‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 102 sur 255 · Voir plus bas, The authoress of the Odyssey, chap. XV · texte numérisé non relu

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2. « Both my friend Jones and I should regard any poking fun at Hande as a mauvaise plaisanterie of the most odious kind. We adore him. » Lettre de Samuel Butler, 14 oct. 1901. — M., IT, 356.

3. Gavottes, Minuets, Fugues and other short pieces for the piano, by Samuel Butler (autnor of Erewhon, Life and Habit, etc.) (op. 1, Mus) and Henry Festing Jones (op. 1), London, Novello, Ewer and C°, 1886.

musicien de professiont. En même temps, il poursuivait un projet plus ambitieux. Il avait entrepris, aidé par Jones, d'écrire une œuvre à la manière de Haendel, qui devait s’intituler Canlale Dramatique maïs qui n’est autre chose au fond -qu'un oratorio-bouffe?. On saisit dans ce seul détail, le glissement presque involontaire de l’imitation à la parodie. Même dans son intention, l’idée était loin d’être neuve. Ici, comme en d’autres sujets, Butler suit la mode à sa manière, L'’opérette-bouffe était moins en vogue que du temps d’Offenbach, mais Orphée aux Enfers et la Belle Hélène (que Butler connaissait) étaient toujours au répertoire des grandes scènes lyriques d'Europe. D'autre part, Butler ne fut ni le seul, ni même le premier à parodier les oratorios de Haendel. Peut-être aurait-il été mortifié s’il eût su que le Chanoiïne Aïnger, vers 1865, avait, dans un cercle de joyeux amateurs, collaboré à la composition d’un oratorio à la manière de Haendel, appelé la Fêle de l'HuitreS. À vrai dire, cette œuvre ne vit jamais le jour, ses auteurs ne l’ayant considérée que comme une plaisanterie et un passe-temps. Butler prenait ses délassements plus au sérieux. Narcissus, presque terminé en 1886, eut quelques répétitions dans divers salons ou ateliers d'artistes, et parut en librairie en 1888. La musique en est terne, sans éclat et sans verve. L'ensemble est nettement ennuyeux. La manière de Haendel, large et simple, se prête mal à l’humour, qui veut de la finesse dans le détail, et à la parodie, qui exige l’exagération de traits caractéristiques. Butler admirait en toute sincérité son maître Haendel d’avoir répété cinquante et une fois l’adverbe « continuellement » dans un développement. C’est ce genre de procédés qu’il essaie d’imiter dans sa Canale.

1. Cf. Lettre inédite de Samuel Butler à Mrs. Danvers, 23 nov. 1884 (communiquée par Mr. F.B. Kayes). On y relève la phrase suivante : « I am going to have my lot looked over by a professional musician, for I found consecutive fifths and consecutive octaves the other night in a piece which I cd (could) have vowed was correct and it gave me a great scare. »

2. « Although we were trying to imitate Handel we did not dare to call our work an Oratorio, still less did we dare to call it an Oratorio-Buffo, which is what it really is, so we called it a Dramatic Cantata... » H. F. Jones, M., IT, 64.

3. « The Oyster Feast », par allusion plaisante à l’oratorio de Haendel«Alexander’s feast ». Cf. The Life and Leïlers of Alfred Ainger, by Edith Sichel, Nelson, p. 94.

4. M., 1, 294 : « The Chorus « To Thee Cherubim and Seraphim continually do cry » was wonderful. I have counted the « continually’s » and find the word repeated 51 times, If you will say the word « continually » ten times on each of your five fingers, you will find it gives you an idea of the fine effect produced. » (Lettre de Samuel Butler à Miss Butler, 14 mars 1879).

Mais, détails pleins d’une juste signification dans un ensemble grandiose, de telles intentions manquent complètement leur effet dans une composition étriquée et fade, à qui fait défaut la sûreté technique et le souffle de l'original. Le livret, parodie du style pompeux du Df Morell (le librettiste de Hooudel est meilleur. Le voici en peu de mots : un berger et une bergère spéculent à la Bourse. Narcisse y perd son argent. Amaryllis, prudente et terre à terre, refuse alors de l’épouser. Survient un messager porteur de bonnes nouvelles : la tante et marraine de Narcisse vient de mourir, lui laissant cent mille livres. Les deux amoureux chantent leur joie. Mais sont-ils guéris ? Nullement. Narcisse voudrait sur-le-champ reprendre des actions de compagnies lointaines, prometteuses de beaux dividendes. Amaryllis cependant lui conseille des placements plus sûrs. Ils prendront donc de la rente à 3 %, car

Of all securities on earth, The English Funds are Best (paroles de H. F. Jones).

Et le rideau tombe sur un chœur qui répète en cascade :

Consolidated Three Per cent Annuilies paid Quarterly.

Le thème et le livret appellent quelques remarques. Une appréhension ironique des entreprises féminines révèle le célibat déjà quelque peu endurci des auteurs. Le mobile principal de l'intrigue est l’argent, avec cette idée sous-jacente que la poésie, les bergers, l’air du temps ne sont que de gracieuses illusions. Les bergers doivent songer à arrondir leur pécule. Comme Narcisse, Butler — ancien berger d’une rude Arcadie — avait perdu son bel argent en des spéculations hasardées, et ne devait le rétablissement de sa situation financière qu’à un héritage tout récent. La Sophronisbe de Narcisse rappelle Alethea Pontifex, tout à la fois tante et marraine d’Ernest. Les couplets de l’un et de l’autre auteur ne sont dépourvus ni de facilité ni d'élégance; ceux de H. F. Jones contiennent quelques trouvailles humoristiques; ceux de Butler, sous le balancement moqueur des mots, sont parfois chargés de sens. Toutes les occasions lui étaient bonnes pour philosopher, et si le thème à traiter est, par exemple, celui de la vie et de la mort, ses idées personnelles sur ce point s’expri-

Fort, 15

meront aussi bien par la bouche d’une bergère de théâtre que dans les pages de Luck or Cunning? :

Oh ! wondrous scheme decreed of old on high, To take and yel lo give,

He that is born begins lo die,

And he that dies lo live.

For Life is Death and Death is Life,

A harmony of endless strife,

And mode of universal growth

Is seen alike in both1.

Cette bizarre composition n’était point encore achevée, que Butler et Jones envisageaient un autre oratorio. Le sujet, cette fois, était tiré de l’Odyssée. Butler, plus persévérant que son collaborateur, termina sa partie le premier. H. F. Jones, peut-être fatigué de ces insipides imitations, tarda tant à s'acquitter de sa tâche, que lorsque Butler mourut en 1902, Ulysses était encore inachevé. Il ne parut qu’en 1905?. En dehors de la musique vocale, l'ouverture, le prélude du troisième tableau et une marche sont de Butler. On sent que les auteurs ont cette fois pris leur sujet au sérieux. La musique est plus travaillée; la partition est aussi plus volumineuse. Le livret, traité dans le style pseudo-classique, est sans beautés, sans hardiesses, sans saillies parodiques ni envols lyriques. L'œuvre est découpée en quatre tableaux : Circé — Hades — Les Sirènes — Ithaque. Son seul intérêt est de montrer comment, vers 1886, Butler s’acheminait, par une voie détournée, vers l'étude des poèmes homériques, et en particulier de l’Odyssée.

1. Narcissus, part. II, n° 22, Chorus (à l'annonce de la mort de Sophronisbe). cf. pour la même idée : Luck or Cunning ?, pp. 74, 75.

2. « At the time of his death, 18 June 1902, Samuel Butler had completed his part of Ulysses. Since then I have finished my share and am now able to fulfil one of his last wishes by publishing the work ». Note de H. F. Jones dans la partition (réduite pour le piano), Weekes and C°, London, 1905.

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