‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 226 sur 255 · Er · texte numérisé non relu

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3. Cf. N. B., 329 : « Logic has no place save with that which can be defined

in words. It has nothing to do, therefore, with those deeper questions that have got beyond words and consciousness, etc... ».

Euclid cannot lay a demonstrable premise, he requires postulates and axioms which transcend demonstration and without which he can do nothing. His superstructure is demonstration, his ground is faitht. » La raison raisonnante révèle uniquement la lettre de la loi du monde, un déterminisme fondé sur le hasard. Cet ordre illusoire ne satisfait pas Butler. L'esprit seul vivifie.

Or l'esprit, c’est la foi. « The foundation of action, lit-on dans Alps and Sancluaries, lie deeper than reason can reach. They rest on Faith2. » La foi, cette abdication volontaire des droits de contrôle de la raison, peut assumer deux formes d'apparence contradictoires et de valeurs inégales. Tantôt elle pousse lindividu à remettre à d’autres le soin de ses intérêts les plus chers, à des prêtres celui de son âme, à des maîtres celui de son esprit, à des banquiers celui de son argent, à des docteurs celui de sa santé. Elle n’est alors qu’un acte de confiance, une simple délégation de pouvoirs, un pacte commode. Mais elle peut se manifester d’une autre manière c’est alors un recours de l'individu à une sagesse qui le dépasse, à une intelligence supérieure à la sienne, et mieux en état de comprendre ses difficultés, à un guide d’une expérience infiniment plus vaste. Cette foi, le christianisme nous l'offre; mais il nous impose avec elle — tout comme la raison et la science — un devoir de soumission et d’obéissance; sa conception du libre-arbitre n’est qu’un leurre, contredite qu'elle est par les deux dogmes essentiels de la grâce et de la providence. La foi, pour Butler, ne doit pas chercher son objet hors de la vie terrestre. C’est au fond de lui-même que l’homme découvrira les fondations de sa morale — « within us, note Butler, like the Kingdom of Heaven, rather than without ». Là se trouve, s’il sait l’y chercher, son Evangile et son Credo, les tables de sa loi, la clef de sa véritable liberté, la définition de sa responsabilité. Si l’homme — et Butler l’admet « to some considerable extent5 » — est vraiment le maître de sa destinée, c’est dans les profondeurs mêmes de son être qu'il en surprend le secret. Il est une morale naturelle, une sagesse

. N. B., 330. La note a été utilisée dans W. of À. F., p. 288-9. . Alps, 107.

. Tbid., aussi W. of À. F., 288.

AADMOTI CT 19:

Qt À Co 2

intuitive, « certain fundamental ideas of right and wrong, which our consciences most instinctively approvet ». La foi, d’après le bon docteur Gurgoyle, d'Erewhon, est la croyance en la sûreté — approximative — de l'instinct des meilleurs hommes?. C’est l'adhésion de l'individu au « cunning » de la race; c’est l'intuition d’une direction vitale, d’un élan biologique ; c’est l'instinct des instincts. « Instinct, then, méditait Ernest, is the ultimate court of appeal. And what is instinct ? It is a mode of faith in the evidence of things not actually seen. » Instinct, « cunning », vie inconsciente, individualité, spontanéité, liberté : Butler déploie et referme ces termes comme les branches d’un même éventailt. Sa pensée; certes, n’y gagne pas en netteté; mais elle se simplifie ainsi et s’alourdit à l’extrême pour mieux éclairer les conclusions pratiques, les conseils de conduite qu’elle sera appelée à donner.

À peine d’ailleurs a-t-il constaté que sa morale s'appuie sur une foi plutôt que sur la raison, qu’un retour de scrupules, une saute d'humeur, lui font brouiller les cartes à nouveau. La foi et la raison ne sont-elles pas, au fond, deux aspects de la même tendance? L'une et l’autre, en tout cas, sont inséparables. « The fact is, that faith and reason are like desire and power, or demand and supply; it is impossible to say which comes first : they come up hand in hand°... ». La Raïson, inscrivait-il encore sur son carnet de notes, est fondée sur la foi, et la foi sur la raisoné. Cette incertitude n’est pas particulière à Butler; l’ancien dilemme se posait à la conscience de tous ses contemporains avec une actualité et une insistance nouvelles; nul ne pouvait entrer dans la lutte des idées et des partis sans le résoudre pour son compte; il ouvrait un conflit de tendances, mais aussi de méthodes. J. H. Shorthouse, cet autre victorien, asseyait la foi religieuse sur un libre raisonnement, alléguant « … that the ideal, and not the material, is the province of faith ; and that the source of foith so defined is free-thought? ». Butler, par une démarche caractéristique, se garde d’une position trop logique eb

Cf. Er. Rev., 137.

W. of À. F., 288.

. Cf. N. B., 319, « Free-Will otherwise Cunning ». . Alps, 108.

. Further Exiracts, 120. Cette note continue : « There is no « I know », but there is an « I think », which is found to answer all practical purposes ». 7. J. H. Shorthouse, Life and Lelters, 1, 157.

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