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ma, grand égout, destiné d'abord à assainir le Forum, et qui n'était sans doute qu'un ruisseau naturel recouvert d'une voûte. Terminé par Tarquin le Superbe, il devint le collecteur des eaux d'égout de l'ancienne Rome, et il subsiste encore aujourd'hui, en partie du moins, sans avoir cessé de remplir le rôle qui lui avait été assigné il y a 2.500 ans. Agrippa développa le réseau des égouts de Rome, et le perfectionna- en faisant établir sept réservoir^ destinés à produire des chasses pour l'entraînement des matières dans le Tibre. Dans ses lettres à l'empereur Trajan,' Pline le Jeune, gouverneur de la province de Pont et Bithynie, traite à plusieurs reprises des questions relatives à l'établissement d'égouts ; il propose notamment, et l'empereur autorise la construction d'une voûte au-dessus d'un rviisseau devenu un véritable égout à ciel ouvert, le long d'une des principales rues de la ville d'Amastria.
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42. Invasion des barbares. Influence de l'église. — Dans la dernière période de la puissance romaine, les empereurs, absorbés par les luttes intestines et par la défense des frontières, cessèrent de prendre soin de ces ouvrages qui avaient été pendant longtemps l'objet de toute ]a sollicitude de leurs prédécesseurs. Lorsqu'ils eurent transporté à Byzance le siège du gouvernement, ils ne songèrent qu'à mettre la nouvelle '•apitale au niveau de l'ancienne, et Rome fut négligée.
L'arrivée des barbares en Italie au v« siècle lui porta le dernier coup. Les nouveaux venus n'avaient évidemment que du mépris pour les raffinements de la civilisation romaine ; sous leur domination, les moeurs, les usages se transformèrent complètement : bientôt les thermes et les aqueducs ne furent plus que des ruines.
L'église chrétienne qui devint alors prépondérante, et qui, recueillant l'héritage intellectuel du monde romain, se fit la dépositaire de la science, de la littérature et des arts, laissa entièrement de côté les traditions sanitaires de l'ancienne Grèce et de Rome. Il semble môme que les pratiques de l'hygiène aient été combattues et repoussées par elle comme un luxe impie. Ne vit-on pas des moines s'imposer l'imitation des ermites • clébrés par saint Jérôme, et la pousser au point de ne changer de vêteiuents qu'une fois par an ?
43. Époque féodale. — Dès lors, l'usage de l'eau se trouva réduit à la satisfaction des besoins les plus impérieux, de ceux auxquels l'homme ne saurait se soustraire et qui sont antérieurs à l'état de société : « Pcn- « dant plus de mille ans, dit le D' Playfair non sans quelque exagération « sans doute, pas un homme en Europe n'a pris de ])ain. »
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Dû reste, le régime féodal, on supprimant la puissance et jusqu'à l'idée de l'Etat souverain, en ôtant aux villes toute indépendance, avait mis un obstacle absolu à l'exécution de tous grands travaux collectifs d'adduction d'eau ou d'assainissement. Chacun se trouva réduit à ses propres ressources, et dut se procurer soi-même, en allant naturellement au plus près, le peu d'eau qui est indispensable à la vie : on dut, comme l'homme des temps primitifs, se contenter de la puiser au cours d'eau le plus voisin, ou la demander aux puits creusés au voisinage immédiat des habitations.
Quant aux détritus, dont il fallait se débarrasser, souvent sans .sortir de l'enceinte étroite d'un monastère ou d'un château fort, on apprit à en faire des dépôts dans quelque coin retiré. Les latrines des châteaux furent souvent placées au haut des murs extérieurs et en encorbellement, de manière que les matières puissent tomber directement dans le fossé. Vers le ix° siècle a})parut l'usage des fosses étanches et des puisards ou fosses sans fond : les oubliettes, de sinistre mémoire, n'étaient probablement pas autre chose. Les latrines furent aloi's installées au-dessus des fosses, quelquefois superposées, étage par étage, dans des tours .spéciales.
Les conséquences de l'oubli profond dans lequel étaient tombés les principes de l'hygiène et la science sanitaire, si développée chez les Romains, ne tardèrent pas à être cruellement ressenties. Des maladies inconnues jusqu'alors, entre autres la lèpre et la peste noire, sévirent sous forme d'épidémies sur l'Europe entière : il a fallu de longs siècles et une nouvelle évolution dans l'histoire de l'humanité pour la débarrasser de ces fléaux, qui ont emporté, dit-on, plus du quart de la population d'alors.
44, Lente réaction. — Avec le réveil progressif des esprits, avec l'essor du pouvoir royal et l'émancipation des communes, qui eurent pour conséquence un certain développement commercial et industriel, commença un mouvement favorable au retour vers l'observation des lois de l'hygiène et de la salubrité publique. Mais cette réaction ne se produisit que peu à peu et ne se propagea qu'avec une extrême lenteur, limitée d'ailleurs par les ressources si restreintes des collectivités naissantes.
On se reprit à chercher à distance l'eau qu'on ne trouvait pas en assez grande abondance à proximité des centres habités ; çà et là, quelques sources furent dérivées, d'ordinaire au moyen de petites rigoles découvertes ou de conduites en bois ; puis on vit se créer au bord des rivières quelques systèmes élévatoires, composés de pompes grossières mises eu mouvement par des luoteurs hydrauliques.
C'est l'époque où Philippe-Auguste lit exécuter la première chaussée pavée à Paris, et où les moines de Saint-Laurent dérivèrent dans un aqueduc souterrain, qui existe encore, les eaux des Prés-Saint-Gcrvais oudcs sources du Nord, au moyen desquelles on ne tarda pas à alimenter dans
Paris quelques fontaines publiques et un certain nombre de concessions particulières.
C'est aussi au xn° siècle qu'il faudrait faire remonter, paràît-il, le forage des pi-emiers puits jaillissants dans le comté d'Artois, d'où le nom de puits artésiens.
Au xm% Gênes fut alimentée par une dérivation de 8 kilomètres de longueur, et Londres vit établir la grande conduite qui amenait l'eau de Paddington au plus ancien réservoir de la Cité, celui de Westcheap, construit en maçonnerie et doublé de plomb.
45. Époque de la Renaissance. — La tendance au progrès, qui a fait son apparition vers le xi« ou le xu'' siècle, continue à s'accentuer et devient de plus enjDlus générale au commencement de l'époque moderne. Dans tous les pays de l'Europe, les mœurs se transforment : affinées par le mouvement général des esprits qui caractérise la période de la Renaissance, elles font naître des besoins nouveaux et provoquent l'exécution, de travaux multiples dont on ne saurait méconnaître l'importance.
En Italie, les papes entreprennent la restauration de quelques-uns des aqueducs de l'ancienne Rome : l'Aqua Vergine, qui vint en 1568 alimenter 50 fontaines publiques ou privées, n'est autre chose que l'antique Aqua , Virgo; et l'Aqua Felice est formée de la réunion des eaux Claudia et Marcia avec quelques sources de la région.
En Angleterre, les travaux d'adduction d'eau prennent de notables développements ; les conduites vont alimenter successivement tous les principaux quartiers de Londres; puis, en 1582, Pierre Maurice installe sous l'arche de rive du pont de Londres une machine élévatoire mue par une roue pendante et crée la première distribution d'eau à domicile au moyen de tuyaux en plomb.
Le système introduit à Londres par Pierre Maurice était déjà connu et pratiqué depuis quelque temps en Allemagne ; les brasseurs de Hanovre avaient, en 1527, établi des pompes mues par la force hydraulique ; Hambourg et Nuremberg avaient suivi cet exemple. Peut-être même faut-il faire remonter au xiv" siècle les premières applications des moteurs hydrauliques à l'élévation de l'eau en Allemagne, car dès cette époque des associations s'y étaient formées pour l'adduction d'eau dans les villes (Pumpenbrûder Gcnosscnschaften). Augsbourg, au xV siècle, était abondamment pourvue d'eau ; Ulm comptait 168 cabines de bains en 1489.
Paris, au xvi® siècle, n'avait pas encore d'autres eaux que celles des
iâ CHAPITRE III. — APERÇU HISTORIQUE
sources du Nord, mais on y voit apparaître alors les premières concessions d'eau à titre onéreux. Le ruisseau de Ménilmontant, qui se jetait autrefois dans la Seine à Cliaillot, après avoir couru au pied des coteaux de la rive droite, était déjà converti en égout. Un arrêt du Pai-lement venait, en 1533, imposer aux propriétaires l'obligation d'installer unf fosse d'aisances dans chaque maison.
46. Dix-septième siècle. — L'impulsion une fois donnée, le mouvenient ne s'arrctc plus et les progrès vont continuer, désormais, plus ou moins rapidement jusqu'à nos jours.
Au xvii*^ siècle c'est la France qui, au cours d'une période de grandeur et de prospérité inconnues jusqu'alors, enti^eprend les ouvrages les plus considérables et les plus remarqués. Henri IV fait établir sous la deuxième arche du Pont-Neuf les pompes de la Samaritaine, mues par une roue pendante, et destinées à l'alimentation du Louvre et du jardin des Tuileries. Louis XIII, ou plutôt sa mère, Marie de Médicis, dérive les eaux de Rungis qui alimentèrent autrefois les thermes de Julien et construit sur les substructions romaines l'aqueduc d'Arcueil, dont le nom sert à désigner la dérivation tout entière : 14 fontaines publiques reçurent les nouvelles eaux ainsi amenées à Paris. Enfin, Louis XIV, voulant avoir de l'eau à profusion sur le plateau aride où il construit Versailles, ne recule devant aucune entreprise, devant aucune dépense, pour atteindre son but: il fait établir- par le Hollandais Rennequin cette machine de Marly, que Ton considérait alors comme une merveille, et dont les 227 pompes, par trois élévations successives, portaient l'eau à 162 mètres de hauteur ; d'autre part, il fait entreprendre, sous la direction de Vauban, la dérivation de l'Eure et l'aqueduc de Maintenon, qui ne devaient jamais être achevés, et il prodigue dans le parc de Lenôtre les bassins de marbre, les effets d'eau desservis par un énorme réseau de conduites en fonte et en plomb. • Paris n'avait encore, cependant, en 1670 que 400 à 500 mètres cubes d'eau à distribuer par vingt-quatre heures ; la construction de la pompe Notre-Dame en porta le volume total à 1.400 mètres cubes environ; mais le service régulier n'en profita guère à cause du nombre considéraljlc des concessions gratuites dont les édits royaux étaient impuissants à réprimer l'abus. On avait commencé à construire des égouts dans hi capitale ; mais la longueur totale n'en atteignait encore à la fin du siècle que 3 kilomètres environ. L'introduction de l'eau dans les cabinets d'ai- .sances paraît dater de cette époque, etc'est vers 1660, dit-on, que l'usage en a été importé de France en Angleterre; néanmoins, d'après le témoignage de Viollet Le Duc, « le château de Versailles ne renfermait qu'un <( nombre tellement restreint de privés que tous les personnages de la <f cour devaient avoir des chaises percées dans leur garde-robe. »
A Londres, la distribution d'eau progressait aussi : la dérivation dite- New River remonte à cette époque ; on y posait les premières bouches d'incendie, les premiers appareils de lavage. Néanmoins les installations
sanitaires y étaient encore bien imi^arfaites et la mortalité considérable au temps de la Révolution d'Angleterre.
47. Dix-huitiéme siècle. — Le xviii" siècle est marqué par de grands progrès dans la construction des machines élévatoires : aux pompes plus ou moins grossières des temps antérieurs se substituent les premières pompes modernes à double effet (La Hire, 1716), les pompes centrifuges (Demours, 1732), les pompes à plongeur perfectionnées (Bramah, 1785), le bélier hydraulique (Montgolfier, 1797); en même temps aj^paraît la machine à colonne d'eau; enfin la machine à vapeur, rendue pratique par Newcomen en 1711, appliquée dès 1761 à l'élévation des eaux de la Tamise, et perfectionnée par Watt et Bolton, vient s'implanter à Paris en 1781. La première application des filtres en. pierre poreuse et l'emploi des ventouses sur les conduites d'eau remontent à cette époque, ofi la science hydraulique, fort en honneur,, a su préparer les nombreux perfectionnements qui devaient permettre au siècle suivant le prodigieux essor des travaux de distribution d'eau.
Plusieurs des grandes compagnies qui alimentent Londres ont été fondées au xviii^ siècle : Chelsea (1724) , Lambeth (1785), Grand Junction (1798).
A Paris, le besoin d'un accroissement des ressources en eau jDotable, très vivement ressenti, a donné lieu, pendant de longues années, à des recherches nombreuses, à des projets divers, parmi lesquels on doit citer celui de la dérivation de l'Yvette, proposé par Deparcieux en 1762, étudié par Chézy et Perronet, et abandonné en 1782 pour une simple
■ déi'ivation de la Bièvre, concédée à de Fer, et qui échoua en 1789. En 1777, les frères Périer obtinrent des lettres patentes pour l'établissement « de pompes et machines à feu propres à élever l'eau de la Seine », et créèrent, en 1781 et 1783, les deux usines de Chaillot et du Gros-
' Caillou. Si la Cojupagnie des eaux, organisée par eux, succomba sous
î l'effort de l'agiotage et les attaques passionnées de Mirabeau, leurs machines, du moins, du type de Watt et Bolton, ont survécu et contri-
. bué utilement, pendant soixante-dix ans, à l'alimentation de Paris. A la fin du xvni* siècle, malgré la construction des pompes à feu, Paris disposait à peine de 10.000 mètres cubes d'eau par jour pour
' 600.000 habitants.
On n'y comptait guère, d'ailleurs, que 26 kilomètres d'égouts, recons- I truits en partie par Turgot en 17'55, avec réservoir de chasse rue des 1 Filles-du-Calvaire. « Les vidanges étaient centralisées à Montfaucon, * « et les bassins étagés des buttes Cliaumont, toujours prêts à débor- ' « der, infectaient l'air des quartiers du nord et y gâtaient la nappe des « puits 1. » Nulle part encore on n'avait réellement abordé ces questions