W. of A. F
3 « For he is most perfect saint who is the most perfect gentleman », W. of A. F., 305.
parente à la fois à l’honnête homme de notre xvri® siècle, celui « qui ne se pique de rien »; au waxèç a &yabèc, à la fois beau, bon, et bien né; et au Juste de l'Evangile, dépouillé de la terrible « righteousness »; c’est le saint laïque sans sa sainteté, le héros sans son piédestal, un surhomme qui demeurerait humain. L’aristocrate élégant, le grand bourgeois raffiné, le dandy, (les « swells », selon l'expression de Butler) forment l'imagerie héroïque de cette catégorie morale!. Mais ce sont des personnages de vitraux. Le gentleman peut se faire avec moins de gloire et avec moins de frais; il y faut cependant une bonne part de chance individuelle, « luck » qui n’est, à la bien comprendre, que la floraison du long «cunning » des générations antérieures. Son titre essentiel est d’être « bien élevé ». Butler se plaît à joindre en une seule réalité les différentes acceptions de ce terme. « Good breeding » désigne en même temps trois qualités ou trois bonheurs : la naïssance d’une lignée d’ancêtres sains, bienveillants et heureux; une éducation bien comprise, sous des maîtres pleins de tact; et la grâce des manières, la distinction du comportement. Le gentleman ajoutera à sa chance s’il peut être orphelin et n’avoir pas connu ses parents, comme Towneley. Autre condition nécessaire : le gentieman doit avoir un bon compte en banque. L'argent, pourvoyeur d'indépendance, de culture et de puissance, iui est indispensable à l’égal d’un organe. Enfin il possède des qualités plus spécifiquement morales. Une disposition bienveillante est un de ses dons fondamentaux. « If we are asked what is the most essential characteristic that underlies this word, the word itself will guide us to gentleness, to absence of brow-beating, overbearing manners and fuss, and generally to consideration for other people? ». On ne lui demande point cette passion pour le bien public, ni cet altruisme insistant et presque désobligeant qu’apportent à leur mission certains apôtres de la charité sociale;ilcultive par contre les vertus légères et aimables, la courtoisie, l’indulgence, la tolérance, la bonne humeur, la générosité, le mensonge utile; qualités assez peu « hébraïques », certes, pour reprendre le mot et l’antithèse de Matthew Arnold, mais dont Butler tient l’envie et le regret beaucoup plus de la cordialité piémontaise, de la bonhomie sicilienne
1. NN. B., 35, « Swells »; 36 : « On being a swell all round ». 20N0B;,836;
LES IDÉES MORALES (2) 477 ou de l’onction catholique, telles qu'il les a connues en Italie, que d’un prétendu paganisme, dont on trouve peu de traces dans son tempérament.
Enfin la morale de Butler fait, à sa manière, large part aux notions d'immortalité et de sanctions. Si l’homme sait se persuader que la race prime l'individu, il s’efforcera de prolonger et d'étendre sa vie en y faisant participer d’autres êtres, 1l mettra sa meilleure récompense dans l’opinion favorable de la postérité. Vivre en autrui est donc à la fois un devoir biologique et une promesse de revanche glorieuse. «We had better live in others as much as we can if only because we thus live more in the race, which God really does seem to care about a good deal, and less in the individual, to whom, s0 far as I can see, he is indifferent!. » On saisit ici chez Butler un souci d’une curieuse grandeur; il s'explique, certes, en partie par la mentalité de l’homme de lettres, professionnellement porté à désirer que son œuvre soit une survivance et une exaltation de son moi spirituel. Mais, né peut être d’un désir inassouvi de renommée littéraire, il s'élève vite à de plus nobles hauteurs. « The true life of a man, lit-on dans l'étude sur les sonnets de Shakespeare, is not that which he leads in himself, but the one he leads in others, and of which he knows nothing? ». Butler emprunte un terme aux Bouddhistes pour désigner ce déstin que nos œuvres présentes tissent à notre existence ultérieure : le Karma. Nos actes ont dans l'attention et dans l’âme d’autruiune résonance dont il est juste de nous attribuer mieux que la paternité, la possession. Les pensées, les émotions, les actes qu’ils déclenchent sont à bon droit appelés nôtres. Ainsi tout homme selon ses moyens, et particulièrement l’artiste ou l’écrivain, vit d’une vie plus vibrante, plus féconde que son existence individuelle, dans la personne de tous ceux que son rayonnement a pu atteindre :
The deeds that others do by our command, Albeit we know them not, are still our own.