M., II
5. 194 livres en 1899. — Du vivant de Butler l'ouvrage n’a jamais eu l’hon-
neur (avantageux) d'être donné en prix à l'école de SRCARONEES Cf. note de Samuel Butler, 1901, M., I, 366.
La fin de l’année suivante (1897) apporta à Butler, avec la mort de son ami Pauli, le choc moral le plus cruel sans doute de sa vie. Ses relations avec cet étrange personnage jettent sur son Caractère un Jour tout particulier. Il en a lui-même fait le récit dans une sorte de mémoire!. Charles Paine Paul était de deux ans seulement plus jeune que son protecteur. Elevé à Winchester, puis à Oxford, il était allé rejoindre en Nouvelle-Zélande son frère qui y était magistrat. Des raisons de santé avaient dû motiver ce voyage. Il semble avoir d’abord travaillé dans une ferme d’élevage?, mais ce genre d'occupation n’était manifestement à la mesure ni de ses goûts ni de ses forces. IT fit alors du journalisme, et occupa quelque temps le poste de « sub-editor » à La Presse de Christchurch. C'est là qu’en 1863 les deux hommes se rencontrèrent. Butler, ayant quitté « Mesopotamia », liquidait ses affaires avant de rentrer en Angleterre. Leurs premières entrevues dans la salle de rédaction du journal aurait d’ailleurs été sans lendemain si Pauli, prenant l'initiative, n’était venu un jour faire à Butler une visite en son hôtel. Dans le récit qu'il en a fait, celui-ci avoue sa surprise. Il fut cependant enchanté de ces avances. A tout autre que lui, elles auraient paru suspectes ou dépla- Cées. Pauli avait-il déjà toisé, jaugé son homme? Posait-il des jalons en vue d’opérations futures ? Il est difficile de faire autre chose que des hypothèses. Dès cette entrée en relations, cependant, les gestes de Pauli paraissent louches. Il se plaignait de sa santé, que le climat un peu dur de la colonie n’avait pas améliorée ; il voulait rentrer en Angleterre pour y faire son droit; mais il était démuni d’argent liquide, et ne possédait même pas le prix de son voyage.
Ce dévoyé aux manières enjôleuses dégageait un charme naturel auquel peu de gens résistaient. Il avait fait la conquête des meilleures familles de Christchurch. Toujours fort so1gné dans sa mise, en un pays rude où l’élégance comptait pour peu, il représentait aux yeux de Butler le type de l’homme doué par la nature de toutes les grâces qui lui manquaient : l’aisance et la joliesse des manières, un joyeux appétit de vivre, un pouvoir presque féminin de séduire. Dans un élan irréfléchi et
1. Publié en entier pour la première fois dans Life and Letters, oct. 1951, par A, T. Bartholomew.