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ENTRETIEN DES CANALISATIONS

clique des robinets et appareils pour empêcher, le tartre de s'y mettre et les tenir toujours prêts à fonctionner, etc.

On peut d'ailleurs prendre d'avance certaines précautions: ainsi l'enduit de coaltar, dont les tuyaux de fonte sont ordinairement recouverts, a pour effet, soit de protéger jusqu'à un certain point le métal contre l'attaque de l'eau, soit d'empêcher l'adhérence des dépôts calcaires ; de même on prévient les effets de la gelée en vidant durant les jours froids les portions de conduites qui y seraient trop exposées, ou en les protéo-eant par un revêtement non conducteur de la chaleur. En déterminant un petit écovilement continu qui assure le renouvellement de l'eau et s'oppose à l'abaissement de la température, on réussit également à empêcher la congélation. Enfin, quand les conduites sont en galerie, on en profite pour renouveler périodiquement le goudronnage extérieur qui les défend contre la rouille, mais en se servant de la glu marine, qui s'emploie fort bien à froid, au lieu du coaltar dont l'application à chaud ne serait pas possible dans ce cas.

313. Réparations des conduites et appareils. — Les répai-ations que réclament le plus fréquemment les conduites ont pour objet de faire disparaître les petites fuites par matage des joints au plomb. Quand elles sont en galerie, rien n'est plus aisé ; et, par des visites périodiques, on peut reconnaître les fuites et les supprimer, jDour ainsi dire dès qu'elles se produisent. C'est plus difficile avec les conduites en terre : il faut ouvrir des tranchées, et souvent se livrer à des recherches, pour déterminer la position exacte de la fuite qu'une circonstance quelconque est venue révéler.

Si la fuite est trop importante, il est parfois nécessaire, même pour un simple matage, d'interrompre le service afin d'annuler la pression. Cette mesm-e s'impose quand, le plomb ayant été chassé au dehors, il devient indispensable de refaire le joint: il faut alors vider la j^ortion de conduite intéressée, démonter entièrement le joint en mauvais état, et en faire confectionner un nouveau.

Lorsqu'il y a eu rupture, après avoir vidé la conduite, on retire et on remplace la pièce cassée : cette opération s'effectue sans difficulté aucune lorsque les joints sont à brides ou à bagues ; mais, si ce sont des emboîtements, il faut briser et enlever par morceaux la pièce cassée, démonter à chaud les joints contigus, et remplacer au moins un des joints à emboîtement par un manchon. Quelquefois un tuyau brisé peut être conservé^ en partie ; on en détache le bout avarié en faisant sur place et au burin une coupe aussi régulière que possible. La vis des robinets-vannes est particulièrement exposée aux ruptures ; on la remplace, sans démonter les joints du robinet, en retirant la calotte mobile et la vanne.

Ces diverses réparations, qui se renouvellent très souvent dans unecanalisation un peu étendue, demandent à être effectuées promptement : il faut donc avoir toujours le nécessaire sous la main, outillage, pièces

de rechange et personnel. Toute distribution d'eau doit être pourvue on conséquence d'un dépôt contenant un approvisionnement de pièces de fonte èt d'appareils de tous les types ; et des foniainiers, pour les manœuvres d'entretien, des ouvriers plombiers, pour les réparations, doivent être toujours prêts à entreprendre un travail quelconque au premier signal. Les manœuvres sont effectuées hal)itueUcment par des ouvriers en régie, attachés directement au service de l'exploitation; les réparations s'exécutent tantôt en régie, tantôt par voie d'entreprise. A Paris l'entretien général, y compris la manœuvre périodique des appareils, est donné à l'entreprise et par adjudication.

« L'art de faire et de poser les conduites, disait Dupuit il y a quelque « trente ans, a reçu de nombreux perfectionnements, de sorte que les « avaries deviennent de plus en plus rares * ». Et il constatait qu'à Paris, où le sol est en général un remblai plus ou moins bouleversé, il se faisait à peine une réparation par kilomètre et par an. La proportion a bien diminué encore depuis cette époque par suite du report de la majeure partie des conduites dans les égouts. Aussi l'entretien ne coûte-t-il que 0 fr. 08 par mètre linéaire et par an pour les conduites de tous diamètres jusqu'à 1°^,10.

314. Enlèvement des dépôts adhérents. — Dans beaucoup de canalisations d'eau, l'intérieur des conduites se recouvre de dépôts adhérents ; mais, partout où l'eau a été convenablement choisie, ces dépôts ont assez peu d'importance pour qu'on n'ait guère à s'en préoccuper. Il suffit d'en tenir compte d'avance dans le calcul des sections des tuyaux ; et si, à la longue, il se produit en certains points quelques diminutions de débit, on y remédie par la pose de conduites supplémentaires.

Mais il y a des cas où les dépôts deviennent vite une cause grave de gêne dans le service et où il est par suite indispensable de prendre des mesures pour les enlever ou les combattre.

Un moyen, auquel on a eu parfois recours, mais qui est extrêmement onéreux consiste à déposer les conduites et à exposer successivement les tuyaux au feu, pour provoquer le fendillement de la couche calcaire, qm se détache alors par plaques ou lamelles. Quand il s'agit de conduites de très grand diamètre, il n'est pas impossible de procéder comme pour le détartrage des chaudières : on laisse les conduites en place, et des ouvriers y pénétrant,vont nettoyer progressivement les parois mtérieures, en faisant tomber à coups de marteau et par petites parcelles les dépôts qui les recouvrent.

Une autre méthode, d'application plus facile, comporte 1 introduction dans les conduites d'eau acidulée, qui attaque le dépôt et le dissout. C est seulement après un certain nombre de tâtonnements qu'on trouve la proportion exacte d'acide, car il en faut assez pour obtenir un nettoyage

1. Traité de U conduite et de la disltibulion des eaux. 2- édit., p. 337.

complet, et point trop afin de ne pas pi'ovoquer l'attaque du métal. Un rinçage énergique à l'eau pure doit terminer l'opération, de manière à faire disparaître toute trace d'acide avant la remise en service.

L'emploi d'engins mécaniques, d'outils, que l'on fait passer à l'intérieur des conduites, constitue un troisième procédé, le plus usité peutêtre. Tantôt ces outils sont actionnés au moyen de chaînes ou de cordes : à Carlsruhe, à Nuremberg des kilomètres de conduites ont été nettoyés de la sorte. Tantôt on utilise la pression même de l'eau : l'appareil, ingénieusement disposé, forme piston, et l'eau le chasse devant elle avec assez de force pour le faire avancer, tout en grattant les parois au moyen de couteaux d'acier et les nettoyant à l'aide de brosses ; souvent même, comme on l'a fait à Durham, à Dundee, à Bradford, l'eau en pression est utihsée pour faire tourner l'outil autour de son axe et en augmenter l'efficacité. La figure 394 représente l'engin de ce type qui a été employé à Bradford ; les lames hélicoïdales, chargées du grattage des parois, y reçoivent un mouvement de rotation rapide, tandis que l'ensemble progresse lentement, avec une vitesse à peu près égale à celle d'un homme au pas ; une grande flexibilité y a été recherchée, pour faciliter le passage des parties courbes ; le bruit, que fait l'appareil durant son travail, permet d'en suivre la marche sans peine, et, s'il s'arrête, le point oîi l'obstruction s'est produite peut se déterminer par la méthode acoustique appliquée avec succès aux tubes pneumatiques du service des télégraphes.

315. Manœuvre normale des appreils. — L'exjDloitation d'un service d'eau comporte des manœuvres, dont le nombre varie beaucoup avec l'importance et la complexitédu réseau et aussi avec le mode de distribution. D'une part en effet, il faut, selon les besoins, mettre en communication avec les réservoirs ou isoler les diverses parties de la canalisation, faire les arrêts d'eau nécessaires pour les prises, les réparations, les iDrolongements de conduites, les travaux en général, opérer de temps à autre des chasses, vider ou remplir certains biefs, etc., quel que soit d'ailleurs le système adopté pour la répartition de l'eau ; et d'autre part, tandis que, pour la distribution continue, tous les robinets sont tenus normalement ouverts, la distribution intermittente en implique au contraire l'ouverture périodique, puisqu'il y a lieu de procéder régulièrement, à jours et

heures fixes, à la mise en service successive de chacune des fractions du réseau.

Toutes ces manœuvres doivent être exécutées en parfaite connaissance de cause par des agents très au courant de la disposition et de l'usage des diverses conduites, afin de ne pas courir le risque d'erreurs fâcheuses qui peuvent avoir parfois des conséquenses graves. Souvent il y a un ordre déterminé à suivre : pour vider une conduite par exemple, après l'avoir isolée par la fermeture des rol)inets d'arrêt, il faut ouvrir les décharges, puis les ventouses ; pour la remplir, fermer les décharges, ouvi'ir les nourrices puis les robinets d'arrêt, et laisser les ventouses ouvertes tant qu'il en sort de l'air même mélangé d'eau.

On doit toujours procéder d'ailleurs sans brutalité, afin de ménager les appareils et d'éviter autant que possible les coups de bélier dans les conduites. Les robinets-vannes s'ouvrent forcément avec lenteur grâce à l'emploi de la vis ; si parfois quelqu'un d'entre eux présente de la résistance, il convient de ne pas chercher à la vaincre en exagérant l'effort au risque de rompre la vis par torsion ou de briser par la compression le corps du robinet. Quant aux robinets à boisseau, dont le mouvement complet s'opère en un quart de tour, ils sont très exposés à être manœuvrés trop vite ; en cas d'incendie par exemple, les pompiers les ouvrent d'ordinaire assez brusquement et les ferment de même, ce qui n'est pas sans amener des ruptures de tuyaux ou des déboîtements de joints, qu'on éviterait peut-être en adaptant aux gros modèles tout au moins un frein modérateur réglant le temps de la manoeuvre.

316. Présence de l'air dans les conduites. Effets de la vidange et du remplissage. — Toute vidange de conduite, volontaire ou accidentelle, a pour conséquence une introduction d'air; et, quelques précautions qu'on prenne ensuite pour l'évacuation de cet air au moment du rempUssage, malgré l'ouverture des ventouses et des appareils de distribution le plus convenablement placés, il est généralement impossible d'éviter qu'il ne se cantonne en partie en certains points de la canalisation, où les courants d'eau l'entraînent en petites bulles ou même en masses d'assez gros volume. A plus forte raison ce fait se produira-t-il quand, pour parer aux conséquences d'une fuite importante, on s'empresse de fermer les robinets d'arrêt sans avoir le temps de prendre les précautions d'usage. D'autre part, comme sa solubilité dans l'eau varie avec la pression, l'air se dégagera nécessairement partout où, pour un motif quelconque, la pression se trouvera diminuée. Il y a donc toujours,^ on peut le dire, de l'air emprisonné dans les conduites : c'est un fait inévitable dans les distributions d'eau, et dont il ne faut pas oublier de tenir compte dans toutes les installations.

Au reste, la présence d'air dans les conduites n'offre pas ordinairement d'inconvénients graves : il gagne peu b. peu les points hauts, et finit par s'échapper à travers quelque orifice de puisage ; tout le monde

a entendu le bruit caractéristicxue que font les bulles d'air dans les petits tuyaux de distribution intérieure et obsei'vé des robinets qui crachent avant de donner de l'eau, c'est-à-dire qui laissent échapper soit de l'air soit un mélange d'air et d'eau. Mais il peut se rencontrer des cas où l'intervention de l'air produirait des effets fâcheux ; il serait fort imprudent par exemple de mettre directement en relation avec une canalisation d'eau, sans aucun organe iDrotecteur intermédiaire, des appareils destinés à fonctionner avec l'eau en pression, et où la moindre introduction d'air pourrait causer des troubles, des désordres, provoquer des accidents.

Il convient d'observer aussi qu'à certains moments la pression peut disparaître complètement dans une conduite et faire place à un vide relatif, par suite d'un tirage anormal y déterminant un écoulement très rapide : c'est ce qui arrive notamment dans les cas de fuites considérables occasionnées par la ruj)ture d'un tuyau, d'ouverture simultanée d'un grand nombre de bouches d'incendie, de remplissage d'une grosse conduite au moyen de tuyaux de petit diamètre. L'eau cessant alors d'occuper entièrement la conduite, y coule comme en conduite libre, et détermine un courant, dont la conséquence est une aspiration dans tous les branchements voisins. En pareil cas, si l'on vient à ouvrir un orifice de puisage quelconque, non seulement on ne voit pas l'eau sortir, mais l'air extérieur s'y engouffre ; et si, par inadvertance, on laisse l'orifice ouvert, l'eau s'en échappe tout à coup quand la pression se rétablit. L'appel inopinément produit de la sorte peut déterminer, soit des retours d'eau dans les conduites par les branchements qui aboutissent à des réservoirs particuliers et ne sont pas pourvus d'appareils s'opposant à un renversement du sens de l'écoulement, soit des rentrées d'air mélangé de gaz plus ou moins suspects par tous ceux qui débouchent librement dans des espaces fermés où l'atmosphère aurait été accidentellement viciée. Toute alimentation se trouve alors interrompue ; et, si l'on a commis l'imprudence de brancher sur la canalisation des appareils exigeant la constance absolue de l'écoulement, on est exposé à des accidents sérieux par suite du manque d'eau subit et imprévu qui en résulte. C'est là encore un phénomène inévitable dans les canalisations d'eau, et auquel il faut toujours s'attendre, si l'on ne veut éprouver parfois de fâcheuses surprises.

317. Recherche des fuites. — Conséquences de toute dégradation des conduites, causes de dommages de toutes sortes, les fuites sont dans les services d'eau l'ennemi qu'il faut toujours poursuivre et combattre sans relâche.

Tantôt c'est un gros tuyau qui se rompt et qui livre passagç à un torrent d'eau noyant et détruisant tout sur son passage; tantôt ce sont des infdtrations lentes qui amènent un tassement du sol, compromettent la solidité des conduites aux abords, envahissent les caves voisines, ruinent

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