Cf. Saint Marc, 4, 3; Saint Mathieu, 20, 1, etc
Fort, 2
un grand voyage à travers l'Italie. On séjourna plusieurs mois à Rome et à Naples. Sam en garda une impression ineffacable. Cette première visite, à l’âge tendre où déjà les goûts se forment chez les natures sensibles, déclencha dans le secret de son âme le mécanisme d’un mystérieux attrait. Sa mémoire emmagasina de belles images de couleurs, de vieilles pierres, de foules bigarrées ; la vision d’un pape dans une basilique, les sonorités caressantes de cette langue qu’on lui faisait apprendre, et les mœurs surprenantes, mais non rébarbatives, de ces étrangers vraiment étranges qui disaient, en des conversations dont il retenait des bribes, des choses dont plus tard il goûterait toute la saveur!. C’est en Italie qu’à trentecinq ans, souffrant, désabusé, et déjà aigri, ce futur explorateur de l’art préraphaélite aura la révélation de sa véritable patrie spirituelle.
Mais le voyage ne dura que trois mois; et, le beau rêve évanoui, l’on se retrouva à Langar comme devant. Si Samuel y fut moins consciemment malheureux qu’il le laissera entendre plus tard, il n’en dut pas moins avoir, comme tout autre enfant, ses crises de malaise, de révolte ou d’exaltation, ses pelues refoulées, ses premières hypocrisies. Il manquait de vigueur physique et son développement fut tardif. Comme Ernest Pontifex, « at thirteen or fourteen he was a mere bag of bones, with upper arms about as thick as the wrists of other boys of his age; his little chest was pigeon-breasted ; he appeared to have no strength or stamina whatever? ». En fin de compte, « the timidity natural to childhood increased upon him to an extent that I am afraid amounted to cowardiceÿ ».
Cette insuffisance de vigueur physique, ce défaut de vitalité, faisaient de lui un enfant maussade, sans grâce, timide à l'extrême. Il devait ainsi rebuter, non seulement son père, déjà peu disposé à se pencher sur lui, mais même ses sœurs, même ses jeunes camarades. Un enfant si fermé ne se livre à personne, par crainte d’être bousculé et « bullied », au physique d’abord, mais plus encore au moral. Samuel s’en-
1. Par ex. : l'expression « Povero disgraziato l» citée dans Erewhon ch. X, Mae: