Voir Luck or Cunning? Conclusion, pp
sentations mentales et le monde des objets. Il n’a d’ailleurs rien de très original à dire sur ce point. Son attitude est plus curieuse, et aussi moins philosophique, lorsqu'il envisage l’idée, dans l’acception populaire de ce mot, comme un organisme vivant. Il est difficile de faire ici le partage entre le jeu de la comparaison et son opinion positive; mais qu'il s’y trouve un grain au moins de conviction est chose certaine. Un tel détachement à l’égard de ses idées est caractéristique ; on le décèle dans son œuvre même, dans la composition de ses livres, dans ses habitudes de travail, dans cette obligation qu’il se faisait de toujours porter sur lui un carnet pour leur donner asile. Ce divorce entre sa conscience passive et les fantômes qui la peuplaient était si réel que malgré son intellectualisme bien ancré, il lui arrivait soit de s’effrayer de l'aspect bizarre ou redoutable de quelque idée, soit de mettre en doute leur vérité, même leur réalité. D’autres fois, leur présence était si obsédante qu'il se lassait d'elles, « comme de gens rencontrés en voyage! ». Mais 1l se distrayait ou se guérissait de l’une par une autre. Aussi, pour donner la chasse aux « souris » de sa maison mentale, nourrissait-il quelques «idées chats? ».
Exposant un jour à un évêque son idée sur les idées, il le faisait en ces termes : « The germs of all manner of thoughts and ideas are always floating about unperceived in our minds and it is astonishing sometimes in what strange places they find the soil which enables them to take root5….. » Ains les idées, comme le croyait Ernest à ses débuts d’écri. vain et de penseur, n’éclosent pas dans l’esprit des hommes, fussent-ils des génies, sous l'effet d’une sorte de génération spontanéet. Elles naissent, au contraire, de la fécondation de germes, elles ont des parents et une descendance; 1l y en a des lignées et des familles, comme il y a des familles d'hommes ou d'oiseaux. Pour être comprises à leur juste valeur, elles doivent être rattachées à leur place dans la chaîne de leur histoire et rapprochées de leurs sœurs ou de leurs cousines : « Ideas, lit-on à la première page de Luck or Cunning?, are
1. N. B., 216 : « My thoughts — They are like persons met upon a journey; I think them very agreeable at first but soon find, as a rule, that I am tired of them. »