‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 122 sur 255 · CG. P. Pauli and Butler », id., p · texte numérisé non relu

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levant l’hypothèque qu’il possédait sur la part d’héritage de Pauli, 1l avait permis à ce dernier d'emprunter de l’argent pour le placer dans la funeste entréprise. Parfois, et ce fut le cas l’année même de sa mort, Pauli réclamait une avance sur le trimestre à échoir. Tant de désinvolture ne parvenait pas à décourager complètement son bénévole banquier. Mais chaque fois que celui-ci avait avec son père une discussion d'argent, il se voyait immanquablement reprocher sa ridicule et dangereuse crédulité. Thomas Butler fit même faire par un détective privé une enquête, d’où il sembla résulter que les gains annuels de Pauli se montaient à près de 1.000 livres. Pauli, sommé de s'expliquer, s’indigna, jurant, sans donner d’autres précisions, que ses frais de représentation étaient fort élevés, et qu'il joignait à peine les deux bouts. C’est seulement à la mort de Pauli, que Butler eut la preuve qu'il avait été grugé et bafoué.

Le 15 décembre 1897, les deux hommes déjeunèrent ensemble à Clifford’s Inn; ce devait être pour la dernière fois. Pauli, qui avait les poumons fragiles, prit froid et dut s’aliter. Il y eut un échange de billets. Butler, ignorant le domicile personnel de son ami, s’interdisait la moindre démarche. D'ailleurs, rien ne l’autorisait à s’inquiéter. Il traversa la Manche et s'installa pour quelques jours à Boulogne, où il lui arrivait souvent de passer les vacances de Noël. Il reçut une fois des nouvelles de son ami, de la main de la garde-malade qui le soignait, puis ce fut le silence. Le 30 décembre, il rentrait à Londres, et apprenait, en lisant les annonces de décès dans le Times, que Pauli était mort la veille.

Personne ne l’avait prévenu; il n’était au courant de rien; il ne comprenait pas. Sa surprise et sa peine étaient extrêmes. Ses amis les plus chers, Miss Savage, Pauli, semblaient chaque fois s’écarter de lui pour mourir. Les seuls chevets de souffrance auxquels le sort voulût l’admettre avaient été, par ironie, ceux de ses parents. Son cœur, où l'étrange amitié avait un peu langui sans pouvoir s’éteindre, n’était pas seul à souffrir ; son amour-propre, sa fierté légitime, son sens de la justice étaient durement touchés. Serait-il seulement convié aux funérailles ? «It is all very sad, écrivait-il à H. F. Jones, and to me utterly unintelligible, so much so that I shrink from making any move till a move is made towards me! »,

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