Voir W. of À. F., chap. XLVII, p. 209 et ch. XLIX
2. Etudiants de familles indigentes qui recevaient de l’université une maigre allocation pour leur subsistance.
3. Un «sizar » de St John's, W. E. Heitland, lui a du reste reproché cette attitude peu généreuse, alléguant qu’il a trop facilement confondu « sizar » et « siméonite ».
W. E. Heitland : « À Few Earnest Words on S. B. », 1916 (article dans The Eagle, pp. 64, 65).
4, W. of À. F., XLVIK p. 211.
5, Et retrouvée par A. T. Bartholomew. Cf. First Year; en voir le fac simile dans A. J. Hoppé : À Bibliography of S. Butler, 1925.
d’autoritarisme pour qu'il ne lui répugnât pas de prime abord.
De telles réactions contribuent à dessiner le caractère du jeune étudiant. Incertain encore de ses goûts et de ses aversions!, il semble en la circonstance garder quelque chose de cette sourde faculté d’agacement qui, comme chez Thomas Butler, trouve son apaisement et sa vengeance dans une taquinerie rancunière. Cet irrésistible besoin de ne point « laisser les gens tranquilles » — ou les idées — ne fera que croître avec l’âge et les provocations du dehors, et l’on pourra en relever maint retour offensif dans l’histoire des démêlés de Butler avec tous ses contradicteurs.
En même temps d’autres traits se révèlent ou se confirmente Butler donne à ses camarades et à ses maîtres l’impression d’un garçon sérieux et tranquille. Il travaille avec application, et passe régulièrement ses examens. Ce qu’il a entrepris, il a toujours à cœur de le mener à bien. Butler est un consciencieux; malgré certaines apparences, il prend la vie au sérieux- Mais son « earnestness » est bien différente de celle dont sont pénétrés les disciples du D' Arnold. Chez lui, ce sérieux n’est pas le résultat d’une prescription, une doctrine morale, une vertu exigeante : on y devine au contraire un trait instinctif de son tempérament?. Butler ne sera jamais un esprit léger, même si parfois son humour et son sens du relatif semblent démentir ce diagnostic. Rien de ce qui se passe en lui, rien de ce qui le concerne, et surtout rien de ce qui engage, si peu que ce soit, sa conduite, ne le laisse inattentif ou indifférent. Il s’adonne consciencieusement aux études théologiques; destiné au ministère, il tient comme un devoir, moins envers l'Eglise qu’envers lui-même, d'examiner à fond les détails de l’enseignement qu’il aura plus tard à dispenser. Il annote ses livres, rumine et médite, à l’encantre des jeunes étourdis qui, autour de lui, vivent sans autre préoccupation que leur joyeux présent. Pour mieux remplir ses journées, il s'impose des habitudes méthodiques, qu'il n’a aucune peine à prendre, ni à garder. Il règle et équilibre ses travaux, ses occupations,
1. Cf. Ernest Pontifex : « In mind and in body, like most of those who in the end come to think for themselves, he was a slow grower », W. of À. F., chap. PU IDe 272:
2. Même ses amis ont été parfois trompés par l’apparent décousu de sa carrière. Cf. Mac Cormick (M., I, 54, lettre citée) : « He had too much fun about him to be really serious when he ought to have been. »
son plaisir!, Il n’aime pas la bohème, et déteste être pris au dépourvu. D'ailleurs presque tout son temps est à lui. Le sport l’intéresse peu. Il ne rentre dans son système qu’à titre de délassement. Samuel assiste de temps à autre, du reste en simple spectateur, à une partie de cricket; mais ce n’est pas pour se passionner, parier, souhaiter la victoire; 1l y cherche un moment de détente, un repos entre deux lectures?. Il aime cependant la marche, et gardera ce goût; la promenade solitaire permet de réfléchir à l’aise; à deux, elle permet de discuter. Il monte un peu à cheval, mais restera mauvais cavalier$. À la vérité il semble pratiquer assidûment le canotage, et ses lettres à sa famille révèlent un certain intérêt, une pointe d’amour-proprei. Avons-nous là enfin le trait humain, le signe d’une juvénile exubérance, un goût commun avec ses camarades ? Cela n’est pas si sûr : le jeune homme veut surtout faire plaisir aux siens; il s’étend à loisir sur ses minces prouesses, mais son plaisir est feint. Peut-être goûte-t-1l un instant l’enivrement de la course, le bien-être physique du repos après l’effort; mais la discipline du sport, la coordination nécessaire des mouvements, l’abdication de toute humeur personnelle en faveur de l’esprit d'équipe le remplissent d’impatience et de maladresseÿ. Butler à vingt ans est totalement dépourvu de l’allant, de la vivacité, du ressort physique que l’on se plaît à rencontrer chez les jeunes gens de son âge. Malgré la liberté de sa nouvelle existence, malgré la facilité — toute relative du reste — des rapports entre étudiants, il reste isolé par sa timidité naturelle, que raidit encore le sou-
1. Cf. M., 1, 54, l'emploi du temps d’une journée (lettre de S. B à son père)
« I have been out of bed by a quarter past five every morning lately and into bed by ten at night, get a cup of tea by 6 in the morning and read till 9, breakfast and amusement till 10, read from 10 to I, go to Shilleto 1 /2 past 6 to 1/2 past 7... then there is music from I to 2 and exercise from ? to 4 and music from 4 to 5 and dinner at 5; so when I come back from Shilleto I am pretty glad to have done the day’s work. »
2. Voir dans The Shield of Achilles, petite pièce parodique écrite par Butler à Cambridge, une amusante description d’une partie de cricket cù deux arbitres se querellent (Publié en 1902 dans The Eagle, republié dans N. B. et dans First Year).