‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 149 sur 255 · H. F. Jones (M · texte numérisé non relu

H. F. Jones (M

2. In Memoriam, feb. 14th 1695, iv H. R. F., N. B., 393, 4, 9. 3. Lettre à Hans Faesch, 16 février 1895. M., IT, 202, 203.

beseech you in the name of all the affection a dear father can bear to a very dear son, by the absurd, idiotic tears that you have wrung from me, by those we wrung from yourself, by the love which Jones bears to you and which you bear towards him — if these things will not prevail with you nothing will — apply to me, and do so without delay in whatever way will ensure your getting the answer quickest which you will immediately receive — 1 mean draw on me al once for your passage money and necessary eæpenses, and come home! ». Dans ces lettres touchantes, la sincérité paraît bien totale; l’humilité de l’affection et de la peine vibre avec chaque mot. Peut-on dire que l’homme qui à écrit en pleurant des lignes semblables, fût-ce une fois seulement dans sa vie, a tout ignoré de l’amour humain ?

Il est certain qu’il a mis peu de son cœur dans ses livres. Encore ce peu y est-il bien si l’on veut l’y chercher. Déjà Alps and Sancluaries, œuvre de vacances et de détente, montre une large et sincère indulgence pour les travers de ‘homme, une affection sans détours pour les simples et les humbles. On y sent battre une sympathie diffuse, mais réelle, pour le genre humain tout entier. Tout cela est encore un peu abstrait et cérébral. Mais l’esprit montre la voie. Les vicissitudes de l’existence, les blessures d’une âpre lutte, la souffrance, les deuils, au lieu d’endurcir définitivement ce cœur, le sauvent en le faisant saigner. C’est à ce moment-là, vers la cinquantaine, qu’il devient vrai de dire de Butler que son ironie peut lui servir à protéger une sensibilité trop vive. Jeté dès son âge d'homme dans une série de conflits où sa seule arme a dû être la volonté, servie par ses qualités d’esprit, il n'avait que faire d’un bagage d'émotions tendres. Il n’a aimé d'amour aucune femme, moins par sa faute que par celle de la vie. Sa famille et lui se sont mutuellement reniés. L’amitié seule lui restait; c’est elle, en partie, qui, par ses joies, par ses craintes, par ses trahisons, a contribué à rompre, fissure après fissure, le bloc de son apparente insensibilité. Jusqu’alors, Butler n’avait guère eu que son amour-propre à couvrir, tout se passait dans le plan de l'esprit. Une fois ses sentiments dégelés, comme les paroles dans Rabelais,

1. 24 février 1895 (M., II, 203). — Le climat d'orient laissa à Faesch un répit de dix ans, et les trois amis eurent pas la suile la joie de se revoir. Faesch mourut un an après Butler, en Indochine.

on en entendra les échos dans ses livres. Ceux-ci, notons-le aussi, font dès lors une moindre part à la polémique; ils sont moins hérissés de pointes directes, d’allusions à tel ou tel, On y perçoit des pulsations inaccoutumées. L'auteur de The Authoress of the Odyssey est de toute évidence un homme qui sait vibrer à l'évocation — peut-être au souvenir — du charme féminin. Il ramasse en une gerbe tout ce que le vieux poème contient de délicat, de spontané, de délicieux et en fait l’apanage de sa Nausicaa, dont on dirait qu’il est un peu amoureux; «charming », « lovely », « fascinating », sont les mots qui éclosent le plus souvent sous sa plume. Il loue en passant Jane Austen de son «exquisite truth and delicacy! ». On devine qu'il rend hommage, non à une femme en particulier, mais à ce qu'il a connu et goûté de féminité, aux quelques femmes aimables, douces et discrètes qui lui ont, en divers moments, offert de délicates satisfactions ou d’apaisantes présences, au sortir de ses empoignades avec les hommes. Le livre sur les sonnets de Shakespeare, nous l’avons dit, taille au vif de la chair, rouvre une blessure encore fraîche. Erewhon Revisited contient, quinze ans après l’abandon de The Way of AI Flesh?, de suggestifs passages sur l’amour paternel et filial, d’où l’on sent bien monter une envie, un regret. Ainsi, le Butler des livres, lorsque fut venue l’heure de la détente et de toutes les libertés, sut laisser entrevoir qu’il n’était pas seulement un cerveau jouant le jeu des idées ou assouvissant des rancunes d’amour-propre.

Mais, dans le même temps que cette sensibilité s’épanche ou souffre, tout un autre jeu de tendances, d’habitudes tôt acquises agit dans le sens de la prudence et de l’égoïsme. Sur ce point il ne faut pas le juger uniquement d’après ses œuvres, qui ont enregistré des réactions délibérément agressives ou fixé dans une expression définitive la pointe la plus cruelle, la plus amère, de sentiments dont le cours psychologique à eu son flux et son reflux, ses tempêtes et ses accalmies. Mais, en dépit des protestations sincères de quelques amis, — « He was never selfish or egoistic », affirme hautement H. F.

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