SA LT AT OR
— Certainement... Ne m'aviez-Toos pas dit qire vous viendriez ? Je vous attends depuis un quart d'heure.
— Ohl que me dHes-reus là, madame?... Quand vous devez être si fatiguée 1 Tai été indiscret, n'est*ce pas?
— Non,veneB!
M. de Maraude s'aïuprocha, fit vn salut plein de grâce, prit la main que lui tendait sa femme, s'inclina sur cette main au poignet déàieat, «ux doigts blancs et effilés, aux ongles roses, et y posa si légèrement ses lèvres, que madame de Slarande comprit l'intention plutôt qu'elle ne sentit le baiser.
Ia jeune femme interrogea des yeux son mari.
Il était facile de voir que rien n'était plus inaccoutumé qu'une pareille visite de la part de M. de Maraude; et, ce* pendant, il était facile de voir aussi que cette visite n'était ni désirée ni redoutée : -- c'était plutôt la visite d'un ami que ceUe d'un époux, et Lydie paraissait même attendre avec plus de curiosité que d'inquiétude.
M. de Maraude sourit; puis^ avec sa voix la plus douce:
— Que je vous fasse avant tout mes excuses, madame, de vous venir visiter si tard, ou plutôt si matin. Croyez bien que, si les occupations les plus graves ne devaient pas me retenir toute la journée hors de l'hôtel, j'aurais attendu une plus favorable occasion pour causer confidentiellement avec vous.
— Quelle que soit l'heure que vous choisissiez pour causer avec moi, monsieur, dit madame de Maraude d'une voix affectueuse, c'est toujours une occasion précieuse, d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare.
M. de Maraude s'inclina, mais, celle fois, en signe de remerciement; — puis, approchant une bergère, il s'assit, appuyant le bras du fauteuil au lit de madame de Maraude, de manière à se trouver en face d'elle.
La jeune femme laissa retomber sa tête sur sa main, et attendit.
— Permettez, madame, dit M. de Marande, qu'avant d'entrer en matière, ou, si vous le préférez qu'afin d'y mieux entrer, je vous renouvelle mes coraplimenls bien sincères sur votre rare beauté, qui grandit tous les jours, et qui, celte nuit, semUait arrivée véritablement à l'apogée de la beauté humaine.
— En vérité, monsieur, je ne sais comment répondre à
SALTATOR ITt
uie pareile courtoisie r eile me cause d'atltant plus de joie que* vous me mesuvez d'habitude les compliments avec une certaine épargne... Laissez-moi m'en plaindre, sans vous le reproeher.
«- IPticcusez de mon afvance que Tamour jaloux du tra* vaili, medame... fout mon temps est consacré à la tâche qiae je me suis imposée; mais, si, un jour, il m'était permie de passer une pavtie dte m^s heures* dans le doux loisir que vous me faites en ce moment, croyez que ce jour serait un des plus beaux de ma vie.
Madame de Marande leva les yeux sur son mari, et^ comme si rien ne pouvait lui sembler plus étrange que ce qu'il venait de lui dire, elle le regarda avec étonnement.
-^ Mais il me s^nble, monsieur, répondit-elle avec tout le charmé qu'elle put donner à sa voix, que, toutes les fois que vous souhaiterez avoir ce loisir, vous n'aurez qu'à faire ce que vous avez M% ce matin : me prévenir que vous désirez me voir, ou même, ajouta-t-ellé en souriant, vous présenter chez moi sans me prévenir.
— Vous savez, dit M. de Maraude en souriant à son tour, qtie ce ne sont point là nos conditions.
— Ces conditions, monsieur, c'est vous qui les avez dictées, etnon pas moi-; je les ai acceptées, voilà tout. Ce n'était point à celle qui, ne vous apportant aucune dot, recevait de vous SU' féfrtune^ sa position... et même l'honneur de son père, à faire des conditions, ce me semble.
— Croyez-vous, chère Lydie, que le moment soit venu de clïanger quelque chose à ces conditions, et ne vous paraitrsHs-je'pas bienimportun si-, ce matin, par-exemple, je venais brutalement jeter mon réalisme conjug>ali au milieu des rêves qpiis vo«ifi< avez- failS' cette nuit, et que V0bs faites peutêâ'e eneeire en ce momenteù je vous parlef
Medame de Mavande eommençade comprendre* où- tendiafit iatediBversatiient, et sentit passer sur son^ visage*un> nuage de pearpre. Sion. mari laissa>à ce nuage le temps de se dissi-' pep; puis, revenant juste au point où' la' coavevsatiott avaâP êté^ i^tterrompue :
««-Ces'eonditians, madame, demandb^-t-il avec sonéttH*nel> sourire et8on)implaGal)l6 politesBe^ vous les rappelëz^^oas?
— Fèprfaitement, monsieur, répondit la^jeviie femme d'une^ veiii qu'eile&'eilbrçait.daimaîntimir'caiiiie.
— C'est que voilà bientôt trois ans que j'ai le bonheur d*étre votre époux; et, en trois ans^ on oublie bien des choses.
— Je n'oublierai jamais ce que je vous dois, monsieur.
— Ici, madame, nous différons d'avis. Je ne crois pas que vous me deviez quelque chose; mais, si vo^s pensiez le contraire, et que vous crussiez avoir contracté quelque dette vis-à-vis de moi, c'est justement cette dette que je vous prierais d'oublier.
'— On n'oublie pas quand on veut et comme on veut, monsieur; et il est certaines gens pour lesquelles l'ingratitude esi non- seulement un crime, mais encore une impossibilité! Mon père, vieux soldat inhabile aux ailaires, mit toute sa fortune, qu'il espérait doubler, dans une spéculation industrielle, et fut ruiné. Il avait des engagements pris avec la maison de banque à laquelle vous venez de succéder, et ces engagements ne pouvaient être tenus à leur échéance. Un jeune homme...
— Madame..., essaya d'interrompre M. de Maraude.
— Je ne veux passer sur rien, monsieur, insista Lydie : vous croiriez que j'ai oublié. Un jeune homme, supposant mon père riche, avait sollicité ma main; une répugnance instinctive pour ce jeune homme avait fait que, d'abord^ mon père avait repoussé sa demande. Cependant, vainéu par mes prières, — ce jeune homme m'avait dit qu'il m'aimait» et j'avais cru l'aimer...
— Vous aviez cru? fit M. de Maraude.
— Oui, monsieur, je l'avais cru... A seize ans^ est-on bien sûre de ses sentiments, surtout quand on sort de pension, et qu'on ignore complètement le monde?... Je répète donc: vaincu par mes prières, mon père avait fini par accueillir M. de Bedmar. Tout était arrêté, même ma dot : trois cent mille francs. Mais le bruit de la ruine de mon père se répandit : mon fiancé, tout à coup, cessa ses visites, et disparut I seulement, quelque temps après, mon père reçut de lui une lettre datée de Milan, et dans laquelle il lui disait qu'ayant appris ses répugnances premières à l'accepter pour gendre, il ne voulait point faire violence à ses sympa* thies. — Ma dot avait été déposée à part et sauvegardée de toute atteinte; c'était à peu près la moitié de ce que devait mon père à votre maison de banque. Trois jours avant
Féchéance de ses engagements, il se présenta chez vous, vous offrît les trois.cent mille francs, et vous demanda du temps pour le reste. Vous lui répondîtes de se tranquilliser d'abord, et vous ajoutâtes que, comme vous aviez une affaire à lui proposer, vous lui demandiez un rendez- vous chez lui pour le lendemain. — Est-ce bien cela?
— Oui, madame... Cependant^ je réclamerai contre le mot affaire,
— C'est celui dont vous vous servîtes, je crois.
— Il me fallait un prétexte pour entrer chez vous, madame : le mot affaire ïwi^ non pas une désignation, mais un prétexte.
— J'abandonne le mot, monsieur: en pareille circonstance, le mot n'est rien, la chose est tout... Vous vîntes, et vous fîtes à mon père cette proposition inattendue, de devenir men mari, de prendre pour ma dot les six cent mille francs de dettes contractées par lui vis-à-vis de votre maison, et de lui laisser les cent mille écus qu'il vous avait offerts.
-- En proposant davantage à votre père, madame, j'aurais craint qu'il ne me refusât.
— Je connais tout ce qu'il y a de délicatesse en vous, monsieur... Mon père, si étourdi qu'il fût de la proposition, accepta, sauf mon consentement, et, ce consentement, vous savez qu'il ne se ût pas attendre.
— Oh! vous avez un cœur pieux et filial, madame.
— Vous vous rappelez notre entrevue, monsieur? Mes premières paroles furent pour vous parler du passé, pour vous avouer...
~ Un de ces secrets de jeune fille qu'un homme délicat ne doit jamais donner à sa fiancée le temps d'achever. D'ailleurs, j'ajoutai ceci : « Prenez ma position au point de vue qu'il vous plaira, mademoiselle, ou comme une affaire que ie fais... »
— Vous voyez bien que ce fut le mot dont vous vous servîtes I
— Je suis banquier, dit M. de Maraude, et il faut pardonner à l'habitude... « Ou comme une affaire que je fais, et dont les résultats, quoique inconnus, doivent être avantageux pour moi, ou comme une dette que j'acquitte au nom de mon père. >
— Parfaitement, monsieur ! je me souviens de tout cela*
17i SALVATOR
n s'agissait d'un service rendu par mon père au vôtre pea^ dant l'Empire ou au commencement de la Restauration.
^ Oui^ madame... Puis j'ajoutai que/ ne croyant point qu'il fût dû aucune reconnaissance à ce double titre auquel je devenais votre époux, je vous laissais parfaitement libre de vos sentiments à. mon égard ; que moi-^méme, ayant des engagements pris» je me réservais mon indépendance ; que jamais vous ne seriez — si séduisante que Dieu vous ait faite — importunée par mes exigences conjugales^ J^ajoutai, enfin, que, belle, jfsune et apte à Tamour oemme vous l'étiez, je croyais même ne devoir donner d'autre limite à cette liberté offerte que la mesure que vous-même, la réglant sur les convenances socialesyVoudriez.bieni y mettre... Seulement, je me proposai de veiller sur vous comme un père indulgent fait pour sa fille, et — comme un père toujours, à titre de gardien de votre réputation^ qui devenait Ift mienne, — • de réprimer les tentatives inconvenantes que* certains hommes ne manqueraient point de ïbïïb, attiréftet éblouis par votre beauté.
— Monsieur;..
— Hélas 1 ce titre de père, j'eus bientôt le droit de le prendre : le colonel mourut subitement pendant un voya^ qu'il fit en Italie; mon correspondant de Rome me transmit la triste nouvelle. Votre douleur, en l'apprenant fut grande; les premiers mois de notre mariage vous virent vêtue de deuU.
-*- 0ht de cœur comme de corps, monaleur, je vous jurai.
— Puis-je en douter, madame, moi qui eus tant de peine,, non pas à vous faire oublier ce malheur^ mais à obtenir de vous de renfermer votre désespoir dans les limites de In raison. Vous eûtes la bonté de m'écouter ; vous finîtes par quitter les vêtements sombres, ou. plutôt les vêtements nombres finirent par vous quitter ; on vous vit sortir de c6 deuil comme, aux premiers jours du printemps, une fleur sort de l'enveloppe grise de i'hiver. Le velouté de la jpusiease, la fraîcheur de la. beauté, n'avaient jamais, diapart de vos joues, mais le sourire s'était exilé de vos lèvres. Peu, à peu... oh ! ne vous en faites pas un reproche, madame : c'est une loi de la nature... peu à peu, le sourire exilé revint, le front assombri s'éclaira, la poitrine oppressée par tes soupirs commença de se dilater dans de joyeuses aspira-
tions; vous revîntes à la vie, au plaisir, à la tsoquetterie; vouô vous refiles femme, et rendez-moi la justice de dire, madame, que je vous servis de guide et desoutien dans ce chemin difficile, plus difficile qu'on ne croit, qui ramène des pleurs au sourire, de la douleur à la joie;
-- Oui, monsieur, dit madaïnB de IHIarande' m saisissant^ la main de son mari, et laissez-moi serrer cette loyale main' qui nfa si patiemment, ai charitablement^ si fraternellement conduite.
— Vous me remerciez d-une faveur que vous m'aver faite ! c'est, en vérité, trop de bonté de votre part.
^ Mais, enfin, monsieur, Hlemanda madame de Marande» tout émue, soit de la scène même qui s'accomplissait, soit, des souvenirs que lui rappelait cette scène, m'e ferez-vous' la grâce de m'expliquer où vous voulez en venir?
— Ah ! pardon, madame ! j'Oubliais et Theure qu'il est, et Iff place où je me» trouve, et la fatigue que vous devez éprouver.
— Monsieur, permettez-moi de vous- dire que vous vous trompez éternellement sur mes intentions.
— J'abrège, madame... Je disais donc que voire rentrée dans le monde, après plus d'un an d'absence, avait produit' une vive sensation. Vous l'aviez quitté belle, il vous revit charmante; rien n'embellit comme le succès : de char* mante que vous étiez, vos succès vous firent adorable.
— Nous voilà revenus aux compliments.
— Nous voilà revenus aux vérités : c'est toujour» là quUl faut en revenir, madame: Maintenant, laissez^moi dire, et, eir quelques mots, j'aurai fini.
— J'écoute.
— Eh bien, madame^ j'ai fait, en vous tirant dé l'obscurité que jetaient sur vous vos vêtements de deuil tre que fil Pygmalion en tirant sa Galathée du bloc de marbre où elle était cachée à tous les yeux. Or, supposez Pygmalion notre contemporain, supposez*-le conduisant! d&ns le monde sec Galathée sous le nom de... Lydie; supposez qu'au lieu d'ai« mer Pygmalion, Galathée n'aime... rien; — vous figureBvous l'angoisse du pauvre Pygmalion, les souffrances, je ne dirai pas même de son amour, mais de son orgueil, lorsqu^il entendra dire : « Ce n'est pas pour lui, le pauvre statuaire, qu'il a animé le marbre; c'est... pour... •
^ Monsieur, la comparaison...
— Oui, je connais le proverbe : c Comparaison n'est pas raison; » c'est vrai. Revenons donc purement et simplement à la réalité, sans métaphore. £h bien, madame, cette éton»-^ nante beauté qui vous conquiert, à vous, mille amis, et nu crée, à moi, mille envieux; cette grâce merveilleuse qui faii bourdonner autour de vous, comme des abeilles autour d'un rosier, la fleur de nos élégants; ce pouvoir que vous avez sur tout ce qui vous environne, et qui attire irrésistiblement tout ce qui passe dans sa sphère; cette beauté magique, enûn, m'effraye et me fait trembler, comme me ferait trembler, la vue d'un précipice au-dessus duquel je me promènerais en votre chère compagnie... Me comprenezvous, madame?...
— Je vous assure que non, monsieur, répondit Lydie. Et, avec un charmant sourire, elle ajouta :
— Ce qui vous prouve, en passant, que je n'ai pas autant d'esprit que vous me faites parfois l'honneur de me le dire.
— II en est de l'esprit comme du soleil, madame : il a ses heures de retraite et de recueillement. Je vais donc, en même temps qu'à votre esprit, tâcher de parler à vos yeux. Vous souvenez- vous qu'un jour, dans notre voyage de Savoie, en sortant d'Ëntremont, en apercevant du haut de la montagne, le Rhône, qui étincelait au soleil comme un fleuve d'argent, à l'ombre comme un fleuve d'azur, vous souvenez- vous que, quittant tout à coup mon bras, et courant sur le plateau, vous vous arrêtâtes avec effroi, en apercevant, à travers les fleurs et les herbes formant un frêle tapis, un abime ouvert devant vos pas, et visible seulement quand on venait d'en atteindre le bord?
"— Oh I oui, je m'en souviens 1 dit, en fermant les yeux et en pâlissant légèrement, madame de Maraude, et je suis heureuse de m'en souvenir; car, si vous ne m'aviez pas retenue et tirée en arrière, je n'aurais, selon toute proba«bUité, pas le bonheur de vous renouveler mes remerciements»
— Je ne les sollicitais point, madame; seulement, par une image, et en éveillant vos souvenirs, je désirais vous expliquer, plus clairement que je ne l'avais fait encore, ce que j'appelûis tout à l'heure un abîme. Eh bien, je le répèle, votre beauté m'effraye à l'égal de ce ravin de six cents pieds que recouvraient des herbes et des fleurs, et j'ai
SALVATOR m
peur qu'un jour nous n'y soyons engloutis l'un et Tautrel... Cette fois, comprenez-vous, madame ?
— Oui, monsieur, je crois que je commence à comprendre, répondit la jeune femme en baissant les yeux.-
— Si vous commencez à comprendre, répondit en souriant H. de Maraude, je. suis parfaitement tranquille : vous ne tarderez pas à comprendre tout à fait t.. . Je disais donc madame, que, remplaçant pour vous un père, — vous save2 que je n'ai jamais réclamé d'autres droits que ceux-là? — je dois jeter, avec une certaine inquiétude, les yeux sur les nuées de beaux, d'élégants, de dandys qui entourent ma fille... Remarquez bien, madame, que ma fille a toute liberté; dan scelte nuée étincelante, pimpante, mordorée, elle peut faire son choix à elle : de ce choix, il n'arrivera jamais aucun malheur; seulement, je crois, non pas de mon droit, mais de mon devoir de lui dire, toujours comme un père : c Bien choisi, mon enfant 1... Mal choisi, ma fille! »
— Monsieur!
— Encore, non 1 je me trompe, je ne lui dirai pas cela : je passerai en revue les hommes qui s'occupent plus particulièrement d'elle, et je lui dirai mon avis sur ces hommes. — Voulez-vous savoir mon avis, madame, sur quelques-uns de ceux qui se sont le plus occupés de vous, hier?
— Parlez, monsieur.
— Nous allons commencer par monseigneur Colletti.
— Oh! monsieur!
— Je n'en parle que pour mémoire, et comme ouverture convenable de liste... D'ailleurs, madame, monseigneur Goletti est un charmant préla^.
— Un prêtre!
— Vous avez raison; aussi, tenez, vous me ramenez tout de suite à votre sentiment : un prêtre n'est pas dangereux pour une femme comme vous^ belle, jeune, riche et libre... ou presque libre; et monseigneur Goletti peut s'occuper de vous publiquement, ou en cachette, venir vous voir au grand jour ou pendant la plus sombre obscurité, personne ne s'avisera jamais de dire que madame de Maraude est la maîtresse de monseigneur Goletti.
— Et, cependant, monsieur..., fit la jeune femme en coupant sa phrase d'un sourire.
— Cependant, il vous aime, ou plutôt il est amoureux de
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VOUS : monseigneur Coletti n'aime que lainaâiKe; — Toilà ce que vous voulez dire, n'est-ee pas?
Le sourire resté en permaaenee sur les lèvres de madame de Maraude était uoe tacite sbdhésion à Topinioit de smt mari.
•*- £h bien, mais^ con^tinua le banquier, un adorateur* dans les hautes dignités de rËglise, eela va assez bien » une jeune et jolie femjia^, surtout quand cette jeune et jdie femme n'est ni prude ni dévote, et a un autre aistaiiit..
■— Un autre amaa^t ! s'écria Lydie^
-^ Remarquez que je ne parle pas de vous prédsément; je généralise, je dis une jeune et jolie femme... Vous êtes jeune parmi les jeunes, jolie parmi les jolies ; miâs, enfin, vous n'êtes pas la seule jeune, la seule jolie femme de Paris, n'est*cepas?
•^ Oh ! je n'ai point cette prétention>*là monsieur.
^ Va donc pour monseigneuc Coletti! Il vous ^ib garder la meilleure loge du Conservatoire quand viemwnt tes eon^ certs spirituels; il vous réserve la meilleure tribune de Saint-Roch pour entendre le Magnificat et le Dm irœ, et il a donné à mon maître d'hôtel des recettes de purée de gibier qui ont fait l'admiration de vos deux sigisbées, M*M. de Courchamp et de Montrond. — Puis il y a, ensuite, un cba^ mant garçon, que j'aime de tout mon cœur...
Madame de Marapde interrogea son masi du œgard; ce regard signifiait clairement : < Qui cela ? »
— Aussi, lalssez-mei vous faire son élege, non pas comme poëte, non pas comme auteur dramatique, ~ vous savez qu'il est convenu que, nous autresi i^aquiers, nous ne connaissons rien à la poésie ni au théâtre, -*- maia comme homme...
— Vous voulez parler de monsieur... ?
Madame de Marande hésita.
I — Je veux parier de M. Jean Robert, parbleu!
- Un second nuage de pourpre, bien autrement intense et
{X)loré que le premier, passa sur le visage de madame de
Marande; son mcari n'en perdit pas la plus petite nuance;
cependant, il parut n'y pas faire attention*
•— Vousaime^M. Jean Robert ? demanda la jeune femme.
— Pourquoi pas? Il est de bonne maison ; son père occupail dans les années Dôpublicaines^^ un grade supérieur à
SALTATOR 1TB
eelui que le vôtre occupait dBns les armées impériales; s'il avait voulu se rallier à la Emilie de Napoléon, peut-être fùt-ii mort marécliaL de France, au lieu de laisser, en mourant, sa famille dans la misère, ou è peu près. Le jeune homme a pris tout cela en main ; il a marché bravement à travers les diUficultés de la vie ; c'est un eœur franc, honnéu&f loyal, qui sait peut-être caciier son amour, mais qui ne sait point cacher ses répulsions. Aiitsi, tenez, moi, par «xemple, il ne m'aime pas...
— Gomment, il iie vous aime pas ? s'écria madame de Marande se laissant emporter. Je lui ai oependant dit...
— D'avoir l'air de m'airaer... £b bien, le pauvre garçon, qiiai<|u'il ait, je n'en diwte pa^s, le plus grand égard à vos recommandations, il ne saurait, sur ce point-là, arriver à vous obéir. Non, il ne m'aime pas! s'il me voit venir d'un côté de la rue, et qu'il puisse^ sans impolitesse, passer de l'autre, il le fait; si je le rencontre, et que, pris à l'improviste, il soit obligé de me saluer, c'est avec une froideur dont serait blessé tout autre que moi, qui remplis ce devoir de courtoisie pour lui faire accepter une invitation chez vous. Hier, je l'ai forcé, littéralement forcé à me donner la main, et si vous saviez ce que le pauvre garçon a souffert pendant tout le temps que sa main est restée dans la mienne! cela m'a touché, et plus il me déteste, plus je l'aime... Vous comprenez cela, n'est-ce pas, madame ? C'est d'un homme ingrat, mais d'un honnête homme.
— JEn vérité, monsieur, je ne sais comment prendre ce que vous me dites !
— Comme il faut prendre tout ce que je dis, madame r comme la vérité. Le pauvre garçon se croit des torts envers moi, cela le gêne.
— Monsieur... mais quel tort ?
— Je ne vous dis pas que ce ne soit point un visionnaire; il est poëte, et tout poëte Test peu ou prou... A propos, une recommandation : il vous fait de» vers, n'est-ce pas?
— Monsieur...
— Il vous en fait; j'en ai vu.
— Mais il ne les imprime pas I
— Il a raison, s'ils sont mauvais; il a tort, s'ils sont bons. Qu'il ne se gêne pas pour moi ! J'y mets une condition, cependant.
180 SALYATOR
— Laciuelle, s'il vous plaît ?... Qu'il n'y ait pas mon nom?
— Au contraire, au contraire I Peste ! des mystères avec nous, ses amis! Non pas !... Que votre nom y soit en toutes lettres. Qui diable verra du mal à des vers faits par un poëte à une jolie femme? Quand M. Jean Robert adresse des vers à une fleur> à la lune, au soleil, met-il une initiale ? Non, n'est'il pas vrai ? il met leur nom tout entier. Gomme la Qeur, comme la lune, comme le soleil, vous êtes une deâ douces, des belles, des bienfaisantes créations de la nature; qu'il vous traite donc comme le soleil, comme la lune, comme les fleurs.
— Aht monsieur, si vous parlez sérieusement...
— Oui, j'entends, cela vous rend la poitrine plus légère.
— Monsieur...
— Ainsi, c'est convenu : bon gré, mal gré, M. Jean Robert reste au nombre de nos amis; et, si l'on s'étonne de ses assiduités, vous direz — ce qui est vrai — que ce n'est ni vous ni lui qui avez désiré ses assiduités, mais que c'est moi, moi qui rends pleine justice au talent, à la délicatesse, à la discrétion de M. Jean Robert.
*- Quel homme étrange vous faites, qaonsieur! s'écria madame de Maraude; et qui me dira le secret de votre singulière affection pour moi ?
— Vous géne-t-elle, madame? demanda M. de Marande avec un sourire qui ne manquait pas d'une certaine mélancolie.
— Oh! non, Dieu merci!... seulement, elle me fait craindre que...
— Eh bien, que vous fait-elle craindre?
— C'est qu'un beau jour.... Mais non, il est inutile que je vous dise ce qui me passe par l'esprit, ou plutôt par le cœur.
— Dites, madame, si ce que vous avez à dire peut être dit à un ami.
— Non ; cela aurait presque l'air d'une déclaration. M. de Marande regarda fixement sa femme.
— Mais, enfin, monsieur, dit-elle, ne vous est-il point parfois venu une chose à l'idée?
M. de Marande continua de regarder sa femme.
-* Quelle chose? Voyons, madame! flt-iï après un instant de silence.
SALVATOR ih\
^ C'est que... si ridicule que cela soit^ une femme puisse devenir amoureuse de son mari.
I3n nuage passa rapidement sur le visage de M. de Marande; il ferma les yeux, et l'obscurité, pour ainsi dire, se lit sur sa physionomie.
Puis, secouant la tête, et comme sortant d'un songe :
— Oui, dit-il, si ridicule que cela soit, cela peut être... Priez Dieu, madame, qu'un pareil phénomène ne se produise pas entre nous 1
Et, à voix basse, il ajouta en fronçant le sourcil : •» Ce serait un trop grand malheur pour vous... et surtout pour moil
Puis, se levant, il fit deux ou trois tours dans la chambre, affectant de rester dans la partie de l'appartement qui était à la tête du lit de madame de Marande, et où, par conséquent, les regards de celle-ci ne pouvaient le suivre.
Cependant, grâce à un miroir placé auprès d'elle, Lydie remarqua que son mari s'essuyait le front, et peut-être même les yeux, avec un mouchoir.
Sans doute M. de Marande s'aperçut-il que son émotion, quelle qu'en fût la cause, le trahissait aux yeux de sa femme; car, rassérénant son visage et forçant ses lèvres et ses yeux à sourire, il revint s'asseoir sur le fauteuil resté vide pendant quelques minutes.
Puis, après un instant de silence :
— Maintenant, madame, reprit-il de sa voix douce, maintenant que j'ai eu Thonneur de vous dire mon opinion sur monseigneur Coletti et sur M.. Jean Robert, il me reste à vous demander la vôtre sur M. Lorédan de Valgeneuse.
Madame de Marande regarda son mari avec un certain étonnement.
— Mon opinion sur lui, monsieur, répondit-elle, est celle de tout le monde.
— Dites-moi celle de tout le monde, alors, madame.
— Mais M. de Valgeneuse...
Elle s'arrêta, embarrassée d'aller plus loin.
— Pardon, monsieur, dit-elle, vous me paraissez avoir des préventions contre M.- de Valgeneuse.
— Des préventions, moi ? Dieu nie garde d'avoir des préventions contre M. de Valgeneuse! non, j'écoute seulement
tS2 SALVATOR
ce que l'on dil... Vous savez ce que l'on dit, n'est-ce pas, de M. de Valgeneuse?
— Il est riche, il a des succès, il est fort bten en cour : c'est plus qu'il n'en faut pour qu'on dise beaucoup de'm«l de lui.
— Savez-vous le mal qu'on en dit?
— - Comme je sais le mal, monsieur : fort médiocrement.
— Eh bien, voici ce qu'on en dit... Parlons de sa richesse, d'abord.
«— Elle est incontestable.
— Certainement, dans le fait de son existence, mais contestable, à ce qu'il paraît, dans la façon dont elle a âé acquise.
— Le père de M. de Valgeneuse n'a-t-il pas hérité cette fortune d'un frère aîné?
— Oui ; seulement, il court sur cet héritage une sombre histoire; il s'agit de quelque chose comme un testament qui aurait disparu à la mort de ce frère aîné, frappé, au moment où l'on s'y attendait le moins, d'une apoplexie foudroyante. Il y avait un fils... Avez-vous entendu parler de cela, madame?
— Vaguement : le monde que voyait mon père n'était pas celui de M. de Valgeneuse.
— Votre père était un honnête homme, madame, et il y a un proverbe sur le monde que l'on voit. Eh bien, il y avait un fils, un jeune homme charmant, que les héritiers, ceux qu'on accuse, — quand je dis qu'on accuse, il ne s'agit point ici, bien entendu, d'une accusation devant la cour d'assises, — que les héritiers, dis-je, ont chassé de la maison de son père ; car, de notoriété, il était fils du marquis de Valgeneuse, neveu du comte, et cousin, par conséquent, de M. Lorédan et de mademoiselle Suzanne. Alors, ce jeune nomme, habitué à une grande existence, se trouvant tout à coup sans ressources, s'est, dit-on, brûlé la cervelle.
— C'est, en effet, une sombre histoire, que celle-là î
— Oui, mais, qui au lieu d'assombrir la famille, l'a fort réjouie. Le jeune homme vivant, d'un moment à l'autre le testament pouvait se retrouver, et le véritable héritier reparaître, armé de ce testament; mais, l'héritier mort, il n'y avait point de chance que le testament reparût tout seul. YoUà pour la richesse, — ûuaat aux succès do M, de Val-
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gêneuse dans le monde, je présume que, par le mot succès, vous entendez bonnes fortunes.
— N'est-ce point ainsi que cela s'appelle? dit madame de Marande en souriant.
^ Ëii bien, quant à ses succès, il paraît qu'ils sont limités aoz femmes du grand monde, et que, quand il s'adressp tout bonnement à ce <iue l'on appelle des filles du peuple, malgré l'assistance généreuse que prête, en ces circonstances, à son frère mademoiselle Suzanne de Valgeneusre, le jeune* hoomie est quelquefois obligé d'employer ia violence.
— Obi monsieur, que dites-vous ià?
— Une chose que monseigneur Coletti vous dirait proba» blement mieux que moi, car, si M; de Valgeneuse est bien en cour, c'est par l'Église.
— Et vous dites, monsieur, demanda madame de Marande, qui prenait un certain intérêt à ces accusations, vraies ou fausses; vous dites que mademoiselle Suzanne seconde son frère dans ses entreprises amoureuses?
— Oh! cela, c'est connu 1 et, vraiment^ les personnes qui savent l'amitié passionnée que mademoiselle Suzanne porte à son frère lui en tiennent compte. Mademoiselle Suzanne a celte différence avec' son frère, qu'elle aime, elle, la vie de famille, et qu'elle met tous ses plaisirs, presque tous du moins, dans son intérieur.
— Ohl monsieur, et vous croyez à de pareilles calomnies? ^ Moi, madame, je ne crois à rien, excepté au cours de
la rente, et encore faut-il que je le voie imprimé au Moni" teur. Mais ce à quoi je crois, par exemple, ohl c'est à la fatuité et à l'indiscrétion de M. de Valgeneuse. Il est comme le limaçon sous ce rapport : il salit les réputations qu'il ne mange pas I
— Ah! vous n'aimez pas M. de Valgeneuse, monsieur! ût madame de Marande.
— Non, je l'avoue... L'aimeriez-vous, par hasard, vous, madame ?
— Moi! vous me demandez si j'aime M. Lorôdan?
— Mon Dieu, je vous demande cela comme je vous de . manderais autre chose; seulement, je me suis servi d'une mauvaise locution; je sais bien que vous n'aimez personne dans le sens absolu du mot. J'aurais dû vous dire : c M. Lorédan vous plait-ilî »
— Il m'est indifférent.
— Bien vrai, madame?
— Oli 1 je vous le proteste! seulement» pas plus à lui qu'à uu autre, je n'aimerais à voir arriver un malheur qu'il n'aurait pas mérité.
.— Eh! qui peut désirer de pareilles choses? Aussi je vous assure, madame, qu'il n'arrivera, — de mon côté, du moins... de ma part, si vous Taimez mieux, — à M. de Yalgeneuse, que des malheurs mérités.
— Mais quels malheurs peut donc mériter M. de Valgeneuse, et comment ces malheurs pourraient-ils lui venir de vous?
*- Ëhl madame, bien simplement! Ainsi, par exemple, cette nuit, M. de Valgeneuse vous a fait une cour trèsassidue...
— A moi?
— A vous, oui, madame... Il n'y avait pas d'inconvénient, c'était chez vous, et l'on pouvait considérer celte affectation de M. de Valgeneuse à se trouver sans cesse sur vos pas comme une marque de courtoisie... peut-être exagérée, mais cependant excusable, envers son hôtesse. Touteibis, vous comprenez bien? vous allez à d'autres soirées que les vôtres; vous rencontrerez M. de Valgeneuse dans le monde: eh bien, si, pendant huit soirées seulement, il fait ailleurs ce qu'il a fait ici, vous êtes une femme compromise... Eh! mon Dieu, je ne veux pas vous effrayer, madame; mais, le jour où vous serez une femme compromise, M. de Valgeneuse sera un homme mort!
Madame de Maraude jeta un cri.
— Oh I monsieur, dit-elle, un homme mort à cause de moi! tué pour moi ! ce serait le remords de toute ma vie.
^ Mais qui vous dit donc que ce serait pour vous et è cause de vous que je tuerais M. Lorédan?
. — Vous-même, monsieur.
— Je n'ai pas ait un mot de cela. Si je tuais M. Lorédan pour vous ou à cause de vous, vous seriez bien autrement compromise après qu'avant sa mort; non, je le tuerais à propos... de la loi sur la presse ou de la dernière revue de la garde nationale, comme j'ai tué M. de Bedmar.
— M. de Bedmar? s'écria Lydie pâlissant affreusement.
SALYATOR 185
— Eh bien, continua M. de Marande, est-ce qu'on a Jamais su que c'était pour vous et à cause de vous?
--Vous avez tué M. de Bedmar? répéta madame deMarande.
— Oui; l'ignoriez- vous donc?
— Oh! mon Dieu 1
— Je vous avoue, cependant, qu'un instant j'ai hésité. Vous savez ou vous ne savez pas que j'avais des motifs pour mépriser M. de Bedmar : dans une circonstance, j'avais acquis la conviction que sa conduite n'avait pas été celle d'un honnête homme. On m'écrivit — un de mes correspondants d'Italie — que, le 20 novembre 1824, M. de Bedmar serait à Livourne. Je me rappelai que j'avais à Livourne une affaire importante; j'y arrivai le 19 novembre; M. de Bedmar y arriva à son tour. Alors, je ne sais comment cela se fit, nous eûmes, sur le port même de Livourne, et au moment où il y débarquait, une discussion pour une cause bien futile, à propos d'un commissionnaire. La discussion s'envenima; bref, je me trouvai insulté, et lui demandai raison de cette insulte, tout en lui laissant le choix des armes, comme c'est mon habitude : il eut le tort de choisir le pistolet, arme brutale, qui déchire, qui casse, qui tue. Séance tenante, nous prîmes rendez-vous aux cascines de Pise. Arrivés sur le terrain, nos témoins nous placèrent à vingt pas; on jeta un louis en l'air pour savoir qui tirerait le premier : le sort lui échut. Il tira... un peu bas; la balle me traversa la cuisse.
— Vous traversa la cuisse? s'écria madame de Marande. » Oui, madame, sans attaquer l'os, heureusement.
— Mais je n'ai jamais su que vous ayez été blessé. .
— A quoi bon vous tourmenter d'une blessure qui était guérie au bout de quinze jours?
: — Et, tout blessé que vous étiez, monsieur...? ' — Je l'ajustai... Ce fut à ce moment, je vous Tai dit, que f hésitai : c'était un fort beau garçon, dans le genre de M. de Valgeneuse; je me disais : c Peut-être, comme M. de Valgeneuse, est-il aimé d'une mère, d'une sœuri » J'hésitai... En appuyant d'une ligne à droite ou à gauche, je le manquais, et, comme j'étais blessé, le duel finissait là. Mais je me rappelai que M. de Bedmar avait indignement trompe une jeune fille; que lui aussi avait tenu au bout de son pistolet le père de cette jeune fille qui était venu lui demander
raison de l'outrage, et qu'il avait, le misérable I tué le père de cette jeune fille. Alors, je visai droit à la poitrine; la balle lui traversa le cœur, et il tomba sans pousser un soupir.
- Monsieur, s'écria madame de Maraude, monsieur... vous dites que mon père...?
— Avait été tué en duel par M. de Bedmai», madame; c'est la vérité. Vous voyez bien que j'ai eu raison de ne pas plus lui faire grâce qu'en pareille circonstance, je ne ferais grâce à M. de Valgeneuse.
Et, saluant sa femme d'un visage aussi calme qu'il était entré, M. de Marande sortit, suivi par le regard effaré de madame de Marande.
~ Oh ! murmura Lydie en laissant retomber sa tête sur son oreiller, que Dieu me pardonne ! mais il y a des moments où je crois que cet homme m'aime... et que je l'aimel