‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 136 sur 255 · M. Il · texte numérisé non relu

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SECOND VOYAGE À EREWON 289

franche que celle de Butler, ne fut sans doute pas sans le gêner quelque peu. Le « shy old bird » cependant! sut faire la conquête de Grant Richards, le propre neveu de Grant Allen, son ancien ennemi. Richards non seulement entreprit de publier le livre à ses frais, mais décida de lancer le même jour une édition revue et augmentée du premier ÆErewhon. Les deux ouvrages parurent le 11 octobre 19012.

Si l’on met hors de compte la priorité d’Erewhon, le second ouvrage, à certains égards, paraît bien être le meilleur; il est mieux composé, plus aéré, écrit d’une plume plus experte, plus légère et plus brève. Butler même le préférait à l’autre. On y trouve peut-être plus de construction laborieuse que de véritable fantaisie, mais aussi plus d’aisance dans le maniement de l’humour, des intentions plus profondes dans l'emploi de l'ironie. Œuvre plus achevée que la première, elle pourrait presque se passer d’elle, et prendrait un prix relatif plus grand si l’on pouvait l’envisager comme une œuvre séparée. Elle couronne dignement la carrière de son auteur, qui d’ailleurs, il convient de le rappeler, n’a nullement voulu en faire son testament littéraire ou clore symboliquement avec elle trois décades de laborieuses excursions dans les divers domaines de l’espriti.

Ce livre comporte en même temps un thème de discussion et de critique religieuse, et une affabulation romanesque que Butler, à son habitude, incruste d’une foule de détails puisés aux souvenirs de son expérience personnelle. Un examen plus poussé de ces deux principaux thèmes permet de dégager de chacun d’eux une intention centrale. Le premier se ramène dans son essence à une satire des circonstances qui précèdent la fondation des religions, et, tout particulièrement, de celles dont, s’est entourée la naissance du Christianisme. Voici en quels termes Butler l’expose : « [ meant to show how myth,

1. « (Shaw) also told me that I should find him « a shy old bird ». Lettre de Grant Richards à H. F. Jones, 27 mai 1915, M. II, 341.

2. Erewhon Revisited twenty years later, both by the original discoverer of the country and by his son, London, Grant Richards, etc.

3. Lettre à O. T. J. Alpers, 17 février 1902 : « Erewhon Revisited, I confess, I prefer ».

4, Aux premières atteintes du mal qui allait l'emporter, Butler reconnut que le destin allait faire d’Erewhon Revisited son dernier livre. Il souligna alors, avec une mélancolique satisfaction, cette coïncidence : « You will not forget the pretty roundness of my literars career | Erewhon, Erewhon Revisited. » Lettre à M. et Mme Fuller Maitland, 14 mai 1902, M. II, 393 (fac simile, p. 388bh is). Voir aussi les paroles de Butler rapportées par H. F. Jones, M. II, 396-7.

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attended both by zealous good faith on the part of some and chicane on the part of others, would be very naturally developed in consequence of a supposed miracle, such as a balloon ascent would be to people who knew nothing about such things; and [ meant to suggest a parallelism not between the Sunchild and Christ (which never even entered my head) but between the circumstances that would inexorably follow such a supposed miracle as the escape of the Sunchild, and those which all who think as I do believe to have accreted round the supposed miracle, not of the Ascension, but of the Resurrection! .» Aïnsi il se défend vivement d’en avoir à la personne même du Christ, ce que certains parallèles, dans la première rédaction de son manuscrit, devaient laisser supposer. Car sur les instances de Mrs Fuller Maitland, son amie, à qui est adressée la lettre ci-dessus, il consentit à les estomper; tout en protestant de sa bonne foi — «pray believe me I never meant any allusion whatever to the Founder of Christianit y. I did not mean to poke fun at Christianity.….. », 1l laisse transparaître sa crainte de tomber dans ce qu’il nomme le « mauvais goût » et que les dévots appelleraient blasphème ou sacrilège? De fait, en dehors peut-être de quelques rapprochements fortuits ou de vagues coïncidences, on peut lui accorder que les analogies qu'il dessine s'arrêtent à la personne même des deux protagonistes, Higgs et Jésusÿ. Il est moins sûr qu’il n’ait à aucun moment voulu se moquer du Christianisme. De l'ironie à la raillerie et au ridicule, le pas est aisé à franchir. De par les nécessités même du sujet, la critique porte autant sur la mystique, les rites et les disciplines de la religion que sur sa morale. Ainsi, alors que les Musical Banks du premier Erewhon tendaient un miroir railleur aux pratiques mensongères et absurdes du protestantisme anglais, le Christianisme ici visé embrasse toutes les églises chrétiennes en une sorte d’impitoyable synthèse : puritains, anglicans, ritualistes et catholiques romains reçoivent chacun leurs blessures et

1. Lettre à Mrs. Fuller Maitland, 10 février 1901. M. II, 338.

2. Dans l'esprit de quelques critiques, il ne subsiste encore que trop de ce mauvais goût, Cf. P. E. More, dans À New England Group, and {ithers, qui taxe Erewhon Revisiled de « an elaborate and vicious satire, in rather bad taste ». — Cf. aussi Moreby Acklom, dans The Constructive Quarterly, 1917 (Vol. V, p.182): « The parody of the Anglican service and of the words of Ghrist is not altogether in the best taste ».

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