‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 180 sur 255 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Principales idées scientifiques de Butler ; — Polémiques victoriennes ; — Butler est-il un vrai savant ? ; — Butler contre la science ;: — Lacunes de sa culture

scientifique ; — Son raisonnement et sa méthode ; — Recomposition de l’univers ; — Butler et la science moderne.

Nous ne nous étendrons pas, pour en discuter la portée ou la justesse, sur le détail des théories scientifiques de Butler; ce serait sortir de notre compétence. Le but de ce chapitre sera surtout d'apprécier son attitude vis-à-vis de la science, la manière dont il la comprend et dont il la pratique, la place qu'il lui attribue, les idées qu’il lui emprunte. Il ne paraît pourtant pas inutile de rappeler d’abord en un tableau succinct les convictions principales qui, fortement articulées les unes aux autres, forment la base de sa philosophie scientifique. Elles sont peu nombreuses :

19 L'évolution est la loi de la vie. Son ressort doit être cherché, non dans la sélection naturelle de Darwin, qui en fait le résultat de circonstances aveugles, mais dans un principe vital qui, à l’analyse, décèle deux éléments ou deux aspects : une activité intelligente et un but (purpose).

Le mécanisme de l’évolution est à deux temps : accumulation, puis transmission des variations. La théorie des mutations ou variations brusques de grande amplitude (proposée par de Vries en 1901) était encore inconnue au temps où Butler écrivait, mais il semble en avoir pressenti l’hyÿpothèse dans un passage de God the Known'.

1. God the Known, chap. 1, p. 14-15 : « organism must act in one or other of these two ways : it must either change slowly and continuously with the surroundings.…, meeting the smallest change with a corresponding modification

2° Parents et progéniture ne sont que divers moments du même individu.

3° Toute action physiologique, celle de l'embryon par exemple, répète, en un schéma rapide, l’histoire entière de cette action. C’est la loi de récapitulation, basée sur la notion de mémoire ancestrale.

49 La mémoire est le facteur primordial de l’évolution des êtres. À son point de perfection, elle est le plus souvent inconsciente. L’habitude, l’instinct et l’hérédité n’en sont que des degrés ou des modalités. Cette mémoire inconsciente d’actes accomplis dans le passé subsiste à l’état latent dans le germe ou dans l'être jusqu’au moment où le retour de circonstances analogues ou d'idées associées déclenche le pouvoir moteur du souvenir.

Ces quatre points principaux sont les piliers de la pensée biologique de Butler. Ils sont exposés dans Life and Habit, et les autres livres n’en sont que des développements. On trouve dans ces derniers une adhésion de principe à diverses autres hypothèses : telles sont, par exemple, l’idée d’une cellule primordiale, mère de toute la chaîne des êtres! ; ou celle du protoplasme, qu’il paraît avoir abandonnée plus tard?; ou encore l'explication de la mémoire par la théorie des vibrationsÿ. Mais nulle part, dans ses récapitulations, Butler ne les cite comme siennes. Sa contribution personnelle se borne aux quatre principes énoncés plus haut, avec leurs corollaires, développements et applications. Ce sont là, suivant son expression, les « souverains » d’or qu’il lui a été donné de découvrir sur le chemin de la science. Sa foi dans ces enfants chéris de sa pensée est absolue. Il les protège avec sollicitude contre tous les dangers : le rapt, l’étouffement ou l’abandon glacial. Pendant douze ans, de Life and Habit (1878) aux articles sur l’impasse du Darwinisme (1890), il soutient contre les transformistes et la thèse de la sélection naturelle une guerre sans merci; il attaque sans cesse parce que, dit-on, c’est le

so far as is found convenient; or it must put off change as long as possible, and then make larger and more sweeping changes. » etc. Relevé par Hartog, Une. Mem., XXVI, XXVII.

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