‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 152 sur 255 · À. R. Wallace : My Life, 11, 296, cf, M., I · texte numérisé non relu

À. R. Wallace : My Life, 11, 296, cf, M., I

4, Cf. par ex. N. B., 165. Butler, pour prouver à son marchand de tabac que Gladstone était un mauvais financier, raconte qu’il avait acheté fort cher des porcelaines qui, à sa mort, se vendirent pour presque rien. « Now, to tell the truth, I did not know whether Mr. Gladstone had ever bought the china at all, much less what he gave for it, if he did; he may have had it all left for aught I knew. But I was going to appeal to my tobacconist by arguments that he could understand, and I could see he was much impressed. »

de ses livres se sent gêné devant certains procédés, certaines attitudes. Nous avons exposé en son temps la série de subterfuges et de pièges dont est fait The F'air Haven, et les ruses que Butler envisageait sans vergogne pour le faire accepter par le public bien-pensant. Il songeait un moment à faire courir le bruit qu’il s'était reconverti à la foi de son enfance!. La mystérieuse et secrète intention qu'il prêtait à Buffon n’est pas moins révélatrice de cette attitude : on n’y découvre pas seulement l’enquête subtile d’une intelligence critique aiguisée à l’excès, mais la manifestation d’une tendance de son être entier. Il y a souvent dans l’emploi qu'il fait des expressions religieuses une volonté de confusion un peu suspecte. Examinons par exemple cette parenthèse d’une réflexion notée pour Erewhon Revisited : « The wages of sin is death (what else, I should like to know, is the wages of virtue??) » : le croisement de ces grandes antithèses, vie et mort, vertu et péché, donne ici l’impression d’un quiproquo volontairement provoqué; le biologiste libre-penseur ne connaît qu’une mort, aboutissement de toute vie humaine, vertueuse ou non. Les églises chrétiennes l’entendent d’autre façon. Butler sait cela, mais ici il pense trop vite, ou bien le mécanisme à renversement qui est celui de son humour l'emporte à son insu. Mais la hâte ou l’habitude l’excusent mal de ne pas jouer franc. On trouve dans plusieurs chapitres des Note-Books des passages dont le ton, l'humour et l'esprit secret rappellent, sous un apparent détachement, l’astucieuse voltige du Fair Haven. Or, si ailleurs la polémique, l'intention agressive, le dessein évident d’une manœuvre expliquent l'usage de la double entente et de la dissimulation, le soupçon d’insincérité est plus grave s’il porte sur des notes personnelles qui doivent, du moins à l’origine, avoir été le fruit de démarches spontanées de la réflexion. Le lecteur entrevoit au fond de ces jeux du jugement, souvent un peu gratuits ou un peu injustes, l'absence de certains scrupules, le dédain ou l’ignorance des garanties essentielles de l’impartialité, enfin un penchant confus à assurer par tous les moyens les fins de son raisonnement, de sa volonté ou de son intérêt.

On peut enfin relever chez Butler un dernier trait que son

1. Hoppé; Lettre à F, G. Fleay, 4 juillet 1872, p. 168, 169. 2 IN. B;, p. 289.

degré de force rend alternativement plaisant ou désagréable. C'est un irrésistible penchant à harceler et à taquiner — défaut qu'il a lui-même reproché à Théobald Pontifex. Dans la conversation comme dans sa correspondance, ses plaisanteries étaient souvent de fines pointes barbelées, lancées dans le but évident d’égratigner. « Whether or not he (Dr. Burd) suspected that I was only wanting to tease him », écrit-il dans une note où il rapporte un entretien avec le docteur qui avait soigné son père, « Î neither know nor care! ». Il lui échappait parfois que ses flèches portaient trop bien, allaient trop loin; mais à d’autres moments, le comprenant, « he did not care ». Cette malice perverse communique parfois à son humour un grain de cruauté et mêle un peu de remords à l’'amusement qu’il provoque. Elle peut le conduire jusqu’à l’indélicatesse déplaisante : ainsi lorsqu'il reproduit textuellement dans The Way of All Flesh des lettres de son père. « C’eût été grand dommage, dit H. F. Jones, de laisser perdre toute cette correspondance?. » Ces représailles flattaient sa vieille rancune. Il s’abstint scrupuleusement de publier lui-même son roman. Mais si à sa mort il choisit R. A. Streatfeild comme « literary executor », c’est que celui-ci, ne connaissant pas les sœurs de Butler, pouvait arguer l’ignorance (ce que H. F. Jones n’eût pu faire), et publier le livre de leur vivant. Ainsi, ses scrupules étaient ici de pure forme; nés, non du désir de ne blesser personne, mais d’une répugnance à endosser personnellement la responsabilité ou l'initiative et à en affronter les conséquences.

On retrouve dans la configuration mentale de Butler un croisement de tendances analogues à celles que l’on constate dans son tempérament et dans sa sensibilité. Il serait inexact de dire simplement qu’il possède, comme chaque homme sur terre, à des degrés variables, à la fois de la raison et de l’imagination, de la mémoire et de l’attention, des dons de curiosité et d'observation. Ces différentes facultés ne semblent pas toujours chez lui, former un faisceau unique, travailler harmonieusement et simultanément, sur des lignes convergentes. Cette intelligence qui paraît, au premier abord, si essentiellement positive, critique et lucide, a ses coins d’ombre, ses élans

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