‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 117 sur 255 · Life and Letters of D'. S. Buliler, vol. I. p · texte numérisé non relu

Life and Letters of D'. S. Buliler, vol. I. p

l'influence exercée par le célèbre directeur. Mais les résultats obtenus le touchent moins que la sincérité absolue de son zèle, sa bonté, sa conscience stricte et droite, et, malgré la vivacité de son tempérament, une maîtrise parfaite de soi-même, qui lui permettait de supporter avec tact et fermeté les situations les plus délicates!. Bien des traits de moralité pour lesquels Butler n’aurait eu que doute et suspicion s’il les avait rencontrés chez ses contemporains, commandent sans réserve son respect. Cette affection admirative a même fini par dépasser les limites de son objet, semble baigner la lignée tout entière des Butler, le milieu sociale et l’époque. L'âme humaniste du biographe se fond dans une sympathie diffuse, mais véritable, pour ses personnages : assez éloignés de lui pour qu'il n’ait rien à redouter d’eux, ils sont cependant assez proches encore pour que l'effort qui les ressuscite le divertisse et l’attendrisse à la fois. Ce livre, enfin, appelle une dernière remarque. La parenté du sujet et de son biographe rend presque inévitable un parallèle entre eux?. Butler, en tout cas, l’esquisse à sa manière. Heureux d’avoir découvert au-dessus de lui, dans l’arbre généalogique, un ancêtre aussi recommandable, il souligne avec une satisfaction visible les traits de caractère ou les attitudes mentales qu’il sait ou croit-être aussi les siens. Ainsi, travers fréquent, le peintre se trahit, se peint luimême dans son portrait. Il n’est rien, par exemple, que Butler déteste davantage que les déchaînements de la colère, la perte momentanée de l'équilibre de l'humeur, avec ses excès et ses dangers. Cependant, il est de tempérament irascible, et volontiers entêté dans sa rancune*; mais c’est un défaut contre lequel il lutte de toutes ses forces, et il lui plaît de trouver chez son grand-père, avec l’impatience instinctive et l'humeur

1. Voir, par exemple, ses relations extraordinaires avec son sous-directeur Jeudwine. Les deux hommes, nommés ensemble à Shrewsbury, se brouillèrent dès les premiers jours et cessèrent de se parler. Ils ne communiquaient que par lettres. Jeudwine étant inamovible, cette situation dura trente-sept ans. Les deux hommes se réconcilièrent cependant en 1835. Jeudwine étant à l’agonie,le Dr. Butler vint communier avec lui. Samuel Butler admirait fort cette scène, Life and Letters of Dr. Samuel Butler, II, p. 40-41.

2. H.F. Jones l’a tenté dans son Mémoire (II, 73-81) avec plus de zèle que de bonheur. Il essaie de prouver que Samuel Butler avait toutes les qualités de son grand-père, sauf l'esprit de société.

3. Les commentaires de H. F. Jones, essayant dans une des pages ci-dessus indiquées de le laver de ce reproche, sont singulièrement embarrassées et peu convaincantes. Il doit d’ailleurs avouer qu’à la suite de ses fâcheries, Butler se conduisait parfois « in an extremely unpleasant manner »,

vive des êtres de forte vitalité, la puissante maîtrise de soimême qu'il rêve de posséder. Butler note aussi avec malice quelques exemples d’arrière-pensées, d’intentions secrètes, d’attitudes doubles. Celui-ci entre autres : le Dr Butler avait, publié, sous un pseudonyme, une brochure intitulée : Thoughts on the Present System of Academic Éducation in the University of Cambridge!. Samuel croit dépister là, et il y applaudit, une démarche compliquée. La mission officielle du Docteur, érudit célèbre et pontife de la culture classique, était de promouvoir les études latines et grecques; mais sous le couvert de l’anonymat, il combattait la doctrine traditionnelle. L'étrange c’est que le « pamphlet » ne traite que de l’enseignement des mathématiques, et qu’ « Eubulus » s’y efforce de montrer que la spécialisation scientifique est néfaste aux étudiants des Universités. Mais, allègue Butler, l’auteur voulait laisser entendre que le même argument s’applique, par extension, aux humanités. La clef de cette intention secrète lui est donnée par une phrase qui lui semble révélatrice :« we almost seem, écrit le pédagogue, to neglect the sense for the sound 1 »., Des remarques de ce genre se perdent par l’excès même de leur subtilité. A force de chercher à lire à travers l’évidence des faits, le biographe imprudent réduit ses documents à n’être qu’une pelure, pour lui transparente, sous laquelle il déchiffre tout ce que lui suggère son imagination ou son préjugé. Butler commente avec plus de prudence l’attitude de son grand-père vis-à-vis des poèmes homériques 16. L’auteur de la Modern and Antient Geography savait, affirmet-il, que la question était brûlante. Il ne l'avait pas étudiée assez sérieusement pour s'engager sur le fond, « but he seems to have retreated from hîs original view that the Odyssey was by more than one hand, though not feeling as confident as I could have wished to see him that it was not written by the author of the Iliad ». Plein de sa récente découverte sur l’origine de l'Odyssée, Butler ajoute naïvement : « He does not seem io have even suspected the Silician origin of the poem ». Il conclut en déclarant : « It is not paradoxical to say that if the Odyssey had been harder to unterstand it would have

1. Parue en 1822, signée « Eubulus ». Le savant philologue et pédagogue Monk l'ayant pris à partie dans un article signé « Philograntus », Dr. Butler riposta à cette attaque par une Lelier to Philograntus from Eubulus.

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