Voir aux Annexes
§ 1. — GÉNÉRALITÉS 191
de l'eau soit assez grande pour en détei-miner la dégradation. De même, les vitesses admissibles dans les aqueducs diffèrent suivant les matériaux employés à leur exécution. Mais, quelque grandes qu'elles soient, elles ne sauraient y empêcher la formation de ces dépôts adhérents aux parois, que l'on trouve dans toutes les conduites d'eau après un temps de service plus ou moins long, et qui sont si marqués dans les aqueducs romains, malgré leurs foi-tes pentes et les vitesses considérables qui devaient en résulter.
Si l'on dispose d'une pente totale importante, il est avantageux d'en profiter pour réduire la section de l'aqueduc en augmentant la vitesse ; l'économie obtenue par suite de cette réduction n'est point négligeable, bien que la section varie seulement comme l'inverse de la racine carrée de la pente. Dans le cas où la pente totale pourrait donner lieu à une trop grande vitesse, on la divise en ménageant des chutes en certains points, ce qui parfois facilite singulièrement l'adaptation du profil au relief plus ou moins accidenté du terrain. Cette adaptation nécessaire conduit souvent aussi à faire varier la pente et, par suite, la section d'un point à l'autre de l'aqueduc.
« On ne peut soumettre, dit Dupuit, la pente des aqueducs aux lois « d'une formule algébrique. C'est une question éminemment complexe « comme celle de la pente des routes, des chemins de fer, etc. Pas plus « que pour ces travaux, l'ingénieur ne doit s'assujettir à des limites de « pente et à des pentes uniformes. Dans toute l'étendue du parcours, la « pente et la section doivent varier suivant le relief du terrain ; cepen- « dant il va sans dire que, toute variation de ces quantités étant par « elle-même un inconvénient, il faut qu'elle soit toujours motivée par « des considérations d'une certaine importance. Il ne faut pas perdre de « vue que la question à résoudre est de conduire une certaine quantité « d'eau d'un point à un autre avec le plus d'économie possible ^. »
178. Tracé des dérivations. — Le tracé d'une conduite libre comporte toujours une étude fort délicate : les difficultés sont plus grandes que pour le tracé d'une voie de communication, car l'écoulement de l'eau exige une pente continue, et, pour trouver sur toute la longueur le terrain au niveau qui convient à l'établissement de cette pente, il faut souvent décrire de nombreuses sinuosités, contourner les contreforts, pénétrer jusqu'au fond des vallons ; souvent aussi le sol s'abaisse bien au-dessous de la ligne de charge ou s'élève partout au-dessus, de telle sorte qu'il faut nécessairement placer l'aqueduc en remblai ou en déblai, sur des supports de grande hauteur, ou en tranchée profonde. Des ouvràges d'art plus ou moins importants et coûteux deviennent alors indispensables, arcades, ponts-aqueducs, souterrains; d'autres fois, ils s'imposent encore par suite de l'obligation d'abréger le parcours dont le
1. Traité de la conduite et do la distribution des eaux, p. 238.
développement excessif entraînerait de trop grandes pertes de charge ou des dépenses inadmissibles. Tantôt l'ctudc du tracé ne laisse aucune hésitation et aboutit à une solution unique ; tantôt, au contraire, elle révèle la possibilité de plusieurs combinaisons différentes, entre lesquelles il y a lieu de faire un choix, et doit être alors complétée par un examen minutieux des conditions et des moyens d'exécution, par une discussion approfondie et méthodique.
Le tracé des conduites forcées est au contraire relativement facile. Il est manifestement nécessaire qu'en aucun point ces conduites ne s'élèvent plus haut que la ligne de charge, car l'eau ne saurait la dépasser, et comme elle s'arrêterait au moment de l'atteindre, il ne se produirait pas d'écoulement. Mais, cette condition remplie, le profil peut être ctaljli suivant une ligne quelconque ou à peu près. Sans doute on doit chercher à éviter les sinuosités trop profondes qui augmentent la pression dans les conduites et obligent à en accroître la résistance, ainsi que les points hauts où l'air tend à s'accumuler et ne tarde pas à faire obstacle à l'écoulement ; mais ce sont là des difficultés secondaires et dont on triomphe au besoin en augmentant les épaisseurs et en disposant des appareils pour l'évacuation de l'air. Cette facilité de tracé est un avantage précieux, qui permet souvent de se dispenser d'expropriations coûteuses, en empruntant le sol des voies publiques existantes, et de simphfier par suite les opérations préliminaii-es et les formalités de tout genre, ou de diminuer la longueur du parcours et la durée des travaux, etc. D'autre part, elle n'est pas sans danger, car il arrive parfois qu'elle motive une préférence irraisonnée, et qui ne résisterait pas à une comparaison sérieuse, en faveur des conduites forcées, alors que les conduites libres seraient plus satisfaisantes à tous égards et surtout plus économiques. Remarquons d'ailleurs, en passant, que les conduites forcées ne s'appliquent pas au cas où la ligne de charge est en grand déblai, puisqu'un souterrain devient alors nécessaire et qu'il est rationnel d'y faire couler l'eau librement, au lieu de l'enfermer dans une conduite qui serait placée elle-même dans la galerie et dont l'addition doublei-ait inutilement les frais.