‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 205 sur 255 · Ev. O. and N · texte numérisé non relu

Ev. O. and N

Le principe qui affirme l’indissolubilité de la combinaison esprit-matière s’étage donc en une triple constatation d’abord, que le moindre atome de matière vivante a son atome de spiritualité; ensuite, que chez tout organisme, fût-il merveilleusement perfectionné, comme l’homme, l’âme, accrochée aux parties composantes de ses cellules, suivra leur sort à leur mort apparente, et se dissociera sans pour celà cesser d’être; enfin, que la somme des organismes vivants forme le corps de Dieu, dont l’âme est faite de toutes les âmes individuelles. Ainsi le Dieu de Butler, plus réellement que’ Jehovah, est un Dieu « personnel » : car qu'est-ce qu’une « personne » sans corps de chair et de sang ou d'autre matière palpable? Dieu a un corps, c’est l’univers physique, avec, comme celui de l’homme, ses parties vivantes et ses parties mortes. Il a tous les attributs du spirituel — la conscience, l'intelligence, la volonté, la toute puissance, la pérennité. Les hommes peuvent le définir de cent manières approximatives : c’est l’amour, l’espoir, la foit ; c’est la force des circonstances? ; c’est l’âme de l’évolution, la volonté téléologique qui la conduit, l'intelligence biologique, le « cunning »; c’est l’Arbre de la Vie, le Grand Pan du globe terrestre, le Dieu Connu des hommes. Il a eu un commencement, et sans doute aura-t-il une fin; mais il n’est, comme les Dieux des autres planètes de notre système solaire, qu’une cellule d’un Dieu Inconnu, lui-même engendré par quelque Dieu plus vaste encore. Cette perspective d’une formidable et sommaire théogonie, bien que fort sérieusement développée dans les articles de God the Known and God the Unknown (1879), représente moins une conviction de Butler qu’un exercice en analogies, une concession inévitable à la notion d’infini. Il ne faut la maintenir qu'avec des réserves parmi les articles de sa foi.

Ceux-ci sont récapitulés dans un passage curieux d’Erewhon Revisited, sa dernière œuvre, sous la forme d’une sorte d’évangile, où les prêtres erewhoniens ont conservé et arrangé les paroles du Sunchild. Le cadre parodique ne doit pas ici faire illusion sur la valeur de la pensée. Il n’y faut plus chercher ni sous-entendu ni inversion satirique’. Limitation du style

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