CHAPITRE II. - L'EAU DANS LES VILLES
peu exigeant sous le rapport de la (pialitô. Puis le sens de la propreté so développe peu à peu ; l'homme emploie alors plus d'eau et il la veut clainî, limpide, fraîche. Ensuite il apprend à utiliser l'eau comme une matière appelée à lui rendre de nombreux services ; il l'emploie pour la cuisson de ses aliments, le lavage de ses vêtements ; bientôt elle lui l'ournit la force motince, etc. Chaque progrès de l'industrie humaine comporte un nouvel usage de l'eau, pour ainsi dire, jusqu'au jour où, se pliant aux exigences de la société la plus i-affinée, elle devient indispensable dans la maison, dans la rue, dans les usines, et finit par être considérée comme l'un des instrvmients les plus précieux i[ue Thomme ait su emprunter à la nature, l'un des éléments qui lui fournissent le plus de l)ien-ôtre, celui qui est le plus nécessaire à la salubrité publique.
22. Usages divers de l'eau. — Dans les villes modernes, les usages auquels doit se prêter le service d'alimentation en eau potable sont extrêmement multiples et variés.
En première ligne, il faut placer les usages domestiques et le plus intéressant de tous : la boisson. Il y a des contrées où l'on boit peu d'eau : dans les pays du Nord, par exemple, la bière, le cidre et d'autres liqueurs fermentées constituent la boisson habituelle, de sorte que l'on y attache peu d'importance au goût, à la hmpidité, à la fraîcheur de l'eau potable. Ailleurs, au contraire, dans les pays du Midi surtout, et presque dans toute la France, l'eau est la boisson normale et ses diverses qualités y sont par suite extrêmement appréciées. Mais partout l'eau est employée dans la maison pour l'hygiène du corps, la toilette, les bains, etc; pour la cuisson des aUments et les soins nombreux qui s'y rattachent, le lavage du hnge, l'entretien des locaux habités, l'entraînement des déjections de toute nature, le nettoyage des cours ; puis viennent les soins à donner aux animaux domestiques, l'arrosage des jardins, la culture maraîchère, etc. Enfin, dans certains cas, l'eau est utilisée comme force motrice, et les ascenseurs hydrauliques, qui se répandent depuis quelques années dans les grandes villes, en constituent à ce point de vue un emploi des plus intéressants.
Les distributions d'eau doivent satisfaire en même temps aux nécessités des services publics : tant pour la salubrité — arrosage des rues, lavage des caniveaux, nettoyage des marchés, entraînement des boues et détritus, curage des égouts, etc. — que pour l'agrément et l'ornementation des promenades — arrosage des plantations, ahmentation des fontaines publiques et — pour la sécurité générale — extinction des
incendies. , ,
Puis viennent les divers usages industriels, si nombreux, si variés qu on ne saurait en faire une énumération même approximative : il n'est pas d'usine où l'eau ne soit appelée à jouer un rôle important, pas de fabrication où elle n'intervienne. On peut citer cependant, parmi les usages les plus répandus : l'alimentation des lavoirs, établissements de bams, pis-
§ 2, — EAU UTILE. ALIMENTATION i^ïJ
cines, la fabrication des boissons artificielles, eaux de seltz et autres, la production et la condensation de la vapeur employée comme force motrice, la teinture...
23. Classement des divers usages de l'eau en deux séries distinctes. — Un examen tant soit peu attentif de ces modes variés d'utilisation fait aisément ressortir la possibilité de classer les usages multiples de l'eau en deux catégories distinctes.
Les uns mettent l'eau immédiatement ou indirectement en contact avec nos organes, et par suite le souci de la santé publique impose pour cette première catégorie le choix d'une eau pure, à l'abri de toute contamination antérieure, et qui ne puisse même pas être soupçonnée.
Les autres, en comportant l'emploi soit pour des lavages ou pour l'entraînement rapide des détritus, soit pour des opérations où interviennent la chaleur ou les agents chimiques, la pureté absolue de l'eau n'est plus 'nécessaire. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait toujours intérêt à rechercher de i^référence celle qui présente la pvireté relative la plus grande, car certains usages industriels ont sous ce rapport d'assez sérieuses exigences ; ainsi, par exemple, une eau peu chargée de sels est avantageuse pour l'alimentation des machines à vapeur ; mais il n'y a pas à se préoccuper des microbes qu'elle peut contenir, des principes plus ou moins suspects ou des germes qu'elle a pu recueillir. En somme, la plupart des eaux communes peuvent être employées à la satisfaction des usages classés dans la seconde catégorie.
On est ainsi amené à considérer l'eau destinée à l'alimentation des villes à un double point de vue, à distinguer celle qui doit être consacrée aux usages sanitaires proprement dits et dont la qualité doit avoir à coup sûr une influence sur la santé publique, de celle qui est employée à une foule d'usages d'un autre genre, et dont la pureté est beaucoup moins importante que la quantité.
D'une part, l'eau alimentaire, en prenant ce mot dans un sens très général ; d'autre part, l'eau de lavage, l'eau d'usage commun, l'eau matière première, l'eau industrielle. En Allemagne, ces deux espèces d'eau ont reçu deux noms distincts et maintenant consacrés, Trinkiuasser, cau-boisson, et Nutzwasser, eau d'usage ou industrielle.
24. Distributions d'eau. — On appelle distrihution d'eau un ensemble d'ouvrages conçus et combinés pour apporter à toute collectivité, le plus souvent à une ville tout entière ou à plusieurs localités voisines en même temps, dans certains cas plus rares à une partie d'une très grande cité, l'eau nécessaire à tous les besoins des habitants, besoins privés, puljlics et industriels.
Le choix des sources alimentaires auxquelles on émprunte l'eau nécessaire et la disposition générale des ouvrages, tout doit être combiné de manière à satisfaire le mieux possible à l'ensemble des besoins généraux à desservir. Si, comme il arrive souvent, les circonstances locales ne