‹ Salubrité urbaine distributions d'eau assainissementChapitre 174 sur 279 · Fig. 2G · texte numérisé non relu

Fig. 2G

analogue à celui des eaux de la Seine et de la Marne. La Tamise et la Lea sont très souvent troubles, surtout en hiver, et l'eau qu'elles fournissent contient beaucoup de matières oi'ganiques (3 à 7 fois plus que celle des puits ) ; aussi n'est-elle employée qu'après décantation et filtration ; sa température éprouve d'ailleurs des variations considérables (de 3",8 à 20", 11 en 1881).

Une seule compagnie (Kent Waterworks) distribue des eaux non filtrées et fraîches, provenant de 10 forages. Ses établissements sont disséminés et séparément peu considérables. Elle dessert la banlieue Est, Greemvich et Woolwich, et livre à peu près 40.000 mètres cubes par jour à une population de 350.000 habitants.

Deux compagnies (New River et East London) fournissent dans le périmètre qu'elles desservent l'eau de la Lea, la première avec un appoint provenant de quelques sources et de sept forages, la seconde avec un mélange d'eau de la Tamise. Toutes deux ont recours à la filtration ; la première, cependant, fait un petit service industriel spécial en eau non filtrée qui absorbe à peu près le dixième de sa fourniture totale.

Les cinq autres compagnies, qui ahmentent environ la moitié de la population de Londres, ne disposent que de l'eau de la Tamise. Toutes ont leurs prises près de Hampton (rive gauche), ou Molesey (rive droite), à 30 kilomètres en amont de Charing Cross, et sont obligées de filtrer la

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FiG. 538.

totaUté de leurs eaux. Leur installation comporte une prise, avec de vastes bassins de décantation et un premier relais de pompes, des bassins filtrants placés un peu plus bas, puis une ou plusieurs usines élévatoires refoulant l'eau filtrée dans de hautes colonnes verticales, suffisamment élevées pour dominer tout le réseau et qui donnent à ces usines un aspect tout particulier, enfin un réservoir de distribution destiné à parer aux variations horaires de la consommation. La figure 538 donne, à titre d'exemple, l'indication des ouvrages de la compagnie de Chelsea.

Les bassins de décantation établis sur les bords de la Tamise ont une capacité très considérable, afin de contenir un approvisionnement suffisant pour éviter tout emprunt au fleuve en temps de crue. La filtration s'opère à raison de deux mètres cubes en moyenne par mètre carré et

§ 3. - GRANDS SERVICES D'EAU A L'ÉTRANGER 515 par jour, ce qui oblige les compagnies à disposer d'énormes surfaces filtrantes. Au sortir des filtres l'eau est pai-faitement claii-e.

Les machines élévatoires sont presque toutes verticales, soit du type de Cornouailles, soit du type Woolf avec balancier horizontal supérieur et volant. Les compagnies Lambeth, Gi-and Junction, West Middlesex New River et East London ont des usines de relais avec des réservoirs correspondants pour le service des quartiers hauts.

Il y a quelques années, la distribution intermittente était encore la règle générale : les abonnés ne recevaient l'eau que pendant deux heures chaque jour. Peu à peu le service constant remplace l'ancien mode de distribution ; mais la progression n'est pas la même pour les diverses compagnies, celle qui a le plus avancé l'œuvré de la transfox^mation est l'East London. L'absence d'appareils tels que les compteurs ou la jauge, destinés à mesurer ou à limiter l'eau consommée, et qui étaient manifestement inutiles avec la distribution intermittente, laisse le champ libre au gasi^illage, partout où l'on installe le service constant : déjà on en signale les effets, et, pour le restreindre, la surveillance redouble, et les précautions se multiplient.

^ Les tarifs sont assez élevés. Ils ont pour base une perception proportionnelle au prix des loyers, dont le taux varie de 4 à 7,5 0/0 suivant les compagnies, et dépasse même ces limites dans les quartiers hauts. Des suppléments fixes sont comptés en outre pour les water-closets, les bains, les robinets disposés aux étages supérieurs, etc. : ces suppléments varient en général de 2 fr. 50 à 18 fr. 75. Pour tous usages autres que ceux des ménages, pour les cours, écuries, jardins, ainsi que pour les consommations industrielles, il est traité de gré à gré.

Les habitations sont bien desservies à Londres, où l'emploi de l'eau en abondance est depuis longtemps entré dans les mœurs ; dans la plupart des maisons abonnées — et on n'en compte pas moins de 611.000, car on ne connaît pas à Londres nos vastes constructions à étages, où un grand nombre de ménages se trouvent réunis sous le même toit — il y a non seulement un water-closet bien alimenté, mais aussi une salle de bains.

Par contre, le service public est extrêmement réduit. Pour 4.700 kilomètres de voies canahsées, il n'y a que 800 bouches de remplissage des tonneaux d'arrosement et 6.400 bouches d'incendie. Les fontaines de puisage sont inconnues, et les pelouses des parcs ne sont pas arrosées.

La dépense totale de premier établissement accusée par les. huit compagnies atteignait à la fin de 1883 le chiffre de 328 millions de francs ; leurs frais annuels sont d'ailleurs très importants : elles n'en réalisent pas moins d'énormes bénéfices. La situation privilégiée de ces puissantes compagnies est d'ailleurs un obstacle au progrès : on commence bien à réclamera Londres de l'eau meilleure, plus salubre, plus fraîche; on discute de temps à autre des projets conçus en vue d'une transformation

516 CHAPITRE XYII. — EXEMPLES DE DISTRIBUTIONS D'EAU complète de l'alimentation ; mais de longtemps encore, sans doute, il ne se produira pas de changement notable, car les compagnies résisteront énei'giquement à la pression de l'opinion publique.

431. Berlin. — Jusqu'en 185G, Berlin n'a pas eu de distribution d'eau. Toutes les maisons étaient alimentées par l'eau de la nappe souterraine, et on y compte encore maintenant un grand nombre de puits, et même de petits services d'eau privés avec pompes mues par des moteurs à vapeur ou à gaz.

La distribution d'eau, établie d'abord par une compagnie anglaise, puis rachetée par la ville et considérablement développée par elle, comprend aujourd'hui une double alimentation : d'une part, l'eau de la Sprée, puisée immédiatement à l'amont de la ville ; d'autre part, celle du lac Tegel, situé à 10 kilomètres au nord-ouest, non loin du confluent de la Sprée' et de la Havel. Ces eaux sont l'une et l'autre fdtrées par le système anglais sur des couches de sable. Sur le bord du lac Tegel, on avait d'abord tenté d'utiliser l'eau de la nappe, afin d'éviter la filtration artificielle, et 23 puits, disséminés sur une longueur de 1.500 mètres, avaient été creusés dans les sables ele la rive * ; mais l'eau ferrugineuse, extraite de ces puits, a provoqué dans les réservoirs et les conduits un tel développement de la crenothrix 2 qu'il a fallu y renoncer absolument, pour en revenir à une prise directe dans le lac. Jusqu'à présent la quantité d'eau distribuée, qui ne dépasse guère en tout 80.000 mètres cubes par jour, soit moins de 75 litres par habitant, est empruntée à peu près par moitiés égales à la Sprée et au lac Tegel : mais on doit doubler le volume d'eau à provenir de ce dernier mode d'ahmentation.

Les usines de Stralau (Sprée) et du Tegel élèvent d'abord l'eau sur les filtres disposés dans le voisinage immédiat des machines, puis repren-

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