Lettre du 14 juillet 1873, M. I
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chevé, de faible, d’exposé, et d’un très humain désir de mariage. En somme, elle l’aimait. Elle passait sous les fenêtres de sa maison de Lincoln’s Inn, pour voir l’endroit où il habitait — il est vrai qu’elle choisissait pour ce faire le moment où il était absent. Elle comptait les jours entre ses lettres, elle lui faisait de petites querelles sur son indifférence et son peu de hâte à lui écrire. Maintes notes de Butler montrent à quel point parfois il était excédé de son insistance amoureuse : « If ever man gave woman her answer unequivocally and at the beginning, I gave mine to Miss Savage. But it was no use; she would not be checked, and I had not either the heart to check her, or—well, never mind. I would if I could, but Icould not. And to this day she daily haunts me in that I could notl. »
Butler avait pour elle, nous voulons dire pour son intelligence et son esprit, une admiration très sincère. Mais il ne désirait pas que leurs relations quittassent le domaine — platonicien — des idées. Non qu’il fût hostile en principe au mariage. [l avait un moment, en Nouvelle-Zélande, songé à prendre femme; mais c’était surtout pour la commodité, et peut-être sous la pression d’un obscur refoulement?. La quarantaine approchant, il s'installa sans regret dans son célibat. Une lettre de 1892, adressée à une dame de ses amies, contient cette phrase révélatrice : « À young man of your son’s excellent prospects cannot marry too soon. After 40 ït is not the same thingÿ. » Butler se prêtait volontiers au commerce des femmes; malgré sa laideur bourrue, elles lui témoignaient de la gentillesse. Pourtant,iln’a vraiment aimé sans doute qu’une fois : ce fut la charmante Isabelle, d’Arona, sur le lac Majeur4. Mais la perspective d’une union légitime avec tout son cortège de liens et de servitudes, la certitude qu’il
EMI 7.
2. Le 19 septembre 1861, il écrivait à sa tante à l’occasion du mariage d’un de ses cousins : « I am seriously beginning to think of following his example. I want a wife dreadfully up here... Can you not imagine that a nice quiet wife, a good stay-at-home helpmate would be à very great boon to anyone situated as I am?» Fam. Rel., p. 1959.
3. Lettre de Samuel Butler à Mrs. Danvers, 18 déc. 1892. Le passage cité nous a été gracieusement communiqué, ainsi que 3 lettres, également inédites, de Samuel Butler à la même correspondante, par Mr. F. B. Kaye, de la Northwestern University, Evanston, Illinois (U. S. A.).
4. Voir Alps, passim, et M., I, 284. Ceci se passait en 1871. Mrs. Garnett fait aussi allusion à une affaire de jeunesse : « 1 have been told that in his youth Butler was supposed by his family Lo have had a disappointment from some girl among their neighbours », Fam. Rel. 181; H. F, Jones n’en souffle mot,
ne pourrait pas se résoudre aux concessions nécessaires et que sa délicatesse en souffrirait, le firent reculer au moment d’engager sa vie. Il en eut du remords — comme il eut du remords de n’avoir pu combler les vœux de Miss Savage. Sa peine, dans les deux cas, fut sincère, et, si paradoxal que cela paraisse, presque désintéressée : c’est celle qu’on éprouve devant les victimes de l’inévitable. Il faut, pour juger Butler sans injustice, comprendre toute la force de cet égoisme sacré qui fut le pôle de sa vie intérieure, la seule qui comptât vraiment pour lui. Il passa son existence à le défendre — mais quand il en trouvait le temps, il pleurait au souvenir de ses victimes, et des blessures mêmes que la lutte lui coûtait.
Miss Savage, de son côté, n’a pas su tout à fait mériter de le conquérir. Elle avait bien des qualités : mais il lui manquait cette fleur suprême d’un caractère de femme, le charme. Or il y avait là précisément, dans la cuirasse de Butler, un défaut. Il était sans défense devant la gentillesse spontanée, pressante, presque animale, qui émane de certaines natures : le timbre de la voix, une grâce dans le geste, la lueur caressante ou espiègle du regard ; il s’était laissé prendre aux manières enjôleuses de son ami Pauli, et si elle eût été douée d’un pouvoir semblable, Miss Savage aurait pu le séduire, au moins pour un temps. Mais son physique ingrat, ses manières un peu masculines, et parfois un peu pédantes, cette vivacité brillante de l’esprit qui faisait rarement place à l’abandon ou à la douceur, bornaiïent implacablement la voie par où Butler venait à elle, et prévenaient de son côté toute complication sentimentale. De plus elle fut maladroite. Peut-être parce que, dès le début de leurs relations, elle n’avait pas su discerner assez clairement le « complexe » de jaloux égocentrisme de son ami, elle fut trop pressante et pas assez coquette. Elle le harcela de ses avances, l’ennuya de son dévouement, l’assaillit de sa bonté; mais sa cour trop évidente, pour être menée sur un plan strictement intellectuel, ft Jouer ce ressort des intrigues amoureuses que résume le dicton : « Fuyez, on vous suivra, suivez, on vous fuira. » Miss Savage eut le tort de toujours suivre, et de ne pas savoir fuir à temps.
Vers la fin de sa vie, classant mélancoliquement ses papiers, et se livrant à de vieux souvenirs, Butler s’arrêta un moment à composer trois sonnets où il fait pour ainsi dire le point sen-
timental de l’affaire. Voici celui qui nous paraît le plus caractéristique et le plus vrait :
She was loo kind, wooed too persistently, Wrote moving lellers lo me day by day; The more she wrote, the more unmoved was I, The more she gave, the less could T repay.
Therefore I grieve not that I was not loved But that being loved, I could not love again. I liked; but like and love are far removed; Hard though I tried to love I tried in vain. For she was plain and lame and fat and short, Forty and over-kind. Hence il befell That, though I loved her in a certain sort, Yet did I love loo wisely but not well.
Ah ! had she been more beauleous or less kind, She might have found me of another mind.
Cependant, cette adoration qui, au cours de ses diverses vicissitudes, restera jusqu’à la fin fidèle et passionnée, eut sur les deux sujets une considérable influence. La pente naturelle de son « hero-worship » conduit Miss Savage à une imitation que l’on soupçonne de n’être pas toujours inconsciente. C'est encore un moyen de plaire. Mais, comme il arrive fré-
1. ÆEtle fut trop bonne, me courtisa trop obstinément, Mécrivit chaque jour des lettres touchantes; Mais plus elle écrivait et moins j'étais touché, Plus elle donnait, moins je pouvais la payer de retour. Ainsi, ma peine n'est pas de n'avoir pas été aimé, Mais aimé comme je l'étais, de n'avoir pas pu lui rendre son amour. Je l’aimais bien; mais aimer bien et aimer sont choses irès différentes. J'essayai très fort de l'aimer, mais ce fut en vain; Car elle était laide, boiteuse, grosse, petite, Elle avait quarante ans et sa bonté dépassait la mesure. C'est ce qui fit Que bien que je l'aie aimée à ma façon, Je l’aimai trop raisonnablement, mais non comme il aurait fallu. Ah ! si elle avait élé ou plus belle ou moins bonne, Elle aurait pu me trouver d'un autre sentiment.
Dans les deux autres sonnets, Butler exprime d’une façon brutale, vraiment déplaisante, l’insurmontable répulsion physique que lui inspirait son amie. Voir le sonnet 3, par exemple :
« Had I been some young sailor, continent
Perforce three weeks and then well plied with wine,
TI might in time have tried io yield consent
And almost (though I doubt it) made her mine » etc. Buileriana, p. 153.
quemment, en essayant d’épouser les contours du care:tère de son héros, c’est aux traits les plus saillants qu’elle s’attache, non pas toujours aux plus profonds. Elle lui emprunte des attitudes, qu’elle durcit et exagère ; elle est prompte, avec sa finesse de femme, à connaître les points, les idées, les gestes qui peuvent amuser ou séduire Butler. Elle se fait son reflet : mais un reflet dont une volonté organise et dirige les dessins, accusant certaines lignes, coordonnant et ramassant des lueurs fugitives et leur donnant un sens en les renvoyant. Pour lui elle pose à la cynique, à la menteuse, à l’égoïste; elle traite avec une désinvolture qui étonne chez une femme de son milieu et de son époque la religion et le dogme, l'Eglise et la dévotion, la famille et l'honnêteté bourgeoise. Ses lettres campent à nos yeux une sorte de Butler en jupons, plus complet encore que l'original, car elle le dépasse par la souplesse, la vivacité de son intelligence, et l'étendue de sa culture littéraire. On a pu qualifier son esprit de « diabolique! » et à vrai dire il a des traits de violence ou de malice qui ne laissent pas d’inquiéter. Il faut pourtant comprendre que les accès de sarcasme exaspéré qui la saisissent parfois sont en grande partie l’effet d’une flambée soudaine de sa passion refoulée. Certains passages de sa correspondance rendent un son amer où la lassitude et la rancœur se mêlent un moment; mais le courage reprend vite le dessus, et le ton redevient railleur et détaché. Cette femme qui défendait âprement une cause perdue d'avance a peut-être connu les larmes, les crises de nerfs, la rage de la défaite ou de la révolte: elle a su toujours le cacher à son involontaire bourreau.
A vouloir ainsi, comme dirait un Anglais, « out-Butler Butler », Miss Savage risquait de jouer parfois un rôle un peu stabreux. De fait elle semble sur un point du moins lui avoir rendu un mauvais service : c’est lorsqu'elle entretenait la rancune et la méfiance qu'il nourrissait pour les siens, s’efforçant à souligner les points de friction, à maudire ceux qui ne savaient pas le comprendre. Fort au courant de la situation, elle épousait les nuances du sentiment de son ami; elle savait, avec une apparente discrétion, détester et ridiculiser le Révérend Butler, glisser sur la mère de famille, en passant égrati-
1. « She was endowed with a wit that approached the diabolical », P. E. More” A New England Group and Others, Shelburne Essays, 2e série.
Fort, 5)
gner les sœurs, et distinguer la bonne tante de l’autre, qui était méchante. Elle avait, il est vrai, certains retours de componction où, pressentant la possibilité de complications et de représailles, elle faisait sa touche plus légère pour modérer l’agacement de Butler. Malgré tout, ce petit jeu ne laisse pas de paraître parfois indigne de deux cœurs bien placés!. Sa rancune à lui, du moins, tenait à la chair comme une plaie. Celle de Miss Savage était toute gratuite et presque désintéressée. Faut-il admettre sa banale excuse ? Comme à la guerre, dit le proverbe anglais (d’une morale si peu anglaise), en amour tous les moyens sont bons.
Heureusement, le bilan de cette correspondance laisse apparaître au crédit de Miss Savage une influence autrement saine et profitable. La rare qualité de son esprit, son sens aigu de l’humour, son goût averti des choses littéraires faisaient d'elle, pour Butler, le critique préalable idéal. Toutes ses flatteries, pour excessives qu’elles soient, quelquefois, ne portent que sur ce qu’elle approuve et ne l’empêchent jamais de se montrer sévère si elle croit devoir l’être. Ainsi elle s’efforce à deux choses : à éveiller d’abord au plaisir de créer ce génie en danger de sommeiller; elle le choiïe et le nourrit, prépare le terrain où germeront les œuvres futures, se fait son fournisseur de documents humains, mots, citations, anecdotes; et Butler puise libéralement, sans vergogne, dans le fonds qu’elle lui constitue. Maïs, par contre, si les détails ainsi utilisés ne lui paraissent pas congrûment enchâssés dans l’ensemble, elle les fait biffer impitoyablement; si le style lui semble négligé, la composition trop peu rigoureuse, elle le signale, et l’écrivain, plein de respect pour son jugement, rature, corrige ou recommence?.
1. P. ex. dans une lettre à Samuel Butler, 22 mars 1883, l’invitant à visiter une exposition de travaux féminins, elle signale que la salle est mortellement froide et ajoute en plaisantant : « I suppose your father could not be induced to come? There is one spot, just under the ventilator (which is providentially stuck fast), where if he could be placed for one single moment, it would be enough. » (M., 1, 385). Quelques jours après elle réédite la même plaisanterie : « It is a pity we could not have your father to visit the Gallery last week — there was the additional danger of the roof falling in — now it is propped up » (8 mai 1883, M., I, 386). — Ce genre d'humour dépasse par trop la mesure du bon goût.
2. Voici, à titre d'indication, une note de Samuel Butler, écrite en 1901 en marge d’une lettre de 1873 : « Then followed some very sensible criticism, ali of which I very gratefully attended to », M., I, 202.
Pendant quatorze ans, Miss Savage va remplir auprès de Butler cette double fonction d'entraîneur et de critique avec une application dont la postérité ne saurait lui savoir trop de gré.Son esprit, un peu français d’allure, et d’ailleurs fortement imprégné de culture française, est prompt à de viner chaquefois la voie où Butler, empêtré dans la masse de ses propres idées, hésiterait à s'engager. Lorsque Miss Savage mourra en 1885, Butler aura publié Erewhon, The Fair Haven, Life and Habit, Evolution Old and New, Unconscious Memory, Alps and Sanciuaries, et fini d'écrire son roman, The Way of AU Flesh, auquel il ne touchera plus. Après cette date, en vérité, sa carrière littéraire semble plus vide; Ex Voto n’est qu’une pâle addition à Alps and Sanctuaries, Luck or Cunning? un prolongement des livres sur l’évolution ; Butler se plonge dans l’étude des poèmes homériques! et des sonnets de Shakespeare, il s'amuse à des bouffonneries musicales. Il termine enfin harmonieusement sa carrière littéraire sur un écho d’Erewhon. Mais ces divers travaux, plus müûrement conçus peut-être, et chacun d’un projet plus réfléchi, paraissent plus dispersés aussi et d’un moindre mordant que les fortes œuvres de la période précédente. Miss Savage ne fut pour Butler ni une Muse ni tout à fait une Egérie?; mais son action sur lui, à la fois distante et fidèle, pressante et discrète, marqua heureusement toute une période de sa vie intellectuelle. Cette atmosphère de sollicitude avertie dont elle l’entoura, avec son potentiel égal à celui du cerveau de Butler, et toute chargée d’une virtuelle nourriture, était celle-là même où le « démon » bourru de l’écrivain pouvait trouver son meilleur climat.
B. «The Fair Haven».
Avec Ærewhon, Butler crut avoir dit son dernier mot. «I had written, dit-il, all I had to say; indeed if I had had another page of matter in me it would have gone into Erewhonÿ, »
1. Encore un souvenir persistant de Miss Savage se retrouve-t-il peut-être dans la thèse de The Authoress of the Odyssey (1897).
2. Elle s’intitulait parfois elle-même sa « servante de Molière ». Cf. M., I,206 lettre de Miss Savage à Samuel Butler, 10 nov. 1873.
3. M., I, 161. Cf. aussi : « It was a long time before I saw my way to a second effort. I thought I was quite used up and done for... » (M., I, 133).
Cependant, dès le mois d'avril 1872, il trouve au fond de son sac, en cherchant bien, « a bundle of essays, some written, others to be compiled from Ms. long written and from which matter may be extracted, and the rest burnt.…. ».
«I meanit is, ajoute-t-il, the only thing which I feel as though I must try and write : but they would be all quite serious, and the humorous element would drop out : and then no one would read themt. »
En fait il est à la recherche d’un sujet. Miss Savage l’exhorte à écrire un véritable roman. Mais Butler manque de cette libre imagination qui permet de créer avec peu de matériaux, une intrigue, des situations, un milieu humain, des personnages. Son tempérament foncièrement intellectualiste n’éprouve aucun attrait pour un genre littéraire qui l’obligerait à s’évader du monde des idées. Une intrigue ne saurait être pour lui que « a mere peg on which to hang anything that Ihad a mind to say? ». Cependant, le roman est à la mode. Pressé par son amie, il balance encore, envisageant un sujet, puis un autre, sans se décider pour aucun; autant qu’on puisse juger, ces histoires projetées devaient être surtout prétextes à railler les pratiques de la dévotion, le prosélytisme religieux et les bienséances familiales. Brusquement les hésitations cessent, la lumière se fait en lui. À force de se scruter si opiniâtrement, il découvre le germe de son œuvre future. Ce germe était déjà en lui : il suffisait de s’en aviser, de voir clair. Un dessein, dont son subconscient était déjà lourd, demande enfin à être mis au jour. Butler écrit le 22 juin 1872 : « I shall never be quiet till I have carried out the scheme that is in my head®. » Ce plan est pour le moins bizarre; voici en quels termes il l’expose à l’un de ses amis : « It is to write a defence of the Christian miracles (chiefly dwelling on the Resurrection), doctrine and practice, as against recent objections — and really saying everything that can be said on the Christian side as well as one knows how — and especially pulling out the evidenèe for the reappearance of Christ after the crucifixion in a way such as never has been done yet, but, after many grave apologies and expressions of love for our brethren however sinful, and much insisting upon candour,
1. Lettre de Samuel Butler au Révérend Fleay, 5 avril 1872. Hoppé, 165. 2. Lettre à Miss Savage, 16 juin 1872; M., I, 160. 3: MR.
etc. (I have it well expressed the peculiar line I am taking but no rat can be smelt — it is deodorised completely by my method) taking good care that our side shall be fully and fairly stated and then bowl it over again with the stock arguments well worded but left as they stood beforel. »
Ainsi le problème du mystère chrétien harcèle encore l’esprit de Butler; il n’a pas cessé de méditer sur les Evangiles. Car s’il reprend son vieux « pamphlet », qui en 1865 est passé inaperçu, ce n’est pas par dépit d'auteur et pour.lui faire un sort à tout prix. Le but qu’il se propose a changé. Alors, sa position était celle d’un isolé, présentant un plaidoyer personnel; aujourd’hui, c’est en quelque sorte celle d’un militant dans un parti : plus assuré dans son détachement religieux, ayant une conscience plus profonde des assises de sa pensée, il sent que le débat le dépasse, et que l’enjeu n’est plus la tranquillité ou la dignité d’une âme, mais l’adhésion d’un monde à la vérité. Or il constate que l’idée centrale de The Evidence, en ne s’évanouissant pas, en continuant à hanter son cerveau, s’est révélée viable, utile, féconde. Il veut maintenant lui assurer un public : obliger ceux-là mêmes qu’elle doit choquer à la connaître, à s’en pénétrer. Et pour être sûr qu’ils ne la vomiront pas au premier contact, il en déguisera le goût, il se fera délibérément hypocrite. Il se préoccupe longuement d’arranger les circonstances de la publication, le mode de présentation du livre. Une manœuvre de ce genre n'offre d'intérêt que si elle réussit; un échec la condamne irrémédiablement. Butler sait qu'il court de grands risques : à son espoir, à sa foi dans l'utilité de l’œuvre qu'il écrit se mêle une appréhension. Il a peur de faire « une grosse sottise? ». Il quémande appréciations et conseils, auprès de Fleay, auprès de Miss Savage, auprès de Darwin*. Cependant le manuscrit s'achève. Il ne lui manque qu’un titre. Butler lui a d’abord laissé celui du « pamphlet » de 1865, ou peutêtre l’appelle-t-il Defence of the Christian miracles. Mais au dernier moment il trouve une formule nouvelle, un titre doucereux qui doit plaire à de pieux lecteurs . The Fair
1. Lettre à Fleay, de juillet 1872. Hoppé, 166. Ce style lâche et obscur n’est
pas dans l'habitude de Butler. s 4 2. « I may be stopped from doing a very foolish thing », Lettre à Fleay, juillet
1872. Hoppé, p. 169.