Hoppé, 167 (Lettre à Fleay, ? juillet
Fort, ; 8
tudes. Un premier éditeur, « Chapman and Hall », refusa le manuscrit sur avis défavorable de son lecteur, George Meredith!, Une autre firme? l’accepta, sans vouloir assumer les frais de l'impression; or Butler était démuni de fonds disponibles, tout son capital étant placé en hypothèques, et diificile à réaliser. Un de ses amis, Henry Hoare, lui avança l'argent nécessaire. Le livre parut le 29 mars 1872, sans nom d'auteur. Le premier accueil fut encourageant. Les 750 exemplaires de la première édition se vendirent en moins de trois mois; mais une seconde édition lancée en juillet eut moins de succès. Butler attribua ce ralentissement de la vente à deux raisons dont la seconde est peut-être valable : d’abord, la cessation de toute publicité; ensuite le fait que, tout en conservant l'anonymat, il avait laissé se répandre le bruit que le livre était de lui. Or la première édition avait à coup sûr bénéficié de la surprise et de la curiosité du public, que le mystère intriguait*. Le livre, d’abord, se présentait bizarrement. Son titre, Erewhon or over the Range, était piquant, sans suggérer un dessein très nouveau. Mais la citation d’Aristote qui accompagne le titre et que l’auteur paraphrase d’assez loin en : « There is no action save upon a balance of considerations », semble par son peu de rapport apparent avec la morale de l’histoire, ou sa philosophie, dissimuler un sens cryptique. Enfin, une partie du public avait cru percer sans peine l’anonymat. Un an environ auparavant, un roman d’Edward Lytton Bulwer, Lord Lytton, The Coming Race, avait paru, comme Erewhon, sans nom d’auteur; mais personne n’ignorait quelle plume alors illustre avait écrit cette fantaisie philo-
1, « They told me, raconte Butler, he reported that it was a philosophical work little likely to be popular with a large circle of readers » (préface de la Revised Edition, 1901). Il en fut vivement piqué, et garda à Meredith une profonde rancune. « No wonder if his work repels me that mine should repel him », écrivait-il trois ans avant sa mort. Cf. M., I, 148. Cf. aussi N. B., p. 185, 6.
2. Trübner and C°, 60, Paternoster Row, London. La maison devait bientôt changer d'adresse.
3. Les détails que donne Butler dans ses préfaces ou ses notes sur la publication d’Erewhon sont parfois contradictoires. Il croyait, en 1901, que la premitre édition avait été de 1.000 exemplaires. l’autre part, dans la préface de 1901, il déclare : « The first edition of Erewhon sold in about 3 weeks. » H. F. Jones écrit de son côté : « The first edition was exhausted between the end of March and the end of May 1872 » (M., I, 15%). Mais une lettre de Samuel Butler à Fleay, datée du 2? juillet, et par conséquent contemporaine, contient l’indication suivante : « The first edition is just sold (75 copies) », Hoppé, p. 167.
4 Peut-être aussi le livre avait-il, plus simplement, épuisé toutes ses possibilités de vente.
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sophique. On pensa d’abord qu’Erewhon était fille du même père, ou tout au moins qu’elle s’inspirait de la même veine. Dès la préface de la deuxième édition, Butler, se défendant de toute imitation, reconnaissait pourtant « the many little points of similarity between the two books »1. Il y a cependant assez loin des êtres souterrains imaginés par Lord Lytton, avec leurs mœurs idéales, leur organisation sans défaut, leur langage plein de sens et leurs mirifiques inventions, aux Erewhoniens de Butler. Mais le livre de Lord Lytton, au filde ses dissertations un peu prétentieuses sur la linguistique, la politique, l'électricité ou l’hypnotisme, n’en reflète pas moins les multiples soucis scientifiques qui agitaient l’esprit encore solennel, mais déjà inquiet des Victoriens, et les faisaient croire au progrès. Les noms de Faraday, Lyell, Max Müller, Agassiz, hantent le livre; si Darwin n'est pas nommé, le transformisme et la doctrine d'évolution forment le thème d’un développement, où l’ancêtre de la race, au lieu d’être un singe, est présenté comme une grenouille géante; Lytton retient de l’Origine des Espèces l'exemple bien connu de la vessie natatoire?; plus loin il lui emprunte encore «la loi de la sélection sexuelle ». Ainsi cette « Utopie » qui, par bien des côtés de son invention, annonce plutôt H. G. Wells qu’elle ne rappelle Swift, révèle comme Erewhon l'intérêt de son auteur pour les problèmes que depuis quarante ans les découvertes successives de la science ne cessaient de soulever. Bon nombre d’esprits réfléchis s’efforçaient en même temps que lui d'apprécier la portée et les répercussions morales ou sociales de ces nouvelles perspectives ouvertes à leur curiosité. Si Erewhon eut d’abord le même public que The Coming Race,
1. Preface to 2nd Edition « Curiously enough, I had called one of the people named (for I cannot call them characters) in Erewhon « Zelora », while Lord Lvtton had named his heroine « Zee ». I was told of this, and altered « Zelora » into « Zulor: », Butleriana, p. 9. Butler resta toujours persuadé que la première vogue d’Erewhon était due à cette confusion, et que les critiques furent vexés d'apprendre que l'auteur était un débutant, Voir dans W. of A. F., le passage concernant la publication, anonyme elle aussi, du premier livre d’Ernest : « [t struck a new note and the speculalion which for some time was rife concerning its authorship made many turn Lo it who would never have looked at it otherwise. »; « Reviewers like to think that for aught they know they are patting a Duke or even a Prince of the blood upon the back, and lay it on thick till they find they have been praising Brown, Jones or Robinson. Then they are disap pointed, and as a general rule will piax Brown, Jones or Robinson out » (Way of Al Flesh, ch. LXXXV, p. 405-6).
2, Origin of Species, chap. VI; The Coming Race, ch. XVI.