M., I, 110, lettre de Mr. W. A. Willes à H, F. Jones
émouvant, Butler se donna à cœur ouvert à cette amitiéi. Il offrit à Pauli de lui prêter l’argent nécessaire pour le retour. De plus, il s'engagea à lui avancer 200 livres par an pendant tout le temps de ses études. Pauli qui escomptait un lointain héritage, déjà hypothéqué du reste, devait le rembourser à son entrée en possession. Ces premières circonstances font plus honneur à la générosité de Butler qu’à son expérience des hommes et à sa coutumière prudence. Au vrai, l’attitude de Pauli ne devient franchement suspecte qu’un an environ après leur arrivée à Londres. Ils s'étaient tout d’abord installés à Clifford’s Inn, dans deux appartements voisins. Mais bientôt Pauli, prétextant le manque d’air et de confort, changea de logement. Il prit à Lincoln’s Inn un bureau dont Butler avait l’adresse. Mais il le tint jalousement dans l'ignorance de celle de son domicile personnel. Il fut même explicitement entendu que Butler ne ferait rien pour la connaître. Clause étonnante, mais plus étonnante encore la soumission de Butler ! Les deux hommes se voyaient seulement à déjeuner, trois fois parsemaine. Butler n'avait pas de secrets pour son étrange ami. Il le tenait au courant de sa situation financière, de la guerrilla familiale, de ses travaux de peintre et de musicien, de ses espoirs littéraires. Pauli s’intéressait fort peu à tout cela : « He cared little for literature, and nothing for philosophy, music or the arts », avoue Butler?. Cependant, il l’aidait à relire les épreuves de ses livres et parfois daignait approuver ses efforts. Il s'opposa fortement à la publication de certains passages du manuscrit d’Erewhon et Butler ne devina pas qu’il craignait surtout pour lui-même la répercussion d’une brouille avec le Pasteur Butler. Car il semble probable que dès ce moment, Pauli fut fermement décidé à pressurer Butler jusqu’à l’ultime limite du possible. La pension annuelle qui devait lui permettre de franchir la période difficile de ses études lui fut continuée pour faciliter son établissement, puis pour
1. Il y a certainement un souvenir de Pauli dans le George d'Erewhon Revisiled, — un Pauli plus pur, moins inquiétant. Voir l’entrevue des frères Higgs, au chapitre XXVIIT, et particulièrement le passage suivant : « I have said on an earlier page that George gained an immediate ascendancy over me, but ascendancy is not ‘he word — he took me by storm; how, or why Ineither want to know, but before I had been with him more than a few minutes, I felt as though I had known and loved him all my life » (p. 320). Voir aussi p. 331, et l'aveu déguisé que « my life henceforward had been enriched by something that 1 could never lose. »