‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 45 sur 255 · Erewhon et Life and Habit · texte numérisé non relu

Erewhon et Life and Habit

SN #B., p. 42:

4. Ce petit manège, qui consiste à jouer plusieurs personnages devant le public d’une même revue, l’amusa toujours beaucoup, et il ne manquait jamais une occasion de s’y livrer. Voir p. ex. la correspondance : À clergyman’s doubts, 1879.

Fort, 7

divisent l'humanité en riches et en pauvres; le riche, supérieurement organisé, « vaut » physiquement davantage que l’homme de peu de moyens. Butler se défend soigneusement de porter là un jugement moral. Les qualités du cœur et de l'esprit ont leur puissance et leur valeur propres. Mais son argument a la force convaincante de la constatation pure et simple d’un état de choses social. La première partie de l’article est un exposé rapide du Darwinisme, où le nom de Darwin lui-même n’est pas évoqué une seule fois!, Butler y fait en quelques lignes un tableau puissant, plein d’horizons, des lois inexorables qui président à la sélection naturelle et à l’évolution des espèces. Il trouve dans ces lois qui favorisent le fort et écrasent le faible, le « gouvernement moral » de la création avant l’homme et en dehors de lui. Lucubralio Ebria n’est qu’un essai de quelques pages; mais c’est aussi une étape. Des matériaux qu'il a reçus d’autrui, Butler, pensivement, dégage et pétrit une image dont les traits, dans peu d’années, ne sembleront rien devoir qu’à lui-même.

Dans le domaine de la pensée religieuse, il a déjà atteint une position qu’il croit être finale, et toujours poussé par le même besoin d’objectiver ses idées, de leur donner un corps physique, une identité en dehors de lui-même, il juge bon de publier une brochure, dont une partie avait été rédigée en Nouvelle- Zélande. Le titre en est significatif : « The Evidence of the Resurrection of Jesus-Christ as given by the four Evangelisis, crilically examined? » C’est,’ comme on l’a remarqué, un plaidoyer, une apologia pro vila sua. L'auteur, voulant se justifier publiquement d’avoir refusé les ordres, présente ici ses scrupules. Butler a un souci très vif de l’opinion publique. Il ne cessera jamais de la prendre à témoin des revirements ou des progrès de sa pensée. Cette attitude nous paraîtra naturelle quand, au cours d’une carrière diverse et mouvementée, nous l’aurons vu aux prises avec bien des mauvaises volontés. En 1865, elle pourrait sembler moins nécessaire.

1. Butler craignail que le public fût saturé de Darwinisme après cinq ans d'enthousiasme.

2. London, 1865 (sans nom d'auteur ni d'éditeur. Celui-ci était en réalité Williams and Norgate).

En 1876, Thomas Huxley fera à la Melaphysical Society une conférence sous un titre presque semblable : The Evidence of the Miracles of the Resurrection, pour montrer que les preuves de la mort du Christ ne sont pas valables.

Mais l’écroulement de la foi dans une âme est un de ces événements qui n'engagent pas seulement la vie privée d’un homme ; ils ont volontiers une répercussion sociale ; ils suscitent ici le scandale, ailleurs une approbation enthousiaste. Ils valent moins par le cas de conscience individuel qu'ils représentent que par le symbole qu’ils évoquent, signe du conflit latent et toujours aigu qui déchire le cœur de l’homme entre ces deux puissances spirituelles, la foi et la raison. Butler obéit obscurément à des considérations de ce genre. Le besoin de vengeance ou de taquinerie qui donnera plus tard un mordant si redoutable au fil naturel de son esprit semble à peu près absent de ce « pamphlet ». Il faut n’y voir qu’une louable intention. Butler se croit, à ce point de son expérience métaphysique, tenu comme par un devoir moral de verser au procès en cours les pièces qu'il a découvertes, de faire du moins sa déposition. Si la douillette certitude de certaines âmes s’en trouve ébranlée, tant pis, ou peut-être tant mieux. Ce n’est pas pour elles qu’il écrit aujourd’hui, mais elles pourront faire leur profit de sa sincérité. Le monde, semble-t-il dire, ne saurait poursuivre sa marche aveugle dans l'erreur et l’ignorance, alors que ses yeux à lui se sont enfin ouverts.

Le livre comporte dans son ensemble deux parties : dans la première, Butler extrait des Evangiles tous les faits relatifs à la Crucifixion, la Mise au Tombeau, et la Résurrection du Christ. Dans la seconde, refusant d'admettre l’interprétation mystique de ces deux faits humainement contradictoires, une mort et une résurrection, il en donne son explication : Jésus évanoui sur la croix, fut cru mort, et remis à Joseph d’Arimathie qui l’emporta : c’est alors qu’il revint à lui. D'où le miracle qui convainquit les apôtres jusque-là assez sceptiques. Butler refuse de soupçonner la bonne foi de cette poignée d'hommes sur qui repose la fondation du Christianisme : « It has been, écrit-il, too common to suppose that there is no alternative between regarding the Apostles as almost superhuman beings or as consummate villains. To me it appears that if they be taken simply as honest but uneducated men, subjected to a very unusual course of exciting incidents in an enthusiastic age and country, we shall find that no fraud should be imputed to them, and that nothing less than the foundation of Christianity could well have come

about! »

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