‹ Salut au troisième milliard! [microform]Chapitre 2 sur 3 · TROIS MILLIA · texte numérisé non relu

TROIS MILLIA

incais.

is, si vous l’aa'réez. Voilà 200 millions des charges

jouter aux trois milliards budgétaires, et il y a 100 mûre, comme étant fournis par des ressources « autres. »

' charge eflective incombantaux contribuables : trois milmillions. Voulez-vous plus? Soit. J’admets en compenue totalité, soit 200 millions, de vos ressources «autres.» te, eflective, des contribuables, se chifl're encore à trois

iGoiis donc, l’on retrouve ce formidable chiffre de trois NS comme expression des dépenses effectives, d’une larges, d’autre part, qui incombent aux contribuables ette question inscrite en tête de notre, dernier écrit : ■ nous coûte l'Empire? il faut décidément répondre : iDS PAR AX, pour le moins!

Combien e i sont-ils, des contribuables, pour soulever et porter ce lourd fardeau ? Le recensement de 1861 avait trouvé la population française gro ipée en 9 millions 747,029 « ménages; » pour 1866, vu l’augment ition survenue dans le nombre des habitants, ce serait environ 9 n. illions 940,000 ménages. Il y a, toutefois, dane le nombre, dou: e cent mille ménages « solitaires. » L(î ménage qui ne comprend qu’ ane seule personne, c’est le ménage du célibataire pauvre (ouvrier, commis, employé, etc,); le célibataire aisé a un domestique. C’est le ménage de l'ouvrière honnête; l’autre a un « ami » ou une « bonne » av *c elle. C'est encore le ménage du veuf pauvre, de la veuve pauvre ; riches ou simplement aisées, ils vivent chez leurs enfants ou eu ont avec eux. Je persiste à croire, et sur cette base j’avais calcula dans le Bilan, que ces ménages solitaires « contri-

buent » médiocrement, et que, sous ce rapport, deux « ménages » valent à peine une « famille, » composée en moyenne de quatre personnes.

M. Vitu, lui, ne l'admet pas. Il crie, lamente, raille, plaisante sur la « suppression de six cent mille familles pour cause de solitude. » N’attristons pas son bon cœur ; comptons les douze cent mille ménages solitaires comme autant de familles. Les charges publiques alors ne se répartiront plus entre 9 raillions 327,000 familles seulement; il y aura 9 millions 939,189 parties prenantes. Nous serons plus large encore. Pour arrondir, nous concédons à M. Vitu une augmentation de soixante mille familles. Il ne se plaindra pas cette fois, je l’espère.

C’est entendu : il y a en France, de par la grâce de M. Horn, dix millions de familles au complet, et elles sont, de par la générosité de M. Vitu, toutes en mesure de contribuer aux dépenses publiques. Départissons entre elles les trois mille millions d’effectives charges budgétaires; la quote-part est de trois cents francs par famille.

Et voilà le Bilan de l’Empire convaincu encore une fuis d’erreur, d’optimisme systématique. Il n’avait parlé que de 240 à 250 francs. Malgré toutes les concessions qui viennent d’enfler le nombre des parties prenantes, les budgets demandent en réalité cents francs par an à chaque famille française.

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On se récriera peut-être sur l’énormité de cette contribution. Ce ne peuvent être que des routiniers ; ils en sont encore à croire que l’impôt est une charge! « Nous avons changé tout cela. » Que faut-il, dans notre bienheureuse France, pour acquitter les 300 francs que les budgets demandent annuellement à chaque famille? Rien, moins que rien : vivre, et bien vivre! C’est M. Vitu, si souverainement officieux, qui l’affirme, et le Moniteur unixersel, en reproduisant la « Réponse au pamphlet de M. Horn », le confirme ; « // suffit au contribuable de manger, de boire^ de fumer, de chasser... pour acciuitter les trois quarts de sa quote-part d'impôts! »

L’adorable recette! Vous êtes employé, commis, ouvrier, artisan à Paris. Vous gagnez do quinze à dix-huit cents francs, ([ui doivent faire vivre toute une famille. Vous trouvez dur de donner, sur ce maigre revenu, trois cents francs au fisc ; la chose vous paraît presque impossible. Mais, mon ami, ne vous en préoccupez doue pas tant que cela ! Vous n’avez qu’à prendre un modeste appartement de seize j cents francs : à raison de 9 p. 100 d’impôt de loyer, vous paierez

d un seul coi p la moitié presque de votre quote-part. Faites ensuite venir deux p èces de vin, dont le droit d’entrée est de quarante-cinq francs la piè^e, et consommez seulement pour soixante francs de tabac ordina re, sur lequel l’État gagne 400 p. 100 : le tour est joué. Moyennant trois petits articles, qui ne vous coûtent en tout que 2,000 à 2,200 fr., vous avez rempli votre devoir d(5 citoyen contribuable. Les trois cents IVancs de rigueur ont passé de votre poche dans la caisse du fisc ; le percepteur n’a plus rien à vous réclamer.

11 faudrait avoir le cœur bien méchant et l’esprit fort mal tourné pour se plai idre en présence de pareilles « facilités de paiement. » Mangeons, buvons, fumons, chassons, le tout bien largement, et les trois quarts des impôts seront payés ; un petit « extra » fera le reste.

Une chose pour moi est évidente : si, malgré l’inénarrable charme de cette man ère de « contribuer, » tant de gens en France persistent à ne pas adorer le fisc, c’est que l’on est encore trop généralement sous l’impression de vues surannées sur son maniement. On continue à le regardei comme un exploitant intéressé qui soutire leurs épargnes aux cor tribuables pour s’enrichir, pour thésauriser, pour remplir ses caiss ;s en vidant leurs bahuts. Rien n’est moins conforme à la réalité du jour. C’est M. Vitu qui nous le dit, et les deux Moniteurs, le grand et le petit, le répètent : « IJ État ne garde rien; tout ce qui entre (xans ses caisses en ressort à f instant ! ... a

D’aucuns ;’en .doutaient, à vrai dire. Peut-être est-ce à cause de cela précisément que le pays murmure contre la trop forte aspiration du fisc; on n’aime pas emplir les tonneaux des Danaïdes, surtout quand i faut y mettre et sa sueur et son sang. N’importe. Il n’en reste p is moins acquis pour tout homme qui a foi dans les assurances olficieuses, que, chez nous, le peuple acquitte les impôts sans rien pj.yer, et l’État les perçoit sans rien garder. Heureuse organisation !

Parlons sé et de millier Sur les di:

française, il pas mille à < trois cents fr damner la p pei^étuer la

deusement. La question est grave. Le sort de milliers ? de familles est en jeu.

, millions de (( ménages » qui composent la population V en a huit millions peut-être dont le revenu ne dépasse louze cents francs, par an, et on demande en moyenne mes de contributions de toutes natures! Mais c’est conupart des familles aux privations les plus dures ; c’est gfme chez les^unes , engendrer la misère chez les autres *

c’est les réduire à la portion congrue de la vie végétative! Et vous croyez qu’un tel état de choses puisse rester sans influence sur l’état physique et moral du pays; qu’il puisse ne pas miner et altérer le développement économique et social du pays ; qu’il puisse ne pas affecter les dispositions d’esprit des citoyens? Autant dire que l’éternelle connexité entre cause et effet est supprimée par un coup de décret.

Je ne veux point reproduire ici les chilTres et les considérations développés dans le Bilan et qui m’avaient fait porter, pour la grande majorité, le revenu (1) de la famille française à mille francs par an. Je maintiens l’évaluation; personne ne l’a sérieusement contestée. M. Vitu -lui-même, forcément et fortement optimiste, l’admet exacte pour près de six millions et demi de familles. Elle est assurément supérieure plutôt qu’inférieure à la réalité des choses, lorsque, dans le total des familles, l’on comprend sur le pied d’égalité les douze cent mille ménages solitaires (§ XITI) : parmi eux, il y a peutêtre quelques centaines de mille d’ouvrières qui gagnent vingt-cinq sous par jour^ soit 375 fr. pour trois cents jours de travail annuel; autant de veufs peut-être el de veuves qui vivent de deux ou trois cents francs de rente annuelle, ou des dix à vingt francs qu’ils arrachent chaque semaine à la charité publique et privée.

Est-il possible que, en face d’un revenu moyen de mille francs, réclamé par tant de besoins impérieux, un prélèvement moyen de trois cents francs pour le seul impôt ne soit pas jugé excessif, écrasant, appauvrissant au point de tarir les sources même de l’impôt? Le prélèvement paraîtra d’autant plus exagéré, que, grâce à la prédominance de l’impôt indirect dans notre système financier, la répartition des charges publiques est progressive à rebours : le pauvre paie relativement plus que l’homme aisé, et l'homme aisé contribue relativement plus que le riche. Le fait est troji jiatent, trop connu, pour qu’il soit nécessaire d’insister.

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