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qui lentement dessinent la courbe de tout progrès, tant physique que moral et spirituel. « Unconsciousness, déclarait Butler dans une conférence!, is no bar to livingness. Our conscious actions are as a drop in the sea as compared with our unconscious ones. Could we know all the life that is in us by way of circulation, nutrition, breathing, waste and repair, we should learn what infinitesimally small part consciousness plays in our present existence; yet our unconscious life is as truly life as our conscious life, and thought is unconscious to itself it emerges into an indirect and vicarious consciousness in our Other and conscious self, which exists but in virtue of our unconscious self. » Non seulement la mémoire, mais avec elle l'habitude, l'instinct, l’hérédité, ont sous la conscience claire, qui n’en saisit, à grand effort, que des aspects momentanés, leurs inextricables et puissantes ramifications. Tous les phénomènes mentaux, toutes les manifestations de l'intelligence, tous les élans spirituels y ont leur source mystérieuse, et s’y déterminent. C’est l’inconscient qui préfigure la personnalité et jusqu’au destin des individus. « The unconscious life of those that have gone before us has in great part moulded us into such men and women as we are, and our own unconscious lives will in like manner have a vicarious consciousness in others, though we be dead enough to it in ourselves? ». Ainsi, dans le flot ininterrompu de l’existence humaine, depuis l’embryon jusqu'à l’ultime survivance du souvenir, les miroitements de la surface cachent d’obscures profondeurs. Notre pensée, notre humeur du moment, sont souvent à moitié inconscientes’. Nos actions les plus simples, les plus essentielles, celles dont dépendent notre bien-être ou notre misère physique, notre vie ou notre mort, s'appuient sur une expérience instinctive, sur toute une vie antérieure dont nos organes et nous-mêmes n'avons pas gardé la mémoire claire; si la conscience n'apparaît chez l'individu qu'après sa naissance, n’existe-t-1l pas un monde des « non nés » auquel il appartenait déjà, où s’est façonné
1. Au Somerville Club, ?7 février 1895, Publiée sous le titre : How to make the best of Life, dans The Humour of Homer and Other Essays, 1913, p. 146.
2. Ein du paragraphe en partie cité plus haut : How to make the best of Life, 146-7.
3. « I think there is such a thing as unconscious thought — thought, I mean, too rapid and too subtle for conscious analysis — and unconscious malaise ». Lettre à Walter Scott, Esq., 1881, M. I, 346.
cé qui sera son corps, son tempérament, son intelligence sa volonté, mais dont, en signant son acte de naissance au monde terrestre, il a perdu le souvenir ?1.
Ainsi, affirme fortement Butler, l'inconscient est la base de l univers vivant. À moins d’être un Dieu, ou quelque amibe rudimentaire, aucun être ne saurait avoir à chaque instant de son existence conscience de toutes et de ses moindres actions. Mais Butler est non moins prompt à affirmer qu’inconscience ne signifie pas inertie. Entre la matière inerte x simple concept commode, semble-t-il croire — et la conscience lucide de soi-même, effort suprême par lequel l'être, un moment et sur un point, rejoint le Dieu universel, il y a place pour mille formes, mille degrés de vie. Cependant la notion de vie se prête difficilement à l’analyse ; elle heurte même le raisonnement. « All reason is against it, écrit Butler, and all healthy instinct for it». Elle se connaît par intuition; mais comme tout ce que nous possédons le mieux, nous sommes incapables de l’expliquer. Aussi Butler préfère-t-il procéder par métaphores : « Life is like playing a violin in public and learning the instrument as one goes on ». « Life is like music, it must be composed by ear, feeling and instinct, not by rule. Nevertheless (ajoute-t-il one had better know the rules, for they sometimes guide in doubtful cases — though not often ». La vie est donc une chose qui s’improvise, qui parfois se trompe; à vrai dire, même, l'aptitude à l’erreur est une de ses caractéristiques; seules les choses inorganiques obéissent infailliblement à leurs lois. Elle comporte des degrés, un plus et un moins : « Livingness depends on range of power, versatility, wealth of body and
1. Le chapitre des « non-nés » dans Erewhon, n’est guère autre chose qu’une fantaisie humoristique; il n’y faut pas chercher, même présentée en apologue, une conception positive. On y trouve deux éléments mêlés : un développement d’allure paradoxale, formule humoristique à laquelle Butler nous a habitués, où il raille les croyances chrétiennes populaires, comme les saintes huiles et le baptème: d’autre part, des passages qui jurent avec la plausibilité philosophique du thème, et qui doivent être, pensons-nous, un souvenir des méditations naïves auxquelles se livrait Butler enfant, en ruminant ces notions de son catéchisme, peut-être aussi des conversations avec d’autres enfants, où se donnaient libre carrière leurs interprétations puérilement absurdes.