Life and Letters of Dr. Butler, 1, p
been sooner understood ». « Comprendre » réclame ici une interprétation toute subjective ; et cette dernière remarque, comme mainte autre de Butler, est à la fois fine et profonde dans sa généralité, naïve et téméraire dans son intention particulière,
Cette monographie ne saurait être mise au rang des grandes biographies littéraires. Quoi qu’en ait pensé son auteur, les lettres citées sont rarement d’un très vif intérêt. L'ouvrage se ressent aussi du remaniement de la dernière heure. Un critique le tient pour le seul livre ennuyeux de Butler, mais la raison n’en est peut-être pas uniquement, comme il le dit, que Butler savait haïr, mais non aimer!. Les rôles sympathiques, dans The Way of AU Flesh, s'ils sont plus rares que les autres, n’en sont pas pour autant moins finement tracés. Nous pensons que la froideur de cet ouvrage tient surtout à son genre même, qui convenait mal à l'humeur et au talent de l’écrivain. Les personnages de The Way of Al Flesh sont pétris d'éléments vécus, et qui gardent en eux une trace de vie. C’est avec cette pâte arrachée à la réalité même qu’il compose ses Pontifex et leurs comparses, et sa fantaisie garde une part dans l’ordonnance et le dosage des traits. Dans The Authoress of the Odyssey, il essaie de reconstruire l’image d’une femme en assemblant mille détails pris dans la vaste mosaïque du poème, et qu’il présente et interprète à sa manière : c’est une sorte de jeu de patience dont il] fournit lui-même le dessin. Par contre, une biographie conçue selon les lois du genre ne lui laissait qu’une liberté restreinte; il ne pouvait distribuer à sa guise, ni reconstruire par le souvenir, les traits d’un personnage réel, mais qu'il n’avait, pour ainsi dire, pas connu. Le devoir inéluctable d’être objectif et fidèle le liait. Sa finesse de psychologue et son intuition des motifs humains ont certes entretenu son propre intérêt, et les passages du livre qui reflètent ces qualités sont d’une agréable lecture. Mais la sympathie qui l’anime ne suffit pas à insuffler au portrait la chaleur de la vie. Dans un sens, elle est un obstacle à sa complète réussite, car, à puissance de touche égale, le noir ressort mieux que le blanc, lacritique porte
1. Paul Élmer More : « Samuel Butler of Erewhon », article d'abord publié en 1921 dans The Unpopular Review (revue américaine), puis dans À New England Group and Others (Shelburne Essays, 11° série), « He was a good hater, but a bad lover », dit P. E. More.
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plus que l'éloge. L'ensemble de l’œuvre souffre de cette contrainte et de ces réserves; il lui manque ce frémissement original de l'intelligence et de l’humour qui font la saveur des autres ouvrages de Butler.
Le public, cependant, ne lui fit pas mauvais accueil. L’Athenaeum!, louant « l’adresse bien connue » de « l’ingénieux auteur d’Erewhon » se résumait en ces termes : « We have to thank Mr. Butler for a really interesting book — one all the better for being free from the conventional tone of the ordinary biographer ». Pour une fois, Butler reçut des milieux universitaires de nombreuses lettres de félicitations. Un peu de la considération qui s’attachait au nom de son grand-père rejaillissait sur lui. Professeurs, « Dons » et « Fellows », anciens collègues ou anciens élèves du Dr Butler, lui firent comprendre, en termes flatteurs, que, sur ce terrain-là du moins, on saurait reconnaître ses mérites. Même un hommage de Gladstone, sa bête noire en politique, ne parvint pas à éveiller sa méfiance. Que l’on ne s'étonne pas de voir Butler accepter ces fleurs avec une sincère gratitude. De son enfance, hantée par la peur des reproches et des corrections, de sa jeunesse sans soutien affectueux, de son ingrate carrière d'auteur en butte à la critique et à l'ironie, il gardait un appétit un peu aveugle d’éloge et de considération?. Ses lettres vibrent d’une satisfaction contenue, mais profonde, qui s’exprime gravement, sans vanité. « I think I told you, écrivait-il à son ami Hans Faesh, that the Queen has been graciously pleased to desire that her best thanks should be conveyed to me ». La médaille, d’ailleurs, allait montrer son revers : le succès du livre, comme Butler le craignait, ne dépassa pas le cercle des « headmasters of Public Schools, Fellows of Colleges at Oxford and Cambridge, and the academic world in general* ». Une fois ces milieux pourvus — beaucoup le furent à titre gracieux — la vente s'arrêta. Elle ne dépassa pas deux cents exemplaires, et l’opération se solda, une fois de plus, par une grosse pertes.