‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 25 sur 255 · Par exemple Miss Savage, cf. M · texte numérisé non relu

Par exemple Miss Savage, cf. M

que ses maîtres sans doute, ou son père lui-même, lui recommandent”. Mais ce ne sont encore que des commentaires, et Butler se satisfait mal d’une science de seconde main. D’ailleurs le seul résultat de cette lecture est de découvrir « that no one yet had succeeded in bringing the four accounts into tolcrable harmony with each other, and that the Dean, secing no chance of succeeding better than his predecessors had done, recommended that the whole story should be taken on trust — and this Ernest was not prepared to do? ». Il y a mieux à faire pour se renseigner : c’est d’aller aux sources. Butler se plonge dans l’étude des textes grecs de l'Evangile.

Il nous reste d’intéressants témoins de cet examen critique : ce sont deux exemplaires de la Bible qui ont appartenu à Butler, et dont les marges sont couvertes d'annotations écrites de sa propre main. Butler, déjà à cette époque, lit le grec avec facilité. Les notes sont parfois la traduction d’une expression ou d’un passage, en anglais clair et moderne. Il veut par là se rendre mieux compte d’un détail, lui enlever cet aspect lointain et irréel qu’il peut tenir de la langue étrangère, et lui restituer son véritable sens humainÿ. D’autres notes sont le sommaire d’un passage, la brève indication d’un fait ou d’une idée à retenir. Une troisième catégorie comporte des références, des rapprochements avec d’autres passages, et en particulier d’un Evangile à l’autre. Mais les annotations les plus significatives sont celles où Butler inscrit de son écriture menue, nette et réfléchie, quelque réflexion personnelle; ces a parte ont parfois beaucoup de saveur, et l’on y surprend les réactions d’un esprit qui est décidé à ne pas s’en laisser imposer. Un simple point d’interrogation en dit souvent plus long que bien des phrases. Malheureusement, il est impossible de préciser avec quelque exactitude la date de chacune de ces annotations ; elles semblent indiquer que Butler avait un exemplaire à Cambridge, et laissait l’autre à Langar, car elles s’appliquent

1. Henry Alford, Dean of Canterbury (1810-1871), publia de 1849 à 1861, en A volumes, une édition monumentale du texte grec des Evangiles, avec des commentaires. Alford, musicien et peintre comme Butler, fit, lui aussi, une traduction de l'Odyssée, et un livre sur la Riviera, illustré de dessins dont il était l’auteur.

2 W.0f A. F,, ch. LX.

3. Un Fr de Samuel Butler du côté de sa mère, John Worsley, avait déjà, au xvns siècle, traduit entièrement les Evangiles en anglais, sous prétexte que la traduction officielle ne serrait pas le texte d'assez près (cf. M., 1, 16).

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rarement (quoique elles le fassent parfois) aux mêmes passages dans les deux volumes. Mais, nous savons que plus tard, en Nouvelle-Zélande, Butler a continué à étudier le Testament grec. Peut-être s'est-il servi d’un de ces exemplaires!. Il faut donc se garder d’attribuer avec trop de certitude telle ou telle note aux années de Cambridge. En supposant cependant, ce qui est logique et qui semble probable, qu'il ait commencé son étude du livre sacré par le commencement, c’est-à-dire par les premières pages du volume, on a quelque chance de trouver un fil qui permette de suivre le travail critique auquel il s’est livré. :

Les notes les plus longues se trouvent presque toutes dans le même exemplaire; celui sans doute qu’il gardait à Cambridge, et elles portent en particulier sur les Epîtres de saint Paul. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, Butler ne s’attache pas à relever les désaccords entre les Quatre Evangiles. Son intérêt pour ceux-ci se manifeste uniquement dans de petits détails : circonstances de temps ou de lieu, suite des événements, identité des personnages de second plan, etc. On voit que le jeune étudiant en théologie garde encore une foi intacte dans l’authenticité et l'intégrité du texte des quatre récits, base du dogme. Toutefois, dans l’exemplaire que nous appellerons (par pure convention) l’exemplaire de Cambridge, dès l'Evangile selon saint Mathieu apparaissent des ? et des !! qui indiquent une certaine vivacité de réaction?. Plus loin il note que, d’après son propre.aveu, les sources d’information de saint Luc n’ont probablement été qu'orales’. Mais en somme, pour tout ce qui concerne la vie du Christ, et sa divinité, rien ne dénote, à cette époque, la moindre hésitation ou le moindre scrupule.

Les annotations en marge des Actes des Apôtres et des dif-

1. Ou d’un troisième dont H. F. Jones laisse supposer l'existence. En 1861, Samuel Butler; alors en Nouvelle-Zélande, écrira à sa tante : « Lam at work now on St. Paul’s First Epistle to the Corinthians » (Fam. Rel., p. 163). Nous inelinons à croire qu'il avait à ce moment-là recommencé son étude, et non qu’il l'avait reprise à un endroit où il se serait précédemment arrêté.

2. 1Ptex SE Mail. ch. 16,2. 16, "18 note ms TeRSaMUeMBUElerne « Peter... is promised the foundation of the Church (?) and the words are uttered (1!) : whatsoever thou shalt bind on earth, etc. »

La pensée de Samuel Butler n’est pas très claire ici. Simple réaction de protestant, ou déjà scepticisme ?

3. Si Luc, ch. I, v. I, note ms. de Samuel Butler : « This wd. appear as though St. Luke’s sources of information had been oral rather than documentary. »

férentes Epîtres de saint Paul sont plus chargées de sens. Butler se sent en présence d’une tradition moins sûre, moins directement relevable de l'inspiration divine. Il réagit parfois vigoureusement. Ces réflexions ont un double intérêt, selon qu’elles critiquent les personnes ou qu’elles interprètent le dogme. Partout apparaît un esprit en éveil décidé à comprendre, et à l'affût de toutes les difficultés.

On est tout d’abord frappé de l'attention que porte Butler à la psychologie des personnages bibliques. Pour lui, saint Jacques, Paul, Apollon, Timothée, sont des êtres de chair et d'os : non des personnages de fresque, enluminés et hiératiques, figés dans une posture, mais des hommes parmi d’autres hommes, dont les actes se doivent en grande partie expliquer par des mobiles humains. D'instinct il creuse le style biblique et recherche entre les versets ce que dut être la réalité vivante. Les notes en tête des Epîtres de saint Paul aux Philippiens et aux Thessaliens sont assez curieuses à cet égard!. Aïlleurs?, il s'étonne de la « ruse » ourdie entre les prêtres et saint Paul au sujet des Juifs de Jérusalem, pour détruire les bruits courant sur l’anti-judaïsme de Paul et il en note «l’échec retentissant ».

On devine jusqu'où peut conduire une telle familiarité. La pente est glissante de l'intimité à l’irrespect. Butler en viendra à considérer toute une partie des textes sacrés comme des récits de traditions, d’intrigues et de rumeurs, où l'erreur a pu se glisser. Ces documents devront être, non pas interprétés ou paraphrasés, mais soumis à un travail de critique sous le contrôle du sens commun. On voit poindre çà et là, dans ces notes spontanées, informes et encore juvéniles, la disposition d'esprit qui présidera aux longues méditations sur les Evangiles

1. P. ex,, note ms. de Samuel Butler en tête de l’épître aux Philippiens : « I am rather inclined to think that the object of the Epistle is to counteract certain malicious reports spread abroad concerning St. Paul’s imprisonment. Certain Jews may be had come to Philippi and told the Philippians that that fellow Paul hadibeen exploded at:last. At Rome he had been true coulours, no one now believed in him, he was in prison and the excitement his preaching had caused had long evaporated. Whereon St Paul writes to assure them that this is untrue — that his bonds had turned out to the furtherance of the Gospel, etc. »

2, Note ms., Acte des Apôtres, 21, v. 20, 26 : « The extraordinary admission of St. James concerning the Judaism of his Xstians at Jerusalem. His extraordinary and questionable proposition to St. Paul (Paul hating Judaism as the worst enemy of Xstianity). His sop in the pan to Paul about Paul’s Gentiles, »

Ch. 21, v. 26 : « Paul’e extraordinaryÿ compliance with St. James extraordinary request. »

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