‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 174 sur 255 · Luck or Cunning? p · texte numérisé non relu

Luck or Cunning? p

vessel at the saint till the blood on the ground stood upright as an heap, and he points reproachfully to it and implores his patron saint’s assistance! », est, par l’'amusement indul” gent, presque attendri qui baigne sa pittoresque vivacité, du meilleur humour. L’humour enfin, lorsqu'il n’est pas un pur automatisme, est des deux la réaction la plus originale; l’ironie peut atteindre à une sorte de perfection toute formelle et glacée à quoi l'humour parvient rarement, parce qu’il a presque toujours un tour personnel, et qu'il est nourri de nuances. Dans l’œuvre de Butler, dans sa correspondance et ses conversations rapportées, on voit alterner ces deux humeurs comme les variations d’un même thème : les unes, malgré de tortueux retours, ont toute l’assurance du mode majeur; les autres rêvent en un mineur souriant ou désabusé, toujours un peu chimérique. Ainsi s'expriment tour à tour deux des tendances fondamentales d’une complexe nature.

Son ironie est parfois très proche, par le procédé et même par l'intention, de l’eiréneia socratique. The Fair Haven, par exemple, machine de combat et de persuasion, pose à chaque page des questions apparemment candides, où se dissimulent des embûches destinées à révéler au lecteur sa propre ignorance, et d'admission en admission à l’amener à reconnaître le mal fondé de sa conviction première. Aïlleurs, l’ironie butlérienne est moins directement didactique. Elle apparaît comme l’expression d’un esprit hardi dont les jugements risquent de devancer son temps, et qui les enveloppe dans une forme énigmatique où s’embusquent deux interprétations possibles. Un trait de caractère que nous avons déjà relevé se livre ici largement carrière; c’est, nourri par son aptitude à feindre, le plaisir qu’il éprouve à déguiser sa voix, à contrefaire son attitude, à jouer le jeu de l’acteur. Cependant l'écrivain, explique-t-il dans un passage d’Evolultion Old and New, se gardera de dissimuler trop parfaitement sa pensée. « À writer is not ironical unless he puzzles .» Il doit intriguer le lecteur, laisser planer un doute; la réussite est à ce prix. Les intelligences éclairées et robustes saisiront sa véritable intention. Les autres, — âmes faibles, esprits bornés, — acceptant sans un soupçon son apparente bonne foi, demeu-

1. Lettre de Butler à Miss Savage, 11 sept. 1871, M., I, 146. 2. Evolution Old and New, p. 111.

reront enroutinés dans leur paisible erreur. Jamais Butler n’est plus heureux, jamais il ne réussit aussi bien, que lorsque son ironie peut s'exercer sous la forme de la parodie. Les effusions grandiloquentes, les « rêveries sur la montagne » chères aux touristes sentimentaux et à demi-lettrés, sont ridiculisées avec un art pétri d'observations et de souvenirs dans un chapitre du Way of Al Flesh. Le sermon du Révérend Gideon Hawke, dans le même livre?, celui du professeur Hanky dans Erewhon Revisiled, les attendus et la sentence du juge d’Erewhon® sont encore d’excellents morceaux parodiques; mais ce procédé d'imitation à peine burlesque joue en mille autres endroits, partout où Butler fait parler ses personnages, partout où il prétend exposer, fût-ce en passant, les idées d’un adversaire, dans les conversations de The Way of Al Flesh comme dans les moindres allusions du Fair Haven. C’est un des ressorts les plus subtils et les plus efficaces de sa raillerie. Mais, ici encore, la perfection est l’ennemie du bien. L’ironie se tue elle-même par une imitation trop exacte. Non seulement elle émousse le fil de son arme, mais elle risque d’étouffer en elle-même l'intention hostile, l’esprit de haine qui la soutient. La parodie peut être, en effet, aussi bien qu’un procédé d’ironie, un acte d’admiration, d’adoration profonde. « There is nothing that even Shakespeare would enjoy more than a good burlesque of Hamlet », écrit Butler dans son apostrophe aux Critiques. L’ironie, à ce stade, se fond dans un humanisme amollissant. Parodier un homme, une œuvre, un discours, c’est leur rendre le plus bel hommage : c’est les rapprocher de soi, les posséder, les assimiler dans un geste qui rappelle celui que l’être fait pour manger. Il y a, naturellement, une différence à établir selon qu'il s’agit d’un grand homme et d’un chef-d'œuvre, ou d’un auteur, d’un livre médiocres. Dans le premier cas, l’ardeur admirative incapable d’embellir davantage son idole, préfère le ramener à sa taille, l’affubler de ses propres vêtements, se donnant ainsi l’illusion d’une possession plus directe. Comme certaines façons d’aimer, cellelà contient un élément de jalousie, de la bassesse d'âme, le

1. Chap. IV, pp. 14-15. — Ce chapitre a été «arrangé » par H. F. Jones. Mais les passages en question sont bien de la plume de Butler.

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