‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 29 sur 255 · Cf. W. of À. F., ch. LI, p · texte numérisé non relu

Cf. W. of À. F., ch. LI, p

3. M. I, p. 61. Les faits ont été exposés par Samuel Butler lui-même dans Fair Haven. Jones n’a fait qu’en donner un scrupuleux résumé, sans apporter de confidences ni de révélations,

have had any faith in a matter which he had not till then considered. He declined to be ordained.….. »

Ce sec récit ne nous donne que des faits qui ne portent pas en eux-mêmes toute leur explication. L'épisode considéré isolément se comprend mal; on ne le rend plausible qu’en éclairant autant qu'il est possible, comme nous avons essayé de le faire, la période qui le-précède : le malaise croissant de Butler, et le lent cheminement du scrupule dans son âme. Du point de vue théologique, la difficulté où s’arrête Butler n’est qu’apparente; l'incident, en tout cas, paraît hors de proportion avec sa brusque panique, mais il restera toujours pour lui le signe symbolique de plusieurs années de perplexité. On en trouve la trace un peu partout dans son œuvre. Dans The Way of AU Flesh, où il a tant mis de lui-même, il montre Theobald, d’abord, mais surtout Ernest, passant par des crises de conscience semblables à la sienne. Chez Ernest, elle est à la fois retardée et aggravée par des influences du dehors et par « l’ironie » des événements. Mais chez l’un et chez l’autre Pontifex, elle a sa source dans la formation religieuse même, qui porte en elle dès l’origine la fêlure qu’élargira brusquement l’appréhension du moindre obstacle. Il en est de même pour le John Pickard Owen du Fair Haven, qui, à dix-sept ans, s'étonne comme Butler de l'obscurité de l’Epître aux Romains!. Dans ce dernier livre, Butler utilise directement sa propre expérience, sous la forme d’un incident analogue, auquel il prête la force d’une semblable révélation?. C’est dire que cette question de la régénération par le baptême le hantera longtemps®.

On raconte que lord Palmerston fit un jour grand scandale parce qu’il avait dit à une réunion d'ouvriers que « tous les

1. Cf. Fair Haven, Mem., p. 16 : « There were points on which he did not indeed doubt, but which it would none the less be interesting to consider : such for example as the perfectibility of the regenerate Christian, and the meaning of the mysterious central chapters of the Epistle to the Romans ».

2. Fair Haven, p. 17-19. « La grâce de Dieu était-elle un don qui ne laissait nulle trace sur ceux qui le possédaient, ou une chose dont la présence ou l’absence pouvait être contrôlées en consultant le registre de la paroisse, mais non être perçue dans la conduite ? »

3. Voir encore les passages d’Ærewhon sur le Baptème de Chowbock (p. 39- 40) el la satire des parrains, dans Birth Formulae.

enfants naissent bons! ». Butler n’en était point si sûr. Mais À ce point de son évolution religieuse, il cessa de croire, ou plutôt il s’aperçut qu'il ne croyait plus, que le baptême fit disparaître chez l’enfant le lourd héritage de péché — confondant, aurait dit saint Thomas, l’élément mystique du péché originel, que le sacrement efface, et la concupiscence qui en est la trace dans la nature humaine, cette éternelle convalescentez. Il aurait traité d’hypocrite son contemporain J. H. Shorthouse qui se fit baptiser à vingt-sept ans, s’il l’avait entendu prononcer cette parole recueillie par des amis : (I have always felt a different man from that day®. »

Butler se vit avec effroi acculé à une impasse dont il ne pouvait sortir qu’en refusant de recevoir les ordres. Il s’ouvrit de ses difficultés à ceux qui devaient être ses guides spirituels, en particulier à son père, probablement aussi à quelque autre « directeur ». Il ne rencontra auprès d’eux qu’une froideur et un détachement dont nous trouverons un écho dans The Fair Haven.«1 was met, dit John Pickard Owen, with anger and impatiencef. » La famille du chanoine Butler a jalousement gardé les lettres qu'il écrivit à son fils, et que celuici lui rendit. Samuel, dans The Way of AU Flesh, en cite deux, à peine modifiées5. Ce sont celles que pouvait écrire un père victorien, figé dans l’intime persuasion de son bon droit et de sa dignité, aussi peu porté que possible à faire un effort pour partager les sentiments du jeune homme.

On plaint Butler en cette conjoncture; le destin éprouvait durement la trempe de son caractère. Il se débattait seul, défendant son âme et sa vie, obstinément. Personne autour de lui à qui se fier, en qui croire; des visages fermés, des conseils glacés, le regard hostile de ceux qui ne comprennent pas. Cependant cette Providence qu'il se plaira tant à railler

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