaille et son succès. Oti en volt tout Âûtaîit, et de inôme hibrique à peu pires, sur lès lambris des riches cafés. Encore, si c'Iôtait peint fiar Fràgonaré, par Bouchei', par Wàtteaul Il y a aiissi lin dutire genre de sujets qui attire et retient la foUle : ce sont les tableaui à t>ortiraits. Pai* exemple, les Sociétaires de la Cotnédils française en 1863 et 1864, Rassemblés, dans les divers costumes de leurs rôles, pour la feolednité de l'anniversaire de Molière, par si: GefTroy, qiiî est lùt-ihôme Un excellent acteur; par èiëtnplë, une Matinée chez ÈarraSy où l'on voit le génërttl BbndtiâHe, M"»" de Slael, M"»" Réôamlei-, etc., • par M. Massé, élève de i?aul Deïaroche ; ou Louis XIV et Molière, â table en présence dés fcbUttisans, |)ar M. Wetler, élève de Stëubëh ; ou l'Empereur Napoléon 7" dans l'atelier de Louis David; ou d'auttes fariboles ànecdbtiqdes; qu'ôii s'exfiliqué les uns aux autres et (Jiii pirovoqdent lë^ plu^ drôles de réflexions.

AH I (Jiie j'ëd ai etitëiidu tlë boiihes 1 dimàtiëhë et lundi j léà jugëbiënts de là semaine ne soiit pas ceux des dittiaiiches. Il ii'jr a iqiië le Sphinx de M: Morëau, qui décidément ne prenne pas, malgré les louanges unanimes de la haute et tibble critique. Voici ce que j'ai entendu, l'autre jdlil-, qui n'était t)dfe un dirriahche.

Arrivo dans la salle da Sphinx une compagnie de plu* sieurs femmes très-distinguées. L^une dit :

— Ah I voici le tableau dont on parle tant I

Elles s'approchent, et une des jeunes demoiselles dit :

— Qu'est-ce que c'est qu'ça? un chat?

— Mais non ! un sphinx.

— Je n^en ai jamais vu... (Historique.) C'est aussi à la gr&ce de ses sujets ;que M. Hamon

doit sa notoriété dans un certain monde élégant. Il a exposé, cette année, une de ses plus heureuses imaginations : V Aurore, une jeune. fille dressée sur des feuillages que ses petits pieds ne courbent points et qui boit la rosée dans la corolle d'une clématite. Légère, impondérable, comme une vapeur du malin, diaphane ellemême, comme la corolle de la fleur, elle est traversée par les rayons rosés qui pointent à Thorizon. Uallégorie est bonne, cette fois, juste, franche, intelligible; et cette exécution sommaire, insuffisante, qu'on reproche avec raison aux autres tableaux de Pauteur, ne messied pas à une telle image, qui prête môme moins à la peinture qu'à Taquarelle ou à ces dessins teintés de je ne sais quelles essences parfumées , comme en sait faire M. Vidal.

Le second tableau de M. Hamon est intitulé : V Imitateur , un jour de fiançailles. Il représente un intérieur de fantaisie, oh une vieille servante , assise au second plan, plume des volailles , près de canards pendus au lambris. Ayant vu cela, un petit enfant — « cet âge est sans pitié I » c'est le sous-titre du tableau au catalogue, — a pris dans une cage deux serins ; il en a pendu un par le cou aux barreaux de la cage et il était en train

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de plumer Tautre , quand la mère , intervenant , saisit sous son bras Tentant terrible et lui montre avec indignation le pauvre petit oiseau déplumé. A droite, une jeune fille debout et de profil, la fiancée, sans doute, — dans une attitude très-gracieuse, fait aussi sa réprimande élégiaque. Cette mièvrerie, tristement peinte, amuse néanmoins le public. On la verra sans doute en lithographie.

L^ami de M. Hamon, M. iPicou, est plus égaré que jamais, avec sa Chatte métamorphosée en femme et ses Amours charmant les songes.

C'est un songe qu'aura fait M. Jules Ferat et qui Taura réveillé en pleine nuit, par un éblouissement fiévreux. Son tableau, VÉté^ représente le rayonnement du soleil sur le coin d'un champ de blé. Au-dessus des épis dorés par la lumière folâtrent quantité de petits génies — de petits^ Amours, vifs comme des papillons autour d'un buisson de fleurs, ou comme des oisillons effarouchés par un épervier. Il se passe sans doute quelque mystère amoureux entre les tiges blondes qui semblent émouvées. Au bord des blés, gît un chapeau de paille, orné de bleuets, de lizerons et de coquelicots : un chapeau de femme, bergère ou moissonneuse. Qu'ostelle devenue? Pourvu qu'elle n'ait pas été raccolée par un moine, comme dans l'oau-forte de Rembrandt (Bartsch, n° 187) !

M. Grenden a rêvé de mythologie et il a peint les Nymphes au tombeau d'Adonis^ avec ces deux vers en épigraphe, dans le catalogue :

« Quand l'astre de la nuit éclaire ce feuillage. Un doux sommeil succède à leurs gémissements. »

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« L'astre de la nuit » répand une lumière assez fantastique sur une sorte de bocage où les nymphes éplorées ont fini par trouver « un doux sommeil. » En langage vulgaire, nous appelons cela un effet de lune. Les nymphes , dans leur douleur , n'oublient pas d'avoir des poses aimables et un peu cherchées. Si Tarai de Phébé, Endymion, venait les surprendre, peut-ôlre se laisseraient-elles consoler de la mort d'Adonis. •

M. Ranvier aussi cherche midi à quatorze heures. En vous promenant le malin dans la campagne, avez-vous rencontré de jeunes et belles oiselières couchées toutes nues sur le gazon et guettaht de petits oiseaux appâtés sous leurs filets? A midi, je le veux bien, dans des pays chimériques et dans les temps fabuleux. Bonne rencontre, d'ailleufs, car cette fillette aux longues jambes laisse voir, sous ses bras tendus pour tirer le filet, un sein et une taille — mythologiques. Le dessin en est très-délicat, mais la couleur insuffisante ne donne pas une existence réelle à cette apparence de femme, ni surtout au paysage. Je suppose que M. Ranvier, comme M. Hamon, comme M. Flandrin, comme M. Amaury Duval, et les autres chercheurs de la ligne, doit faire des dessins bien préférables à ses peintures.

Le livret dit que M. Mazerolles est élève de M. Gleyre. Toujours est-il évident que M. Mazerolles se rapproche de M. Hamon. Peut-être ont-ils inventé en mtMiie temps la môme manière, ce qui n'élait pas très- difficile : il ne s'agit que de regarder les fresques de Pompéi ou les bas- reliefs antiques, d'y saisir des motifs gracieux et de les transposer dans des sujets quelconques. M. Hamon réussit parfois à ces pastiches; M. Mazerolles y est

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eiicburagéi Aussi bien noué sommes un peu du Bas- Einpirë; riè nous refusons paë à ces souvenirs de nos diicêtresi

La Cuisine^ oh ! ce gros mot offusque le style grec. C'est pourtant le titré d'une frise décorative pour salle à iiiiànger, exposée par M. Mazerolîes. Rassurez -vous : la cùisiniërë est linè belle niktrone grecque qui tient une spatule d'argent- la bouchère est une nymphe qui porté un chevreuil, comme iine prêtresse antique allant dli isâcriflce; là pànrietiferé a l'air d'une Cérès, avec sa corbeille sur la tête ; le maître d'hôtel, chargé de goûter les sHiicës, esl le dieii de l'harmonie, Apollon, maître des Muses ; et pour marmitons^ nous avons des Amours. Tout celd plaqué i la filéi dans le syistème des bas-reliefs. Nous sommes bien loin dé Ribot et de Bonvin. Mais &ééï enôçre à Courbet que.je bi'en rapporterais le mieux poiir faire ces « cuisines. »

A propos, et Courbet ? Est-ce qu'il iae sera pas question de lui? Un artiste si précieux, pour faire contraste à M. Ingres; depuis là mort d'Eugène Delacroix ! Car enfin Ibiis ces peintres dont on . s'efforce de parler ne sont que du remplissage dans l'abîme qui sépare le noble idéal, représenté par M. Ingres, du naturalisme aùdJàcieùx, représenté pair Courbet. Patience 1 Courbet, à son tour, viendra, bien que son tableau ait été repoussé du Salon, comme ses Curés rabelaisiens de Tannée dernière, et pour le même motif, par respect pour les mœurs Cependant il n'y a point de curés en cette nouvelle afTaire, mais simplement des femmes, des femmes de notre époque, qui font — ce qu'elles veulent.

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Courbet, qui a beaucoup d'esprit , n^a pas l'esprit d'appeler ses femmes : Eve ou Vénus. Les femmes de la mythologie et de la Bible ont le droit de faire ce qui leur plaît. Il est convenu qu'Eve, les filles de Loth, Judith, Bethsabée et les mille courtisanes diiTsage Salomon, que Vénus, Europe, Danaé, Léda et les mille maîtresses de Jupiter, sont de bonne compagnie, et que leurs ébats ne choquent pas la pudeur. Mais pour un rien les demoiselles de la Seine sont accusées d'indécence. Il est vrai que Diderot a dit là-dessus, dans une forme charmante, un mot très-juste , mais que la sincère moralité de notre temps m'empêche de répéter.

Assurément, uu père de famille , qui a jeune femme et petits enfants, et qui se pique d'être prud'homme, peut accrocher chez lui toutes les déesses et bacchantes du Salon, toutes ces mylhologiades incongrues. Il ne court d'autre risque que d'inspirer à sa famille, à son entourage et à ses visiteurs un détestable goût en matière d'art. Mais la pudeur et la décence n'y sont point intéressées. — Je sais bien pourquoi : c'est qija toutes ces tristes images ne représentent point la femme ; ça n'a ni chair ni os, ni sang ni peau ; ça ne remue point et ne saurait remuer.

La Source de M. Ingres pourrait orner un pensionnat de demoiselles, môme anglaises. Mais les Vénus charnues du Titien I mais cette exquise Vénus de Velazquez qui fut exposée à Manchester en 1857, et qui faisait venir l'eau à la bouche, comme la vue d'un beau fruit ! mais une femme quelconque, peinte par un artiste qui aime la nature et qui possède la magie de la couleur 1 mais la moindre échappée du sein, un petit bout de la jambe

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nue, dans la peinture d'un naturaliste, c'est effrayant. Rien qu'une robe trop courte, ou que soulèverait l'épine d'un rosier, inconvenance périlleuse I N'effarouchons pas la vertu susceptible qui règne aujourd'hui.

Finalement, il n'y a jamais eu que deux genres d'école dans la peinture du paysage : celle de Poussin et de Claude,— celle de Ruisdael et de'Hobbema; de même qu!il n'y a que deux types dans l'art moderne : Raphaël et Rembrandt, Tartiste à priori et l'artiste, à posteriori, dirait un philosophe esthéticien; l'artiste . qui part d'un idéal conçu en lui-même, et l'artiste qui part de la nature. Corrége et Titien, Rubens et Velazquez, ne sont pas du côté de Raphaël, ayant pour lui récole romaine et Técole bolonaise, et quantité de peintres qui^ depuis plus de trois siècles, ont ambitionné de suivre sa tradition, sans avoir son génie.

Autrefois on faisait des systèmes et on en déduisait une science et une pratique. Le caractère du dix-neuvième siècle est, au contraire, de découvrir d'abord la science et d'expérimenter la pratique, après quoi cha-. cun peut systématiser là-dessus à sa guise. Sans nous . vanter, notre méthode est meilleure que celle des époques encore dominées par des préjugés et des superstitions.

Comment s'étonner du naturalisme dans Part, puis-

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qu'il est précisément Tanalogue du jD^océdé nouveau , suivi dans toutes les directions de l'esprll humain, dans la philosophie, dans la politique, dans la science, dans l'économie sociale? Est-ce que les sciences nés' attachent pas primitivement à l'étude des faits, pour arriver à la connaissance des lois, à des généralisations théoriques, mais positives.

Eh bien, les naturalistes dans l'art ne font pas autre chose : ils observent la nature, vont du particulier au général, et, quand ils ont du talent, ou du génie, — ils agrandissent la spécialité d'iin aspect par les caractères de l'ensemble.

•Je ne dis pas qUe Claude ni Poussiil fussent étrangers à la nature, mais que leur conception, idéale, d'abord, s'imptégnait ensuite, dans leurs oeuvres, d'tine certaine dosé de réalité. Claude est le ndaître de la lumière du ciel; et le premier élément du paysage, c'est la. lumière. . Aussi personne n'a surpassé Claude pour les ciels et pour les lointains; Mais il faisait ses ciels pour éclairer une image préconçue, avec des palais et des scènes féeriques. Pareillement, le Poussin commençait par inventer dans sa tête une composition ; il en combinait abstraitement les grandes lignes et les annexes ; pUis il reliait le tout par un sentiment de la nature môme^ dans ses aspects grandioses. Ce systètne hé saurait être absolument condamné, puisqu'il a t)roduit des chefs-d'œuvre, mais il est dangereux pour les artistes médiocres.

A quel degré d'insignifiance était tombé le paysage qu'on appelait classique, lorsque la nouvelle école, aujourd'hui glorifiée, imagina tout simplemeilt desere-

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touff^ervers }a pâture et de peindre les qampagnes qu'elle voyait au lieu d'inventer des sites factices et fabuleux I QU en sont naaintenant M^f . Aligny, Edouard Bertin, Alexandre Desgoffe et PaLul Flandrin, qui essayèrent un moment de perpétuer j'antiqvie Grèce et la mythograp^ie jJans je paysage I Ils ne comptent plus dans l'école contemporaine et |eurs noms sont déjà presque oubliés. Leur système, fort amendé, il est vrai, n'est pas abandonné complètement, et Pon en rencontre encore au Salon quelques fidèles, encouragés par les preneurs de Tidéal et de la peinture littéraire. Il est plus agréable de décrire un bois sac|ré avec des nymphes et quelque temple, qu'une cour de ferme avec une charrette et une mare vulgaire.

^a nouvelle école de paysage, dont l'origine se rattache un peu à l'école anglaise de Constable et Gainsborough, et quj eut d'abord pour initiateurs Paul Huet, Jules Dupré, Théodore Rousseau, Fiers et Cabat, Decamps, même Bonington et Eugène Delacroix, n'est-elle pas aujourd'hui rjionneur de la France et de l'art contemporain l Les paysages d'Eugène Delacroix, de Decamps, de Marilhat, de Rousseau, de Dupré, de Diaz, de Troyon, de Corot et de quelques autres, jie sont-ils pas déjà classés dans les galeries, parmi les chefs-d'œuvre des anciennes écoles? De tous les peintres contemporains, les paysagistes sont peut-être les seuls dont on puisse assurer Qu'ils égalent, en leur genre, les maîtres d'autrefois.

Comme amateur de tableaux, autant que comme critique, j'avouerai que pour moi le premier paysagiste de notre temps, c'est Rousseau. Près de lui viennent Diaz et Jules Dupré, dont on regrette l'absence au Salon.

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Le génie de Rousseau, c'est l'effet. Les effets dans la nature, c'est comme les émotions dans Thomme : cela va depuis une impression douce et passagère jusqu'aux secousses violentes et aux passions furieuses, depuis un petit mouvement atmosphérique jusqu'à la tempête, depuis une pâle éclaircie dans un ciel orageux jusqu'aux éclats splendides des soleils couchants. Rousseau a su peindre tous les caprices et les accidents, tous les drames et toutes les excentricités de la nature : la pluie, le vent, la bourrasque, la rosée, le givre, la neige; le matin, le soir, le plein midi; le soleil qui va se lever et le soleil qui descend derrière l'horizon ; Thiver et Tété, l'automne surtout, et même le printemps.

Il est notable que les anciens maîtres n'ont jamais peint le printemps ; cherchez dans Tœuvre de Poussin et de Claude, dans Toeuvre de Ruisdael et de Hobbema, et de tous les excellents paysagistes hollandais. Brvegel de Velours peut-être dans ses paradis terrestres. Quelques Anglais modernes y ont réussi^ et M. Millais a fait des printemps délicieux, avec des pommiers en fleurs et des verts francs. Dans sa première manière, Rousseau affectionnait surtout les tristesses de l'automne, les sites sauvages, avec des roches moussues et des chênes dépouillés, plutôt que les gais aspects du renouveau et que les fêtes de mai. En ce temps-là cependant il a fait, à propos du printemps, une chanson. Nous vivions alors dans des mansardes et nous n'avions pas le moyen d'aller même à Fontainebleau où, depuis, nous avons fondé la colonie de Barbison. Passer le mois de mai sous les toits et non sous les branches qui s'enfeuillent ! Le

printemps roucoulait dans la tête de Rousseau^ qui improvisa :

Dans les nids y a des p'tits, T a des p'tits dans les nids !

C^est tout. On recommence à volonté.

Il ne s'agit pas de chanter, quand on est peintre. Rousseau, qui essayait tout, essaya donc des effets printaniers^ avec des haies fleuries, où les oiseaux pouvaient cacher leurs nids, avec de tendres pousses à la pointe des arbres, avec des herbes que le soleil n'a point encore roussies. Ce n'est pas si facile à peindre que des rochers fauves ou bronzins, nique de vieilles carcasses d'arbres. Il y faut une délicatesse de ton et une légèreté de touche peu familières à la nouvelle école, vaillante surtout par ses empâtements, par l'énergie du coloris, par la profondeur des ombres contrastant avec les lumières. Il y faut un parti pris de clair et des demi-teintes insensibles, puisque le soleil ne marque pas encore en vigueur les silhouettes des objets. Il y faut surtout l'audace de la sincérité, pour oser exprinâer ce* qu'on voit, tel qu'on le voit.

Un des deux paysages exposés par Rousseau est justement une vue de village au printemps. Site banal, sans beauté comme sans originalité : une route droite, plate et grise, entre des chaumières éparses de? deux côtés, toutes pareilles de forme et de couleur, sauf la première maison à gauche, qui est couverte en tuiles rosâtres. Au bout de la route, un petit bois où elle s'enfonce. Le long de cette traversée du village, pas de haies, ni d'arbustes, si ce n'est deux pauvres petits arbres, point prétentieux.

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Mais autour des chaumières il y a des buissons et de là verdure. Un cavalier vient sur la route; plus loin, une figurine en bleu, et tout près du bois une autre petite figurine en rouge, servent à étàger les distances. Le ciel presque uni et azuré en haut se dégrade vers Thorizon en teintes de perle. Une lumière tranquille et pattOut égale s'étend sur les toitures de chaume couvertes de lichens veloutés et sur les jeunes gazons. Pas de vent, pas de bruit; silence et repos. On pourrait entendre gazouiller les oisillons dans leurs nids. Peut-être n'au* rait-on pas trop Pidée d'habitet ce village, d'où Ton ne découvre aucune vue pittoresque sur des lointains mouvementés; mais il serait bon d'y passer en sortant de Paris, pour oublier la grande ville et se préparer au recueillement d'une vie agreste dans des campagnes plus émouvées et plus émouvantes.

Les admirateurs du talent de Rousseau, habitués à sa chaude peinture, à la vive magie de sa palette, n'ont pas Tair d'approuver beaucoup cette manière simple et naïve. Moi aussi, je ne suis pas fou de certaines broderies minutieuses qu'il a parfois employées dans ces derniers temps^ lui dont la touche est ample et délibérée, comme celle de Hobbema, dans ses esquisses ou dans ses études d'après nature. Mais ici le procédé disparaît Le grand artiste s'est spontanément effacé dans son œuvre : ce qui est peut-être le comble de Part. £n apercevant de loin les autres tableaux de Rousseau, on le nomme tout de suite ; car on reconnaît à distance les maîtres trèsrcaractérisés. Il n'en est pas ainsi à Pégard de notre petit village. Le jour de l'ouverture, parcourant le Salon sans catalogue, — comme il faut toujours faire d'abord^

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suivant moi, dans les expositions et les musées; — j'di été attiré par cette blonde et chaste peintûtë; Âtl second coup d'œil) je devinais Rousseau^ danà ses %t\i isl fin^ sur les cabanes^ dans ses verts si ititen$es; quoi()Ue bëâ* clairs, dans le modelé volontaire et précis des bttii§oll§; qui rappellent ceux de V Agneau mystique] de Jaii Vftri Eyck, à Saint-Bavon de Gand. Quel effort méHtàttt îlô constate pas une pareille oeuvre^ aniouîeusement étudiée pax un artiste qiii pourrait peindre tous les matins une spirituelle ébauphe, suivaiit le procédé de maître Teniers, à son château des Trois -Tours, chaque matin avçint déjeuner.

L'autre Rousseau est uni versellemetit admiré. Toujours des chaumières, mais abritées, cette fois, par de grands arbres qui remplissent presque tout le panneau et enveloppept de larges ombres t)resque toute la com* position. La ferme ^est au milieu, un peu frappée de liimière ; mais la seule partie claire est en aidant, où une paysanne porte des seaux. A droite, la grange^ du toit de chaume, A gauche^ une percée mystérieuse, au bout do lacyieile on aperçoit une autre chaumière. Des terrains verts, dans une demi-teinte sourde , forment le premier plan. Un amant de la nature vivrait bien là, sous ces chênes. Est-ce là que conduit la route traversant notre autre petit village? N'allons pas plus loin. Nous avons trouvé le bon endroit, — et le plus beau morceau de peinture qu'il y ait à l'exposition.

Le pendant de ce chef-d'œuvre, — de l'autre côté du Napoléon perdu dans la neige, 1812 ou 1814, par M. Meissonier, — est un délicieux paysage de Corot Souvenir de Morte-Fontaine^ avec les vapeurs du matin

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caressant un lac. De grands arbres dessinent des guipures sur l'atmosphère argentine. Au bord de l'eau trois fillettes s'amusent avec les branches d'un frêne élégant. Corot est incomparable pour susciter, avec presque rien, des images poétiques. A peine si c'est peint, mais l'impression y est, et de Tartiste elle se communique au spectateur. '

Le second Corot n'a pas moins de charme -, espèce d'ébauche, intitulée le Coup de vent. Une féerie, toujours, presque sans réalité. Je ne sais quel pays noyé dans réther et qui doit être quelque part dans les étoiles, peut-être dans la voie lactée. Corot est bien plus près du caractère idyllique, sans le chercher, que plusieurs autres peintres, qui s'en préoccupent directement. Ses paysages ont l'air d'être faits pour les nymphes et les Muses. Les rustres de Millet n'y respireraient point.

Et de qui croyez-vous que soient encore les meilleurs paysages du Salon, avec ceux de Rousseau et de Corot? Ils sont d'un sculpteur qui a même souvent signé ses tableaux : a Le sculpteur Clesinger, » Deux petites vues de la campagne romaine^ appartenant à M'"^' Isaa^ Pereire, deux petits chefs-d'œuvre sans prétention, qui peuvent affronter aussi le voisinage des anciens maîtres : le Matin aux bords du Tibre, avec des bœufs couchés sur le sable ; une autre Vue du Tibre^ avec sa grève couleur safran, son onde endormie, des terrains plats et des fonds bleutés. Ce Clesinger est vraiment omnifacteur : il a fait aussi des eaux-fortes, des aquarelles et des pastels, de la ciselure et de l'orfèvrerie ; il pourrait faire supérieurement tout ce qui appartient aux arts plastiques. Nous le retrouverons à la sculpture, avec

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ses statues équestres de François T" et de Napoléon P% et une statue de Jules César.

Cabat, depuis longtemps, a renié ses premières amours pour la campagne des campagnards. L'Italie Ta vaincu, comme elle en a vaincu tant d'autres.

Entre les deux grandes écoles du quinzième siècle et du dix-septième dans le Nord, lesquelles durent leur puissance à leur autochthonie, Tltalie n'a-t-elle pas annulé tous les Hollandais et les Flamands qui, durant une grande partie du seizième siècle, s'empressaient de passer les Alpes et d'imiter le style italien? N'a-t-elle pas éteint sous ses reflets presque toute la peinture française, depuis le seizième siècle jusqu'au dix-neuvième, sauf un moment où des peintres qui n'allèrent jamais en Italie se trouvent être les meilleurs de l'école ? Largillière et Rigaud sont d'assez brillants portraitistes, Watteau et Chardin ne peignent point trop mal : ils n'ont jamais passé les Alpes. Non plus, le tendre Lesueur, ni le fiévreux Jouvenet, bien qu'ils fussent un peu influencés tous deux, chacun selon son tempérament, par le style italien. Apparemment que Lesueur et Jouvenet, Largillière et Rigaud, Watteau et Chardin valent Simon Vouet et Lebrun, Blanchard , « le Titien français , » Pierre Mignard, « le Raphaël français, » et son frère Mignard, « le Romain. »

Delacroix, je pense, n'avait jamais été en Italie. Rousseau, Dupré, Diaz, ne semblent pas avoir jamais eu l'envie d'y aller. On ne fréquente pas impunément les tombeaux. Est-ce que Rome a quelque chose d'une cité vivante? I^a mort y est, sous toutes ses formes, non-seulement dans les ruines de deux périodes éva-

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nquies^ )e paganisme et le catholicisme, mais dans les populations livrées aux prêtres et aux soldats étrangers.

Il pouvait ôtrq bon autrefois d'aller à Corinthe, mais il n'est pas bon aujourd'hui d'aller à Rome. A moins qu'pp ne yisite aussi l'Allomagne, la Hollande, la Belgjquq, l'Angleterre!. Un certain cosmopolitisme, qui ne ç||sconyient point au^ hommes do notre époque, ne saurait effacer Je paraqtère national. L'adoption d'une patrie étrangère, surtout quand elle ne représente que le passéjj gâte les facultés natives qu'on pouvait avoir et n'çin provoque point de nouvelles.

MM. pabat et Français n'ont rien gagné à leur séjour en Italie. Leurs pcieillpures œuvres sont toujours celles de leur premièp manière, alor^ qu'ils reproduisaient la « uî^turq naturqjlq, )^ sap^ préoccupalion des styles jadis ciqnsacr.és. Tq^it au plus Qpt-ils gagqé l'appui de la cri- ^jque ôfQpielle et des commandes en haut lieu. Le système qu'il^ çn\ adopté tqiis c^eux, non pas cependant ^yqp la flfiêmQ puissance d'exécution, est tellement détertqjné d^avappe,, t^Uçoient hapal, que tous deux ont fajt un Bqi^ «intjqiie. avec des figures mythologiques, et |ine yue italjeppe ayqe dea figuire.i déguisées sous les pQs|vimq9 d'ui^ autç^ teiTips. Uu-on cherche le style et la beauté dans le paysage, c'est très-louable, aussi bien que 4ïP^?.ïPftPf î^sqptimeOtQU la simplicjté. Maissuppogpn^ Cjn-HP P^ysagj§tie peigOQ admirablement |a superbe fHf?!S JÏH ^ps-Çi:éau (Jq Fontainebleau, est ce qu'une ||g}ii;e (jfisatyÇfi contribuerait plvfs qu'une figure de bû- QbsfÇIR à \^ gï^W^^uv çlp l'irpagp 1 Çsf-CQ que des veneurs ép ^oqvip fq^gee} pp^Tpoiwf mpy§n-flge y feraient mieux

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que de simples chasseurs en blouse ou des sportstnen à }q jaaoc^e 4'aujourd'hvii ?

I.Q ppncipal tableau de M. Gabat» commandé par la Maison de Vempçreur, est intitulé Souvenir du lac de Ffer^iy en Italie. Est-ce que l'auteur se souvient du temps où Ton chassait le cerf en souliers à la poulaine? Il ^ yp \^ lac de îfemi, sans doute, et il y a vu peutêtr^ 1^ hatçli d'vm cerf, mais les chasseurs ne devaient pas porter les antiquailles qu'il leur prête dans sa composjlion. De grands arbres ombrent le lac et les terrains dq prQuiieç plau. A gauche, on qr^trevoit sous bois des percées par où la chasse arrive. Tout est solideo^ent p^jnt, les troncs d'arbres, leurs ramures, les accidents du ^e^rain. QEuvre consciencieuse et forte, qui a son origine daps une volonté réfléchie, mais qi(i mçinque de naturel ej (Je ^ijupidl^é, L'exécution n'est pas légère et la couleur* est noire. Cela l'essemble déj^ à un Guaspre poussé 9^ no\X sur ses préparations brunes.

Le second tableau de J^. Cabat, une Source dans les bçis^ lyeç uqe figuripe de nymphe nue, cherche égî^lenieut ^e §|jjle ^u P.pussiu.

ÎP,5j^i| Je Bois mythplogique (}e 1^. Français, un satyre q{flllf^§?e UH9. pymphe. ï)f|ns sa Fi<^ italienne, des sqgflq}4j;f, dps Rqgçs, ^es (|«|moiseaux et daiuoiselles sgifi\ 9Q f^te sur i^pe {errasse ombragée d'arf)res faisais! tigl^c^au Qj; bordée d'une balustrade d'où le regard sg pjoj^ttS ^®f3 MR ^jpta^ bleuté. Les uns font l'amour, Ipj au|p^ Jont (j^ \^ niusique , prélude de l'amour. P,QiJt-êtçp pe §j^|fliues-nous pas Join de Florence, à l'époque où Boccace et ses belles apaies, pour combattre \§^ Rggfe, Rfisgffjpjjl 1^ g^l4Rt?s journées décrites dans

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le Décameron, La nature ainsi arrangée dans un parc, étoffée et pomponnée de robes chatoyantes et de rubans multicolores, a toujours du charme pour le public, qui pense aux buttes Montmartre et à Clamart.

M. Olivier, élève de M. Gleyre, ambitionne aussi de ressusciter le paysage mythologique, et, sous le titre Appel à la danse, il a peint un bois sacré, où des apparences de déesses, des ombres, tremblent dans la vapeur d'une atmosphère impossible.

Les Baigneuses au clair de lune, par M. George Saal, montrent qu'on peut obtenir des effets poétiques en s'inspirant tout simplement de la réalité. C'est le soir, presque la nuit, au bord de la Seine, dans les environs de Bougi val. La lune qui argenté le fleuve ménage de chastes ombres sur la rive plantée de saules. De jeunes femmes sont venues là pour se baigner. Trois d'entre elles sont déjà dans l'eau —jusqu'à la cheville, et la lune est heureuse de les caresser d'une lumière discrète. Tableau très-harmonieux et très-distingué.

M. Flahaut montre aussi qu'un aspect de la nature,, bien choisi et bien senti, n'a pas besoin du placage de personnages fabuleux pour offrir un caractère digne de la belle et noble Grèce d'autrefois. Le soleil se couche sur la mer qu'on entrevoit derrière le fin branchage d'un Bois d^ oliviers à Beaulieu, près de Nice. La mélancolie du soir envahit ces dessous de bocage, déjà ombreux. On y rêverait volontiers à — tout ce qu'on voudrait, et puisque l'impression du site est complète, mieux vaut qu'elle ne soit pas troublée par l'intrusion de quelque figure stéréotypée et insignifiante.

Il n'a tenu qu'à M. Chintreuil de mettre une ronde

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I^ÀLON DE 1864. 81

de nymphes dans son Pré, où les premiers rayons du soleil percent le brouillard d'une matinée prin tanière. Que c'est frais et léger ! Des sylphes y danseraient, à défaut de nymphes, et de simples mortels auraient envie d'y murmurer quelque stance d'une chansonnette. Qu'aperçoit-on à travers le voile de vapeurs? le petit clocher d'un hameau. Bientôt viendra la bergère avec ses moutons. Le talent débile de M. Chintreuil se prête à ces effets indécis, qu'une exécution très-accentuée détruirait peut-être. Où il faut de la force, de la certitude et non une indication approximative, la peinture de M. Chintreuil reste en dessous de l'image qu'il a pourtant bien sentie et dont il ne donne que le fantôme. Par exemple, dans ses Ruines au soleil couchant, l'effet est juste, mais la brosse d'un ferme praticien eût été nécessaire pour rendre la solidité de cette longue croupe de terrain, malencontreusement étendue sur tout le premier plan du paysage.

M. Chintreuil procède de Corot, dont les sectateurs ne sont pas rares au Salon. Corot a influencé bien des paysagistes qui ne s'en vantent pas, et dont la manière révèle une habile combinaison d'influences diverses.

Tel est M. François Daubigny,qui semble un composé d'ingrédients assez hétérogènes. Sa touche légère, trèslibre en apparence, glisse sur les formes et en indique l'à-peu-près. Mais cette exécution, pour ainsi dire insubstantielle, que Corol fait accepter dans ses espèces de rêves d'une nature poétique, ne sied plus autant à des sujets copiés sur la réalité. Pour peindre une cour de ferme, il faut la solidité de Jules Dupré; pour un inté-

8? SAifl^r D? 1864- ^

|:ieui: (|e forôt, rintimité c}^ Rousseau, OU l(i S(p)f|i)deu7 (|p piaa; ; pour je§ gfancjs lroupeai:|JC q]ii yopt |i l'abreui^oir, j} faut Tapiplem* 9t U ppnsjstfince de Iroypn. Rar (g 9^piç (je ses sujets, Jf . Daubigny tieqt de toi|^ pes pf^Jtf^s, faodis qu^ sf^ pratiquai ^iei^t de Cprpt.

(.e f^§u|tat de çef çm^çilgfiïçç ne paanque pas d'agrép^^pf, et 1^. Daubigny ^ cjçisse tout de suite après les pfiysfigiptes de prepiiei: î!apg' Sa vue d'un bourg à la ci((^\Çi 4'WS colline, au bord de la mer — VUterville-sur- Jifer, — ^st pïiise dans pn ton sobre, très-harmonieux. La terre, }'eau, le ciel sont ensemble, comme on dirait des traits (|'pn porfrait bien conforme à la nature. Il y a mép^ un sentiment mélancolique qui ajoute au caractère de cette petite presqu'île pointant sur la mer. Les ^ords d^elfl, Cure (i^lofvan), avec des vaches dans l'eau, eif avant d'^^e colline boisée, ont aussi la rare qualité (je l'barmppie d^ps leur gamme ipineure, et ces deux tableaux, surtout Villerville, méritent l'estime que les ^majeurs açcorcjent au talent de M. Daubigny.

])]. J)aubigny fils imite son père, dont il exagère les imperfecfions, comme il arrive toujours aux imitateurs. }1 est jeune sans doute, ef peut-être se formera -t-il plus tard une personnalité plus distincte. Dès à présent, son ^ré à Villerville et les Bords de l'Oise comptent parmi les paysages qu'il faut noter aii galon.

Je suppose que J^M. Blin, Çavoux, Brigot sont aussi de jeunes peintres, car leurs tableaux trahissent de l'inexpérience à côté de fortes qualités* ^, Brigot surtout. Il a une puissance de ton extraordinaire dans le Gué de Çhouy (Ile-de-France), grande toile où un troupeau de vaches traverse Teau. Le paysage ef les animaux sont

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sAU){ï Di: 18^4. 93

large^i^eol peints à l'effet, mais }es iQgures qui accompagnent le troupeau sont très-ma|aclroiies e\ presque ridicules.-

{4^ catalogue uq 4il Pfis qui est le maître de J^. Brigot. ^I. Bjjn et M, Bayoux sortent (\e l'atejier de M. P.icot l'açâdéojiçîiep ] I4. Mfireau, Tauteur du Sphinx^ M. Eug^ïïe teçoux, }!auteur du P(ouveau-né d$iPs une ferpe cje^retagne, tableau médaillé, M. Guérard et M. Viry, <}oni nous parjerons plus loin, et qi|i é(aien( également dignes de la médaille, sont encore des élèves de M. Picot. C'est chez les neutres q^^e se couvent les nouveautés. Cî'est-ce pa^ de phez puérin, le plus triste peintre de Vécole «fçadémiq|:)e, que sortirent (jéricavilt, Delacroix, Scjieffer ej la plupart des autres révolutionnaires de la peinture?

Les deux fableaux de ^^ Baveux représentent les Bords du Doubs^ avec des rocs coupés à pic et vivement frappés de jumière. M. Bavoux doit ayojç été perverti par son compatriote Courf)et.

jyf. piij^ Jôurne encore davantage au naturalisme, d^n^ un grand Intérieur de châtaigneraie où tout est sacrifié au sentiment rustique. J^e cadre coupe en haut les ramures des vieux châtaigniers et n'en laisse voir que les solic|es çpjpnnes dépouillées de leur écorce. Point de ciel en Tair, pi môme aucune percée de ciel entre les branches basses. Les ramasseurs de châtaignes font leur oeuvre dans une pénombre que le soleil n'égaie point. ^ |Jne femme courbée recueille le fruit par terre. Un paysan apporte un sac sur son dos. Un jeune garçon maintient l'âne qui emportera la récolte. Scène purement campagnarde, aussi intéressante peut-être qu'une évo-

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cation fabuleuse. L*hoinme des champs donnerait une déesse pour une châtaigne.

Encore un élève de M. Picot ! un Marseillais, d'origine anglaise ou américaine, M. George Washington, dont le tableau très-coloré, le Derby de Chantilly en 1863, est exposé dans le salon central, au-dessus des deux petits paysages de Clesinger. Le turf est d'un vert franc et intense, très-audacieux, que l'illustre académicien, maître de M. Washington, ne doit pas regarder sans grincer des dents.

M. Jules Dusaussay est élève de M. Cabat, et il a cherché le style de son maître dans un paysage assez vigoureux, mais noir : le Chêne et le Roseau. M. Victor Dupré imite assez gaillardement son frère et maître, Jules Dupré. M. Aguttes s'inspire de Corot dans une Vue de lac. M. Daliphard, qui a étudié les vieux maîtres en Belgique et en Hollande, songe peut-être à van der Neer, dans ses effets de soir, où Ton sent qu'il a aussi étudié la nature avec amour. M. de laRochenoire, élève de Troyon, est très-dramatique dans un tableau représentant la Diligence de Caen surprise par la marée montante entre les falaises et la mer. M°« Adèle Despierres fait penser à van der Poel, dans ses Démolitions de Chaillot^ par un effet de nuit. M. François-Emile Michel, de Metz, consulte seulement la nature dans son effet d'hiver, sur les bords do la Moselle, avec de vieux * arbres dépouillés et une mare où se plaisent les hérons. M. Carrier, l'habile miniaturiste, dans ses libres études prises à Compiègne et en Bretagne, poursuit la lumière, comme son ami Diaz. M. Hervier est ferme et spirituel, dans uii paysage de Picardie. M. Ludovic Letrone, que

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nous rencontrons pour la première fois, approche de Bonington pour la finesse, et de van Goien pour la simplicité^ dans une vue de Grève sur laquelle est échouée une barque. M. Jeanron^ maintenant directeur du musée de Marseille, a peint le phare de cette ville avec la science flui recommande toutes ses œuvres. M. Paul Huet a exposé deux paysages de l'Isère, un peu trop décoratifs, et qui n'égalent pas ses peintures vraiment magistrales, comme V Inondation , du musée du Luxembourg. M. Harpignies ne montre pas non plus toute son originalité dans le paysage intitulé la Promenade; ses Corbeaux y de Tannée dernière, valaient mieux ; mais par ses deux aquarelles, exposées dans la catégorie des dessins, on peut voir qu'il est presque aussi distingué de couleur et de dessin que Bonington. M. Melin a de la force dans une Chasse au cerf^ M. Ronot, une certaine élégance dans le Retour des champs^ M. Palizzi, beaucoup d'effet dans un Orage sur les landes des Abruzzes, M. Teinturier se souvient de son maître, Decamps. M. Bellet du Poissât ne se souvient plus de son maître, M. Hippolyte Flandrin. M. Gudin se souvient trop de lui-même, et il a tout à fait oublié la nature dans son effet de verroterie, intitulé Tempête sous les tropiquesi M. Ziem nous semble trop également jaune d'œuf dans tous ses tableaux de Venise ou de l'Orient. Je n'ai jamais été à Stamboul, mais je n'imagine pas que la lumière y soit de ce ton-là. Decamps et Marilhat l'ont vue autrement. Ils ont vu aussi des ombres, puisque la lumière est si vive, et que sans doute l'ombre s'y proportionne. M. Ziem est pourtant fort habile, et, pour se sauver de ces inondations de jaune partout, il lui suffi-

8§ SA^)N w 1964.

rajt peuj-être de se retremper, durant quelques années, dans jes verts du paysage de nos pays. Un sipc^ple voyage en floUande lui ôterciit soq éblouissement devepH ebronique. \4^ « y^pisQ 4n Nord, » Arpsjerd^m^ donnerait c}^ Ifi vai;iétéà sa palette, et il se reposerait c|e p^naleUo et de Clai^de avec Qobbema et Ruis(}ael,

jf'ayais bien vu les paysages de ^. Hanpteau, qqi marquent ?issez par l'ampleur de Texécution et lîabondance de la couleur, mais je n'avais pas remarqué la signature. |ls méritent la médaille, en effet. La fty^tte qiianc/jonnée sous de grapds arl)rés n'a plus pour lia|)it^nts que — des souris, guettées par un gros chat à l'affût. Les terrains, les feuillages, la butte surtout, sqnt peints c}!une pâte grasse dgnt M. Gigpp?c doTine rhaj)ijude à ses élèves. Dans le paradis des oies^ ce procédé, un peq exagéré, ^Ipurdit les détails et nuit k j'aéTage de î'ensen|l>le.

Il y a, je pense, plusieurs centaines de paysagistes au Salon, e\ nous devrions en citer {)ien d'autresiqiJi ont du n^érite ou qui onf de Tavenir. Qn peut ôtye c^ssi^fé qi^e l'école de paysage tiendra longtemps encore ijne pjaQe <jistinguée dans la peinture française. Et puis, aux paysagistes se rattachent quantité (|e peintres qui animent ^ nat|ire extérieure par (jes personnages et des sujets non moius importants que le paysage môme, paps cette catégorie mitoyenne entre les cjivers genres, ne rencontre-t-on pas ^. Fromentin, ^IM. Lejeux, MM. -Pretoi^, M. pelly, M. Brjon, M. Lunajnais, M. Baron, ef biep d'autres, que nous examinerons en un prochain article, avec }es peintres d'intérjeur familier, les peintres (je nature morte e\ Jes portraitistes, (l ne restera plus q^e

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sALoif dï: <864. 87

îes « étrangers, » réseryés à (Jessein ppiif upe élufie spéciale.

Un (jes meilleurs ta|)l^fiu:( (je tQute Texposition est ce|ui de ^, FfomeDlip : Coup dç vent 4^^ ^s plaines d'Alfa (Sahara). Au milieu de ]a plaine, sous ]jp ciel noir, un groi^pe d'Af^|)es à çlieyal est battii par la tempête, tes phevaigc se roi4issent çoi^tre }^ |)Ourrasque qvji faif v^ltjgef les bu|:npij3 des ç^yaliejrs. |l y a surtout un cjieval pommelé, de profil à dfoite, dont la rqimique est très- expressive; l'œil hagard, Ifi crinière soulevée, il s'ar(}uel)oute de ses jamhes de devant, droites e\ fermes comme des barres d'acier. I4. Prqpaentin dessine trèsfinement ef avec une rare élégance. L'esprit e\ le charme qu'il a mis dans quelques écrits, il les met aussi dans sa peinture, et son tajei^t pla)t h la fois aux gens c|u monde et aux artistes.

Un élève (je |.oubop, M* Magy, tout en rappelant son maître, se rapp]roche un peu de M. Fromentin. }l est vrai qu'il traite (^es sujets analogues ; un Chevrier aral^e^ descendant avec ses chèvfes des hauteurs de Çen-^cknoun, en Algérie : un Convoi de moissonneurs dans un défilé de l'Atlas. Les figures sont vivement tournées, le paysage es| légèrenfienf tjrossé, très-lumineux e\ d'une couleur harmonieuse.

Un autre élève de {.oubon, ^. François I^eynaud, ^ exposé une Zingarella, remarquable aussi par l'élan de la tournure et par une lumière presque (éblouissante \

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mais nous sommes aux ef^virons de Naples. La jeune bohémienne, tenant par la main un enfant, et de l'autre main en l'air agitant son tambour de basque, descend gaiement d'une colline radieuse. Comme le philosophe antique, elle porte avec elle toute sa fortune, un paquet de bardes jsur sa tète, et sur son dos, dans une corbeille, — dans un nid, — son autre petit enfant. C'est réjouissant à voir et cela ferait une charmante décoration dans une salle à la campagne.

M. Belly est à peu près, dans Pécole actuelle, le pendant de M. Fromentin; deux talents distingués, qui ne relèvent de personne, et dont la science prend volontiers les apparences d'une spontanéité libre et facile. Le tableau exposé Tannée dernière par M. Bélly^ Femmes fellahs au bord du Nily était un chef-d'œuvre de grâce, avec des qualités vraiment magistrales. Il évoquait les images de la Bible, dans une forme digne des élégants dessinateurs de la Renaissance.

C'est encore à l'Egypte que M. Belly a emprunté les sujets de ses deux talbeaux de la présente exposition. L'un, intitulé Fantasiah, montre une aimée qui danse au milieu d'hommes et de femmes accroupis ; scène de mœurs, prise sur nature, uniquement pour exprimer des mœurs étrangères et curieuses, et sans aucune intention de chatouiller de mauvais instincts erotiques, comme les danseuses, baigneuses et autres rigoleuses (pardon pour ce mot de la demi-langue) d'une certaine école très-favorisée par le demi-monde. L'autre tableau, Fellahs hâlant une dakbiek^[représenie des bateliers égyp- . tiens, presque nus, attelés aux cordes de leurs embarcations et marchant en cadence, sur les bords du Nil, le

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corps penché sur le sable et contracté par reffort de la traction. Le mouvement de ces athlètes Nautiques est très-juste et très-savant comme étude anatomique. Voilà des nudités justifiées par l'action et qui n'ont pas pour prétexte de vieilles légendes mythologiques.

Les artistes et surtout les critiques qui s'obstinent à chercher dans l'antiquité des motifs propres à la peinture ne songent pas assez à la métempsycose presque complète du monde moderne et aux éléments tout neufs que nous offre la civilisation nouvelle. Il y a trente ans, nous étions encore parqués dans un petit coin de patrie, faute de moyens de circulation hors de nos pays respectifs ; l'espace ne nous étant pas ouvert, nous nous rejetions dans le temps, dans nos traditions nationales, spécialement dans le passé grec et romain, pour les peuples d'origine latine, comme est la France. Ce fut là sans doute une cause principale de l'abandon de la nature et de la fausseté endémique qui caractérise récole du commencement de notre siècle.

Aujourd'hui Punivers est à notre portée, et les artistes le parcourent déjà, trouvant sur des terres bien étranges pour nous et parmi des populations qui repré-, sentent non seulement tous les types, mais presque tous les âges de l'humanité, une . inspiration imprévue, le souvenir vivant des races de la Bible et de l'ancien Orient, des traditions antiques et de la mythologie grecque. Au lieu d'inventer à froid dans un atelier de Paris la scène de Rachel à la fontaine, ou de la Samaritaine causant avec Jésus, allez peindre là-loin, dans le désert, quelque fontaine^ au milieu d'une oasis, avec les filles arabes qui y viennent puiser de Teau. Au lieu de sté-

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réotyper, d'après des fresques ou de vieux bas-reliefs, des naïades douchées au bord d'un fleuve^ allez reproduire^ d'après nature, quelque baigneuse sauvage, étendue sur le sable. Toute l'histoire, qu'on étudiait jadis dans les bouquins, elle est encore debout et vivante, sur la face du globe, dans un paysage et une atmosphère qui n-out point changé, dans des monuments âgés de quarante siècles, dans des populations qui perpétuent par leurs caractères et par leurs mœurs les populations antiques. Voilà des éléments qui ne peuvent manquer de métamorphoser bientôt et de régénérer Tari européen. . ,

On s'étonne avec raison de ce que l'architecture actqelje, ayant à construire des édifices pour des destinations absolument nouvelles, par exemple des gares de chemins de fer, n'ait pas encore trouvé un style et des combiqçiisons architectoniqqes d'un ordre approprié à ces exigences et vraiment neuf. Il serait encore plus étonnant que la peinture se traînât sur les vieilles rubriques, quand elle n'a qu'à ouvrir les yeux pour voir et i|dmirer le « nouveau monde. » La découverte de l'Amérique au seizième siècle était peu de chose comparativement è la découverte du globe entier, dont la posse^siop Qoui^ est assuréq désornaais par la puissance et la rapidité de nos moyens locomotifs.

li^3 signes de cqUo transformation prochaine de l'art abondent au Salon, oii l'on rencontre des vues de tou^ les pays, de? types de toutes Iqs races, des scènes empruntées ^ toutes les sociétés dw Nqrd et du Midi, do rQrient Qt de l'Occident, Je tout pris sijr le vjf paç de^ artistes yagabppdç. Pourquoi ppipdre de^ A^cai^ieg my-

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S4L0N PB i864. 9!

thique§ pi mystiques, gqand chacun peut aller peindre 1^ vraie nature du Pélqponôseî Pourquoi rêver toujours le3 vieilles allégories de civilisations perdues, quand on peut Qn sajsir Tesprit sur les Ijeux mêmes et le restituer sur des témoignages qui en conservent l'empreinte? Si jyi. Renan a donné une vie nouvelle aux traditions de l'Évangile, c- est qu'il a été vivre lui-même en Palestine. E(, si la philosophie et la littérature trouvent et trouveront une ppi^yplle sève, de nouvelles idées et de nouvelles formes dans cette faculté que la science et .l'industrie hupiaines nous ont conquise, d'aller tout voir et tout juger nous-mêmes, partout, à cqmbien plus forte raison les arts plastiques, directement inspjrés parla perception visuelle, doivent-ils subir les conséquences d'une révolution dont le caraQtèrp est ^universalité. C'est là ce qui confiroje Tespérance 4u rajeunissement de l'art français et de Tart européen. Pevant la réalité s'évanouiront bientôt, forcémen|;, leî^ abstractions conventionnelles, et un idéal tout naturel se dégagera des saines impressions ress^fltiQS par Iq? artistes.

Je crois que la nol)le crjtiqqe daigne reconnaître qiielque idéal dc|ns 1^ pejntijre dq Î>I. Adolphe Breton, bien qi^'il pe fa^sç qne des pçiys^Tineries. Pe l'idéal dan^ un^ Gardeuse cfe dindons/ g^f-çe possible I Rans une scène de Yend.anges^ sojt ; car enfin, Baccbus rt ^es bacchantes ne sont qije des vendangeurs, et les Bacchanales de Titien et de Èopssip ont ^{^ consacrées comme ouvres du grand ^rt. Pt PQprquoi >1. Bç^top s'élève-t-il a^ gfftUd art daps de simples qpR) positions r^iUque^î P-est peutê|rq qi^ll s'inspjre en pleine pgii)p§gpe, qp'il habile 1(3 vjllagè d^ CQHfrièf^g (P^j-fj'e-p^l^jf), qu'il ff^fliiePtq §eâ

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modèles, quil les aime, et qu'il sait démêler leurs qualités humaines au milieu de leur existence vulgaire. On n'invente pas une belle et bonne gardeuse de dindons dans les ateliers de TÂcadémie. Voir, c'est presque savoir : on dit cela même des opérations purement intellectuelles. Decamps a vu la Turquie, et il a su faire des Turcs. Rousseau a vu la forêt de Fontainebleau, et il a su faire des arbres. Je suppose que les peintres à la mode n'ont jamais aperçu Vénus et les nymphes. Si le Sphinx de M. Môreau a été pris pour un chat par une demoiselle très-bien élevée, c'est que M. Moreau, pas plus qu'elle, n'avait jamais vu de sphinx. Allons! que l'art se retrempe aux. sources vives de la nature ! Si l'on envoyait les «grands prix de Rome» à Courrières, à Barbison, à Bouxwiller, aux bords du Nil ou dans les déserts du Sahara, aux bords du Mississipi ou dans les forêts vierges de l'Amérique, à Java ou mêm« à Pékin, il y aurait chance d'être délivré de leur fourniture périodique de pensif.

Les Vendanges de Breton appartiennent à M. le comte Duchâtel et elles auront dans sa galerie l'honneur de très-illustres voisinages. On ne peut qu'applaudir au goût raffiné d'une collection qui, à côté de superbes Italiens, place Memlinc et Ruisdael ; à côté de M. Ingres, une paysannerie de Breton. Il est vrai que ces vendangeuses sont de bonne compagnie et naturellement distinguées, malgré leur jovialité. M. Breton prend ses campagnards dans un autre sens que ceux de Millet. Sans métamorphoser une vendangeuse en Érigone, ou une moissonneuse en Cérès, — ce qui fut le défaut de Léopold Robert, exalté par son amour delà beauté ita-

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lienne, — M. Breton choisit son monde, le manège un petit, le conforme — sans le déformer — à certaines convenances du goût, le lave du péché originel , lui communique son sentiment de fraternité et de progrès; si bien que ses paysans ne paraissent plus tropen dehors de la société courante. Est-ce là ce qu'oirll^pelie Tidéal? Ah, tant mieux! Alors les sujets de la vie réelle et présente , au moyen de quelque infusion magique^ s'y prêtent tout comme la mystagogie. Alors, pour élever Part à Tidéal et au style, pas n'est besoin d'aller feuilleter les dictionnaires de la Fable ou les savantes compilations des esthéticiens autorisés. Alors nous pourrons représenter la beauté par des femmes nues, sans qu'elles caressent un cygne ou Alcibiade.

Je dis tout cela simplement pour montrer que la critique française s'escrime mal avec son idée (f idéal. Car lorsque le naturalisme, qui déborde partout, aura définitivement vaincu les tristes chercheurs de vieux style, je n'aurai pas mon pareil pour prêcher la prépondérance du sentiment humain dans la reproduction plastique de la nature.

Gustave Planche, avec qui nous étions camarades, quoique séparés sur beaucoup d'idées et sur leur application en fait d'art, avait une théorie très-juste qu'il dialectiquait dans tous ses articles de la Revue des Deux Mondes ; il distinguait dans la création d'une œuvre d'art trois éléments essentiels : la nature, la tradition historique et l'inspiration de l'artiste. Sa propre tendance était de sacrifier beaucoup la nature, et un peu le génie, à la tradition, et par là il se rattachait à l'école classique, qu'il combattait d'ailleurs très-âprement. Un autre

94 sALblt Dfi 1864.

célèbre critique de ce temps-là et d'àiijôhrd'hui, Théophile Gautier, tenait purement et instinctivetneht pohr l'imitation de la nature, l'artiste rie devint ôthë qu'Uki daguerréotype (oh ne faisait paâ enôôre de pbolhogràphie) très-clair et très-brillant. 11 nous semblait alors, et il nÊks semble eiicoré; que les deux premiers tertriès de la triade de Gustave Plahche^ indispensables assurément pour lé création d'un Chef-d'œuvre, sont héarimoins subordonnés à la virtuahté intérieure de Tàrtistë; qui doit s'assimiler la natui'e et la tradition, c'est-à-dite la manière dont la ndturë a été reproduite et interpi'étêë par les maîtres antérieurs à lui.

La question, comme on voit, est encore aujourd'hui la même qu'il y a vingt ans, bien que la critique actuelle ne discute plus ces thèses-là et qu'elle soit disciplinée dans une insignifiante unanimité, au point de ne plus rien discuter du tout.

Le frère d'Adolphe Breton, M. Émile-Adelard Breton, demeurant aussi à Courrières, a exposé des paysages d'un grand effet: un (?Mra^«n,qui rappelle un peu certains paysages dramatiques de Paul Huet, et un Soleil couchant^ derrière une haute futaie, séparée en deux par une route, et dont les silhouettes se découpent sur le ciel rougi. Il faut adopter M. Emile Breton dans la pléiade des bons paysagistes contemporains.

Le genre paysanesque d'Adolphe Breton entraîne un certain nombre de sectateurs, entre autres M. Amédée Guérard, élève de M. Picot! Un Belge, élève de l'Académie d'Anvers, M. Henri Bource, dont nous décrirons plus tard un excellent tableau, paraît également influencé par M. Adolphe Breton, peut-être avec un mé-

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SÀtjoN DE 1864. ' 98

lange du sentiment de M. Israels, d'Âmsterd^im ; qui malheureusement n'a rien envoyé cette année à l'exhibition pahsienne.

M. Guérard a exposé des Pêcheuses de Saint - Cast (Côtes-dû-Nord)^ bien dessinées, bien modelées; sur le fond sobr.e d'ufae triage maritime. Dans son tàblèhu intitulé ! Après la sieste, le personnage principal , tine belle âioissbnneuse, debout, a cette chaste élégibce qui caractérise les figures de son maître^ j'entends de M. Breton.

Adolphe Leleux, comme Adolphe Breton, et bien avant lui« avait aussi adopté une race particulière de paysans, les Bretons bretonnants de la Basse-Bretagne. Ils ont leur type ceux-là, autant et plus que les Savoiaiens peuvent avoir le type savoyard^ et comme s'ils n'étaient annexés à la France que d'hier. Brave peuplade, à laquelle Adolphe Leleux et les chemins de fer nous ont initiés quelque peu, mais qui ne se soucie guère encore de la capitale Babylone. Les fils télégraphiques ne doivent pas être usés sur les lignes de la Basse-Bretagne et de la Vendée. C'est en Vendée qu'un garçon de ferme, ayant entendu dire qu'on envoyait ce qu'on voulait par ce fil d'archal, y suspendit un matin ses souliers pour qu'ils arrivassent tout droit au cordonnier du village.

Les Lutteurs en Basse-Bretagne, sur une pelouse entourée d'arbres, nous semblent aussi intéressants qu'Ataiante et Hippomène disputant le prix de la course dans le cirque antique. Sans aller en Basse-Bretagne y rechercher les vieilles mœurs toujours vivantes, que de sujets nouveaux Paris pourrait fournir aux artistes !

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Est-ce que les courses de chevaux ne passionnent pas le monde fashionable et n'attirent pas aussi la foule du peuple? Les artistes français ne sont pas si vi& que les anglais à deviner le goût dje leurs compatriotes et à l'escompter en brillants succès. Savez-vous ce qu'a produit à M. Frith, de Londres^ son tableau: le Jour d^ Derby, à Epsom, dont on voit à Fexposition la gravure par M. Auguste Blanchard? Plusieurs centaines de mille francs! En France^ les peintres n'ont pas encore eu l'idée d'exploiter ces scènes pittoresques, excepté M. Washington, presque Anglais par son nom et par son talent. Un tableau du triomphe de Vermouth ne ferait- il pas la joie des sportsmen du Jockey-Club et des jolies femmes qui ont acclamé le vainqueur imprévu?

Dans ses Lutteurs bretons et dans sa Halte de chasseurSy M. Adolphe Leleux est toujours le peintre nerveux , spirituel , dessinateur adroit , physionomiste très -fin, abondant coloriste, de longtemps connu et estimé pour une quantité de tableaux analogues^ empruntés d'ordinaire à la Bretagne^ quelquefois au midi de la France, au pays basque et à la frontière espagnole.

Son frère, M. Armand Leleux, après l'avoir d'abord suivi dans la peinture de scènes villageoises en plein air, se renferme maintenant dans des intérieurs où il étudie des mœurs plus complexes. Il avait exposé. Tannée dernière, un Intérieur de la pharmacie du couvent des capucins, à Rome, et un Service funèbre dans la môme chapelle. 11 nous montre, cette année, la Cuisine des franciscains de Sassuolo et une Partie d'échecs, }o\xée par deux abbés italiens, fins joueurs, qui doivent jouer aussi

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quelque rôle à la cour papale et dans sa diplomatie secrète. La femme de M. Armand Leleux et son élève, née à Genève, a exposé la Visite du médecin et une Répétition de musique.

Les deux tableaux de M. Brion, la Fin du déluge et la Quête au loup^ n'ont pas autant de succès que ses deux excellents tableaux du Salon de 1863, les Pèkrins de Sainte-Odile et Jésus en barque avec saint Pierre, Les sujets trop ambitieux ne conviennent peut-être que par exception à son talent. Il avait eu la chance de ne pas sombrer avec sa barque du Christ. Le Déluge est encore plus dangereux. M. Brion aurait dû méditer cette pensée du sage Louis XV : « Après nous, le déluge. » Poussin, par son génie^ s'en est sauvé au dix-septième siècle. Girodet ne fut pas si heureux, et sa gloire est tombée dans l'eau. Passons le Déluge.

La Quête au loup, représentant deux espèces d'aventuriers espagnols qui ont dressé sur quatre pieux une peau de loup pour provoquer l'aumône publique, est une peinture ferme et caractérisée^ surtout dans Thomme debout, adossé à une colonne^ en avant d'une voûte ombreuse. L'autre homme, assis, joue du fifre et racle en même temps un instrument à cordes. La Gazette des Beaux-Arts a publié une bonne gravure de ce tableau.

M. Luminais a donné lui-même^ dans VAutographe^ un vif croquis de la Récolte du varech^ où deux femmes traînent à grand'peine sur la plage un monceau de ces herbes marines. Son autre tableau est intitulé : l^^Deux gardiens ; deux chiens bien éveillés, près d'une bergère endormie et d'un troupeau de moutons.

On ne remarque guère un tableau largement peint

98 SALOlt DE 1864.

par M. Gabé, les Parasites ; des chiens de bhd^sé qxïi disputent le pain à un petit paysan iasàis du coin d'tiii boiâ.

Mais la foule s'arrête devant un tâbleatt de M. Latlgéé. Episode des guerres de Pologne en 1863. Il y A de quoi émouvoir la sensibilité publique; Sût tld kMtAp dévasté est pelotonné le cadavre nu et tileûrtH d'une belle et noble Jeune femîtlë qui a été trathéë ft là ijuëtl^ dëâ chevaux et laissée là après soU martyre: De vieilles femmes, fuyant elles-mêmes le fer et le fetl, d'art'Ôtent pour s'assurer si la victime n'a point encore Un sëufflé dévie. Elle est morte: Sodsàng, déjà figé, eôllé les boucles de sa chevelure, et tout son col*ps â bleui sous les déchirures et les contusions.Terrible pldidoyët contré les répressions violentes^ et que la critique dû Siècle uq manquera pas de traduire en prose.

Voici une autre victime de la férocité des mœurs, victime volontaire, éteildue roide d&ns le drqûe d'dn combat de taureaux, qui continue à reitrëmité de là vaste arène. Ce toréador, éventré pOttt le plaisir de quelques milliers de spectateurs affolés; est ilne figui'e de grandeur naturelle; audacieuseinent côpiéb d'api'ès un chef-d'œuvre de la galerie Pourtalès (n** 163 dû batalogue), peint par Velazquez tout siniplement. M. Mànet ne se gêne pas plus pour « prendre son bien où il le trouve, » que pour jeter sur la toile son cbloris splendide et bizarre, qui irrite les « bourgeois » jusqu'à l'injure. Sa peinture est une espèce de défi, et il semble vouloir agacer le public comme les picadores dé soli cirque espagnol, piquant des flèches de rubans multicolores dans la nuque d'un adversaire sauvage. — Il Uà pas encore saisi le taureau par les cornes.

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3AL0N DE iS&A. d9

&;. ^^^t a les qusi)i(és d'iin ipagicien, des effets lu- (pineux^ des toQs ||anqbqyants, qui pastichent Velazquez et Gqy^, ses maîtres fie prédileqtioa. C'qsl h eux deux g)i'ii ci song^ en cpmposaut et en exécutant son Cirque.

D^ps spn second tableau, les Anges au tombeau du Christ, çÇiS\ up aptre mettre espagnol, le&recq, qu'il a pas(j|^|)é ayec une ég^le furiq^sans doute en manière de sarc^sw^ cpptre I^s amoureux transis de la peinture discrète) et pfppretle. Ce Christ naort, assis comme une personne naturelle, et vu de face, les deux bras rangés cpnfre le ^ors^, qsf effrayant à regarder. Peut-être est-il en tr^in de ressusciter, soi^s les ailes des deux anges qui Tassistent. Qh I les drôles d'ailes d'up au^^e paonde, coloriées d'un azvff plus intpnse que le fin fond du ciel ! On ne ypit point pareil plumage aux oiseaux de la terre. Majs pe^t-^t^e Ip^ apges, ces oiseau^ du piq), portent-ils dp t^Ups gpuleprs, et le pul)lic n'a pas le 4roit d'en rire, pjiisgi^'jl n'a JW^i? Y^ <l'9Dges, pas plus qu'il n'a vu de sphinx, lîn archéologue pourrait d'aillpurs rappeler qu'au qua|;ofzième sjècle, e^ mêmp plus tard, presque tous les p^jptjres d^ |'pufppe, fit sur.tQut Técole boloi^aise, t^igp^ient en blqu, fi{^ vert, pu pî^p^e ep tpuge, les ailes des fjnp;es, auicquels iU aJfectai^nt (le dPUper la forme d^s oise^u^', s^fl prpjppgeqpf popf^rpe un jet de pluipagp e{ en apojptjssani la qpeue (}pg iQPglîfiSi j(\\>e^ flottâmes, ce gui é(a|t alor^ ta mode popi; les habitants dp fïiel."— f}ps fjf^^e^ St d^s ppplepf^ Û pp {^^\ pa? disputer.

Je conviens pfjljft^pt que cp fpfmidable pbrigt pt ces anges aux ailes l)leu jj^ Prpsse pjfl l'air de se moqper du monde, (jui (}jt ; « Ç^^ n> pas i(|^p fje çq ! unp abpr-

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iOO SALON DE 1864.

ration 1 » C^est encore une femme très-distin^ée qui apostrophait ainsi le pauvre Christ de M. Manet, exposé à la risée des pharisiennes de Paris. Ça n'empêche pas que les blancs du linceul et les tons de chair ne soient extrêmement justes dans la peinture de M. Manet, que le modelé du bras droit sui'tout et le raccourci des jambes du Christ ne rappellent des maîtres assez estimés, Rubens dans son Christ mort et dans son Christ à la paille, du Musée d'Anvers (n°« 282 et 268), et même certains Christ d'Annibal Carrache, dans ses moments d^exécution libre et grandiose. Le rapprochement est singulier. Cependant c'est au Greco, Télève de Titien et le maître de Luis Tristan^ devenu à son tour le maître de Velazquez, que ressemble^ le Christ de M. Manet.

Assez maintenant sur ces excentricités qui cachent un vrai peintre, dont, quelque jour, les œuvres seront peut-être applaudies. Rappelons-nous les débuts d'Eugène Delacroix, son triomphe à Texposition universelle de 1855 et sa vente — après décès I

Il y a au Salon un autre tableau qui n'a pas la chance non plus de plaire au public routinier et qui, d'ailleurs, n'a rien de comparable aux — débauches de M. Manet. Sa couleur étrange, mais parfaitement vraie, choque les yeux habitués aux couleurs conventionnelles des peintres favoris. Les Deux Sœurs, par M. James Tissot, de Nantes, — « les femmes vertes, » comme on les appelle ironiquement, — sont pourtant une œuvre de la plus rare distinction. Ces femmes vertes, — une jeune dame en robe blanche, et sa jeune sœur, également en blanc, se promènent dans un parc, sous de grands arbres, au bord d'une pièce d'eau, dont les re-

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flets^ vert d'eau naturellement^ ainsi que la pénombre des feuillages, naturellement verdAtre, glacent les blancs des costumes par une teinte un peu analogue à la nuance exquise de l'aigue-marine ou de ces herbes qui croissent en longs rubans effilés et menus dans les dunes saturées d'air salin. Les visages, comme les robes, sont légèrement verdis par la même influence, et ce n'est pas laid sans doute d'avoir le teint d'une pierre précieuse. Quand les « bourgeois » se regardent dans Teau, comme Narcisse, peut-être se trouvent-ils superbes, mais ils trouvent ces femmes affreuses parce qu'ils n'ont jamais observé les phénomènes et les combinaisons de là couleur. Il suffît pourtant de passer, en sortant du Salon^ par le jardin des Tuileries, et de regarder^ sous la voûte des hauts maronniers touffus, le ton particulier des ombres, qui se reflètent en vert pâle sur les promeneurs et glacent de vert toutes les couleurs (le leurs vêtements, surtout les couleurs claires, plus sensibles à l'ombre que les foncées. On est tellement habitué à une fausse nature, qu'on se débat avant d^ccepter la nature vraie. Aussi, quelle sincérité d'impression et quelle bravoure il faut à un artiste pour oser faire ce qu'il voit.

Ici, Ton ne saurait appliquer àM. Tissot le reproche, assez juste souvent, qu'on adresse aux réalistes, de peindre des sujets grossiers ou de vilains types, car la jeune femme est un modèle d'élégance, de noblesse et de simplicité. Sa tête nue est sérieuse et pensive ; ses mains délicates sont fmement dessinées et son ajustement est d'un goût irréprochable. On ne pourrait désirer qu'une couleur plus tendre au chapeau noir pendu par un ruban à son bras gauche. Elle est debout et presque de

profil, dans une pose modeste et digne, sans aucune affectation maniérée. Ah I que nous sommes loin des portraits à la mode, avec leurs airs prétentieux et leiifs brillants atours 1

La jeune sœur, presque une enfant, dou9;e ans^ a plus de vivacité; son visage, de face, est délicatemeiil modelé dans la demi-teinte^ et la Ggure entièrQ prend son relief sur le fond de verdure fraîche qui se môle aux verts argentins de la pièce d'eau. Nous nous souvenons d'avoir conseillé à M. Tissot de peindre franchement d'après nature, lorsqu'il s'attachait à des sujets composés avec le bric-à-brac du moyen âge, — lui prédisant que ces premières études patientes et minutieuses lui faciliteraient d'ailleurs les pratiques d^ l'exécution. Il y est maintenant et il doit s'y encourager, à cause mêpae des critiques aveugles et incompétences d'un certain public, lesquelles prouvent que M. ïissot a du neuf, de rimprévu, — de Toriginalité.

On accepte plus généralement son second tableau, parce qu'il est moins Tpersonnel et que la nature y est vue comme tout le monde la voit à peu près. C'est aussi une espèce de portrait de femme, mais dans l'intérieur d'un petit salon, assise négligemment sur le bord de sa table à ouvrage, près d'une chaise encombrée de livres et de cahiers. Elle a peut-être des bas bleus cachés sous les longues draperies de son jupon noir.foujours a-t-ello un éclatant caraco rouge, trop rouge. Il s'en faut bien que la gamme de ce tableau soit aussi harmonieuse que celle des Deux Sœurs. La vraie qualité du coloriste n'est pas tant dans la valeur du ton local que dans la relation des valeurs elles-mêmes.

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Vl^^ ip^poucbp est, çomiqe tf . Tjssot> \in Breton, nop p^^ tojjftefois de U ]^^s$Q-BrqtQgne fieffée à Leleux, tp^i^ un Breton mitigé, qui s'est arrondi le£f aqgles d^ns Tatelier (je M. pl^yre, soj} maître. Il o'y a pas beaucoup de P9iQfi:^s çie gQprQ plus délica^ que lui. Sa jeune (ille qui dor( 4ao$ ^i^ fauteuil a ppui: titr^ : un ^ndemain de ^û(. La Confidence représep^e unç jeu^e pière, en cfif:aco blçi^ l)or()é d'bermipe et jupop de soie grise^ assise ^0 fac^ Qtdéviç}ant de la laipe« Une jeune tille lui dit un secret k l'preille. Charmant tableau pour un petit salon d^ famjjle.

MM. F^uvelet ^t Fiçhel cheifchent toujours dans leprs petits (atileçiux de genre à rattraper M. Meissonier, qui a trop d'avance sur eux. M. Chavet, un autre de leurs ^mules, n'a rien exposé. M- Caraud, élève d'Abel de Pujol, est r^utevif (je deux pqpdants , imités de Lan- Çret ; quel sçqnd^le| V Entrée au kain et la Sortie du bain, Les acquéreurs pe manquent pas pour ces sujets de bou4oir. Dans \ Entrée au bain, la t)aigneuse, trop courte de pjTQportion, est vue par devant ; une do ses soubrettes lui retrousse les cjieveux e( l'autre jette des parfums daps la baignoire. Au sortir dH bain^Ia jeune femme se montre par derrière, le bras droit passé autour du cou d'une soubrette qui va lui mettre un peignoir blanc, pendant que l'autre soubrette accroupie lui glisse sous le pied une petite niule en satin bleu. Il faut une certaine audace pour affronter ainsi le souvenir des tableaux de Watteau et même de L^^eret et de ^ater.

On vante beaucoup un petit sujet historique* adroitement peint par M. P.-C. Comte : Éléonore d'EMe, fai-

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sant jurer à son jeune (ils, Henri de Guise, surnommé plus tard le Balafré, de venger l'assassinat de son mari François de Lorraine.

M. Baron, ancien élève de M. Gigoux, a exposé le Tir à Parc en Toscane et une Marchande de pantins; M. Fauré, élève d'Eugène I)elacroix, le Retour du jeune TMe, trèschaleureusement peiùt; un autre élève d'Eugène Delacroix, M. "Lambert, des Cûwne/ons qui poursuivent une sauterelle ; M. Jean Desbrosses, élève d'Ary Scheffer, la Convalescence, où Ton voit un jeune malade, assis en plein air, et une jeune fille qui lui fait la lecture pour le distraire ; M. Gustave Jundt, de Strasbourg, un Dimanche au musée du grand-duc, et M. Antoine VoUon, un Intérieur de cuisina.

Le tableau de M. Jundt est un des plus gais et des plus amusants de l'exposition. Nous sommes dans la salle des antiques, au musée de Carlsruhe. Une bande de paysans très-cossus est venue passer son dimanche au milieu des merveilles de Tart. Pensez qu'il y a là d^s reproductions de la Vénus de Milo, de THercule Farnèse et de tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et romaine. Les vieux de la bande, en costume traditionnel du grand-duché de Bade, se font expliquer dans un coin, par un des gardiens du musée, quelque mythologiade à laquelle ils paraissent s'intéresser vivement. La jeunesse, qui comprend tout, s'est détachée en avant et court toute seule à Taventure : deux jeunes filles et un jeune Badois, c'est le groupe principal.

Cependant les voilà en présence de la Vénus de Milo! Le jeune* Badois, très-avîsé, s'approche du piédestal et lève une drôle de tête vers cette femme, qui ne lui tend

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pas les bras. Pourquoi n'a-t-elle plus de bças ? et quand elle en avait, comment étaiant-ils tournés et que faisaient-ils? Ce n'est pas lui qui devinera Ténigme des bras de cette Vénus, qui d'ailleurs s'en passe bien. Mais peut-être qu'il contemple plutôt le torse, les flancs et le reste de cette femme comme il n'en jamais vu ; car on ne trouverait pas sa pareille dans tout le grand-duché de Bade, si grand qu'il soit. Quel mystère de beauté pour un Badois I Est-ce que son amoureuse serait faite coname ça? c'est effrayant à penser I Absorbé dans son admiration muette, il oublie ses deux compagnes, qui rient et cbuchottent entre leurs doigts. Attendons-les devant un Apollon ou un Bacchus ; car, pour Hercule,* il est trop gros, et Ton voit d'aussi forts hommes dans le duché de Bade, mais habillés^ il est vrai, en brasseurs ou en vignerons. Quelle fatalité que la rencontre de cette Vénus, qu'on aurait bien dû laisser enfouie à Milo dans la poussière des siècles ! La destinée de ce j^une Badois en sera troublée peut-être : n'oubliez pas Thistoire de cet artiste qui devint fou de Tincon^parable statue et qui finit par en mourir.

C'est par sa conception spirituelle^ par la justesse de la mimique et la signification des physionomies, que le tableau de M. Jundt attire tous les passants^ artistes, gens du monde ou simples badauds. C'est par de' solides qualités de peintre que se recommande la Cuisine , de M. Vollon.

Devant une fontaine en grès, d'où l'eau coule dans un seau, la cuisinière, debout, est vue de profil : une rude fille brune, bravement campée et fermement modelée. Sur la fontaine, une cruche verte, un poulet plumé ; sur

une table, des fruits, un plat, un vaso et autres bibelots, qui sont tous peints d'une pâte abondante et d'un ton profond, dans la manière de Chardin ; car c'est un peu Chardin qui est le maître et Tinitiateur de cette pléiade de jeunes peintres vigoureux, M. Bonvin, M. Ribot, M. Vollon qui leur ressemble à tous deux, — à tous trois : cette composition même est imitée du célèbre et superbe tableau, la Fontaine, de Chardin, appartenant, je crois, à M. Marcille. M. Vollon, comme M. Ribot, aurait besoin de peindre en plein air, pour éclaircir sa palette ; car il a aussi, comme MM. Ribot et Bonvin^ le défaut d'un colpris trop noir ; ce qui est étonnant pour ^ des sectateurs de Chardin, le coloriste parfait.

Il est rassurant de rencontrer, du moins dans la jeune école, des artistes aimant la peinture pour elle-même, quand la plupart des artistes renommés n'attachent à la pratique, qu'une importance secondaire et cherchent le succès dans le seul intérêt ^u sujet.

On ne saurait sq pronienef upe journée c|ans faris, ni sans doute parto|it ailleurs, s^ns rencpntreir <iuelqvie personnage dqpt op $e dise : Quel superbe — ou qu^ charmant portrait à faire I Car enfin il y a au mopde f|e très-bçlles femmes «faites à peindre)) pt d^ beau^ enfants, à la ville et ^ la campagne. Il y a aussj de « bea^ux hommes, » mais ce ne sont pas ceux-là qif'pn aurait envie d'arrêter au passage et d'entratnef ç|4Us ^n, ?fe-

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lier. A Itt fenimë, beaiité suffit peut-être. A Thomme^ il faut quelque chose d'autre : j'entends que la beauté de rhomme est surtout câradtéi*isée par des signes d'intelligence, de dévoilement^ de courage; d'une énergie active, proptô à l'œuvre qu'il doit réaliser dans \^ vie. Et ces hooimes'là ne sont pas introuvables non plus. Il y a de vaillaùts houimes partout, comme il y a de belles femmes partout.

Pourquoi donc les portraitistes contemporains ne tombent-ils pas quelquefois, môme par haâard, sur des types dont ils sachent exprimer la beauté ou lé caractère ? Hélas ! ce n'est pas tant le modèle qiii manque que l'inspiration et le talent du peintre. Est-ce 4)ue les grands maîtres d'autrefois n'ont pas fait des chefs-d'œuvre avec la tête du dernier venu? Il ne s'agit que d'y mettre sihcèrement et fermement ce fonds d'humanité qui anime les traits des personnalités même les plus vulgaires. Peut-être n'est-ce pas là ce qui préoccupe les artistes de nos jours, voyant que la valeur personnelle est de peu, comparativement aux atours et alentours des modèles qu'ils ont à peindre. Mais encore, si les dentelles ou les armoiries décident seules Tintérôt d'un portrait» le portraitiste devrait songer à van Dyck ou à Largillière et apprendre à peindre comme eux les étoffes et accessoires pour en envelopper leurs personnages et les étouffer dans les magnificences de la couleur.

De têtes expressives et qui représentent vraiment l'homme ou la femme qui ont posé Je ne crois pas qu'il y en ait une seule à l'exposition. Nous avons là cependant tous les portraitistes à la mode : MM. Winterhalter, Hébert, Chaplin, Dubufe et autres.

On devrait parler d'abord de M. Winterhalter, puisqu'il a peint Timpératrice et le prince impérial. Mais c'est embarrassant. Les critiques « autorisés » s'en tirent en vantant la beauté extraordinaire des modèles, que je n'ai jamais vus, mais que je tiens pour être la plus belle impératrice et le plus beau prince de Tuni* vers. Cependant, comme je n'ai pas « Tautorisation 0 et que je ne suis pas payé pour célébrer le charme exceptionnel et surhumain des princes et princesses^ je m'abstiendrai. M. Winterhalter, d'ailleurs, ne semble pas inférieur à ses confrères. Si quelqu'un pouvait mieux, la Cour choisirait ce quelqu'un. La Cour n'a rien à se refuser. C^ n'est pas l'argent qui lui manque^ puisque les Français payent volontiers plus de deux milliards d'impôt. Mais tout l'argBnt n'y ferait rien. En attendant des portraitistes comme le Vinci, le TitieUi^olbein^Rubens^ van Dyck, Velazquez, Rembrandt, ou môme comme Rigaud et Reynolds, il faut se contenter de M. Winterhalter, dont la signature se retrouvera sur les portraits de toutes les majestés et altesses contemporaines^ en France^ en Angleterre^ en Belgique^ en Hollande, en Allemagne^ partout.

M. Chaplin est aussi un des peintres de la Cour, et il vient d exécuter dans la salie de bain de Timpératrice, au palais de TÉlysée^ huit panneaux et quatre dessus de porte. Il a deux tableaux à l'exposition, deux portraits ie fantaisie, une jeune fille qui caresse des tourterelles et une jeune fille qui gonfle des bulles de savon. La Fille aux tourterelles vient d'être achetée par l'empereur; l'autre suivra sans doute et^ quand même elle n'irait pas aux Tuileries^ ne vous tourmentez pas de son

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placement^ les amoureux ne lui manqueront point. Elle a toutes les grâces, un peu maniérées^ que les peintres du dix-huitième siècle donnaient à leurs bergères et à leurs nymphes. M. Chaplin voudrait ressusciter Boucher, quoiqu'il soit né aux Andelys, patrie du sévère Poussin. Sa peinture très-légère, très-fraîche, très-claire, très-facile, plaît à Taristocratio élégante. Elle convient aux salons dorés, aux boudoirs tendus de soie, aux riches demeures. Peut-être Diderot Teût-il envoyée aux (( petites- maisons ; » mais les petites-maisons de ce temps-là, c'étaientles chapelles qu'avaient décorées Watteau, Lancret, Pater, Lemoyne, lesCoypel, les vanLoo, Wattier, et où travaillaient alors Boucher, Fragonard, les Lagrenée et tant d'autres peintres si recherchés aujourd'hui, — chapelles de Cupidon et de Bacchus.

Ce n'est pas à dire que M. Chaplin vaille ces charmants peintres, pas même les Coypol et les Lagrenée ; il est encore plus loin de Boucher et de Fragonard quo ceux-ci ne sont loin de Watteau, le meilleur peintre de toutes les anciennes écoles françaises, selon moi. Ses jolies apparences de femmes n'ont pas la structure trèssolide, et depuis la chair jusqu'à la soie et à la mousseline, tout semble peint ejusdem farinœ^ avec une préparation de céruse ou de cold cream délayée dans du jus de fraise. Sa gamme n'a que deux notes, le rose et le blanc, mais il en joue bien. Il a un sentiment délicat de cette certaine élégance à fleur de peau et à fleur de toilette, qu'on admire parfois dans des femmelettes glisr sant au milieu d'un bal, sous une vive lumière factice. Contrairement aux peintres charbonnés, à qui nous conseillons d'aller travailler à l'air, par une matinée de

printemps, M. Chaplin gagnerait peut*étre à aller peindre quelque rude paysanne d'Aurergne, en jupoû de bure grossière, sous les ombrages bronzés d'une chAtaign^raie. Sa couleur j prendrait de la consistance et du clair-obscur, et ses personnages du relief, par bonséquent. Tel qu'il est, cependant, on peut encore préférer son afféterie gracieuse à la nullité pédantesqtie, morne et ennuyeuse, des « pénitents gris, » comme nous appelions autrefois un groupe de peintres qui tend à disparaître, bien que le jury ait encore médaillé T Orphée, une des plus tristes productions de cette triste école. — Et ne voilà-t-il pas qu'on annonce aujourd'hui que cet Orphée vient d'être acheté par la surintendance des beaux-arts, ainsi qu'un Jubal enseignant la musique d ses enfants^ par M. Briguiboul I Nous n'avons point' parlé de ce Jubal, le comble du ridicule! mais qui paiera le Jubal et l'Orphée ? C'est nous tous, — moi-même I Ah I si je pouvais refuser l'impôt ! Jamais je ne me pardonnerai d'avoir donné deux sous pour ce Jubùl et cet Orphée/

M. Voillemot a quelque analogie avec M. Chaplin; dans son portrait de femme, et dans une figure allégorique de la Jeunesse.et du Printemps. Sa peinture semble volatile comme le duvet d'un léger pastel qui s'évanouirait en soufflant dessus. Elle ferait à merveille entre des tentures de gaze et de satin, à cause de sa distinction et de son charme.

On devine bien encore que M"»« Henriette Browne est élève de M. Chaplin. Sdi Sœur de charité lui ayant fait subitement une réputation^ ses œuvres subséquentes ont toujours excité un vif intérêt, et nous nous rappelons,

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SALOK DU 1864. 111

comme des rêves, ses fniérietir» de hnnem expdeés on 1861. Cette année, son portrait defemme» débilement peint, ne sera guère remarqué, mais son ffnfbnt turque est délicieuse de naïveté : c'est tout simplement h portrait de la petite Italienne Maria Pasqua^ qui pose dans les ateliers, et qui a changé son costume natibnal pour un déguisement lurc;

M""® Frédérique O'Connell contraste avec M*»« Henriette Browne. Son talent viril pourrait servir de leçon aux peintres efféminés. Peut-être procède-t-elle un peu trop des anciens maîtres, surtout des Flamands et de van Dyck, son aiîectionné. Le modèle est bon^ mailla ilature vaut encofre mieux. Nous avons revu tout récdmment, à une vente publique, le beau portrait qu'elle fit autrefois de Rachel et qu'on prendrait pour un portrait peint par Lely^ lorsqu'il continuait van Dyck à la cour d'Angleterre ; la tête seule est peinte d'après nature ; les bras et les mains Sont d'une rare distinction; la robe de satin et les ajustements, le fond et tout, pastiche d'après van Dyck et Lely : e'est admirable, mais ce n'est pés original. Il semble que M"» O'Connell devrait pourtant faire de superbe peinture, en ne consultant que la nature et sa propre impression.

Son portrait de M. Alexandre Dumas fils^ exposé cette année, n'a rien de remarquable^ ni comme exécution, ni comme physionomie.

Un des portraits les plus saisissants et les plus étranges, du Salon est celui de M"** L..., par M. Hébert. On pourrait rappeler le spectre bleu, puisqu'on dit : les «femmes vertes » de M. Tissot. Elle a quelque chose de vampiresque et son regardions magnétise : on ne peut quitter

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de» yeux ses yeux. Elle ne fait point Teffet d'une per-: sonne naturelle, mais d'une apparition fantastique/à la fois très-belle et très-inquiétanle. La tête noyée dans une atmosphère d*azur vaporeux n'a plus les tons de la vie. Les cheveux sont bleutés comme les lèvres, comme la peau. On n'y voit que du bleu. C'eût été là une réponse victorieuse à Reynolds prêchant l'emploi presque exclusif des tons rouges, et qui eût dispensé Gainsborough de lui répondre par son Bine Boy (le jeune garçon bleu) , un chef-d'œuvre. Mais encore ce Biue Boy de Oainsborough a-t-il les carnations roses et les cheveux châtains.

L'autre portrait de femme, par M. Hébert, n'a pas le même attrait singulier que la dame bleue : le dessin du torse est très-fautif ; le bras, replié contre la taille et demi-caché sous une écharpe, n'a aucune forme décidée; on ne devine pas à quel bras s'attache la main; est-ce le bras droit ou le bras gauche ?

Comme couleur et comme expression, les portraits de M. Hébert sont une excentricité dans l'école actuelle. A ceux de M. Edouard Dubufe, on ne reprochera jamais ces écarts qui trahissent du moins une certaine originalité. l\ est franchement banal, malgré ses recherches de pompe aristocratique. On dirait que ses portraits de comtesses sont peints d'après des bustes on cire ou en porcelaine, drapés et enrubannés par une modiste du passage du Saumon. Il paraît cependant qu'ils plaisent au grand monde, et il est sûr qu'ils ne déplaisent pas au demi-monde et au petit monde.

Outre un périrait de femme, M. Dubufe a exposé sa Vénus, sous ce titre : le Sommeil. '^Ceiie dormeuse, éta-

léé toute nue, rêve le succès des Perles de MM. Baudry et Cabanel, achetées au dernier Salon par Pempereur. Les trois feraient la paire, comme on dit plaisamment. Mais il y a tant de rêveuses et de dormeuses, tant de Vénus et de nymphes, tant de femmes nues, couchées ou accroupies, les bras ou les jambes en Tair^ à choisir au Salon, que cette industrie n'écoulera pas tous ses produits. Il n'y a plus équilibre entre la production et la consommation. Peut-être que la grève s'ensuivra. Vénus et Léda risquent de baisser, cette année. La liquidation en sera lourde. Mais le sphinx fait prime et^ malgré la panique, les Meîssonier sont bien tenus. On croit à la hausse des Millet et des Marchai, qui n'avaient pas encore atteint le pair. Les Rousseau sont toujours fermes et les Courbet sont demandés.

M. Alexis Perignon, élève de Gros et de M. Perignon père, a fait, une fois, un portrait excellent, qui lui valut la médaille de première classe. C'était en 1844, il y a juste vingt ans. Depuis, M. Alexis Perignon a été décoré,— en 1856 ; ce qui ne l'empêche pas d'avoir encore du mérite., Son portrait de M"*' de P... est composé simplement et dessiné avec justesse. Rien de supérieur, mais de la convenance et du goût.

Un autre élève de Gros, M. Bonnegrâce, a exposé le portraitdeM. Havin. — a C'est le plus beau, cadre àa Salon. )) Le mot est d'un rédacteur du Sièeley que nous avons rencontré devant ce cadre, d'une magnificence vraiment rare. La peinture elle-même ne s'effraie pas trop de cette prison dorée et s'y tient bien. M.Bonnegrâce avait fait, il y a quelques années, un portrait de Théophile Gautier qu'on a pu voir à l'exposition du boulevard Italien.

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iU SALON fi£ 1864.

Encore un 'élève de Gros, M. Adolphe Brune, dont la talent pour la grande peinture fut remarqué sous le règne de Louis-Philippe. Il est Fauteur d'un portrait de femnja et d'une Adoration de» Mages, largement eiécutée, pour le ministère des beaui arts.

Le môme ministère a commandé à M. Désiré Philippe un portrait de Claude Lefèvre^ destiné au musée de Melun. L'excellent peintre, Claude Lefèyre, était né à Fontainebleau en 1633; le musée du Louvre possèdo de lui deux beaux portraits. M. Philippe a représenté son personnage debout, dans une pose simple, feujHptant un carton de dessins. Il ne semble pas que la critique ait remarqué oe portrait, très-estimable cependant pour sa digqité sévère, la parfaite convenance du costume et la sûreté de Texécution.

Qqi croirait que M. Biard a fait aussi un portrait de grandeur naturelle, en pied, une Anglaise, assise dans un paysage avec fond de mer*? Ce n'est pas trop caricature. Mais le caricaturiste se retrouve, sous prétexte d'histoire, dans un Épisode de la fête de l'Etre suprême^ emprunté au? Squuenin d'un se3pagénair£y A.V. Arnault. L'association de ce canaaluriste et de ce sexagénaire n'est-elle pas heureuse pour interpréter l'histoire de la i^évolution ?

M* Fantin T^atour comptait sans dou(e sur la curiosité publique ^n réunissant, dans une gr^qde composition, autour d'up portrait d'Ii!vigène Delacroix, les portraits de plusieurs admirateurs de l'illustre pejntrp que la Friince a perdu. Il y ft foule, ^w pffet, devant cptte peinture baroque pt h^r^ie. Qp sp dpmande qui ^pnt ces hon^f^es tristps» ^h bien, c'est Cb^mpfleury, regardant

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vaguement en face s'il ne voit rien venir ; c'est Baudelaire^ encore plus mélancolique : il vous aura dit ses raisons — et il paraît qu'il les a très-bien dites -^ dans ses conférences à Bruxelles. Au-dessus de CbampCleury et de Baudelaire, assis vers la droite, sont Manet, le peintre des anges aux ailes bleues, et Braquemond, le vaillant aquafortiste. A gaucbe, le sculpteur Legros, qui a fait en haut-relief un médaillon de son ami Courbet, et le jeune Duranty, auteur de plusieurs romans et directeur d'un théâtre au jardin des Tuileries. Au milieu, debout, c'est l'Anglais Whistlor, l'auteur de la Dame àianche, refusée au dernier Salon, et qui reçut tant d'injures et tant d'éloges ; enfin, près de lui, le peintre, en espèce de vareuse, c'est M. Fantin lui-même. Dans le fond est accroché le portrait d'Eugène Delacroix, au teint vert.

Quelques-unes des têtes sont bien peintes, mais, faute d'un p^irti pris de lumière et d'ombre, Tènsemble manque d'effet. Rien d'ailleurs n-est plus difficile à réussir que ces assemblages de portraits sous des prétextes quelconques. Seuls peut-être, les maîtres hollandais du dix-septième siècle ont su en faire de vrais tableaux intéressants r~ par la perfection de leur pratique, et même quelquefois des chefs - d'œuvre : Rembrandt dans sa Hmde de nuit) van der Helst dans son Banquet à l'occasion de la paix de Munster, Ravestein dans ses délibéralionji de magistrats civiques, Frans Hais dans ses réunions d'arquebusiers ou de régents des gildes.

Nous aurions dû rapprocher des Deux Sœurs de M. Tissot le tableau de M. Viry, dont la couleur dominaf)(0 est également )e vert argentin, et qui offre aussi

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deux portraits ou plutôt le portrait d'un couple : jeune page et jeune lille qui se promènent Dans les bots. Ce n'était pas la peine de les travestir à la mode du moyen âge. Les figures sont entières et de grandeur naturelle, à peu près. La jeune fîUe, accrochée au bras du page, se baisse discrètement pour cueillir une fleur. M. Viry, doit avoir vu quelque peinture des préraphaélites anglais. Le tableau appartient à la princesse Matbilde.

Le portrait de M. Amédée Thierry, par M. Gérôme, un portrait d'homme^ par M. Amand Gautier, le portrait de femme, par M. Amaury Duval, et quelques autres, nous ont déjà passé sous la plume. Un condisciple de M. Amaury Duval dans l'atelier de M. Ingres, M. Henri Lebmann, académicien maintenant, a aussi exposé un portrait : Tabbé Gabriel, curé de Saint-Merry. Ces prêtres gras, avec leurs, mains molles et potelées, ne prêtent pas beaucoup à la peinture.

M. Lehmann est plus à Taise dans son tableau intitulé le Repos, On y sent un maître qui sait dessiner et modeler une figure. Cette belle Italienne assise dans la campagne rappelle un peu le style de Léopold Robert. Le bras nu soutient une tête grave et pensive, d'un beau type. Les traits en sont fermement et correctement dessinés. La figure entière est bien modelée, dans tous les accents delà forme, sous les draperies d*un costume riche en couleur.

Pourquoi M. Lehmann a-t-il ajouté, près de sa Romaine si caractérisée, une tête hybride, posée de face sur une amphore, et dont le corps est dissimulé en arrière par un raccourci incompréhensible? Est-ce une des compagnes de la jeune femme, ou quelque pâtre amou-

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reux d'elle? Elle a bien raison de regarder d'ui\ aulre côté. Sans cet appendice malencontreux^ le tableau de M. Lehmann serait une des œuvres les plus fortes et les plus savantes du Salon. La science est rare chez les peintres actuels, qui se contentent de plaire à un goût superficiel. Tous nos faiseurs de Vénus ne savent pas seulement mettre une figure ensemble, et ils seraient bien embarrassés pour agencer de grandes compositions comme celles que M. Lehmann a peintes à l'hôtel de ville, et dont nous avons vu les excellents cartons dans son atelier.

C'est encore un portrait sans doute que la femme romaine,tenant un petit garçon qui allonge ses bras vers un bénitier. Elle est de grandeur naturelle, et vue jusqu'aux genoux. La tête a du sentiment et les mains sont bien dessinées. L'auteur, M. Léon Olivié, ressemble moins à son maître, M. Léon Cogniet, qu'à M. Lehmann.

M. Hugues Merle sort aussi de l'atelier de M. Cogniet. Un de ses tableaux, prétentieusement intitulé les Premières épines de la science j appartient à M. de Morny. Il représente un petit garçon en chemise, assis sur les genoux d'une fillette qui cherche à le faire lire. La tête du baby, presque copiée sur le bambino de Raphaël dans la Madone de Saint-Sixte, a naturellement beaucoup de caractère. L'autre tableau de M. Merle, Primavera, une donzelle et un page, assis en un bois, conviennent trèsbien- pour une vignette de romance.

Troisième élève de M. Cogniet,et aussi de M. Federico de Madrazo, le conservateur du musée de Madrid, — M. Bonnat, de Bayonne. Son exécution large et libre, sa

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couleur foncée, tiennent plus de l'Espagne que dp l'Italie, dans le portait d'un petit bobème itaiiei), qu'il a planté debout eo un ravin sombre pour demander Taumôpe : MeizQ kaJQçcQy exoêHenzal

Quatrièipe élève de M. Gogniet, — M* Qaillard, premier grand prix de Rome pour la gravure en 1856. Ahl pourquoi se méle-t-il aussi do peinture? C'est lui qui a pointillé un exécrable pastiche de Denner, le portrait d'un vieux Normand^ à ce qu'il dit, une tête sillonnée eu tous sens do rides hideuse^^^ hideusement reproduites avec la plus misérable patience. De telles niaiseries, étrangères à Tart, devraient être écartées des expositions publiques.

Quelques jeunes artistes, inconnus jusqu'ici^ je pense, montrent cependant une oertiaine aptitude au portrai^^ par exemple M. Louis Cordier, auteur d'une jeune Liseuse, assise, de profil à gauche, un livre ouvert sur ses genoux ; elle a les bras nus, une camisole blanche, un jupon de laine grise; la physionomie est très-occupée, très-juste d'expression, très-sontie ; la peinture en est sobre et^orte ; — par exemple M. Jules Chevrier, élève de Couture ; il a fait aussi une Liseuse ^ssez éjégante, se promenant dans la campagne ; — par exemple M*'® Emilie Cerf, élève de Corot; son portrait de femme en buste n'est pas un type agréable, m^^is il annonce une étude intelligente de la nature, du modelé et du plairobscur.

Nous cherchons vainement des portraits de personnages un peu célèbres ;" on ne trouve qije cinq ou six noms connus : M. Vitet, peint par M. Roux; M. de Sacy, par M. Brongniart; M. Dayton, ministre des États-Unis

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à Paris, par M- May. Je n'ai vu ces portraits que dans le catalogue, mais j'ai vu dans la grande salle de Tougst le portrait de Gigoux par un de ses élèves, M. Lapret. Tout le reste n'@$t qu'archevêques, dvéques, abbés et arpbiprêtr^^, maréchaux, généraux et officiers quelconque§ ; il faut qu'il y ait ep France bien des prêtres ^t bien des solcjats ! Nous avons aussi quantité de barons et de comtesses ***. Les philosophes et les politiques, les poètes et les écrivains, s'il en reste, sont introuvables en pein{ure. Jl dpit en rester quelques-uns, puisqu'on voit ]eurs4:artes dans les boutiques de photographie.

Nous avons epcQre des portraits d'animaux célèbres, quelques chevaux vainqueurs dans les courses, et de très-beaux chiens, par M. Jâdin. Son grand tableau représentant la meute de M. de Caraillon-Latour, qui fut très-admirée à l'exposition canine , l'année dernière, douze superbes chiens de la race de Virplade, avec leurs noms insprjts en jpttres d'or, est un chef-d'œuvre en son genre, lyf. jadin est le Desportes de notre temps, et Ton peut même dirp qu'il est plus fort que Desportes.

De 1q pâture ^njiuale passons à la « nature morte » à la vïecoye [still lifé), comme on disait bien mieux au seizième siècle et au dix-septième. M. Philippe Rousseau est un des maîtres de cette ;spéciali té." Son Lièvre mort, étendu sur un bout do table, près d'un pot vert, est de la bonne peinture, qui fait souvenir de Chardin. Dans l'autre tableau, un Marché d'autrefois, sont rassemblés des fruits, des légumes, des volailles, des fleurs, toute sorte d'objets immobiles, distribués en étalage sur les planches des b^rraques^ sur des éventaires, sur le sol du marché. Il y a aussi de la « nature vivante, » une

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gentille marchande en costume du dix-huitième siècle, la bouquetière peut-être^ et quelques autres figurines. Tout cela est un peu pêle-mêle, faute d'une science suffisante de la perspective et du clair-obscur.

Un Russe, M. Alexandre Froloff, élève de Jules Dupré, a peint aussi du gibier mort ; sa touche est adroite et sa couleur harmonieuse. Un autre élève de Jules Dupré, M. Henry Lachèvre, a composé une espèce de trophée avec de riches étoffes, burnous d'Orient et diverses dé- • froques, d'une couleur splendide, accrochés à un mur et pendants sur une table couverte d'un tapis en peau de panthère, près d'un narguillé, d'un verre et de coupes ciselées. Vaillant morceau de peinture que Decamps eût pu signer.

Plusieurs critiques, entre autres Charles Blanc, dans la Gazette des Beaux-Arts, ont vanté avec la plus vive sympathie une collection d'études faites au Brésil par M. Francisque Gonaz, fruits et fleurs des régions tropicaleSj et même des serpents, des tortues, des oiseaux, des insectes. M. Gonaz a ceci d'intéressant, qu'il s'est formé tout seul, naïvement, à la bonne manière d'un sauvage qui s'ingénie à reproduire ce^qu'il voit. Il était par là, bien loin de Lyon où il est né ; je ne sais quels hasards l'ont entraîné à parcourir le pays dans ses parties infréquentées ; il avait des couleurs et des pinceaux, ou peut-être il en faisait ; peut-être vivait-il avec les fruits qu'il détachait des branches, et après son repas frugal, secouant encore l'arbre, il se faisait par terre un tableau qu'il s'amusait à peindre. S'il marchait sur une vipère rouge et l'écrasait de son talon, il s'asseyait vite sur le talus du sentier et peignait sa vipère frémis-

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santé. Belle vie d'un aventurier de Tartet de la nature. Si bien que le jeune Français égaré, dix années^ sur les plages du Brésil ou dans Tintérieur du pays, fut pris d'une fièvre de mauvaise couleur , jaune, rouge ou verte, que sa ville de Lyon liii parut préférable à toute l'Amérique méridionale, et qu'il est revenu en France, — à Paris, — avec sa cargaison de toiles, qui sera probablement acquise pour le muséum d'histoire naturelle, au Jardin des plantes. Les naturalistes y trouveraient des fruits, des fleurs, des arbustes, des reptiles, indécrits ou d'une extrême rareté. On voit au Salon une peinture détachée de cette série : Fleurs et fruits des régions tropicales.

L'année dernière, M. Biaise Desgofife eut un succès prodigieux, avec son Vase de cristal de roche et son Buste en ivoire, acheté, Salon tenant, pour la collection de M. Boittelle. Cette année, M. Desgoffe a exposé des Fruits et bijoux^ appartenant à M. Marcotte de Quivières. Prix : 4,000 francs. On raconte que l'impératrice, désirant ce tableau, eh a fait demander la cession au propriétaire , qui a refusé. Que M. le préfet de police cède aux Tuileries son Buste en ivoire, à la bT)nne heure !

Il n'y a d'ailleurs aucune comparaison à faire, comme mérite, entre les deux peintures de M. Boittelle et de M. Marcotte. Dans ses reproductions du règne minéral, cristaux, agates, ivoires, or ou argent ciselés, M, Desgofl'eest peut-être unique. Il surpasse de Heem et les plus fins Hollandais pour la réalité, mais non pas assurément pour l'aspect artistique. Son idée est de monter du minéral au végétal, du végétal à Vanimal, de l'animal à l'homme, absolument comme le créateur Jbibli-

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que, qui n'a pus trop n\i{ réussi par cette ascension graduée. Et, pour commencer , M. Desgpfîe, dans le tableau appartenant à M. de Quivières, a môle de^ fr^it^ à ses bijoux. Surine console, près d'une eoupe en mé* tal renversée et d'w verre- à pied, plein de vin rouge, trois prpneSf ^63 pêches, des cerises^ des groseilles, des raisins rpuges et blancs. La cpupe est* bien en métal, le vidercome est bien en verre, niais les raisins aussi sont en verre pt les pêches aussi en métal.

La pâture, cependant,, a ses pâtes diverses ppur procréer les objets pt les êtreç divers. Si les industriels n'opt que la verroterie pour imiter les raisins, l'art a ses artifices, qui trompent l'œil, en simulant les apparences de tpîitp? choses, selon leur essence variée.

iV!. Desgoffp paraît aspirer à monter. Qu'il aspire à redescendre, comme Sylla, ou plutôt à reprencjre son niveau. Le petit Buslp en ivoire l'avait placé en évidence. Des pêches en tôle coloriée et des raisins en verroterie de Sauîpur compromettraient sa position exceptippnelle. — pourvu qu'il ne se risque pas, l%nnép prochaine, daps je règne apjmal !

En finissant ce rapidp examen de la peinture, nous youlpns dépjarer que, excepté quelques artistes du (( vieux temps » et qui peut-être np sont pas des plus mauvais aujpurd'huij rious ne connaissons pas les peintres dont nous avons loué ou blâmé les œuvres, que nous ne poquaissons ni leurs père et mère, ni leurs frères ou cousins, s'ils eu ont, et nous n'ayons aucune envie dp les connaître. Cet isolement volontaire ne serait-il point une garantie d'indépendance et de clairvoyance, de sincérité et d'impartialité? 4s youplease.

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II fi^ut encore oependant jeter un coup.d'œil sur les (fessjiis et sur quelques arts accessoires. Nous suivrons sin^plement l'ordre du catfilogue^ en ajoutant quelques observations aux œuvres remarquées.

]Vl,^prione a du charme dans se9 portraits au crayon^ et même aussi dans uqc petitp peinture, le Coucher, -^ femme toute rose^ qui laisse tomber sa chemise et montre ^ son dos avant d'eptrer au lit. M. (^als a le sentin^ent du clair-obscur dans un dessiri représentant une f^artie d$ dominos, M. Paul Dubois a de la science daqs sa reproduction d'une fresque de Raph^ëel au Vatican, l'Adam et Eve, et d'un tableau d'Andr^ del Sarto, )4 Madeleine, du palais Borghèse. M. Gigou^ n^pntre son excellent procédé de dessin dans un portrait d^ jeun^ femme ; mais, pour le juger comnie il }e mérite, il f^ut aller voir ses savantes peintures murales de Saint-Gervais. M. Gratia est un pastelliste très-distingué, et sa Jeune fillç lisant pourrait être placée entre up pastel de Chardin et un pastel de Pnudhon. M. Hédquin a toujours de Tesprit et de \s^ finesse dq^s sa Feuille d'éventail ; s'il n'a pas exposé de peinture, c'est qu'il ^ été occupé à ses quatre médaillons du foyer du Théâtre-Français. M. Lefebvre a de Teffet dans un Sçuvmir du vieux Rouen, peint à l'aquarelle. M. Paul Martin est presque aussi fm que Boninglon dans une aquarelle d'un paysage provençal. M Tourny est très-vigoureuxdansun portrait de femmp à l'aquarelle.

L'œuvre la plus admirée dans la salle des dessins est une aquarelle de M. PoUet, élève de Paul Delaroche et premier grand prix de Rome pour la gravure en 1838. En ces derniers temps il s'^çt attacl^é, je crqjs, à graver

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M. Ingres, et il passe pour uq très-habile dessinateur. Son aquarelle représente les Danaïdes remplissant ou vidant leurs vases. Prétexte encore à femmes nues, dans toutes les attitudes, comme le Bain antique de M. Boulanger; mais M, Pollet est plus fort que M. Boulanger, et parmi ses femmes il y en a quelques-unes d'une belle tournure. Il est singulier pourtant que toutes aient les attaches des pieds et des mains assez grossières et les genoux un peu ankylosés. Les tons de chair sont fins et variés, depuis la blonde claire, debout au milieu, jusqu'à des brunes à la peau ambrée. M. Pollet gravera sans doute cette composition, qui aura des amateurs.

Ajoutez que M"»* la princesse Mathilde a exposé deux grandes aquarelles : le portait de M*"" Lenoir, d'après un tableau de la collection Lacaze, et une tête d'étude d'après nature; et M"*® la baronne Nathaniel de Rothschild, deux aquarelles aussi : V Entrée du port de Naples et les Ruines du palais de la reine Jeanne, à Naples.

La médaille a été bien justement accordée à M"*® Eugénie Morin pour ses miniatures, qui sont délicieuses, légères de touche, très-fines de physionomie et de couleur.

Dans la gravure et Teau-forte on remarque MM. Bracquemond, Chaplin, Flameng, Ferdinand Jacquemard, Lalanne, Méryon, Ribot, de la Rochenoire, de Wismes, Weber, et surtout un Anglais, M. Seymour Haden, Fauteur de deux petits chefs-d'œuvre, la Route traversant une forêt et la Rivière au milieu d'un parc.

Dans les émaux il y a, tout à fait hors ligne, ceux de M. Lepec, surtout la Fantaisie^ figure de femme jouant avec un dragon. Dans les faïences, celles de M. Michel

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Bouquet, qui égalent à peu près celles que peignirent à Delft plusieurs maîtres hollandais^ et dont on voit des échantillons dans la collection de M. Demmin, Fauteur du Manuel de l'amateur de faïences.

 Texposition spéciale de photographies, ce sont toujours un peu les mômes photographes qui priment, et notamment M. Fierlants, de Bruxelles^ Tauteur de tant d'admirables reproductions des monuments de la Belgique, des tableaux du musée d'Anvers et de plusieurs autres galeries célèbres.

Il y a quelque trente ans^ le tableau d'un étranger paraissant au Salon de Paris, c'était encore une rareté. On l'examinait curieusement, pour voir ce que faisaient en peinture « nos amis les ennemis. » Depuis ce temps-là, grâce à la facilité des communications entre les peuples» chaque exposition nationale, en Franco et dans les autres pays, est devenue presque européenne. Le mot latin kostis (étranger), qui voulait dire à la fois ennemi et hôte, s'est dédoublé, et sa signification hostile est près* que effacée. L'étranger ne sera bientôt plus qu'un hôte amical. Au lieu d'Aostilité universelle, hospitalité réciproque. C'est là sans doute le caractère social du monde moderne dès à présent, mais surtout dans un* avenir prochain.

L'influence de ce phénomène très -nouveau est déjà sensible dans les arts. Par suite de ces confrontations périodiques, les diverses écoles se pénètrent et se modi-

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fient mutuellemont. L'excellente école de paysagistes français a de Inaction sur les paysagistes étrangers^ et, à leur tour, les peintres de genre, Belges, Hollandais, Allemands, ont donné une tournure plus franche et plus sincère à nos peintres de sujels familiers. Plusieurs des médaillés, et qui le méritent bien, comme MM. Schreyer , Alfred Verwée, Otto Weber et autres, ne sont-ils pas de Berlin, deLeipzig, de Bruxelles? N'est-ce pas de Bruxelles que sont venus à Paris, et pour s^y classer au premier rang, MM. Stevens et Willems? N'avons-nous pas au présent Salon des artistes de tous les pays, — de Bruxelles, d'Anvers et de Liège, — d'Amsterdam, de La Haye et de Rotterdam , — de Diisseldorf , de Cologne, de Leipzig, de Berlin, do Munich, de Vienne, de Francfort, — de B4I0 et de Genève ; aussi des Anglais, quoique la peinture anglaise ne vienne guère sur le continent ; sans CQn^pter des Espagnols et quantité d'Italiens ; môme des Russes et des Orientaux? Il faut dire que plusieurs d'entre eux se sont formés — ou transformés à Paris; mais encpre y ont-ils conservé plus ou pqins leurs caractères! indigènes. Et d'ailleurs, nous avons des handes entières qui, sans quitter leur terroir, sont fidèles aux exhibitions françaises, par exemple la pléiade de Dùsseldoff.

L'école de Diisseldorf a son cachet dans le paysage et dans la peinture de genre. Le maître paysagiste, c'est toujours M. André Achenbach, dont la manière ne nous semble jjas aussi louable que Je sentiment et la pratique des paysagistes français, ce qui n'empêche pas ses œuvres d'être recherchées pour les riches galeries. Il a envoyé, cette année, Ip Quai d'Ostende à marée haute. Son frère, M. Os^^ld Achenbach, a.expp^é deux vues italiennes, Jp

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Monument de Cœeilia Metella q Rome et une Me^H dans la campagne romaine.

Les peiûtres d^ mœurs sont en nombre : M. Lasch a de Pesprit, de la gaieté^ de la couleur, dans le Retour d'une kermesse en Souabe \ M. Dunker, un Suédois établi à Dùsseldorf , imite M. Knaus dans une scène de saltimbanques qui se préparent à donner une représentation ; M. Salentin est naïf et lumineux dans le Vieux voisin, un brave homme causant à la fenêtre de deux jeunes ouvrières qui travaillent et qui rient.

Outre le « genre » et le paysage, on cultive aussi à Diisseldorf, comme dans la plupart des autres centres artistiques de TAUemagne^ une espèce de peinture religieuse imitée des précieux maîtres du quinzième siècle. Pour cet habile résurrectionnisme^les Allemands sont incomparables, depuis Overbeck, Steinle et bien d'autres. Nous avons au Salon un bijou de M. Franz Ittembach, élève de Schadow : la Vierge avec f enfant Jésus. Marie, « pleine de grâces, » est debout, tenant entre ses bras le bambino. La tâte est d'une sensibilité délicieuse; les mains sont finement dessinées, et la draperie de la robe bleue tombe en beaux plis simples. Sub le terrain, quelques fleurettes délicatement touchées comme celles de van Eyck ou de Menilinc. Pour ciel , un fond d'or. Je ne qrois pas qu'il y ait au Salon d'autre peinture à fond d'or que les deux tableaux religieux de M?"® Herminie CoUard, destinés à la chapelle de Sainte-Catherine de Mouy (Oise). La madone de M. Ittembach est peut-être Tœuvrela plus parfaite de toute l'exposition. Sans doute c'est une sorte d'archéologie, mais, étant donné de restituer le sentin^ept et les formes d'un art disparu, il est

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impossible d'y apporter plus de correction, d'élégance et de charme.

Dans le môme style, M. Stephen Maçtin, de* Cologne, également élève de Schadow et de ' Cornélius, a fait' aussi deux dessins très-distingués : Sainte Gertrude distribuant des aumônes aux pauvres, et une Convalescente accomplissant un vœu à la Vierge. M. Curmer devrait utiliser le talent de M. Stephen Martin pour les illustrations de ses magnifiques livres religieux.

En peintres d'animaux, deux Allemands sont justement remarqués : M. von Thoren, de Vienne, et résidant à Bruxelles, et M. Albert Brendel, de Berlin, qui a travaillé, je crois, à Barbison, avec Jacque, et qui le rappelle dans ses troupeaux de moutons ; sa Rentrée à la ferme est d'un caractère très-rustique et d'une couleur lumineuse. Le grand tableau de von Thoren représente des bœufs blancs couchés dans les prairies du sud de la Hongrie. C'est le soir, et les fonds du paysage se perdent dansles derniers rayonnements dusoleil à l'horizon. Effet superbe, très-poétique et vaillamment exprimé.

M. Anker est Suisse ; ses débuts tout récents ont eu du succès. Il a de l'ingénuité, avec une certaine grâce sentimentale. Il avait exposé. Tannée dernière, une petite morte étendue sur son lit virginal, — et funèbre, entourée de jeunes amies qui priaient pour en faire une ange ; et, en contraste, un gros enfant, assis dans sa chaise comme un petit Gargantua, et trempant ses doigts dans sa soupe. Manger ou mourir : c'est le dilemme de l'enfance. Cette année nous baptisons un enfant et nous en enterrons un autre, si ce n'est pas le frais baptisé luimême. Baptisons d'abord : {le matin, par la neige et la

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brume, le cortège sort du chalet ; une jeune fille en avant porte le nouveau-né ; le père et la mère suivent, ou peut-ôtre le parrain et la marraine, bras-dessus bras- ;dessous, un gentil couple ; puis des enfants et quelques personnes de la famille. Tout cela tremblotte un peu sur la toile, faute d'une exécution suffisamment énergique. -On oserait presque trouver au talent de M. Anker quel- .que analogie avec le talent de Corot dans le paysage, toute proportion réservée. L'auteur de ce départ pour le Baptême est tendre dans son cœur, point violent de la main, et il préfère aux grosses couleurs la nuance argentine et discrète. La^ scène à' Enterrement est plus débile encore que le Baptême : intérieur de cimetière, la fosse béante, le petit cercueil auprès, des enfants autour. Couleur neutre, exécution terne, qui, d'ailleurs, ne disconvient pas à la tristesse du sujet.

Un autre Suisse, M. Gustave Castan, élève de Calame, a exposé deux paysages assez notables : une Soirée d'octobre et les Grands bois du Bourbonnais,

Des Italiens nous n'avons rien à dire : ils ont leurs soutiens patentés dans la critique, dans le jury, dans une coterie officielle qui part des palais.

En Espagnols nous avons M. Achille Zo, un- «Espagnol de Bayonne, » que sa position ultième dans l'alphabet avait surtout signalé à la curiosité des amateurs, Par fatalité alphabétique, M. Zo n'est pas même pénultième aujourd'hui I Viennent après lui dans le catalogue un Suisse, M. Zuber, et un Allemand, d'origine polonaise, M. Zychlinski, né à Dresde; M. Zo n'a plu^ exclusivement le bénéfice du précepte : « Les derniers seront les premiers ; » mais il a été à bonne école, chez Cou-

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ture^ où il a retrouvé la couleur abondante et Te^técution libre qu'il admirait déjà chez les peintres d'outre- Pyrénées,

Nous avons aussi un Espagnol pur âang, un Espagnol de Valence, M. Bornardo Ferrandiz, qui annonce du caractère et de Foriginalité dans le Tribunal de^ eaux de Valence Bii 1800. Il faut savoir que les canaux distribuant les eaux du Turia aux environs de Valence sont régis par des syndics et des éclusiers et que, de temps immémorial, les syndics se réunissent, une fois par semaine^ à la porte de la cathédrale pour juger les délits dénoncés par les éclusiers. Nos syndics sont assis sur des bancs de pierre adossés à la base de l'église. Les bonnes têtes et les bonnes poses ! Sitôt que des hommes se mettent à juger quelque chose, ils sont à peindre. J'aime les juges — en peinture^ et je ne crois pas qu'aucune caste soit plus pittoresque que celle de la judicature. Une fois à son tribunal, dans Tédifice sévère d'un palais de justice, sur les bancs veloutés d'une Goiir civile ou martiale, sur les bancs de bois d'une municipalité de village, comme sur ces bancs de pierre de la place de Valence, tout judicateur prend à la fois du solennel et du burlesque. Pénétré de l'importance de sa mission, il dresse la tête, pince les lèvres, se carre un moment, puis s'épate petit à petit, clôtToeil et s'éteint. C'est alors surtout qu'il faut l'étudier dans ses manifestations instinctives. Il y en a — je ne parle pas des juges de Berlin ni de Paris — qui se grattent, qui se mettent les doigts oti Daumier défend aux enfants de les mettre, qui regardent les filles — de Valence — ou les bourses des délinquants contre la loi des eaux. Les vins de Xérès viennent par mer à

Valence, et c'e3t un fortifiant salutaire quand on sur^ veille les canaux du Turia. Oh ! les bons juges^ et qui n'ont pas Tair fanatique de la peine de mort, dans ce pays de Tinquisition 1 Pour un verre de xérès (prononcez sherry en anglais), ils acquitteraient môme un Lesurques> ne fût-ce que pour éviter aux générations futures la terrible peine de le réhabiliter.

Mais j'aime encore mieux les Hollandais que les magistrats quelconques. L'école hollandaise se tient toujours assez bien» au moins comme contraste, dans la France latinisée. Les tableaux d'Israels, d'Amsterdam, comptaient au dernier Salon parmi les meilleurs. Israels nous manque cette année et, pour le suppléer, nous avons un autre Amsterdamois, qui débute^ je pense, aux exhibitions de Paris^ M. Jamin. Son nom est peu batave, mais son talent l'est. Nous connaissions, pour les avoiir vus à une exposition à La Haye^ ses deux tableaux : Der^ nier regard sur les funérailles et Prières pour le défunt. Bonne connaissance à faire pour les amateurs français. Ary Seheffer — qui d'ailleurs était Hollandais — n'a jamais eu plus de sentiment que M. Jamin, tel qu'il se révèle dans son tableau où une jeune femme, habillée de noir, vient écarter avec une tei*reur douloureuse le store d'une fenêtre et jette un dernier regard sur ce qui passe dans la rue, le convoi funèbre d'un bien-aimé. ïllle est debout, roide comme un spectre, obscure dans l'obscurité de la chambre close, et le rayon qui glisse dans l'interstice de la fenêtre et du store légèrement plissé montre seulement son visage consterné et ses yeux rougis par les larmes. Toute l'attention se concentre d'abord sur cette femqgie éploréo qui ne fait pas de bruit, mais qui

est bien malheureuse. Puis on s'habitue, au demi-jour de cet intérieur sombre et modeste, on aperçoit les objets qui le meublent, le divan où Tinconsolable va revenir tout à rheure se blottir. Carie clair-obscur est transparent et la perspective très-juste. Le peintre est à la, hauteur du poëte qui a conçu cette image navrante.

M. David Blés, de La Haye, et M. Herman Ten Kate, d'Amsterdam, sont toujours les mêmes , un peu trop. Mais encore sont-ils plus variés que M. Petrus van Schendel. Paris commence à en avoir assez de ces effets de lumière fausse sur de petits êtres et de petits objets en porcelaine. M. van Schendel a pourtant exposé, cette fois, une œuvre capitale : Foire sur la grande place de Bréda, patrie du peintre, devenu presque belge, puisqu'il a étudié à l'Académie d'Anvers et qu'il demeure à Bruxelles. Son autre tableau représente une Marchande de légumes, à Amsterdam, le soir, naturellement. Il est précédé d'un astérisque au catalogue, ainsi que la Foire. Signe que ces deux merveilles n'ont pas encore trouvé d'acquéreur. Ce n'est pas nous qui en ferons l'emplette. Excellent peintre de vues de ville, bien qu'un peu sec, M. Springer devrait donner aux artistes parisiens l'envie d'aller voir les canaux et les quais d'Amsterdam, quand même cette grande et curieuse ville, si pittoresque^ n'aurait pas son musée du TrippenhuiSy son musée van der Hoop, ses riches collections privées et tant de fondations civiques où Ton admire encore les œuvres de la féconde école du dix-septième siècle. Ce n'est rien de voir les deux Quais d'Amsterdam exposés par M. Springer. Il faut aller s'y promener le soir, — sans les lumignons de M. van Schendel.

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M. Hanedoes nous montre une Bruyère de la Gueldre et même un Souvenir du Long-^Rocher^ dans la forêt de Fontainebleau. Son excursion hors de la plate et verte Hollande et la fréquentation des paysagistes parisiens n'ont point fait tort à son talent. Le Long-Rocher est modelé d'une pâte ferme, dans un ton très-harmonieux.

Il n'y a guère de plus franc peintre que M. Jongkind. Sa brosse va toute seule et cisèle les formes d'un paysage, comme la pointe la plus hardie d'un aquafortiste. Aussi M. Jongkind fait-il souvent de vives eauxfortes, presque dignes des anciens maîtres. Gomme peintre, il rappelle presque Salomon van Ruisdael^ van Goien ou Pieter Molyn, — sans y songer. C'est son tempérament, très - impressionnable, un peu brusque, étrange. Son Souvenir de la vieille tour démolie en 1860, à l'entrée du port de Rotterdam, est brillamment peint, de premier coup. On dirait une ébauche de quelque mariniste du bon temps. Son autretableau,r£'w^ree rfwjoor^ de ffojifleur, il Ta gravé pour l'intéressante publication delà Société des aquafortistes éditée par MM. Gadart et Luquet.

M. de Haas se répète un peu dans ses Pâturages hollandais. Son exécution, d'ailleurs toujours large et abondante, s'y amollit. Mais il est très -saisissant dans un tableau intitulé : Après r inondation en Hollande^ et appartenant à M. van Vlooten, de Bruxelles. Au premier plan, sur des terrains labourés par les eaux furieuses, gisent des cadavres de chevaux, des troncs d'arbres et des débris épars. Plus loin, tout un pays submergé. Le ciel tempétueux et lourd pèse sur ce déluge et Témeut encore. C'est très-dramatique dans sa simplicité et très-

ample d'exécution. Ce tableau méritait la médaille à plus juste titre que certains autres, favorisés par de hautes influences.

Sans flatterie, les Belges marquent trÔs-hoîiorablementà l'exposition. On se rappelle qu'à l'expositioh internationale de Londres en 1862, l^s peintres belges eurent aussi le plus grand succès, peut-être même audessus de récole française, d'ailleurs asscÉ mal représentée dans une telle solennité. Il est vrai que Leys et Oallait avaient là neuf tableaux^ et de leurs plus célèbres; Nous n'avons à Paris ni Leys ni Gallait, malheureusement. Gallait ne devrait pourtant pas oublier que c'est à Paris que sa réputation commença, et qu'il y trouverait toujours de vives sympathies. L'auteur de cet article se souvient qu'il fut le premier à parler d'un jeune peintre belge, élève d'Ary Scheffer> et qui annonçait un grand peintre. Leys aussi ne devrait pas nous abandonner^ et les amis de la bonne peinture lui sauraient gré d'envoyer de temps en temps sa carte de visite au pays qui lui a justement attribué la grande médaille dans une exhibition européenne. Il travaille assidûment, on le sait, à une œuvre qui sera peut-être sa principale él dont les Anglais se sont assuré déjà un duplicatum en proportion réduite. Je demande à Leys de réserver pour une exposition parisienne un des tableaux de cette série. C'est encore à Paris que se décident le mieux et que se soutiennent avec le plus d'autorité les positions acquises dans les arts et dans les lettres.

M. Wiltems est un rival de Meissonier. La différence entre eux est que M. Willems fait ses figurines dans une autre proportion^ qu'il ne leur donne pas toujours autant

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de physionomie que M. Meissonier, qu'il préfère aux bravi, aux joueurs de trictrac ou de basse, les fetp molettes on robe de satin. Mais il n'a pas moins de délicatesse dans rimitation des costumes, des étoffes, draperies et accessoires. D'habitude, il cherche les fonds clairs, ce qui ajoute au charme de ses compositions. Il serait fou de van der Meer de Delft, s'il le connaissait. J'ai chez moi uoe gentille pianiste de van der Meer, en robe de satin^ qui s'enlève sur un lambris pâle, et dont les artistes disent toujours : « Ça ferait le désespoir de Willemsl»

JjQ satin et les soieries, bon ! Terburg, Metsu, Jan Steen, Fran^ Mieris et d'autresy ont excellé. Mais ils excellaient aussi è exprimer les caractères et les mœurs avec une finesse exquise. Les Netscher, même le chevalier van der Werff, parfois même Willem Mieris, ont peint d'étonnantes robes de soie. Si la robe faisait la femme, ils seraient presque les égaux de Terburg et de Metsu, de Jan Steen, de van der Meer de Delft, et de Pieter<le Hooch.

C'est l'expression qui manque aux personnages de M. Willeqas. Dans son tableau intitulé la Sortie^ appartenant à M. Brugman, de Bruxelles, un cavalier en costume Louis XlUi chapeau ^ plumes et court manteau, donne la main à une jeune femme en robe ^e satin blanc et soulève h draperie d'une poi^tière. Ils s^en vont à la cour peut-être, ou à la promenade. Leur toilette raffinée y sera certainerpent applaudie. Ce sont gens de qualité, par l'enveloppe. Mais la qualité de la tête n'y^est point. Les visages et les physionomies ne signifient rien absolumeRt. Aussi pourquoi choisir une action neutre , ouvrir

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une porte ? Si encore c'était entre deux portes ! il s'y passait quelquefois, au dix-septième siècle^ des épisodes mystérieux et galants qui décidaient des faveurs de la Cour et môme des destinées du royaume. Que faisaient-ils tout à l'heure dans Tintimité, et que vont-ils faire dehors? Que sont-ils l'un pour Pautre ? Est-ce un couple d'amoureux? Qu'est-ce qui remue sous leurs atours? On ne devine rien de leurs passions ou de leurs goûts, de leur ftme ni de leur esprit, de tout ce qui est la vie.

VAccouchéCy une scène qui prêtait davantage au sentiment, n'est guère plus expressive. Ce qu'on y admire surtout, c'est la robe de satin rose d'une jeune femme qui vient offrir ses félicitations à la jeune mère convalescente. Je ne crois pas qu'aucun maître ait jamais fait mieux que M. Willems un morceau de soie, considéré isolément. Les plus fines fleurs n'ont pas le ton plus fin et des reflets plus délicats. Mérite rare, mais qui ne dispense pas d'animer les élégantes maquettes enjolivées par ces fariboles.

M. Gustave de Jonghe; a quelque ressemblance avec M. Willems. Son tableau intitulé Dévotion, intérieur de chapelle où prient une jeune femme et sa petite fille, pendant qu'une autre jeune femme en deuil allume un cierge, appartient à M™® la princesse Mathilde. L'autre tableau, la Leçon de tapisserie, représente une mère et sa fillette occupées à broder sur un canevas, dans un intérieur élégant.

M. Charles Baugniet et quelques autres ont aussi exposé diverges scènes de famille consciencieusement étudiées.

Nous avons déjà cité M. Henri Bource à propos des

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peintures d'Adolphe Breton, qui paraît l'influencer de loin. Peut-être a-t-il tout simplement comme M. Breton ce naturel sentiment d'élégance qui transfigure les personnages ordinaires et les élève jusqu'à la beauté.

La critique doit se défier de ces rapprochements d'où elle infère presque toujours une imitation ; la similitude apparente de deux artistes peut n'être que le résultat de <( mystérieuses coïncidences. » C'est ce que vient de m'écrire Charles Baudelaire^ assurant que son ami, M. Edouard Manet, ne pastiche point Goya ni le Greco, puisqu'il n'a jamais vu de Goya ni de Greco, et que « ces étonnants parallélismes peuvent se présenter dans la nature. » {)t Baudelaire ajoute : c< On m'accuse aussi d'imiter Edgar Poe. Savez-vous pourquoi j'ai si patiemment traduit Poe? parce qu'il me ressemblait. La première fois que j'ai ouvert un livre de lui, j'ai vu, avec épouvante et ravissement, non-seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases pensées par moi et écrites par lui vingt ans auparavant. » Baudelaire a raison : les phénomènes de l'esprit sont communs à tous, et ils peuvent se produire sous des formes pareilles chez plusieurs individus qui ne se connaissent point mutuellement, mais qui ont entre eux des affinités mystiques, ou, pour mieux dire, inexpliquées jusqu'ici, mais non pas inexplicables.

Je tiens donc qu'Edouard Manet n'a jamais vu de Goya et qu'il est tout naturellement coloriste à la façon de ce peintre exquis et fantasque. Mais, pour l'homme étendu mort dans le cirque des taureaux, il est impossible que Manet n'ait pas eu quelque « seconde vue, » par des intermédiaires quelconques, s'il n'a pas visité la

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galerie Pourtalès où est le chef-d'œuvre de Velazquez. Est-ce quHl n'y en aurait pas une photographie dans la collection publiée par MM. Goupil ? Il nous semble mêaie qu'il y en avait une eau-forte à Tune des expositions précédentes. Nous consignons toujours en passant que la peinture de Manet n'est pas un pastiche de Goya, et nous avons plaisir à répéter que ce jeune peintre est un vrai peintre, plus peinlre à lui tout seul que la bande entière des grands prix de Rome.

Par une Soirée d'été au àord de la mer, sur la côte de Hollande, M. Henri Bource a vu passer une grande et belle jeune fille, tenant par la main une fillette et accompagnant une femme, son baby dans 1^ bras. Ce groupe élégant et sérieux se découpe sur un ciel d'une tonalité profonde et juste, qui s'harmonise avec les lointainsdela mer. Voilà quecesfemmes qui s'en vont à quelque cabane de pêcheurs ou de marins, sont aussi belles et aussi nobles que des duchesses de haute volée. Est-ce un artifice du style? Peut-être tout simplement que la nature dans les conditions les plus diverses a sa beauté pour qui sait la sentir.

Le Dimanche d'une jeune fille protestante en Hollande, par M. Victor van Hove, est encore une peinture trèspoétique. Que faire le dimanche pour obéir à la rigidité des mœurs? Hélas! lire la Bible, au lieu d'aller s'épanouir dans les prairies ot dans les bocages. La jeune Hollandaise, armée de ses tortillons aux tempes^ est assise contre un mur. Son livre de prières est ouvert sur ses genoux, mais elle regarde devant elle le paysage et un papillon qui voltige sur un buisson de fleurs. La figure, de grandeur naturelle, est vue de profil. La physionomie

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rêveuse est pleine de charme. Van Hove, qui a commeDcé par être un sculpteur énergique, est aujourd'hui un peiptre très^distingué. Il a exposé aussi un portrait de femme, bien dessiné, bien modelé, bien compris dans son caractère.

Un portraitiste belge, qui nous semble mieux inspiré que les portraitistes à la mode française, M. Lievin de Winne, auteur d'un excellent portrait du roi Léopold, exposé Tannée dernière dans le salon central^ a envoyé cotte année deux portraits, celui de M?»*» la baronne de Hirsch et celui de M. Verhaegen» ancien président de la Chambre et fondateur de l'Université libre de Bruxelles. Il faudrait mettre à côté de son portrait de femme, simple et digne, les enluminures de nos peintres fashionables.

M. Xavier de Cock est encore en progrès. Lui aussi, comme MM. de Haas et Henri Bource, eût mérité la médaille pour son grand tableau : Vaches revenant des prairies,. Dans une longue allée bordée d'arbres s'avance de face le troupeau, précédé d'un petit pâtre et accompagné de quelques paysans. Ces vaches, tachetées de toutes couleurs, sont largement peintes, un peu dans le sentiment de Troyon, le vaillant peintre de bétail, dont la main s'est immobilisée si prématurément. Au contraire, les arbres de l'allée sont exécutés d'une brosse timide et dans un ton effacé. La nature est sacrifiée aux animaux, qui paraissent remplir toute la toile. M. de Cock a vu un troupeau splendide, et il l'a fait sans se tourmenter du reste.

Son frère, M. César de Cock, apporte la môme sincérité naïve dans ses deux vues prises aux Environs de

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Gand. C'est franc comme la jeunesse, hardi dans sa simplicité, indépendant de tout système et de toute école. Il n'y a donc plus de satyres dans les campagnes flamandes, plus de Léda caressant les cygnes^ plus de seigneurs en pourpoint bigarré qui cavalcadent avec leurs maîtresses et leurs pages ! La Belgique manquerait-elle d'idéal et de noblesse? Le grand art s'y perd décidément.

Quel sujet vulgaire que V Intérieur de la boutique d'un tailleur, par M. Henri de Braekeleer! Le siècle s'encanaille, comme dit une précieuse de Molière dans l'École des femmes. Nous possédons encore des princes, des évêques, des militaires, tous ornés de costumes exceptionnels, et cependant la peinture s'abaisse jusqu'à représenter la vie des travailleurs ! Ce n'était pas assez des cultivateurs de la terre et des aventuriers de la mer, nous tombons dans Tatelier des ouvriers de Tindustrie I Je ne crois pas que la critique française qui se respecte ait parlé de cette Boutique de tailleur, placée en mauvaise .lumière, près des combles. Mais la peinture elle-même en est si lumineuse, qu'on voit très-clair dans cet intérieur, oti, près d'une fenêtre, sur un établi, travaillent deux ouvriers. Brekelenkam a fait une fois un tableau presque semblable, qu'on admire au musée van der Hoop à Amsterdam. Mais, quoique M. Henri de Braekeleer évoque le souvenir de Brekelenkam et même de Pieter de Hooch, on sent qu'il n'a pas la moindre intention d*imiter quelqu'un et qu'il adhère . tout ingénument à la nature, observée avec la perspicacité et la ténacité d'un enfant. Je suppose que M. de Braekeleer est très-jeune, et j'espère qu'il ne sera pas en

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peinture le ûh de son père, Tillustre M. Ferdinand de Braekeleer. La civilisation nouvelle changera même les proverbes : — Le père étant tel, le fils doit être autre.

Il y a quelques années, M. Louis Dubois avait exposé à Bruxelles et à Paris un grand tableau qui révélait un peintre : on y voyait, sur le bord d'un marais, un conciliabule de hérons, dans les poses variées que des diplomates embarrassés peuvent prendre à une conférence ; les uns — je parle des hérons — la patte en Tair, les autres le cou ramassé dans les épaules et Toeil demi-clos, ceux-ci penchant la tête vers un voisin comme pour lui communiquer tout bas un secret, ceux-là un peu effarés, comme si la flotte anglaise allait paraître à T horizon du marécage. Je ne sais ce qu'est devenu ce tableau, mais il ferait honneur à un musée belge, et il se tiendrait assez bien même près d'un Snyders. Le tableau exposé par M. Dubois cette année est intitulé : Solitude. Le solitaire de cette solitude est un chevreuil tué sur un coteau. Le paysage a de la grandeur, et tout « est bien dans la masse, » suivant un terme d'atelier.

M. Verlat, d'Anvers, est connu pour la peinture des animaux. Il y met de Tesprit, môme un peu trop de recherche. Par un Froid de chien, — c'est le titre d'un de ses tableaux, — au bord d'une mare couverte de neige et de glaçons, grelotte un pauvre chien de chasse, parmi des poules et des oiseaux de basse-cour. Mais que les canards sont heureux dans l'eau fraîche ! surtout celui dont on ne voit que la queue dressée horizontalement en Tair comme un pennon, tandis que son bec barbette au fond de la vase. L'autre composition de M. Verlat, un l'aureau se défendant contre des loups, est d'une propor-

lion malheureuse, presque demi-nature, si bien que les loups ont Tair de renards, et qu'on prendrait le taureau pour un veau enragé. Le paysage, avec des arbres et un ciel sombre, est adroitement peint.

En paysagistes, nous avons M. de Schampheleer ; M. Bohm, d'Ypres, presque naturalisé Parisien, puisqu'il est secrétaire de la Société des artistes présidée par lebaron Taylor; M. de Papeleu, un Gantois» qui connaît bien TIle-Adam et Barbison^ où il a rencontré Jules Dupré et Théodore Rousseau.

Nous avons aussi un peintre de fruits et de fleurs^ M. Robie, dont les Raisins, très-colorés, valent assurément les fruits de feu Saint-Jean, de Lyon, un peu survanté. Nous avons enfin deux tableaux historiques par M. Hamm»n,d'Ostende : les Dames de Sienne travaillant aux retranchements de la ville assiégée par Charles- Quint et Cosme de Médicis, en 1553, et la Galère du Titien, à la fête de TAscension, à Venise. Ces dames de Sienne et le Titien ont irrésistiblement entraîné le peintre belge^ qui n'était pas né en 1553, à contrefaire les maîtres vénitiens du seizième siècle. Quand Fartiste n'a plus sous les yeux la nature môme, il lui faut un génie bien puissant pour ressusciter avec une certaine originalité les personnages , les allures , les mœurs d'un temps qui nous est devenu étranger.

J'ai sans doute oublié bien des œuvres méritantes^ mais nous les retrouverons toujours quelque part : à Anvers ou à Bruxelles, à Amsterdam ou à La Haye, à Londres ou à Paris.

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Nous AvoDs en France un très^grand sculpteur^ égal auK maîtres des écoles les plus illustres : Barye^ mais il n'a rien exposé.

Nous avons un autre artiste, abondant ^, fougueux^ prompt de l'esprit et de la main, quelquefois grandiose; oui, il a souvent du style; du charme, toujours ; il a la vie : c'est Clesinger. On Ta comparé avec une certaine justesse à Coysevox et aux Coustou; ses bustes ont, en effet, la tournure de Tart du dix-septième siècle et du dix-huitième. Ses portraits sculptés ont quelque chose des portraits peints par Rigaud et Largillière. Ses statues de femmes ont l'élégance voluptueuse de Tart Pompadour. Mais il a aussi le sentiment de Tantique : sa restitution du groupe des deux femmes du fronton parthénonien n'était pas moins étonnante que sa célèbre Femme piquée par un serpent,

Clesinger a exposé un Combat de taureaux romains^ groupe en marbre, et une statue de César, en plâtre bronzé -, mais, de plus, on a mis en vedettes devant le palais de l'exhibition ses deux projets de statues équestres : le roi François P' et l'empereur Napoléon P^

Je crois que c'est ce modèle de François I" qui fut tant discuté, il y a quelques années, lorsqu'il parut au milieu de la cour du Louvre, où la statue définitive devait être érigée. On en dit alors beaucoup de mal et un peu de bien. Il est sûr que cette œuvro colossale a un

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grand aspect. C'est ainsi qu'on doit voir François !•% quand on comprend le personnage et son époque : un géant, — il avait près de six pieds, — droit sur ses étriers, insolent et brave, superbe et caricatural. Il fut le « père des lettres » et d'une énorme quantité de bâtards. Hercule vert galant, il adorait Mars et Vénus. Un franc païen, que ce roi très-chrétien ! Un franc ribaud, que ce roi chevalier ! Peu de front, mais le nez proéminent et la nuque d'un taureau. Les jambes longues et le bras dur. Son armure est terrible à voir, au* musée des souverains.

C'est ce colosse bardé de fer que Clesinger a dressé sur un fier cheval. Garez-vous ! ce cavalier va droit devant lui, comme le Cavalier de la mort y d'Albrecht Diirer; il ne s'arrêtera — qu'à Pavie. Il rappelle aussi les figures équestres des maîtres du seizième siècle, et notamment Testampe du Henri II, attribuée à Geoffroy Tory, et reproduite en fac-similé dans la Gazette des Beaux- Arts (livraison de mai 1864). OEuvre virile que ce François I"; mais il ne faudrait pas l'enfermer dans la petite cage de la cour du Louvre ; il exige l'espace, une vaste esplanade, la terrasse de Saint-Germain, ou mieux encore, quelque monticule dans le parc de Fontainebleau, quelque cime de rocher dans la forêt.

L'empereur Napoléon l^^ n'a pas très-grand air à côté du roi François. Il manque surtout d'individualité, et volontiers on le prend pour un César quelconque, de la décadence romaine, sous son déguisement antique. On doit croire que ces mascarades flattent le goût du jour, puisque nous venons de payer très cher un pseudo-César substitué à l'ancienne statue de la colonne Vendôme.

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Mais Clésinger a fait aussi un vrai Césaf , le Juleâ César, vainqueur de nos ancêtres, les Gaulois. La statue est debout, cuirassée, dans Pattltude du commandement^ le bras droit en l'air. La pose des jambes est belle, mais elles paraissent courtes et faibles sous le poids d'une trop lourde cuirasse, chargée d'ornements en relief et même en ronde bosse. Jules César, par exception chez la race des grands hommes, était un homme grand et élancé. L^ longueur de son cou étonnait surtout Balzac^ qui prétendait que tous les grands hommes ont le cou court. Le Jules César de Clésinger ne correspond donc pas très-exactement aux portraits que les Latins nous ont légués de leur dictateur, ni surtout à l'image qu'en rêvent les physiologistes et les philosophes.

Les Césars sont naturellement à la mode, et l'on voit encore à l'exposition un autre César, par M. Denécheau, un César législateur sans doute, puisqu'il est assis, jambes croisées. On ne conçoit guère César les jambes ou les bras croisés, ce type remuant et révolutionnaire, — à sa façon, — ce conquérant qui a sillonné l'Europe alors connue, et brisé les moules de l'ancien monde, croyant instituer l'unité d'un monde romain, qui s'est trouvé devenir le monde catholique. César apparaît plutôt marchant à la tête des légions, ou debout à la tribune du Forum, ou couché sur le cubiculum des festins, parmi les Ganymèdes et les courtisanes.

Avant sa statue de César, Clésinger avait fait aussi un grand buste de César, en marbre, qu'on a pu voir exposé chez M. Barbedienne, boulevard Montmartre. Un chef-d'œuvre. Le héros fatidique y est superbement exprimé. Les traits ont une vitalité étrange ; la narine

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palpite commo dans Ténergie de Taction, tandis que l'œil profond est plein de pensées, car Clésinger a un génie d'occasion, outre qu'il est un praticien extraordinaire.

C'est le praticien qui paraît surtout dans son Combat de taureaux, La proportion n'en est pas heureuse ; quelque chose comme le quart do la grandeur naturelle. C'est trop peu pour une destination monumentale, c'est trop pour une place incertaine dans une collection d'objets d'art. Mais quelle furie 1 Comme les jarrets sont tendus et comme la peau se glisse sur les muscles contractés 1 Un des combattants s'affaisse , percé jusqu'au fond du poitrail par la corne aigiie de son adversaire. Ce groupe ne ferait pas mal au péristyle du cirque des combats de taureaux, à Madrid. Les Madrilènes aimeraient ça, eux qui applaudissent avec frénésie quand le taureau, vivement agacé, plonge sa corne dans le ventre d'un pauvre cheval encapuchonné.

Après Barye, après Clésinger, Carrier-Belleuse a conquis récemment une notoriété très-distinguée dans la sculpture française. Ses bustes en terre cuite, si vivants, ont d'abord étonné les artistes et le public. On l'attendait à la vraie statuaire, aux figures nues, de grandeur naturelle, et au marbre, qui ne souffre pas l'à-peu-près.

Sans se gêner, l'année dernière, au sphinx éternel poursuivant les artistes, Carrier-Belleuse a répondu viclorieusement par une des plus charmantes statues de l'école moderne, la Bacchante couronnant de pampres la tête d'un Hermès. Il n'y a pas de talent plus souple et plus facile. La terre prend tout de suite une forme vivante sous ses doigts. Le limon devient de la chair,

comme dans la Genèse. Les poitrines palpitent, la peau se colore, les physionomies s'animent. Son OndinCy du présent Salon, n'est pas une « fille de marbre » , ainsi qu'on a cruellement surnommé certaines nymphes du Château des Fleurs. N'y touchez pas! elle vous échaufferait la main, quoiqu'elle sorte de l'onde et qu'elle joue parmi les roseaux d'un frais rivage.

Comme Clésinger, Carrier-Belleuse a aussi des « ficelles » pour attacher au marbre des tons fallacieux qui l'avivent et le colorent prestigieusement. Comme Clodion, dont les figurines de femme sont si appréciées aujourd'hui, il affectionne la ligne courbé et ondoyante, qui est par excellence la ligne féminine. La femme n'estelle pas un composé de globes, et le type de sa forme n'est-il pas la rondeur? Il n'en est pas de même pour la fqrme masculine, qui s'accuse énergiquemenl par des angles et des méplajs.

. Le chef-d'œuvre du Salon, en fait de bustes, c'est le portrait d'une jeune fille, en marbre, par ce fécond Carrier-Belleuse, qui en fait bien d'autres. Quelle expression futée \ les traits extrêmement fins, à la fois trèsfermes et très-mobiles. Un petit renard, qui a l'air presque endormi, mais qui bondirait tout à l'heure. Je souhaite aux académiciens de modeler avec une pareille correction, et aux réalistes d'attraper plus adroitement la nature. A l'auteur lui même je conseillerai de ne plus employer certains moyens que la statuaire réprouve et qu^clle renvoie légitimement à sa sœur la peinture : pour donner de la profondeur au regard de son gentil modèle, M. Carrier-Belleuse lui a creusé les yeux de marbre avec une vrille. La pupille ainsi facticement

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