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Fort, 18
a subject for facetiouness »; mais il avait le tort de réclamer, pour discuter des vues de Butler sur les Cyclopes, «the authority of a sheep-farmer »: le critique ignorait que l’auteur avait précisément de ce métier une expérience toute particulière. La Classical Review! railla elle aussi cette « up-to-date Homeric extravaganza ». Les milieux universitaires se gardèrent de réagir, répondant par le silence aux absurdes élucubrations d’un amateur. Les amis même de Butler lui reprochèrent de tourner en dérision la «grande poésie ». Seuls les habitants de Trapani, transportés d’orgueil à l’insigne honneur qui leur était fait, adoptèrent sa thèse d'enthousiasme, et le lui firent savoir. Butler, malicieusement satisfait d’avoir jeté une pierre dans cette autre mare, restait, à son ordinaire, désagréablement surpris de ne pas réunir l’approbation de la masse des gens de bon sens.
Cependant, il poursuivait ses travaux avec acharnement. Il avait effectué les premières identifications au British Museum, à l’aide de cartes de navigation. Il était nécessaire d’aller les vérifier sur place. Dans l’été de 1892, au lieu de restreindre son voyage de vacances à l’Italie du Nord, :il descendit jusqu’en Sicile. Il constata avec joie que toutes ses suppositions étaient justes. Piloté dans l’île par quelques lettrés italiens, il repéra les deux ports de Skhérie, le mont Eryx, l’île de Calypso, Ithaque, la cabane d’Eumée, le pays des Lestrygons, la grotte de Polyphème, les pierres jetées par celui-ci dans la mer, le navire changé en roc par Neptune et une foule d’autres points de détail. Il exultait. « All is perfectly clear and easily identifiable », écrivait-il à H. F. Jones’. De plus il avait noué avec plusieurs familles de Trapani de solides et durables amitiés, et c’est autant pour le plaisir d’en resserrer périodiquement les liens que pour continuer ses recherches, qu'il devait désormais, tous les ans, revenir passer en Sicile une partie de ses vacances*.
Certains critiques se sont insuffisamment défendus contre une tendance naturelle à mettre en doute la sincérité ou le sérieux de ces idées. Il est facile, en effet de les considérer à première vue comme de simples «jeux d’espritt ». L'humour,
. Nov. 1892.
. Le 30 août 1892, M. II, 147.
. De 1892 à 1902, sauf en 1899, . P, E. More : op. cit.
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dans ce cas encore, a desservi Butler. Mlle de Lange voit avec raison dans ses ingénieuses reconstrucbions une application de son penchant à chercher sous tous les phénomènes et toutes les apparences une volonté consciente d’elle-même, un artiste créateur, un auteur. Elle ajoute malheureusement que « Butler did not really care very much whether his theories about the Authoress of the Odyssey (Nausicaa) and about Shakespeare’s passion for a young man could be proved to be true or not.! » Rien ne nous paraît plus inexact. Dans tous les problèmes, grands ou petits, qu’il a soulevés ou étudiés, dans toutes le découvertes qu’il a cru faire, Butler a apporté une conviction profonde, souvent passionnée. C'est seulement par un souci d’élégance intellectuelle, dans un dépassement héroïque et tout gratuit de sa croyance intime, qu'il déclare parfois à son lecteur : après tout je puis me tromper. C’est le point de vue de Sirius. Butler ne s’y hisse que par occasion. Ces rares aveux sont de simples reflets jouant sur le bloc massif de sa conviction véritable, Dans l’exemple qui nous occupe ici, sa satisfaction évidente devant le succès continu de ses vérifications, la ténacité avec laquelle il les poursuit, la fatigue même et le mal qu’il se donne nous interdisent de croire que Butler se livre seulement au petit jeu des paradoxes. La joie maligne qu’il peut éprouver à choquer les humanistes orthodoxes n’est que le bénéfice subsidiaire d’une opération où il engage le meilleur de sa réflexion et de sa culture.
De 1892 à 1897, Butler tenta de diverses manières de saisir le grand public de ses théories, essayant en même temps d’ébranler la sphère moins accessible des critiques spécialisés. Cependant conférences, articles de revues, brochures à six pence, pour la plupart distribuées en hommages gracieux, ne semblaient convertir personne?. Le prophète du nouvel
1. P. de Lange : S. Butler Critic and Philosopher, p. 128. Cette affirmation semble basée un peu hâtivement sur les dernières lignes de la conclusion de The Authoress : « What can it matter Lo me where the Odyssey was written, or whether it was written by a man or a woman? From the bottom of my heart 1 can say truly that I do not care about the way in which these points are decided, but I do care, and very greatly, about knowing which way they are decided by sensible people who have considered what I have urged in this book. I believe I have settled both points sufficiently, but come what may I know that my case in respect of them is amply strong enough to justify me in having stated it. »
2. Voici la liste complète des articles de revues et publications de Samuel Butler sur la question homérique entre 1892 et 1897 :
a) Revues : Athenaeum : 30 janv. 1892; 20 févr. 1892. The Eagle : mars 1892; dec. 1892. IL Lambruschini (Trapani) 1892, 3, 4. Rassegna della letleratura Sici-
évangile homérique prêchait dans le désert. Vers la fin de 1896, ayant terminé ses traductions en prose de l’Iliade et de l'Odyssée, il s’efforçait en vain de leur trouver un éditeur. Murray lui conseilla alors de réunir ses principales idées en un livre « populaire » et sans excès d’érudition, qui pouvait attirer sur elles et sur lui une attention dont ses traductions profiteraient!. The Authoress of the Odyssey sera le fruit de cette suggestion, sans laquelle peut-être Butler se fût contenté de batailler dans les revues et les journaux, considérant ses traductions comme sa contribution essentielle à la littérature homérique. La publication de cet ouvrage ne marquera pas un rebond très important dans sa carrière, puisqu'il ne fera que reprendre et coordonner une matière éparse déjà soumise au public. Il n’en est pas .moins vrai que c’est un opus de plus qui va s'ajouter à une liste déjà assez longue?, et que sa naissance, une fois encore, ne sera pas due à l'initiative même de son auteur. )
En trois mois l’ouvrage était écrit, et le manuscrit envoyé à Murray. Les déboires habituels recommencèrent. Le conseilleur, flairant un échec complet, refusa d’être le payeur- Le manuscrit fit le tour des éditeurs. Bentley, Bell, Metcalfe déclinèrent successivement l'honneur de le publier, pensant, comme Murray, que le public ne saurait prendre un tel ouvrage au sérieux. Finalement, Longmans accepta de l’imprimer aux frais de Butler, bien que le lecteur de la maison, le célèbre Andrew Lang lui-même, eût déclaré que «the whole theory was nonsenseÿ. » Il parut le 1 novembre 1897, sous le titre suivant : The Authoress of the Odyssey,
liana, 1893, 4. The Italian Gazeïte, 9 fev. 30 mars 1895. The Eagle, mars 1895. The Academy, juillet, août 1895.
b) Publications : À lecture on the Humour of Homer, 1892. On the Trapanese origin of the Odyssey, 1893. L’Origine Siciliana dell Odissea (Aci-Reale) 1893. Ancora sull’Origine Siciliana dell Odissea (Aci-Reale) 1894. Sample passages from a New Prose Translation of the Odyssey, 1894. The authoress of the Odyssey, nov. 1897.
Quelques revues seulement (ZLongman’s Magazine, The Spectator, The Cambridge Observer, The Aïthenaeum, et surtout The Classical Review) discutèrent, | d’ailleurs sans indulgence, les idées de Butler.
1. «.. Tam just beginning a popular book about the Iliad and The Odyssey generally. Murray thinks that if I do this I shall have a better chance with my translations ». Samuel Butler à Hans Faesch, 17 dec. 1896, M. II, 260.
2. Notons qu'après Ex volo, qui porte la mention opus 9, Butler a cessé de numéroter ainsi ses ouvrages publiés.
3. Samuel Butler à Lord Grimthorpe, 1% août 1899, M. II, 304.
Where and When she Wrote, Who she was, the Use she made of the Iliad, and How the Poem grew under her Hands!.
Le livre comporte seize chapitres. Le premier pose le problème. Le second, qui a quatre-vingt-cinq pages — près d’un tiers de l’ensemble — est constitué par un résumé chant par chant de l’histoire du poème. C’est, en fait, un abrégé de la traduction de l'Odyssée faite par Butler; il en donne presque sans changement des passages entiers, omettant seulement les développements inutiles à son dessein. Les chapitres 3 à 7 exposent la première partie de la thèse principale, d’après laquelle l’auteur de l'Odyssée serait une femme. Les trois suivants sont consacrés à l'identification géographique des différentes scènes de l’œuvre. Dans les derniers, enfin, il discute et essaie de résoudre un certain nombre de points sur lesquels sa conviction est moins assurée : il identifie l’auteur avec Nausicaa elle-même, il tente de déterminer approximativement l’époque où le poème fut écrit, il l’étudie dans ses rapports avec l’Iliade, puis dans sa composition et dans sa structure interne, et conclut enfin en rassemblant quelques arguments complémentaires mêlés à des considérations générales sur la critique des textes anciens.
Les arguments sont présentés avec une habileté des plus persuasives ; lorsque il ne fait pas état de quelque découverte, Butler s’appuie sur des observations de simple bon sens ou sur des déductions psychologiques. Il trace finement le portrait de son héroïne. Il la voit « young, headstrong and unmarried », trois qualités, trois garanties de succès. Elle est pudique et coquette, elle aime ses parents, sans méconnaître les défauts des gens d'âge; elle est attachée à son foyer, à sa ville natale, à sa patrie. Elle ne possède pas sans doute un sens très averti des affaires, mais elle a l'instinct de la véritable maîtresse de maison, et nul ne lui en remontrera en fait d'économie domestique. Elle est plus positive que sentimentale, et Butler, à regret, reconnaît « a harder side to her nature ». En somme, cette jeune fille, saine et bien équilibrée, douée d’un charme qui n’a rien de trouble, est bien
1. 16 pages de préface, 276 pages de texte, 12 illustrations ou cartes. Dédicace en Italien : « A] Professore Cav. Biagio Ingroia, Prezioso Alleato, l’Autore Riconoscente. » Jngroia était un prêtre défroqué devenu maître d'école, dont Butler avait fait la connaissance à Calatafimi, et qui s'était constitué en Sicile, avec beaucoup de zèle, son guide et son conseiller.
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celle que Butler aurait peut-être épousée s'il l’avait rencontrée. Elle a quelques-unes des qualités intellectuelles de Miss Savage, la douceur et les aptitudes domestiques de « Madame », les grands yeux noirs et la féminité de cette Isabella, d'Arona, qui l'avait jadis ému d’un si grand trouble!. Mais sa thèse l’entraîne à lui attribuer quelques traits excessifs. Il en fait une « mon-hatress », pour expliquer 1e constant ridicule où l’on voit dans son poème tomber tous les hommes, sans en excepter Ulysse. Cette féministe avant la lettre est aussi une réformatrice pleine de zèle moralisateur, « bent on purifyirg her age, and upholding a higher ideal as regards the relation between husband and wife than a man in the Homeric age would be likely to insist on?». Par contre, Butler se fait sévère pour Pénélope. Il la dépeint comme une femme déjà sur le déclin, mais essayant encore de garder autour d’elle des prétendants qui flattent ses dernières illusions. C’est une «artful heartless flirt », dont la conduite scandaleuse risquait de déconsidérer le nom même de femme; et la fière poétesse, le cœur plein de confusion, s'efforce, avec une maladroite astuce, de la blanchir de tant de crimes, pour venger l'honneur de son sexe.
La presse se montra en général peu bienveillante envers cet ouvrage. La plus blessante des critiques fut de n’en point parler. Quelques périodiques cependant, entre autres Lileralure, The Athenaeum et Noles and Oueries, eurent des articles flatteurs. M. Butler, disait le « reviewer » de Notes and Oueries, est « far too fine and accurate a scholar... to be calm- 1ÿ pooh-poohed... The points raised can no longer be ignored »... « It is easier perhaps, and more convenient », continuait-il, comme s’il eût voulu expressément rassurer Butler sur la solidité de sa position, «to treat the work as a pleasant and fantastic dream than to follow Mr. Butler step by step, and reply to or confute his propositionst». C'était l'appréciation sympathique et libérale d’un esprit cultivé qui cependant, manquant de la spécialisation nécessaire, s’interdisait de juger sur le fond et renvoyait pour cela l’auteur aux universitaires.
1. Butler avait découvert à Cortona un tableau sur ardoise d'origine douteuse, peut être grecque, représentant une jeune femme dans laquelle il aimait voir Nausicaa. Ce tableau est reproduit en frontispice dans The Authoress,