Jbid
tendit peut-être assez bien avec son frère Tom!, mais l’animosité qu'il montra toujours pour ses sœurs (surtout pour Harriet) est trop forte pour ne pas dater des toutes premières années. Harriet faisait peser sur lui une contrainte que légitimait sa situation d’aînée, et où se donnait libre cours un caractère déjà autoritaire, entier et volontiers agressif2. Et le jeune Sam, enfant tranquille et sans robustesse, accumulait dans son cœur naturellement susceptible les déceptions, les craintes et d’obscures rancunes.
Les premiers éléments d'instruction lui furent donnés à Langar. À deux ans son père avait commencé à lui apprendre à lire, s’aidant des verges. À quatre ans à peine passés, il entreprit le latinÿ, avec les mêmes méthodes de terreur. De gré ou de force et tant bien que mal, par un bourrage systématique, Samuel apprenait sa grammaire par cœur. Puis, lorsqu'il eut dix ans, on l’envoya à l’école d’Allesley. Il ne dut pas y être mauvais élève, mais appliqué, passif, craintif et docile. Il poursuivit l’étude de la grammaire latine et grecque (celle d’Eton), il traduisit quelques auteurs latins (Virgile, Horace, Tite-Live), il termina son arithmétique, et absorba consciencieusement les éléments de la géométrie plane. Sa culture d’écolier de douze ans comprenait aussi un peu de français, et les notions d’italien qu’il avait acquises pendant son voyage de 1843. Il se lia avec quelques camarades, mais 1l ne semble pas avoir gardé de cette école un souvenir particulièrement agréable. Il y retrouvait trop souvent sans doute le solennel ennui qui lui pesait tant à Langar. Et tel David Copperfield déchiffrant les inscriptions funéraires pour se tenir éveillé, ou Tom Brown regardant un camarade graver son nom sur le dossier du banc, il se distrayait à la prière et aux offices en admirant les bulles de salive soufflées par son talentueux vis-à-vis5.
1. Celui-ci était un garçon plus robuste. A Langar il était toujours hors de la maison, à chasser et à pêcher. Fam. Rel., Y4ler.
2. Fam. Rel., p. 63 : « In her young days, she used to go into a sort of cataleptic fit, stiff and rigid, if she did not get her own way ».. « A terrible person to live with ! »
3. « I began latin when only a few months over four years old, and my father thrashed it into me (I mean physically) day after day for years ». M., I, 59.
4. Tom Brown's School days, ch. VII, p. 133. — Cf. aussi : « Aulobiography of Mark Rutherford » (Wm. Hale White), p. 7 : « If the chapel were now in existence, there might be traced on the flaps of the pew in which we sat, many curious designs due to these dreary performances. » Ces réminiscences d’écoliers victoriens rendent toutes le même son.