MONDE ANCIEN
Il n'est guère de lieu habité du monde ancien, dont l'histoire ait conservé le nom, où l'on ne retrouve d'après des documents certains la trace d'ouvrages spéciaux et souvent considérables soit pour la fourniture de l'eau potable, soit pour l'écoulement des eaux nuisibles. Et quelquefois la construction de ces ouvrages a été traitée dans des proportions si grandioses, dans de telles conditions de résistance et de durée, qu'ils ont survécu aux plus beaux, aux plus célèbres monuments de l'architecture antique, et marquent presque seuls la place d'une civilisation cUsparue ; les puits d'Héliopolis et d'Éphèse, qui existent encore, l'aqueduc de Carthage, que l'on a restauré, en sont des exemples remarquables.
La Mésopotamie et l'Egypte, ces berceaux de la civilisation, sont des contrées arides où les pluies sont peu fréquentes, les sources rares, le climat chaud et sec. Le besoin d'eau devait s'y faire d'autant plus vivement sentir que les moyens de se la procurer étaient plus malaisés ; aussi l'esprit d'invention s'y est-il exercé de bonne heure à la recherche de procédés artificiels pour le puisage, l'élévation, la mise en réserve de l'eau potable. On reti-ouve partout la trace de cette préoccupation ; à toutes les époques, les documents écrits, les faits historiques montrent l'importance attachée dans ces pays à la présence de l'eau : Abraham achète un puits à Abimelech ; Moïse fait jaillir l'eau vive du rocher aussitôt après le passage de la mer Rouge ; des sources jaillissantes se rencontrent dans les rêves des poètes, et Mahomet ne les oublie pas dans le paradis qu'il promet à ses fidèles.
Générale dans tout l'Orient, la préoccupation de l'eau se retrouve en Grèce et dans le monde romain, où tout ce qui en concerne l'usage a ])ris un si exti'aordinaire développement.
31. Ancienne Égypte. — La prospérité de l'ancienne Egypte repo- ^ sait tout entière sur un régime hydraulique artificiel vraiment admirable, qui avait pour objet l'utilisation des crues du Nil et l'irrigation de sa riche vallée.
Ce sont sans doute les anciens habitants de l'Éa^ypte qui ont imaginé les réservoirs artificiels, destinés à emmagasiner des masses d'eau considérables pendant les temps humides pour les utiliser ensuite en détail aux époques de sécheresse : ils ont construit des ouvrages gigantesques en ce genre ; le plus connu, sinon le plus grand de ces réservoirs, le lac Mœris, avait une superficie de plus de 12.000 hectares K
On leur doit aussi l'invention de divers types de machines élévatoires, qui servaient à remonter l'eau du Nil sur les deux rives pour les irrigations, et que les inscriptions hiéroglyphiques ont permis de reconstituer.
Les hommes qui avaient créé de toutes pièces ce merveilleux système de fertilisation de la vallée du Nil, savaient apprécier les services que
1. Doux pyramides, de IGu moires de haïUcur, dit-on, y scrvaicnl d'indicateurs do Ml Vf au.
l'eau peut rendre SOUS un climat brûlant, et devaient aussi pousser for ( loin la connaissance des moyens do se la procurer artificiellement, de la capter, de la distribuer, de l'utiliser. On trouve auprès des pyramides de Gizeh des jnUts qui en sont sans doute contemporains. Le puits de. Joseph, au Caire, remonte peut-être à une très haute antiquité, bien qu'il indique par. ses dispositions un état fort avancé de la science hydraulique : il se compose de deux puits successifs de très grandes dimensions, creusés dans le roc, et reliés par une chambre intermédiaire où était placé un manège qui mettait en mouvement la machine élévatoirc ; la nappe à laquelle le puits inférieur aboutit est à 90 mètres au-dessous du sol ! On considère comme à peu près certain qu'à l'époque des Pharaons les Egyptiens connaissaient l'usage des tuyaux en poterie et des conduites en plomb ; la tête de lion, si souvent employée comme décoration des orifices de puisage, est d'origine égyptienne.
L'hygiène, l'étude des lois et l'observation des règles de la salubrité étaient fort en honneur chez les prêtres de l'ancienne Egypte : c'est à eux sans aucun doute que Moïse a dû emprunter quelques-unes de ses prescriptions sanitaires. Le scarabée, si souvent reproduit sur les monuments égyptiens, semble avoir été l'emblème de la salubrité, et la déesse Isis était représentée tenant à la main la clé des écluses qui livraient passage aux eaux chargéees de fertiliser la vallée du Nil.
32. Assyrie, Perse. — Bien que l'on ait moins de documents relatifs aux connaissances hydrauliques des anciens peuples de l'Asie, il n'est pas douteux que les Assyriens et les Perses aient aussi poussé fort loin l'art des irrigations ; sur les bords de l'Euphrate, comme sur ceux du Nil, les engins destinés à l'élévation de l'eau étaient très répandus et c'est peut-être dans cette région que l'on doit chercher l'origine de la noria.
Le puits d'Assur, découvert au milieu des ruines de Ninive, remonte aux temps préhistoriques. Le lac ou réservoir artificiel, créé par la reine Nitocris, était si grand qu'il pouvait recevoir pendant 22 jours tout le débit de l'Euphrate. Pour l'arrosage des jardins suspendus de Babylone, l'eau de ce fleuve, élevée par une seule machine à 92 mètres de hauteur, était distribuée en pression par une canalisation métaUique, et Sémiramis pouvait dire avec un légitime orgueil : « J'ai obligé les cours d'eau « à couler au gré de ma volonté, et ma volonté les a dirigés là oîi ils de- « valent être utiles ; par eux j'ai rendu fertiles les terres desséchées. » Ninive et Babylone étaient pourvues de véritables réseaux d'égouts. L'emploi de l'eau pour l'entraînement des matières fécales paraît être originaire de l'ancienne Asie.
Les Perses avaient si bien compris la nécessité de protéger les fleuves contre certaines causes de contamination que leurs lois interdisaient d'y jeter des excréments humains.
33. Extrême-Orient. — Les peuples de l'Extrême-Orient ont su éga-