QUANTITÉ NÉCESSAIRE
ment supérieur. Toute distribution doit être conçue de manière à jinrer aux variations inévitables de la consommation, ainsi qu'aux pertes de la canalisation et au gaspillage, qu'il est impossible de supprimer entièrement. Ce sont là trois éléments dont il faut tenir soigneusement compte dans les études relatives à l'alimentation des villes.
59. Variations annuelles, hebdomadaires et diurnes de la consommation. — En dehors, en effet, des différences que l'on constate dans la consommation d'eau d'un pays ou d'une localité à l'autre, et qui s'expliquent par les conditions climatériques ou les habitudes diverses de la population, il en est d'autres qui se produisent dans chaque localité suivant les époques de l'année, les jours de la semaine, les heures de la journée.
Les variations annuelles sont dues, surtout, aux changements de température dans les diverses saisons : la chaleur surexcite la consommation en général, le froid la ralentit. Cela est si vrai que, lorsqu'on recherche la loi de ces variations et qu'on la compare à celle des températures, on est souvent frappé de leur analogie. vSur le diagramme ci-contre, on a tracé deux courbes qui représentent, l'une im relevé fait sur 250 compteurs pris au hasard dans Paris, pendant l'année 1884, et l'autre même année; le quasi parallélisme des deux courbes n'est-il pas remarquable ?
L'anqilitude des variations annuelles est évaluée, par MM. Kônig et Poppe, à 7 0/0; par M. Fanning, à 17 0/0 de la consommation moyenne, tantôt en plus, tantôt en moins; ce dernier ajoute que la consommation peut augmenter de 30 0/0 pendant quelques semaines, de 50 0/0 pendant plusieurs jours, de 100 0/0 pendant 'quelques heures dans le courant de chaque année. M. Couche, ingénieur en chef des eaux de Paris, a démontré (fu'au mois de juillet 1881, le service privé a momentanément absorbé, durant quelques journées de chaleur, trois et quatre fois la quantité d'eau qui lui suffit d'ordinaii'e. Or, si l'on remarque que certaines sources d'alimentation ont elles-mêmes un débit variable, suivant les époques de l'année, de telle sorte que le minimum de l'alimentation peut correspondre au maxinuin de la consommation, on comprench-a aisément l'importance qu'il faut attacher
Consoujinnîron jotimn/ifre moyenne t/ f/in c/f
les oscillations du thermomètre durant cette
»8 CHAPITRE IV. - LErt BESOINS
aux variations annuelles, clans l'évaluation des quantités d'eau nécessaii-es pour une distribution d'eau.
Les variations hebdomadaires doivent être attril)uées aux hal)itudes de la population. De tout t(Mnps, à Paris, on a constaté que les j)reiniers jours de la semaine correspondent à une consonnuation i)lus faible, et les derniers à une consonnuation plus élevée. De même, la dinniuition résultant de la fermeture des ateliei'S le dimanche compense, et au delà, l'excédent de la dépense faite pour le service des fontaines monumentales. M. Fanniny indique une anqilitude de 10 0/0 en plus ou en moins pour les variations hebdomadaires.
Quant aux variations diurnes, elles résultent nécessairement de la plus ou moins grande activité de la consommation, suivant les heures du jour et de la nuit. Presque toujours, il se produit un maximum entre
7 heures et 10 heures du matin, un minimum vers midi, un second maximum de 4 à 6 heures du soir, puis une diminution continue jusqu'au second minimum, vers le milieu de la nuit. M. Fannini;- indique pour ces variations une amplitude de 37 0/0. D'après M. Wolffluiii-el, la consommation, au moment du maximum, atteindrait le double de la moyenne, et elle serait des deux tiers de la dépense totale du jour, entre
8 heures du matin et 6 heures du soir.
Les réservoirs et les tuyaux de distribution d'eau doivent se prêter aux variations hebdomadaires et diurnes de la consommation, et il faut les calculer en conséquence, non pas sur la moyenne, mais en vue du maximum de la quantité d'eau à distribuer.
Observons, en passant, que la loi des variations annuelles ou horaires doit être étudiée dans chaque cas spécial, car elle diffère très notablement d'une distribution d'eau à une autre. C'est ainsi, par exemple, que dans les pays froids il se produit fréquemment un maximum de consommation au plus fort de l'hiver, parce qu'on a soin de maintenir alors de petits écovilements dans tous les appareils, j^our éviter la cong-élation.
60. Pertes. — Il n'y a pas de distribution où il ne se produise des pertes, dues à l'imparfaite étanchéité de la canalisation et des appareils. Quelque soin que l'on apporte au réseau des conduits publics, à quelque surveillance qu'on soumette les installations privées, il est impossible de les éviter. On ne connaît pas de système de joint ([ui résiste indéfiniment à la pression de l'eau, point de robinets ou d'appareils qui ne s'usent; au bout d'un temps plus ou moins long, des filets d'eau s'échappent çà et là par les fissures des joints et le jeu résultant de l'usure dans tous les appareils en vient à livrer passage à de petits écoulements, insignifiants s'ils sont isolés, mais qui, vu leur nombre, finissent par prendre de l'importance.
Le contrôle le plus sévère, l'emploi des types les plus perfectionnés.
§ 1. - quantité: nécessaire 59
rentretien le \û\\s minutieux ne peuvent que réduire les pertes — et il y ;i moyen d'obtenir à cet égard des résultats fort intéressants — mais jamais les supprimer entièrement.
« Il est généralement admis, dit le professeur Nichols*, par les per- « sonnes chargées des distributions d'eau, que les pertes atteignent 25 à « 50 0/0 de la quantité d'eau dépensée. »
61. Gaspillage. — Le (^«spiiioge, c'est-à-dire l'emploi de l'eau sans but et sans utilité, est extrêmement fréquent: un cantopnier qui laisse unebouche (l'eau ouverte, et ne profite pas du courant d'eau qui s'en échappe pour laver le caniveau correspondant, commet un gaspillage impardonnalile ; iraspillage encore le calage d'un robinet, pratiqué afm d'obtenir un écoulement continu, soit en été sous prétexte de' rafraîchir l'air, soit en hiver pour prévenir la gelée; gaspillage l'ouverture permanente des effets d'eau dans des établissements, tels que les écoles, où une population nombreuse s'agglomère pendant le jour, mais qui sont déserts pendant la nuit. Sans doute, il faut répandre l'eau à 'profusion, et il sei'ait contraire aux principes les plus élémentaires de l'hygiène d'en limiter l'usage ; mais, comme il n'est point de ville qui dispose d'une alimentation indéfinie, et qui puisse se procurer de l'eau sans dépenses presque toujours considéralDles, on ne peut nulle part tolérer que l'usage dégénère en abus.
L'introduction du compteur, qui enregistre l'eau à son passage et permet de proportionner la redevance à la quantité consommée, suffît le plus souvent pour donner à cet égard d'excellents résultats. Berlin, Hreslau, où les compteurs sont d'un usage général, ne consomment (pie 75 à 90 litres ; Francfort, Magdebourg, Dusseldorf, avec le robinet libre, 140 à 220 (Wolffhûgel). A Paris, le gaspillage prenait, il y a quelques années, un développement inquiétant; l'emploi des compteurs a si bien l'éussi à l'enrayer que, depuis lors, sans avoir rien ajouté à l'alimentation du service privé, on a pu satisfaire sans peine aux besoins constamment croissants de la consommation.
62. Augmentation progressive de la consommation. — C'est un fait oi)servé dans toutes les distributions d'eau modernes, que la consommation augmente sans cesse et suit une marche beaucoup plus rapide que l'accroissement de la population.
Il résulte du diagramme ci-après (//(y. 2) relatif'à Paris, que, dans une période de vingt ans, la consommation moyenne totale, par jour, a passé de 114.000 mètres cubes à 374.000, tandis (pie la population s'est accrue • le 1.606.741 habitants à 2.269.023. Elle a plus que triplé,' pendant que la population augmentait de 34 0/0 seulement. L'eau était employée à raison de 67 btres par tête, en 1861, et l'on en a consommé 165 en 1881.