‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 107 sur 255 · Alfred Emery Cathie, alors àägé de 22 ans · texte numérisé non relu

Alfred Emery Cathie, alors àägé de 22 ans

3, « From this time, therefore, until the death of my mother in 1900, I received £ 200 a year from Butler; no other alteration took place in the relations between us except that, as I was now free, we vere more together. » M., IT, 47.

si les causes de tourment ont diminué, celles qui restent vont suffire à l’éveiller à nouveau : ce sera l’ombre de Darwin, ou cette «conspiration du silence » à laquelle il attribuait l’éternel échec de ses livres. Cependant, les quinze dernières années

de sa vie semblent malgré tout plus paisibles que les décades précédentes. D'une humeur toujours un peu redoutable pour ceux qui l’approchent, on le trouve moins prêt à disputer, moins ardent à se défendre, à attaquer; ou plutôt, s’il part encore en guerre, c’est davantage pour des raisons de principes et d'idées, eb moins pour des raisons personnelles. En somme, les effets de l’âge et l’apaisement de tant de souci$ l’ont rendu, au sens populaire du mot, plus philosophe.

Sa carrière littéraire ne marque pas le rebondissement qu’on pourrait attendre d’elle, lorsque prennent fin des conjonctures si déprimantes. N'ayant plus à lutter contre vents et marées dans l’espoir acharné de se faire une carrière lucrative, privé en même temps du vigoureux entraînement de Miss Savage, Butler cède plus volontiers à une certaine paresse. Ces ferments d'activité ou de rébellion l’avaient poussé presque malgré lui à d’intéressantes démarches. Désormais il ne se départ plus de son principe, qui est de ne faire que ce qu’il a plaisir à faire, d’éviter le laborieux et l’ennuyeux. La pente naturelle de son esprit le conduit à éviter les grandes constructions de l'imagination; il va vers les problèmes qui stimulent sa curiosité, les énigmes mal résolues dont l’homme doit être la clef. Ainsi l’année 1886 marque dans sa vie un tournant critique; elle la partage en deux époques, dont la première paraîtra peut-être la plus intéressante, la plus féconde et la plus originale. A plusieurs égards, cette date est une fin. Bien que H. F. Jones leur consacre dans sa biographie autant de place qu’aux précédentes, les quinze dernières années, au lieu d’une vigoureuse reprise ou de l’épanouissement attendu, n’apportent qu’un éparpillement d'’intérêts, la révélation d’une fatigue de l'imagination et un ralentissement de la faculté créatrice. Butler a désormais trouvé son équilibre philosophique. La religion et la science ne peuvent plus rien ni pour lui ni contre lui. Son dernier livre sera, à la vérité, une satire amusante et dure de la naissance d’un mythe religieux. Mais cette idée-là, pas plus que ce projet, ne sont nouveaux. Le second Erewhon, s’il ferme symboliquement une carrière mouvementée et diverse, ne marque pas un renouvellement de la manière ou de la

pensée de l’écrivain ;il n’est pas l’épanouissement ou le couronnement magnifique du premier, il n’en est qu’une suite, un rebondissement. D'autre part, la critique des théories transformistes ne lui inspirera plus que les quelques pages de The Deadlock in Darwinism. Il a définitivement abandonné le roman des Pontifex!. Ex Volo ne sera pas autre chose qu’un addendum au livre sur les Alpes. Butler va désormais se consacrer à des travaux d’humaniste et de biographe; il publiera une vie de son grand-père, des traductions d'Homère, une interprétation de l’Odyssée, une étude des Sonnets de Shakespeare. Partout on reconnaîtra, certes, la même curiosité vigilante, le même sens de l’humour, le même souci de l’humain. Mais ces œuvres sont dépourvues d’une vigueur et d’une originalité que l’on trouve parfois dans les œuvres précédentes, et que ne peuvent compenser une ordonnance plus réfléchie ou une attention minutieuse au détail. Le seul monument auquel Butler travaille jusqu’à sa mort d’une même haleine n’est pas à proprement parler un ouvrage littéraire : ce sont ses « Cahiers de Notes » où, d’un trait persévérant et fin, il grave à loisir le portrait de sa curieuse intelligence.

1. Cependant lorsque vers 1889 la lecture des lettres du Dr Butler l’eut rempli d’admiration pour le caractère de son grand-père, il regretta de l’avoir dépeint sous des traits inexacts dans le personnage de Georges Pontifex, et décida de faire les retouches nécesssaires pour lui rendre justice. Mais le temps, ou le courage, lui manquèrent (M., II, 73).

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