N. B. « Germs within Germs
2. Authoress, 159 : « Men of Science, so far as Î have observed them, are apt in their fear of jumping to a conclusion to foiget that there is such a thing as
jumping away from one... »
ne peut nous révéler l’univers, car elle est incohérente, stérile, aveugle. Il lui manque ce don précieux, que Butler possède, lui, au degré suprême : la faculté de rapprocher des plans éloignés, de fondre harmonieusement ensemble des idées différentes, afin que l'esprit, libéré des vains obstacles, et sans craindre nulle impasse, puisse parcourir d’un bond l’échelle de l’Etre depuis l’atome le plus infime jusqu’à la divinité. Nous ne voulons pas dire que Butler ait réussi à construire un système harmonieux répondant à cet idéal. Mais c’est en celui-ci qu’il plaçait la fin suprême de toute pensée. Ses quatre ouvrages sont parsemés de passages qui ne peuvent qu’agacer, à bon droit, le savant ; l’esprit même qui a présidé aux constructions idéologiques qu'ils exposent leur paraîtra faux. Butler s’y refuse à se faire le prisonnier de la science; mille saillies, mille digressions, par tout un jeu d’hypothèses hardies, de rapprochements d’idées, de confusions de place, sans compter celui de l’humour, qui y tient son rôle, ouvrent au détour de presque chaque page des portes sur les plus libres horizons. La brume lumineuse qui les baigne est plus plaisante, certes, que la pénible obscurité des perspectives scientifiques ; mais, diront les savants, elle n’est qu’un mirage. En fait, il semble que, du double point de vue de la méthode et des conceptions directrices, Butler ait souvent tourné le dos à la science moderne. Dans un ouvrage récent!, un biologiste français reproche à l’école aristotélicienne des naturalistes antérieurs à la fin du xvirie siècle de s’être laissé mener par trois idées essentiellement a-scientifiques dans leur nature, eb anti-scientifiques par leurs effets sur les recherches : un certain vitalisme, un certain finalisme, et une comparaison trop facile et constante entre les animaux et les végétaux, Butler s’expose à des reproches analogues. La biologie est pour lui, sinon une religion, du moins une philosophie. Son vitalisme, qui imite selui de Buffon ou de Lamarck autant qu'il annonce celui de Bergson, est pour sa pensée un ardent principe de direction, une sorte de foi illuminatrice. Son finalisme, d’autre part, s’il n’est pas celui de la création selon la conception chrétienne, fournit, comme l’autre, des solutions apaisantes, endormeuses, à ces pourquois qui sont les aiguillons incessants de l’investigation scientifique. Enfin, plus
1. Raoul Combes, Hisloire de la biologie végétale en France, 1933,
encore que les naturalistes d'autrefois, Butler use et abuse, pour en faire un moyen de comprendre, de la comparaison entre les divers règnes de la vie. On ne saurait lui reprocher de ne pas réduire leurs différentes activités à des termes communs de réactions physico-chimiques, ainsi que le font les biologistes d'aujourd'hui; mais cette vision de la nature et de l’être comme une entité unique dont les aspects seuls diffèrent lui a caché de nombreux problèmes. S'il est moins naïf que celui de ses devanciers, son anthropomorphisme biologique n’en est pas moins un obstacle à l'application des méthodes objectives. Selon une anecdote, des spécialistes se seraient exclamés à l'entendre, dans un de ses livres, évoquer l’âme de grenouilles, au lieu d'employer un autre terme! ; l’histoire montre un aspect comique de la déformation professionnelle, mais elle ne tourne nullement à la confusion de la méthode scientifique. Parler de l’ême des animaux, appeler « la foi » au secours de la raison, ou voir dans la vie un miracle?, c’est transporter, non seulement la terminologie, mais la‘recherche elle-même, du domaine de la science au domaine de la philosophie. La première n’a rien à y gagner.
Dans l'agitation soulevée par l’avènement de la science moderne, Butler à pris bruyamment parti. Il a parié pour le sens commun et ses droits, contre l’inhumaine objectivité des recherches scientifiques. Sa fierté de sujet pensant refuse d’abdiquer. Son esprit ne fraye point avec ces « splendides esclaves » qu’une humilité naturelle prosterne devant les faits, et dont Herbert Spencer, à en croire Mr. G. K.Chesterton, serait le prototype*. Il ‘existe, à ses yeux, une hiérarchie de l’activité intellectuelle. Mille observations scrupuleusement vérifiées ne valent pas, comme preuve, un raisonnement
1. Cf. English Review, March, 1911. Revue de Life and Habil par A. D. Darbishire. L'auteur de l’article raconte qu'un comité de naturalistes s'étant réuni pour choisir des livres pour leur bibliothèque, un seul des ouvrages présentés fut rejeté : celui de Buler. «L. and H. was not merey rejected, it became the subject of merriment. One of the committee opened it at random and exclaimed « Listen to this ! » and read a sentence in which « frog » and «sou l» occurred. »