‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 14 sur 255 · Cf. Fisher, Annals of Shrewsbury · texte numérisé non relu

Cf. Fisher, Annals of Shrewsbury

©. Heitland, cbid., p. 76.

timents corporels. Mais les lourds pensums ou les retenues avec tâches imposées n’arrivaient pas toujours à corriger la paresse, et contribuaient plutôt à encourager chez les élèves un certain esprit de ruse et d’évasion.

En somme Shrewsbury marque pour Butler un progrès à peine sensible sur Langar. Il s’y sentait plus libre et moins bousculét. Mais s’il n’y étouffait pas sous la même pression morale et la même impitoyable sévérité, il avait malheureusement trop souffert, et souffert seul, pour que des tendances, un pli, ne fussent déjà pris; ses réactions à l’autorité de mattres indifférents ou maladroits et à la camaraderie désinvolte et exigeante de ses pairs furent déplorablement dépourvuesde spontanéité.

Ses sentiments pour Kennedy étaient assez imprécis. C'était un mélange d’admiration effrayée et de résistance sournoise. Si Ernest Pontifex est un portrait fidèle, Samuel Butler dut faire partie d’un petit groupe de jeunes esprits réfractaires à l'influence du maître. Il devait être déjà en état de défense instinctive contre tout ce qui se réclamait d’une autorité sans appel. Il s’en vengeait par des railleries ou des caricatures. Cependant Kennedy jouissait auprès de la majorité des élèves, surtout des grands, d’un réel prestige?. Samuel, tout mauvais écolier qu’il fût, participait sans doute, dans une certaine mesure, à l’admiration générale, que devaient bon gré mal gré fortifier les jugements laudatifs qu’il entendait son père et sa mère porter sur le directeur.

Notons donc en passant que cette rancune un peu déplaisante que Samuel Butler garda pour son professeur ne date vraisemblabŸement pas du temps où Samuel était élève. Que lui reprocha-t-il plus tard”? De ne pas lui avoir suffisamment fait apprendre la grammaire, et comme il ne l’aurait apprise que par force, de ne l'avoir pas battu pour celaÿ; — d’avoir

1. Du moins ce fut l'impression d’Ernest à l’école de Roughborough. — Cf. W. of A. F., début du Ch. XXXI.

2, De même à Roughborough, « the spirit of the place (was) decidedly Skinnerian ». W. of À. F., p. 112.

3. « 1 never showed any aptitude for study or literature at school, and was considered with some reason idle and unpromising ». Note autobiographique de Samuel Butler, écrite vers 1883; publiée dans Buileriana, p. 5.

4. « At that time I used still to echo my poor mother who called that old fool Professor Kennedy a genius ». Note de $S. Butler, 1887, revue en 1898, M. I,

hypocritement joué au surhomme!; — enfin d’avoir été un corrupteur de la jeunesse, en ne lui enseignant pas les faits ét les choses comme lui, Butler, les comprit par la suite?. Mais ce ne sont pas là des griefs d’écolier; c’est l’irritation mal contenue, un peu nerveuse et amère, de l’homme qui remonte en esprit à la source de ses erreurs et de ses déceptions, à la cause de ses malaises, et veut en découvrir les responsables. Nous ne pouvons nous empêcher de penser, avec d’autres*, qu'il fut injuste pour son ancien maître.

Ce jeune cœur crispé ne se détendait guère plus avec les enfants de son âge. En dehors d’un ou deux camarades avec lesquels il conserva quelques relations d'amitié, 1l se montrait peu liant. Timide et chétif, il était peu enclin à l’exubérance et à ces violences chères aux écoliersé. Et peut-être se vengeait-il de l’indulgent mépris de ses camarades par des pointes sournoises, car ceux-ci lui donnaient le surnom de « médisant » (backbiter)’.

Ses goûts, cependant, d'accord en cela avec sa timidité, le portaient à s’adonner sérieusement au dessin et à la musique. Le professeur de dessin de Shrewsbury, Philip Browne, était un artiste consciencieux avec qui Samuel s’entendait fort bien. C’est peut-être à lui qu’il devra, en fin de compte, sa vocation pour le dessin et la peinture. Mais la musique le passionnait encore davantage. Il avait appris le piano avec sa gouvernante à Langar. Bientôt ce fut, pour lui, un moyen de s’abstraire, un refuge, son île déserte, où il's’entretenait longuement, librement, avec le compagnon choisi par son humeur. Mais le plus étrange, c’est ce goût précocement exclusif qui lui vint pour la musique de Haendel. « I believe I am not exagge-

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