G. — ENTRETIEN DES CANALISATIONS
s'arrêtent au contraire clans les endroits où la vitesse manque, et où se produisent des remous, pour y former de légers dépôts boueux non adhérents, que le moindre changement dans la direction des filets liquides, résultat d'une manœuvre quelconque, suffit à détruire, en donnant lieu à des troubles momentanés dont on ne s'explique pas tout d'fibord la cause. Certaines matières en dissolution, les matières calcaires en particulier, se déposent sur toute l'étendue des parois, et y foi'ment une couche solide, le plus souvent rugueuse ou vermiculée : lorsqu'une circonstance particulière en favorise la production, les dépôts adhérents peuvent prendre un développement tel qu'ils en viennent peu à peu à réduire considérablement la section libre de la conduite et même à l'obstruer complètement. D'ordinaire ils constituent seulement une couche d'un blanc sale ou jaunâtre, qui va s'épaississant constamment, et où dominent les carbonates de chaux et de magnésie, avec des traces de sulfates, de chlorures, de nitrates, de silicates et une proportion variable de matières organiques. Ils ont pour conséquence tout au moins d'augmenter le fi^ottement dans les tuyaux par suite de la substitution d'une surface rugueuse à une surface lisse, de favoriser les dépôts de vase, enfin de gêner et parfois même d'empêcher la manœuvre des robinets et des appareils de distribution.
L'attaque de la fonte par l'eau peut donner lieu aussi à la production de dépôts intérieurs d'une tout autre nature, où la rouille domine mais qui contiennent presque toujours des matières terreuses et organiques. Ces dépôts ferrugineux communiquent parfois à l'eau une teinte rougeâtre et un goût particulier ; généralement ils ont pour conséquence une diminution de la section libre, qui peut même devenir considérable puisqu'on a observé à Aberdeen des réductions atteignant iusau'à 54 0/0. ^ ^
Quelquefois la fonte attaquée par l'eau se couvre rapidement d'excroissances ou tubercules, qui se développent au point d'obstruer les conduites ; au-dessous de ces excroissances, le métal devenu mou a pris l'aspect et la consistance de la plombagine. On a beaucoup discuté sur l'origine et les causes de la formation des tubercules, observés à Grenoble, à Cherbourg, à Saint-Etienne, à Utrecht, à Boston, et il paraît résulter des constatations les plus récentes à ce sujet que la présence des matières organiques végétales en favorise la production. Il ne se forme point de tubercules ni de dépôts ferrugineux en général avec les eaux chargées de sels, et en particulier avec les eaux incrustantes, qui ont pour effet de recouvrir la fonte d'une couche calcaire protectrice ; ce sont les eaux alcalines et aérées qui paraissent avoir l'action la plus rapide sur le métal ; certaines eaux saumâtres déterminent aussi, dans des conditions assez mal connues d'ailleurs, le ramollissement de la fonte. Le contact de
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l'air humide, qui remplace souvent l'eau dans les conduites soumises au régime de la distribution intermittente, est essentiellement favorable à l'oxydation des surfaces métalliques et à la formation des dépôts ferrugineux.
Bien que la vie végétale et animale s'accommode assez mal de la pression à laquelle l'eau est soumise dans les conduites et de l'obscurité qui y règne, on y trouve néanmoins de temps à autre, en particulier dans les parties en cul-de-sac où l'eau reste stagnante, des végétations d'aspect spongieux, des coquilles, etc.; des organismes microscopiques s'y développent aussi dans certains cas, c'est ainsi qu'on a observé à Berlin, à Lille, une véritable invasion de la Crenotlirix qui communique à l'eau une couleur rougeâtre analogue à celle de la rouille. Ces faits se produisent plus particulièrement, cela se conçoit, dans les eaux très chargées de matières organiques ; il en résulte assez fréquemment que le liquide acquiert un gotit détestable et une odeur caractéristique qui doivent le faire rejeter de la consommation.
Par suite de ces effets divers du passage de l'eau dans les conduites, il semblerait que sa composition chimique et micrographique dût éprouver des modifications sensibles après un parcours de quelque longueur dans la canalisation. Il n'en est rien cependant ; et les analyses faites à Paris sur des échantillons d'eau puisés aux réservoirs et en divers points de la distribution n'ont pas révélé de changements appréciables. On s'en rend compte aisément du reste, si l'on remarque que les effets qui viennent d'être signalés se produisent avec une lenteur très grande, en général, et supposent l'écoulement de quantités d'eau considérables.
312. Surveillance et entretien courant des canalisations d'eau. — Les obstructions totales ou partielles et les fuites sont les conséquences les plus ordinaires des détériorations auxquelles les conduites d'eau sont exposées. Des baisses de pression persistantes révèlent les grandes diminutions de section résultant de dépôts intérieurs; l'apparition de l'eau à la surface du sol, des tassements, des infiltrations, les fuites importantes. Mais très souvent, avant qu'aucun signe extérieur ait éveillé l'attention, les dépôts sont devenus assez abondants pour rendre difficile sinon impossible la manoeuvre des robinets ou autres appareds; et d'autre part, il n'est pas de distribution d'eau qui soit à l'abri de pe'rtes considérables par l'effet de fuites invisibles et très multipliées. La surveillance, dont toute canalisation doit être l'objet, consistera donc surtout dans la recherche des fuites et l'observation du progrès des dépôts intérieurs ; le rôle de l'entretien sera de maintenir les condmtes en ban état de service et d'en prolonger la durée, en luttant incessamment contre ces effets inévitables.
Il convient de recoiiimander des chasses fréquentes pour l'entraînement des dépôts boueux, des végétations et des coquilles, la manœuvre perio-