‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 229 sur 255 · Lettre de Samuel Butler à sa mère, 10 mai 1859, M. I · texte numérisé non relu

Lettre de Samuel Butler à sa mère, 10 mai 1859, M. I

3. W. of À. F., p. 38 : « Is it moral for a man to have brought such things upon himself? Some one should do for morals what that old Pecksniff Bacon has obtained the credit of having done for science ».

pleasure! ». Le sentiment du plaisir accompagne d’ordinaire le libre jeu des organes sains, et tous les actes qui en règle générale favorisent l'individu, l£ race, la nature entière; il est le compagnon fidèle de la vie. Il n’est pas de guide plus sûr, s’il est nettement perçu, ni d’ailleurs plus difficile à découvrir, malgré les apparences.

Dans le royaume des formes biologiques simples, la morale est peut-être un simple calcul des plaisirs et des peines, avec la volonté ferme d’obtenir les unes et d’éviter les autres2. Mais l’état de complexité à la fois physique, mentale et sociale, auquel sont parvenus l’homme et la civilisation qu'il a créée, soulèvent d’inextricables difficultés. Qu'il s’agisse de choisir une profession, un genre d’existence, un milieu ou un ami, d'engager: socialement son opinion, son action ou sa liberté, d'apprécier une œuvre d’art, le recours au plaisir se révèle d’une application délicate. Cette question semble à Butler si important: qu'il lui a consacré plusieurs passages dans ses œuvres et diverses méditations dans ses cahiers{. « Tell us, écrivait-1l dans des notes destinées à une suite de Life and Habit, what we really like and want, and we shall know what to think and how to arrange our thoughts; but this, which looks such a simple matter, and which we think or pretend we think we understand so throughly, is in reality the most difficult alike of arts and duties, and one, moreover, which of all others we are most ready to shirk, or throw on to some one else’s shoulders5 ». Une fois de plus, on remarquera ici, dans la pensée de Butler, non pas une contradiction, mais une hésitation à conclure, une perception trop claire et trop déroutante des complexités de la réalité. Ayant éliminé tout autre critère moral que l'instinct, tout autre conseiller de la conduite que les goûts ou les déplaisirs, il s'arrête alors, par peur de

1. On knowing what gives us pleasure, Shr. Ed., vol. XVIII, p. 213.

2. Ibid., p. 226 : « The history of all animal and vegetable organism from the amoeba upwards is but a living commentary upon this text, that if an organism knows what gives it pleasure and persistently endeavours to obtain it, it will in the end do s0...; and conversely, that when there is no desire there is no development, save of such diseased, cancerous growth as heralds approaching dissolution ».

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