CHAPITRE. XV
Connaissance du grec: — Le secret de l'Odyssée ; — The Humour of Homer ; — Les idées de Butler ; — Vérifications et voyages: — The anthoress of the Odyssey : — Analyse du livre ; — La critique ; — La méthode psychologique ; -— Butler traducteur : — L’humanisme de Butler ; — Appréciation.
Une vaste ct laborieuse entreprise, amorcée en 1892, devait contribuer aussi à abréger sa vieillesse à peine commencéel. Vers cette année-là, au cours d’une lecture à la fois patiente et enthousiaste des textes, il se forma des idées personnelles sur les poèmes homériques, et se plongea dans de longues, minutieuses et obsédantes recherches. Il avait acquis à Shrewsbury et à Cambridge une connaissance souple et précise de la langue grecque Mais il déplorait — et ses contemporains même lui font parfois écho sur ce point — que dans les écoles le seul effort del’explication destextes portât sur la lettre au détriment de l'esprit. Le Dr. Butler, et après lui Kennedy — consacré par le rapport officiel de 1864 le plus grand professeur d’humanités du siècle — ont maintes fois été accusés de préparer leurs élèves aux seuls succès scolaires?. De ses études à Cambridge, Butler gardait un souvenir à peine plus heureux. « Students of the Odyssey, disait-il en 1892 à son auditoire du Working Men's College, for the most part are so engrossed with the force the zeugma, and of the enclitic particle ++;
1. Cf. The Authoress of the Odyssey , H. F. Jones, preface to second edition, p. XVII : « I have little doubt that this perpetual preoccupation — I may even say obsession — tended to shorten his life ».
2. Voir, passim, les ouvrages déjà cités de Heitland, H. W. Nevinson, Fisher, etc.
they take so much more interest in the digamma and in the Aeolic dialect, than they do in the living spirit that sits behind all these things and alone gives them their importance, that, naturally enough, not caring about the personality, it remains and always must remain invisible to themt. » Il s’en vengeait en allant applaudir La Belle Hélène?. Cependant cette connaissance du grec qui lui permettra de traduire l’Iliade et l'Odyssée, comme elle lui avait déjà permis à l’université de lire le texte grec des Evangiles, il la devait surtout à ses anciens maîtres. Si ces philologues trop strictement érudits n'avaient pas su lui faire entrevoir la figure vivante du poète prisonnier de son antiquité, ils avaient du moins placé entre ses mains les clefs de la prison. L’écolier, l'étudiant, n’avaient vu dans les rudiments qu’un appareil et des exercices rébarbatifs. Mais quelle méthode eût réussi à enflammer un esprit insuffisamment mûr d’une passion sincère pour cette lointaine humanité? Lorsque à cinquante-cinq ans il découvre enfin «l’âme vivante cachée derrière toutes ces choses», Butler est fatalement porté, en s’attribuant à lui-même le mérite de la découverte, à imputer à ses éducateurs la responsabilité d’un trop long aveuglement. Il oublie que s’il parvient à appréhender « ces choses », à les écarter pour aller au delà, que si même il éprouve un plaisir à le faire, il le doit en partie aux efforts et au travail qu'ils avaient exigés de lui. En réduisant de propos délibéré sa culture littéraire à embrasser les seuls noms de Shakespeare et d’'Homère, Butler ne fit qu’épurer à l'extrême les traditions essentielles de l’enseignement, nationa. Mieux encore, il épousait tout simplement une opinion de son grand-père, à qui le Baron Merian avait un jour écrit cette phrase : «T'entirely agree with you after due rumination. Homer and Shakespeare are the only poets in the wide world ».
Butler n’a pas manqué, selon sa constante habitude, de mettre le public au courant de la genèse et du progrès de ses