‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 194 sur 255 · Life and H., p · texte numérisé non relu

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et intelligente. Ce que nous croyons être unité n’est ici que l'apparence d’une multiplicité harmonieuse — un « masque », dit aussi Butler, excipant de l’étymologie du mot «personne »: «À person must be a « persona » — that is to say the living mask and mouthpiece of an energy saturating it and speaking through it! ». En fin de compte, une communauté de but et un accord tacite sur les moyens de les atteindre sont les deux seules clauses du contrat sur lequel repose la notion de personnalité; contrat de volonté et d'action, dont les parties, par conséquent, doivent être douées d'intelligence. La notion de race ou d’espèce doit être envisagée de la même manière. Une race est un faisceau d'individus contemporains dont les existences parallèles sont soumises à des lois d’attraction mutuelle, à toute une communauté d'intérêts, de sentiments, ou de déterminations. Il n’est donc pas illogique d'imaginer une conscience de la race, qui n’enlèverait à l'individu humain sa personnalité que pour la conférer à cet être plus vaste, supérieur à lui en instinct comme en raison.

Ce n’est là cependant qu’une première constatation de Butler. Son esprit, suivant son rythme habituel d’oscillation d’un contraire à l’autre, revient à l'unité par un autre chemin : mais c’est une unité différente, combien plus vaste et plus vague aussi. Elle consiste à fondre l'individu dans toute la chaîne d'êtres dont il descend. « Personal identity cannot be denied between parents and offspring without at the same time denying it as between the different ages (and hence moments) in the life of the individual? ». C’est là, dit-il, la seule clef qui puisse permettre de comprendré les phénomènes de l’hérédité. Et Butler d’insister et de se répéter; c’est une de ses idées, sinon les plus justes, du moins les plus fortes, les plus profondément enracinées ; il se peut qu'il en ait trouvé le germe dans un sermon de l’évêque Joseph Butler « On Personal Identity », où l’auteur de l’Analogy of Religion remarque qu’en dépit des apparences si considérablement différentes, un vieillard est identiquement le même être que le bébé vagissant

1. God the Known, p. 25. Cf. aussi, How lo make the best of Life, 145 : « Our living personelity is, as the word implies, only our mask ». 2. N. B., 375. Voir tout le chapitre (« Personal Identity ») de Life and

Habit,

3. Ev. O. and N., p. 1%1 : « that oneness of personality between parents and offspring, which is the only key that will make the phenomena of heredit y intelligible ».

de quatre-vingts ans auparavant. De là à reculer la borne davantage encore dans le passé, le pas était facile à franchir. Le fœtus dans le sein de sa mère est déjà l'individu. Et les parents, si on les réduit à leur essence biologique, si on les dépouille de ce qui n’est qu’imparfaitement eux-mêmes — membres, organes, viscères, tissus — ne sont que des germes laborieusement occupés à se transmettre par une série de manœuvres à vrai dire assez compliquées!. Ainsi l'individu n'est qu’un moment d’un être né le premier jour de l’ère humaine. Seul son aspect présent est connu de lui-même et de ses contemporains; mais il est la même personne qu’hier et qu’autrefois; il est ses propres ancêtres, et les ancêtres de ses ancêtres. Les autres vivants de son espèce, autour de lui, sont ses cousins; nés le même jour, ils partagent, sans en avoir clairement conscience, une vie, un progrès, un destin communs. Îl y a donc une vie unique, et, pourrait-on dire, un être unique. « Every one, écrit Butler, à la fin de Deadlock in Darwinism, is both himself and all his direct ancestors and descendants as well; therefore, if we would be logical; he is one also with all his cousins, no matter how distant, for he and they are alike identical with the primordial cell... This 1s practically making him one with all living things, whether animal or vegetable, that ever have existed or ever will ». Le raisonnement ne saurait aller plus loin dans cette voie. On se demande à quelles théories sociales ou morales ces conceptions auraient pu mener un esprit plus entier, plus étroitement logique, plus tourné vers l’action. Chez Butler, elles n’aboutissent qu'à une critique négative, ou à des conseils mi-désabusés mi-convaincus de prudence, de cour-

1. L'assimilation d’une lignée directe d’étres aux différents £ges d’un individu a soulevé une objection de la part du propre neveu de Samuel Butler, dans un livre o* il s'efforce de démontrer « l'fxistence et l’Immortalité de l’Ame » : « Talking of heredity, mv unele Samuel Butler says : « The identity between two successive generations is essentially of the same kind as that existing between an infant and an octogenarian. »

« I cannot quite agree with him, for though the infant and the octogenarian are the same personality, the infant of the next generation is but the persona- Jity of the father modified by that of the mother, and mother’s family » (The Existence and Immortality of the Soul by H. T. Butler, New Revised Edit. 1933, London, p. 12).

L’objection quoique simple et évidente est d'importance. Elle ruine l’analogie de Butler, mais non l’idée fondamentale de l’unité de l'être, qu’elle renforce au contraire.

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